Informer et accompagner les professionnels de l’éducation Cycles 2 3 4 Histoire-Géographie Travailler les compétences et évaluer la maîtrise du socle Raisonner, justifier une démarche et les choix effectués Enjeux et finalités L’histoire et la géographie enseignées visent à donner une connaissance et une compréhension du monde en interrogeant son organisation présente et en identifiant ses héritages : ce sont des disciplines qui croisent trois dimensions – les sociétés, le temps et l’espace. Les professeurs entraînent leurs élèves à raisonner et à justifier lorsqu’ils les amènent : • à questionner des faits historiques ou géographiques, le rôle et les intentions des acteurs individuels et collectifs ; • à proposer des analyses qui s’appuient sur des faits, à saisir le vrai et à justifier leurs démarches ; • à rechercher et identifier la diversité des interprétations possibles de faits historiques et géographiques. Cet exercice intellectuel est la garantie même de l’acquisition progressive d’un esprit critique et rejoint donc les finalités citoyennes de ces disciplines. Une situation historique ou géographique problématisée est le préalable à une démarche d’analyse ou d’enquête reposant sur une documentation. Au cycle 4, répondre à des questions telles que : « Pourquoi la royauté est-elle abolie en France en 1792 ? », « Pour quelles raisons la région Île de France est-elle le premier foyer de population et la première région économique du pays ? » impose un engagement intellectuel complexe des élèves qui sont conduits à construire des hypothèses à partir de données qu’ils interprètent pour établir des faits qu’ils justifient. Au cycle 3, il est préférable de poser la question « comment » plutôt que « pourquoi », laquelle peut être complexe, par exemple : « Comment Louis XIV gouverne-t-il ? », ou encore « Comment le Roi-Soleil exprime-t-il son pouvoir ? ». Pour raisonner, les élèves doivent connaître la manière dont une discipline lit le monde, et pour cela comment elle le questionne. L’histoire et la géographie présentent des spécificités dans la manière de raisonner, c’est-à-dire de penser leur objet d’étude. Retrouvez Éduscol sur eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale - Mai 2017 1 CYCLEs 3 4 I Histoire-Géographie I Travailler les compétences et évaluer la maîtrise du socle En histoire En géographie Quand ? Où ? Pourquoi à ce moment-là et pas à un autre ? Pourquoi est-ce là et pas ailleurs ? Comment s’organise l’espace ? A quelle échelle aborde-t-on le problème ? Y a-t-il des conséquences à d’autres échelles ? Acteurs et intentionnalité : Qui ? Avec quelles intentions ? Acteurs et intentionnalité : qui ? Avec quelles intentions ? Avec quelles représentations ? Les spécificités de l’histoire orientent le raisonnement vers la manière de penser le temps, c’est-à-dire d’appréhender et de comprendre comment les hommes et les femmes du passé se représentaient le monde et agissaient : « Quels furent leurs choix et leurs actions ? », « Comment les expliquer ? », « Quelles sont les ruptures ? Quelles sont les permanences ? ». Il s’agit donc d’une lecture organisée et méthodique qui entend donner du sens au passé avec l’intention de dire « le vrai ». La discipline historique développe « une aptitude au décryptage » : en histoire, on « apprend à déconstruire et à reconstruire la pensée des autres1 ». On pourrait ajouter qu’on apprend à sortir des évidences. Cette capacité à questionner et à se décentrer permet en retour, par un détour, de construire la capacité à questionner le monde présent. La géographie place au cœur du raisonnement les rapports des sociétés à l’espace. Le raisonnement s’attache à l’organisation de l’espace des sociétés et tout autant aux acteurs, à leurs actions, leurs pratiques et à leurs moteurs (choix, représentations, désirs). Pour comprendre ces organisations et en éclairer les logiques, le raisonnement géographique met à jour des interactions, des enjeux et des conflits ; il mobilise différentes échelles d’analyse. Enfin, il intègre les territoires dans une dynamique qui prend en compte le passé (les choix réalisés précédemment et l’existant) et le futur (le devenir des territoires dans une dimension prospective). Ces questionnements et les modes de raisonnement induits ancrent pleinement l’histoire- géographie dans le champ des sciences sociales. Fabriquer un citoyen éclairé, capable de se questionner, de questionner, de raisonner et d’agir, tel est l’enjeu de l’histoire et de la géographie. On est donc loin de la représentation, aujourd’hui dépassée, de disciplines conçues comme une accumulation de faits et une nomenclature de lieux à mémoriser. C’est par la production d’énoncés, tant à l’oral qu’à l’écrit, sous forme de récits, de descriptions ayant une vocation démonstrative, que les élèves raisonnent et mémorisent. Ils s’exercent ainsi par l’acquisition de ces démarches à la maîtrise des domaines 1, 3 et 5 du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. 