                                                             Informer et accompagner
                                                             les professionnels de l’éducation   Cycles 2                          3 4
                                     histoire-géographie
                                       S’approprier les différents thèmes du programme

                                       Histoire / Classe de 6ème



                                                       Thème 1
                                           La longue histoire de l’humanité
                                                  et des migrations

                                    • Les débuts de l’humanité
                                    • La « révolution » néolithique
                                    • Premiers États, premières écritures



                              Extrait du programme du cycle de consolidation, BOEN n°11 du 26 novembre 2015.



                              Pourquoi enseigner le thème
                              « La longue histoire de l’humanité et des migrations »
                              en classe de sixième ?
                              L’intitulé du thème met l’accent sur la « longue » durée d’une période qui s’étend, si l’histoire
                              de l’humanité commence avec l’apparition du genre homo, d’il y a 2,8 millions d’années
                              (d’après une découverte éthiopienne de janvier 2013) à 3300-3000 avant notre ère (dates
                              d’apparition de l’écriture en Mésopotamie et en Égypte). Il met aussi l’accent sur la notion
                              « d’humanité » et sur le thème des migrations. Cette longue période est en effet la seule de
                              nos programmes où l’humanité peut être abordée dans sa globalité, de son origine africaine
                              commune à l’apparition de la ville et de l’écriture qui la fait entrer dans l’histoire.
                              Le phénomène de migration dans cette « longue histoire » (préhistoire et début de l’histoire)
                              est décisif dans le peuplement de la planète à partir de l’Afrique comme dans la diffusion de
                              l’agriculture et de l’élevage au néolithique à partir du Proche-Orient. Le fait que la préhistoire
                              ait déjà été abordée par les élèves en première année du cycle 3 dans le cadre de l’actuel
                              territoire français permet de privilégier une approche globale à même de faire appréhender
                              les circulations et les changements dans l’histoire humaine, au moment où se construisent
                              des cultures qui spécifient les groupes humains et s’élaborent des rapports originaux avec la
                              contrainte environnementale.

                              Problématique : comment l’homme est-il passé d’une espèce animale parmi d’autres à un
                              être créateur de culture et capable de modifier son environnement ?



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  Histoire / 6e




                                On cherchera de manière prioritaire à faire comprendre à l’élève que :
                                • le berceau commun de l’humanité se situe en Afrique ;
                                • la « révolution » néolithique constitue un changement décisif dans les rapports de
                                   l’humanité et de son environnement ;
                                • le Proche-Orient a eu un rôle fondamental dans l’invention de l’écriture, de la ville et de l’État ;
                                • notre connaissance de la préhistoire évolue sans cesse.

                                Ce premier thème est l’occasion de travailler plusieurs compétences du programme et
                                d’investir particulièrement celles qui concernent la construction des repères spatiaux-
                                temporels et la façon dont on peut construire des hypothèses et raisonner pour y répondre
                                en histoire, au vu de l’importance que revêt pour cette période l’interprétation d’une
                                documentation souvent rare et lacunaire.



                                Place du thème dans la scolarité
                                • Lors de la première année du cycle 3, les élèves ont pu découvrir des traces d’un
                                   peuplement préhistorique de la France et entamer l’apprentissage du temps long.
                                • En classe de sixième, l’étude de la préhistoire permet d’introduire un questionnement
                                   scientifique et d’établir quelques faits avant d’aborder des récits fondés sur des croyances.
                                   Ces faits pourront nourrir, dans le traitement du thème 2, l’analyse des mythes polythéistes
                                   et des récits sur les origines du monde et de l’humanité proposés par les religions
                                   monothéistes. L’étude des migrations préhistoriques pourra être mobilisée en géographie,
                                   au sein du thème 4 « le monde habité ».
                                • Les savoirs construits pourront être mobilisés au cycle 4, dans l’étude du thème 2 de la
                                   classe de quatrième « l’Europe et le monde au XIXe siècle », quand il s’agira de comprendre
                                   comment évolue la connaissance du monde et ses représentations, et comment la pensée
                                   scientifique se dégage d’une vision religieuse du monde.
                                • L’étude de la préhistoire entre aussi en résonance avec les programmes de SVT des cycles
                                   3 et 4 qui abordent la question de l’évolution des espèces. Elle participe à une réflexion
                                   commune sur l’adaptation progressive de l’homme à son environnement. Au lycée, en classe
                                   de terminale S, le programme de SVT aborde la question des origines de l’espèce humaine.



                                Quels sont les points forts du thème pour l’enseignant ?
                                On indiquera ici quelques éléments de culture historique utiles au professeur pour préparer
                                la mise en œuvre des différents sous-thèmes, qu’il ne faut surtout pas confondre avec les
                                propositions de mise en œuvre.

