                                                             Informer et accompagner
                                                             les professionnels de l’éducation   Cycles 2                          3 4
                                     histoire-géographie
                                       S’approprier les différents thèmes du programme

                                       Histoire / classe de Quatrième




                                 Thème 3 - Société, culture et politique
                                     dans la France du XIXe siècle

                                    • Une difficile conquête : voter de 1815 à 1870
                                    • La Troisième République
                                    • Conditions féminines dans une société en mutation


                                 Extrait du programme du cycle des approfondissements, BOEN n°11 du 26 novembre 2015.



                               Pourquoi enseigner la société, la culture et la politique
                               dans la France du XIXe siècle en classe de Quatrième ?
                               L’intitulé du thème place la politique en troisième terme, derrière la société et la culture,
                               dans le cadre d’une période, de 1815 à 1914, qui voit se succéder cinq régimes différents.
                               Mais le politique domine clairement dans les sous-thèmes consacrés au vote et à la Troisième
                               République, le social étant abordé dans le troisième sous-thème par l’exemple des conditions
                               féminines. La question ouvrière a en outre déjà été abordée dans le thème précédent. C’est
                               bien la question de la démocratisation, de ses réalisations et de son inachèvement qui fait
                               l’unité du thème, où la République occupe une position centrale. L’étude doit permettre de
                               faire saisir aux élèves l’épaisseur historique de notre société démocratique actuelle.

                               Problématique : comment la France s’est-elle démocratisée au cours du XIXe siècle ?

                               On cherchera de manière prioritaire à faire comprendre à l’élève :
                               • que la lutte pour la démocratie est un facteur permanent tout au long du XIXe siècle ;
                               • qu’en France, lutte pour la démocratie et lutte pour la République sont indissociables ;
                               • que le projet républicain est d’unir le pays autour des valeurs de 1789 ;
                               • que la revendication féminine de l’égalité avec les hommes est déjà présente avant 1914.

                               Le centrage du thème sur la démocratie permet de travailler particulièrement la compétence
                               « analyser et comprendre un document » : les élèves auront l’occasion de travailler sur des
                               discours et des affiches politiques dont ils devront identifier « le point de vue particulier » et
                               par rapport auquel ils devront « exercer leur esprit critique ». Abordant des débats politiques
                               (l’Affaire Dreyfus, la Séparation), ils pourront développer la compétence « pratiquer différents
                               langages en histoire » en s’initiant aux techniques d’argumentation.

Retrouvez Éduscol sur




   eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016   1
  CYCLE   4    I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme
  Histoire / classe de Quatrième




                              Quelle est la place du thème dans la scolarité ?
                              • Dès le cycle 2, l’EMC permet de découvrir les notions de ce thème. Les élèves sont très tôt
                                 confrontés aux valeurs de la République et à la question de l’égalité entre les femmes et les
                                 hommes. Le vocabulaire des institutions, la participation démocratique et l’exercice du vote
                                 sont étudiés.
                              • Au cycle 3, en CM1, le thème 1 était « Le temps de la République », ce qui a permis de
                                 mettre en place quelques repères, en particulier sur le rôle de l’école laïque.
                              • Au lycée :
                                 --en Seconde générale et technologique, le thème 5 comprend une question intitulée
                                    « Libertés et nations en France et en Europe dans la première moitié du XIXe siècle ».
                                    En Première ES et L, la Troisième République est étudiée avec les deux suivantes dans le
                                    thème 5 ;
                                 --au lycée professionnel, en classe de Première, le thème 3 s’intitule « La République et le
                                    fait religieux depuis les années 1880 » : on saisit donc que notre thème est un moment
                                    indispensable pour comprendre la mise en place du régime républicain.



                              Quels sont les points forts du thème pour l’enseignant ?
                              Ce thème permet d’aborder les questions majeures suivantes, dans des termes qui ne sont
                              évidemment pas ceux dans lesquels on les posera en classe.