                                Les débuts de l’humanité
                                Au sein du groupe des hominidés (dont les représentants actuels sont les humains, les
                                bonobos, les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans), la dernière séparation à avoir eu
                                lieu spécifie d’une part les hominines (on écrit parfois homininés) et de l’autre les paninés. Les
                                paninés donneront les chimpanzés et les bonobos ; les hominines sont les ancêtres directs
                                de l’homme. Cette séparation s’opère entre - 8 et - 6 millions d’années. L’apparition du genre
                                homo correspond à une pratique presque exclusive de la bipédie, à un perfectionnement de la
                                main, permettant la fabrication d’outils (mais la découverte annoncée au printemps 2015, à
                                l’est du Kenya, des restes d’un atelier de taille de la pierre remontant à 3,3 millions d’années
Retrouvez Éduscol sur           indiquerait que la fabrication d’outils précède le genre homo) à la consommation de viande et à
                                une augmentation de la capacité cérébrale.


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  Histoire / 6e




                                La précocité des migrations est l’une des données nouvelles de ces vingt dernières années.
                                Le plus ancien site préhistorique hors d’Afrique est celui de Dmanissi, en Géorgie, daté à
                                -1,8 million d’années, suivi par ceux de Majuangou, en Chine et de Mojokerto en Indonésie,
                                datés à -1,6 million d’années. Il s’agit de migrations lentes, qui auraient suivi l’itinéraire du
                                couloir levantin. En Espagne et en France, les plus anciennes traces d’occupation humaine
                                datent d’entre 1,4 et 1 million d’années.
                                Les études génétiques, à partir de l’ADN des restes humains, précisent ou bouleversent, selon
                                les cas, la perception que nous pouvions avoir des migrations d’homo sapiens, en même temps
                                qu’elles révèlent, comme l’archéologie, la grande diversité de l’humanité préhistorique.

                                L’homo sapiens, apparu en Afrique il y a environ 180 000 ans, sort d’Afrique à partir de
                                -100 000 ans, d’abord vers l’Asie et la péninsule Arabe (- 60 000) pour gagner l’ensemble de
                                l’Europe (- 40 000). Cette théorie dite « Out of Africa » est confirmée par les études génétiques.
                                En Europe, l’homo sapiens rencontre l’homme de Neandertal, qui s’éteint vers -24 000, non
                                sans que se produise un métissage limité : environ 2% de notre patrimoine génétique provient
                                de cet homme de Neandertal dont on a revalorisé récemment la culture. Ces migrations ont
                                un aspect fondamental.

                                Les débats sont encore passionnés, en particulier pour le peuplement de l’Amérique, l’analyse
                                du squelette de « Naia », découvert en 2007 dans les grottes immergées du Yucatan, faisant
                                pencher la balance vers une origine asiatique des Amérindiens, avec un passage par le détroit
                                de Béring.

                                La « révolution » néolithique
                                Les guillemets du terme s’expliquent par la lenteur constatée de sa généralisation, entre le
                                IXe et IIIe millénaires, la « révolution » est en fait une évolution.
                                La chronologie est assez bien établie : l’agriculture et l’élevage apparaissent dans le croissant
                                fertile au milieu du IXe millénaire av. J.-C. et les céramiques au VIIIe millénaire av. J.-C ;
                                leur diffusion conduit à la sédentarisation des populations au Nord de la Méditerranée et
                                en Europe entre 7000 et 6500 avant notre ère. La fin de la période est fixée à l’avènement de
                                la métallurgie du bronze (vers - 3000, et - 2500 en Europe). Les modalités de diffusion des
                                innovations comme leurs conséquences ont soulevé des débats. La diffusion du néolithique
                                correspond-elle à une migration venue du Proche-Orient ? De nombreux auteurs ont plaidé
                                pour une mutation autonome des foyers de population. Cependant, l’analyse génétique de
                                51 génomes humains de la période -40 000 / -10 000, menée par plus de 70 chercheurs et dont
                                les résultats ont été publiés dans la revue Nature en mai 2016, aboutit à la conclusion selon
                                laquelle il y a 14 000 ans, on observe une interpénétration des populations du Proche-Orient et
                                de celles de l’ensemble de l’Europe, avant même le début de la « révolution » néolithique, au
                                moment où le réchauffement climatique devient clairement perceptible. Cela laisse cependant
                                bien des questions ouvertes sur la modalité de la diffusion des innovations du néolithique.

                                Les conséquences de cette « révolution » sont multiples : sédentarisation en villages,
                                augmentation de la population, naissance de conflits territoriaux. La violence n’était pas
                                inconnue au paléolithique mais la guerre pour le contrôle d’un territoire est devenue plus
                                fréquente. La propriété foncière apparaît. L’organisation sociale et politique s’est renforcée, et
                                de nouvelles formes de domination sont apparues. La domination masculine s’est alourdie :
                                on sait (par l’analyse des empreintes de main) que les femmes figuraient parmi les artistes
                                des grottes du paléolithique, on suppose que les sociétés paléolithiques étaient matrilinéaires
                                (la femme définissait la lignée), ce qui ne veut pas dire qu’elles étaient matriarcales
                                (les femmes disposant du pouvoir) ; les attributs guerriers dominent dans les sépultures
                                du néolithique.
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                                Premiers États, premières écritures

                                Trois innovations majeures sont liées : la ville, l’État et l’écriture. La distinction entre ville
                                et village est problématique à la fin du néolithique. La taille n’est pas un critère suffisant, et
                                il faut en ajouter d’autres. L’archéologie attache une grande importance à la présence de
                                monuments, quand bien même leur destination est incertaine, comme les « temples » d’Uruk
                                en Mésopotamie (on considère ainsi qu’Uruk est devenue une ville vers 3 500 av. J.-C.). La
                                taille des monuments témoigne à la fois d’un usage collectif intense et d’une organisation
                                politique. Ce que l’on entend par État est alors l’émergence d’une autorité politique
                                monarchique (comme la figure du « roi-prêtre » d’Uruk) et d’une organisation juridique et
                                administrative.

                                Les plus anciens témoignages de l’écriture sont ceux de la civilisation sumérienne (avec
                                des sites comme Uruk ou Lagash). Le IVe millénaire avant notre ère est une période décisive
                                en Mésopotamie. On passe alors d’une représentation symbolique des objets échangés sur
                                des cachets (les calculis) à une écriture sur tablettes (la célèbre écriture cunéiforme). Nous
                                trouvons alors des listes lexicales (mots regroupés par thèmes), des documents comptables
                                et des tablettes scolaires. Jusqu’à la naissance bien plus tardive de l’écriture démotique en
                                Égypte (650 av. J.-C.), l’écriture est réservée aux scribes.

                                L’apparition de la ville, de l’État et de l’écriture demeure mal connue, tributaire qu’elle est de
                                découvertes archéologiques et donc des aléas de la conservation : les premiers hiéroglyphes
                                sont attestés en Égypte à la fin du IVe millénaire avant notre ère, mais on suppose leur
                                invention plus ancienne. L’organisation politique de l’Ancien Empire égyptien (IIIe millénaire
                                avant notre ère) est très bien connue cependant grâce à l’abondance des sources dont nous
                                disposons.



                                Comment mettre en œuvre le thème dans la classe ?
                                Une mise en place chronologique est indispensable : il s’agit de faire prendre conscience aux
                                élèves de la très longue durée que représente le temps des chasseurs-cueilleurs nomades,
                                au regard des transformations qui parcourent la période néolithique il y a seulement
                                quelques milliers d’années. L’histoire des hommes est essentiellement paléolithique : pendant
                                presque trois millions d’années, les humains se sont passés d’agriculture et d’élevage, la
                                totalité de leurs ressources provenant de la collecte.

                                Un second enjeu est de montrer aux élèves que les évolutions décrites touchent différentes
                                régions du monde dans des chronologies propres aux lieux étudiés et que coexistent parfois
                                des civilisations différentes, d’où l’importance d’un recours régulier aux cartes, d’autant
                                plus important du fait du lien possible avec le programme de géographie. La rencontre entre
                                Neandertal et Homo sapiens et les métissages qui en résultent, les grandes migrations
                                signalées plus haut, ou encore le passage des populations du stade de la chasse, de la pêche
                                et de la cueillette à celui de la production de nourriture fondée sur l’élevage et l’agriculture
                                constituent des moments privilégiés.




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  CYCLE   3       I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme
  Histoire / 6e




                                Plusieurs types de démarches sont envisageables pour le traitement du thème ; démarche
                                inductive abordée à partir d’un lieu significatif, ensuite mis en perspective à l’aide de cartes
                                simples, ou démarche déductive partant de cartes que l’on illustre à l’aide d’exemples.
                                Quelle que soit la démarche choisie, le professeur veillera à articuler repérages dans l’espace
                                en mobilisant des cartes, repérages dans le temps autour de quelques moments clés et
                                analyse de traces (sites de fouilles, exemples d’art pariétal).