                              L’obtention d’un suffrage universel masculin libre : le suffrage universel a déjà été
                              expérimenté au cours de la Révolution française, mais avec des taux d’abstention majoritaires,
                              du fait des tensions qui régnaient alors. Les plébiscites napoléoniens sont eux aussi boudés
                              par la majorité de l’électorat. La Restauration réserve le droit de vote à environ 100 000
                              personnes, et sous la monarchie de Juillet, environ 240 000 personnes votent aux élections
                              nationales. Sous ce dernier régime, les conditions de participation aux élections municipales
                              sont beaucoup plus souples : environ 2 900 000 personnes y participent, soit un homme
                              sur trois. En 1848, le passage du système censitaire au suffrage universel constitue tout
                              de même une rupture « brusque » (René Rémond), mais aussi un moment important de
                              politisation, avec une participation très majoritaire, aussi bien aux législatives d’avril qu’à la
                              présidentielle de décembre. Le parti de l’ordre ampute ensuite le corps électoral d’un tiers
                              de ses membres pour écarter les ouvriers du suffrage ; Louis-Napoléon Bonaparte rétablit le
                              suffrage universel lors de son coup d’État, mais il en dénature l’expression par la restriction
                              des libertés et la pratique de la « candidature officielle ». Il organise plusieurs plébiscites,
                              mais seul le dernier, celui destiné à approuver ses réformes libérales, se déroule à la suite
                              d’une vraie campagne. Si les élections de 1871 se tiennent dans une France en partie occupée,
                              celles de 1876, qui voient les républicains conquérir la majorité face aux conservateurs, se
                              déroulent normalement, à la différence de 1877 où le gouvernement conservateur du duc
                              de Broglie, soutenu par le président Mac Mahon, tente par tous les moyens de renverser la
                              majorité. Par la suite, les élections législatives se déroulent régulièrement et sans accroc.
                              Notons cependant qu’aucun référendum ne sera organisé en France de 1870 à 1945.

                              Le vote se joue alors à plusieurs échelles : on élit depuis longtemps les conseils municipaux,
                              et les conseils généraux des départements (qui n’ont qu’un rôle consultatif). La République,
                              par la loi de 1884, permet désormais à tous les conseils municipaux d’élire leur maire, ce qui
                              permet la mise en place d’une véritable démocratie représentative locale. Les sénateurs sont

Retrouvez Éduscol sur




   eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016   2
  CYCLE   4    I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme
  Histoire / classe de Quatrième




                              quant à eux élus au suffrage indirect, avec un corps électoral ressemblant fortement à celui
                              d’aujourd’hui. Les modalités du vote évoluent : l’isoloir n’arrive en France qu’en 1903 (il existe
                              en Australie depuis 1857). Surtout, le vote est structurant : ce sont les comités électoraux qui
                              sont, avec les groupes parlementaires, la matrice des partis politiques qui ne peuvent avoir
                              d’existence officielle qu’en 1901, avec la loi sur la liberté d’association.

                              Le suffrage universel a permis aux républicains de s’installer durablement au pouvoir.
                              Ils sont désormais les seuls à pouvoir tenter d’unir la nation autour des valeurs de 1789.
                              L’adoption de la Marseillaise comme hymne national en 1879, l’institution de la fête nationale
                              du 14 juillet en 1880, les lois de 1881-1882 sur l’école obligatoire et laïque, la loi de 1889
                              sur la conscription obligatoire, la loi de 1905 sur la Séparation des Églises et de l’État
                              s’inscrivent dans cette perspective. Mais cette unité a des limites obligées : la loi de 1881 sur
                              la liberté de la presse et de l’affichage, la loi de 1884 autorisant les syndicats, la loi de 1901
                              sur la liberté d’association déjà mentionnée, la loi même de 1905 réaffirmant la liberté de
                              conscience et instaurant la liberté de culte, permettent à toutes les oppositions et à tous les
                              mécontentements, malgré quelques restrictions, de s’exprimer. D’âpres conflits sociaux et
                              religieux se reflètent ainsi dans la vie politique qui n’est souvent ni apaisée, ni consensuelle.
                              L’affaire Dreyfus (1894-1906) remet ainsi en jeu les principes fondamentaux de la République.