                                Cette mise en place continue peut être couplée avec une démarche inductive d’autant plus
                                intéressante ici qu’elle suit le travail des préhistoriens et des archéologues de l’Orient ancien.
                                Les moments clefs peuvent être illustrés par des sites : outre ceux déjà mentionnés dans la
                                rubrique précédente, on pourra si possible se tourner vers le patrimoine local, qu’il s’agisse
                                du paléolithique ou du néolithique (pour lequel tombes et mégalithes sont présents sur une
                                partie du territoire français). Un outil particulièrement précieux est fourni par le site internet
                                « Grands sites archéologiques » élaboré par le musée de Saint-Germain-en-Laye. On pourra
                                aborder avec les élèves les questions d’interprétation, à partir des découvertes, qui sont
                                légion pour cette période. La démarche génétique elle-même, si importante pour l’étude des
                                migrations, est tributaire des découvertes de restes humains exploitables.

                                Ces sites peuvent être abordés en suivant le fil rouge des rapports de l’homme et de
                                son environnement : apparition de l’outillage, maîtrise du feu (par exemple avec le site de
                                Menez-Dregan), représentation picturale (Lascaux, Pech-Merle…), passage au néolithique,
                                modification subséquente du paysage par la sédentarisation et l’agriculture, naissance du
                                paysage urbain avec les monuments sumériens…

                                Les débats particulièrement vifs sur le néolithique (évolutions autonomes convergentes, fruit
                                d’une diffusion ou produit d’une migration) pourront être présentés au regard de l’archéologie
                                et des nouvelles découvertes des enquêtes génétiques. On pourra insister ici sur la mise en
                                rapport des données dont nous disposons, qui ont beaucoup augmenté ces dernières années,
                                et de ce qui reste encore à comprendre : les élèves pourront ainsi comprendre ce qu’est
                                la recherche.

                                L’étude d’un site archéologique permet de conduire l’étude de la naissance des premiers
                                États et des premières écritures. Le professeur peut choisir un site sumérien, akkadien ou
                                égyptien pour permettre aux élèves de comprendre comment se définissent et s’organisent de
                                nouveaux pouvoirs, et quelles sont les fonctions de l’écriture, dans le contexte d’une
                                cité-État de Mésopotamie ou de l’Empire égyptien. L’Égypte permet une meilleure description
                                du fonctionnement des premiers États, en particulier pour la question de l’administration
                                des ressources et de l’irrigation, donc des tâches administratives, ainsi que des attributs du
                                pouvoir politique. Les sites sumériens ouvrent plus sur les questions de méthode, en faisant
                                davantage appel à la déduction.

                                Principaux repères chronologiques à construire
                                • Durée de la préhistoire : plus de 3 millions d’années. La période débute lorsque les
                                   premiers hommes apparaissent et travaillent des pierres pour en faire des outils.
                                • Deux changements fondamentaux :
                                   --la sédentarisation et les débuts de l’agriculture à partir de -10 000 : les hommes tentent
                                      de dominer la nature et de la transformer pour mieux l’utiliser, ils deviennent producteurs ;
                                   --l’apparition des premières écritures en Mésopotamie vers -3 500.




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                                Quelle est la contribution du thème aux parcours ?
                                Face à un savoir en évolution, qui se construit à partir de l’interprétation de sources lacunaires
                                et qui multiplie des hypothèses discutées, on veillera à permettre à l’élève de distinguer des
                                faits scientifiquement établis, en se demandant comment on sait et ce qui permet d’affirmer
                                l’existence de quelques réalités des temps préhistoriques et antiques. On contribuera en cela
                                à former le jugement de l’élève, et donc à construire son Parcours citoyen.
                                L’étude de l’art pariétal peut ici offrir une contribution à l’enseignement de l’histoire des arts
                                et à la construction du Parcours d’éducation artistique et culturelle.




                                Quels sont les écueils à éviter ?
                                • Rentrer dans les détails de l’histoire des premiers hominidés et de l’évolution des espèces
                                   humaines.
                                • Vouloir établir un récit continu de l’histoire de l’humanité.
                                • Traiter trop longuement de la préhistoire alors qu’il s’agit de donner une approche générale
                                   des premières migrations de l’humanité et de faire comprendre aux élèves le sens et les
                                   enjeux des transformations apparues au néolithique, sans négliger le passage à l’histoire
                                   avec l’apparition de la ville, de l’État et de l’écriture.
                                • Lire seulement les évolutions en termes de rupture et ne pas faire apparaître les
                                   continuités : chasseurs-cueilleurs et agriculteurs peuvent coexister ; les évolutions sociales,
                                   politiques, culturelles qui apparaissent dans l’étude des premières Cités-États sont en
                                   germe dans les sociétés de la fin de la période néolithique.




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