                              Les femmes restent également exclues de la vie politique. Mis à part en Finlande (1906)
                              et en Norvège (1913), c’est le cas dans toutes les autres démocraties européennes, mais
                              cette exclusion sera plus durable en France. Le travail féminin est pourtant une réalité
                              ancienne : 6,2 millions de femmes sont actives en 1866, soit un tiers de la population active
                              totale, et encore ce chiffre est-il probablement sous-évalué du fait de l’activité des femmes
                              d’agriculteurs, d’artisans et de commerçants. Les femmes, moins syndiquées que les
                              hommes, participent cependant aux mouvements de grève (elles sont 27% des grévistes du
                              Midi entre 1903 et 1914), et des grèves se produisent dans des secteurs où le travail féminin
                              domine (comme dans le textile). Elles obtiennent certains droits, comme la libre disposition de
                              leur salaire (1907) et le congé de maternité de 8 semaines (non rémunéré), en 1909. En 1907,
                              elles deviennent électrices et éligibles aux tribunaux des prud’hommes.

                              De plus, elles rattrapent au long du XIXe siècle leur retard d’alphabétisation sur les
                              hommes. La première bachelière est diplômée en 1861, et en 1881 une femme est pour la
                              première fois reçue à l’externat de médecine. L’enseignement secondaire féminin se met
                              en place en 1867 et 1880. En 1900, les femmes ont le droit de plaider comme avocates. Le
                              sport féminin commence son essor à la Belle Époque. Mais la revendication du droit de vote,
                              présente dès 1848, portée ensuite par des militantes comme Hubertine Auclert, ne trouve
                              pas de débouché, quand bien même elle attire la sympathie de quelques députés comme
                              Ferdinand Buisson.



                              Comment mettre en œuvre le thème en classe ?
                              Suivre le fil directeur de la politisation pour comprendre la démocratisation
                              La politisation peut constituer un fil directeur. L’idée est de montrer aux élèves comment
                              les Français ont fait l’apprentissage du politique et construit leur démocratie. Il s’agit de faire
                              comprendre les mécanismes d’une « transition démocratique » (Gilles Pécout). De 1815 à
                              1870, le vote devient familier. Grâce à l’élargissement progressif du système censitaire, les
                              électeurs sont de plus en plus nombreux avant l’instauration du suffrage universel en 1848.
                              Les dessinateurs de presse comme Honoré Daumier ont évoqué ces évolutions.
                              Leurs dessins peuvent constituer des entrées utiles pour aborder la question du vote.
Retrouvez Éduscol sur




   eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016   3
  CYCLE   4    I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme
  Histoire / classe de Quatrième




                              Ils font écho aux débats parlementaires retranscrits dans le Journal des débats politiques
                              et littéraires, disponible sur Gallica. Pendant la période, la politisation est encore marquée
                              par des enjeux sociaux et localisés. Le récit de Tocqueville des élections de 1848 permet
                              de comprendre que, dans les campagnes, le vote est encore lié à l’appartenance à une
                              communauté traditionnelle.


                              Mettre en avant les symboles unificateurs et les grands débats
                              La Troisième République favorise la politisation. Des images et des récits d’inaugurations
                              de statue ou d’école permettent d’aborder la politique éducative des Républicains, la
                              monumentalité républicaine et les fêtes du régime. Il sera plus pertinent encore de
                              s’appuyer sur des exemples locaux. La politisation n’est pas qu’une diffusion qui viendrait
                              du « haut ». L’ancrage local demeure. Surtout, dans les affrontements politiques, les forces
                              souvent hostiles à la République comme l’Église catholique participent au débat et permettent
                              aussi une politisation. L’Affaire Dreyfus et la loi de Séparation de 1905 sont autant de
                              circonstances qui permettent de mesurer les progrès de l’apprentissage du politique. L’Assiette
                              au beurre, disponible sur Gallica, ou d’autres titres de la presse satirique peuvent offrir des
                              ressources utiles pour cerner ces moments, mais on peut aussi choisir de recourir à la presse
                              d’information plus classique. Étudier l’un de ces deux grands moments peut donner un
                              exemple de débat politique aboutissant à un affermissement de la République.

                              Les femmes ne participent pas aux élections, mais les féministes investissent la sphère
                              publique pour faire avancer leur cause. Si elles luttent pour l’instruction des filles, elles se
                              préoccupent également du droit du travail féminin. Leur action met en évidence l’importance
                              et la diversité des activités économiques des femmes. Les revendications et les avancées
                              juridiques permettent d’aborder les mutations des conditions féminines. Pour obtenir gain
                              de cause, les femmes sont entrées en politique. Elles ont fondé des associations. Elles ont
                              créé de nombreux organes de presse. Des photographies de manifestations, des discours,
                              des articles de presse peuvent ainsi permettre de comprendre un combat féministe, des
                              évolutions des conditions féminines et la politisation nouvelle des femmes françaises.


                              Montrer les solidarités politiques et sociales
                              L’étude des espaces du politique et de la démocratie peut être un autre fil directeur.
                              Le bureau de vote est le premier d’entre eux. À la mairie, l’école et la caserne peut être
                              ajoutée la chambre des députés. La presse et la culture républicaine ou anti-républicaine
                              qu’elle véhicule, à Paris et en Province, peut être convoquée. La rue est aussi un espace du
                              politique : elle est le lieu des rassemblements festifs de la République ; elle accueille aussi
                              les manifestations d’où résonnent toutes les revendications. L’histoire de l’École sous la
                              Troisième République, de 1875 à 1914, peut fournir une étude de cas intéressante.

                              L’étude des conditions féminines peut être dissociée de celle des deux premiers sous-
                              thèmes. Cette approche peut permettre de mieux faire incarner les situations féminines. Il est
                              possible de s’intéresser aux points de contact qui existent entre les différentes catégories
                              de femmes : l’approche sociale requise par le thème étant centrée sur les femmes, ce sont
                              elles qui doivent permettre d’entreprendre une lecture transversale de la société et de ses
                              différentes composantes. Au cours du XIXe siècle, des femmes qui appartiennent aux élites ou
                              à la moyenne bourgeoisie fondent ou s’insèrent dans des associations visant à améliorer les
                              conditions des femmes qui travaillent. Leur engagement philanthropique met alors en lumière



Retrouvez Éduscol sur




   eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016   4
  CYCLE   4    I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme
  Histoire / classe de Quatrième




                              des situations et des mutations. Ces femmes sont souvent des féministes.
                              Marie-Louise Bérot-Berger, une bourgeoise picarde, une réformatrice ayant fondé une société
                              d’aide aux femmes du peuple et membre de groupe féministe, offre ainsi un exemple pour
                              permettre d’entrer dans l’étude. Marie Curie peut aussi permettre de montrer et de relativiser
                              les avancées féminines à la veille de la Grande Guerre.


                              Principaux repères chronologiques à construire
                              • 1848 : adoption du suffrage universel
                              • 1870 : proclamation de la Troisième République
                              • 1882 : Jules Ferry et l’école gratuite, laïque et obligatoire
                              • 1894-1906 : Affaire Dreyfus
                              • 1905 : séparation des Églises et de l’État



                              Quelles sont les contributions du thème aux parcours
                              et aux enseignements pratiques interdisciplinaires ?
                              Les possibilités de contribution au Parcours d’éducation artistique et culturelle sont
                              multiples. Il est possible d’utiliser les tableaux d’Alfred Bramtot (Le suffrage universel) ou
                              d’Alfred Roll (Le 14 juillet 1880, inauguration du monument à la République). Des dessins de
                              presse ou des photographies peuvent aussi être étudiés. Un regard peut également être porté
                              sur les réalisations architecturales ou sculpturales de la République.

                              Le programme de français de Quatrième proposant une découverte du roman réaliste ou
                              naturaliste et une approche des représentations de la société française au XIXe siècle, un
                              enseignement pratique interdisciplinaire peut être mis en place avec cette discipline.



                              Écueils à éviter
                              • Faire des études séparées de la société, de la culture et de la politique au XIXe siècle.
                              • Traiter de manière trop chronologique les régimes politiques de la période s’étendant de
                                 1815 à 1870 sans comprendre la logique plus transversale de l’étude du vote.
                              • Dresser un panorama qui énumérerait les différentes catégories sociales des femmes
                                 (paysanne, ouvrière, bourgeoise…).




Retrouvez Éduscol sur




   eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016   5