1. O. Grenouilleau, « L’Histoire à l’école », Le Débat, n° 175, p. 55. Retrouvez Éduscol sur eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale - Mai 2017 2 CYCLEs 3 4 I Histoire-Géographie I Travailler les compétences et évaluer la maîtrise du socle Travailler la compétence « Raisonner, justifier une démarche et les choix effectués » L’apprentissage de la compétence s’effectue dans la durée, au cycle 3 et au cycle 4 et se poursuit au lycée. Des démarches communes pour raisonner aux cycles 3 et 4 Raisonner en classe d’histoire-géographie, c’est mettre les élèves en situation d’enquête, d’où l’importance que le professeur doit accorder au fil conducteur de l’exercice ou de la séance. Plusieurs étapes peuvent être travaillées. • Une phase de questionnement, d’élaboration d’hypothèses. Les élèves proposent des réponses à une situation initiale et identifient le fil directeur, à partir de ce qu’ils connaissent d’une question, de leurs représentations. Ils enrichissent celles-ci à l’aide de ressources proposées par l’enseignant. À ce stade, les réponses ne restent que des hypothèses, tant qu’elles n’ont pas été discutées et amendées par le groupe. • Une phase d’analyse des données. Les hypothèses deviennent des faits lorsqu’elles se fondent sur des données vérifiées en prenant appui sur les supports documentaires et sur des modes de raisonnements reconnus par le groupe et validés par l’enseignant. Les données sont triées et hiérarchisées. • Une phase d’élaboration de l’explication, rassemblant l’ensemble des faits, sous des formes qui peuvent être variées : texte, croquis, chronologie, schéma fléché ou systémique. En justifiant les étapes de leur démarche et en les soumettant à discussion, les élèves s’initient à une pratique réflexive qui leur permet de prendre conscience des raisonnements mobilisés et ainsi de mieux les maîtriser. Des modes de raisonnement Les élèves peuvent être amenés ainsi à : • Comparer, corréler, relier des faits de nature différentes donnant lieu à des inférences : par exemple, en confrontant des documents révélant l’effondrement économique de l’Allemagne, la montée du chômage, les rapports de force politique au sein de la république de Weimar, les élèves mettent en évidence la pluralité des causes de l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Ils doivent comprendre que le NSDAP n’est pas parvenu à la chancellerie à l’issue d’une prise de pouvoir, ni par un processus démocratique mais parce que les hommes au pouvoir ont choisi de s’allier aux nazis pour contrer le danger bolchevique dans le contexte de la crise économique et sociale. • Argumenter en apprenant à justifier une idée à partir d’un exemple ou d’une situation identifiée, par un schéma, un croquis, la production d’un court texte. • Apprendre progressivement à classer les faits en grands domaines (politiques, économiques, culturels, etc.) et développer ainsi des facultés d’abstraction qui permettent de caractériser et de donner du sens à des notions/concepts mobilisés dans ces disciplines qui sont inévitablement polysémiques (par exemple, la démocratie athénienne n’est pas celle de la Ve République : les élèves raisonnent lorsqu’ils sont en mesure d’identifier les attributs communs et différents de ces deux démocraties). Il s’agit ici d’une compétence essentielle à l’exercice de la citoyenneté car conceptualiser, dans le quotidien, c’est donner du sens à une situation vécue. L’apport de l’histoire et de la géographie à l’acquisition du domaine 3 du socle commun devient plus explicite. Retrouvez Éduscol sur eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale - Mai 2017 3 CYCLEs 3 4 I Histoire-Géographie I Travailler les compétences et évaluer la maîtrise du socle • Identifier le rôle des « acteurs/actrices » qui peuvent être des individus (des grands personnages mais aussi des anonymes), des groupes sociaux qui se reconnaissent comme tels (des ouvriers en grève par exemple), des acteurs institutionnels et politiques (des chefs d’État qui engagent leur pays dans une direction donnée par exemple). En travaillant sur les acteurs, les élèves apprennent à caractériser leurs motivations, à confronter idées et réalisations, à identifier des « points de vue » différents, et à décrire les antagonismes et les conflits qui peuvent en résulter. • Identifier et nommer des enchaînements, des causalités. Du cycle 2 au cycle 4 : une approche progressive de la compétence Les repères de progressivité ci-dessous donnent des indications de complexification croissante des raisonnements, ils ne visent pas à figer ce qui est attendu à tel ou tel niveau, mais à identifier des dynamiques dans les apprentissages. Au cycle 2 L’élève s’appuie sur des connaissances encore intuitives et commence à justifier ses démarches et ses réponses de manière rationnelle. Au cycle 3 L’élève apprend à vérifier et justifier une hypothèse à partir de supports qu’il a étudiés. Il sait décrire son cheminement de manière plus précise. Il s’initie aux démarches de raisonnements indiquées ci-dessus. Au cycle 4 Tout en consolidant les démarches travaillées au cours du cycle 3, les élèves enrichissent leurs modes de raisonnement en mettant en relation plusieurs faits ou données, en manipulant des échelles spatiales et temporelles différentes et en identifiant des acteurs (acteurs individuels, groupes, institutions), leurs choix, leurs actes et les conséquences de ceux-ci. Ils apprennent à mobiliser des grandes catégories abstraites, à identifier des notions clés des programmes tels que, par exemple, la « démocratie », la « laïcité » ou encore la « mondialisation »… Ils sont enfin entraînés à identifier les démarches qu’ils mettent en œuvre, à les justifier, mais aussi à identifier des points de vue, à les confronter et à exercer leur « jugement critique ». Retrouvez Éduscol sur eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale - Mai 2017 4 CYCLEs 3 4 I Histoire-Géographie I Travailler les compétences et évaluer la maîtrise du socle Schéma récapitulatif Les composantes de la compétence au cycle 3 sont reprises et complétées au cycle 4. L’ordre d’exposition des composantes n’a pas de caractère imposé et le travail en classe mobilise et combine plusieurs d’entre elles. Se poser des questions Cycle 3 Poser des questions en appui Cycle 4 du professeur à partir de Apprendre à se poser des situations et/ou de supports questions de manière autonome simples : à partir d’un fil directeur ou d’une Dans un premier temps, situation complexe. répondre à : « qui », « quoi », « où », « quand », « comment ». Ils sont initiés à des questions plus ouvertes Formuler des hypothèses Cycle 3 Mettre en relation deux Cycle 4 informations pour émettre Corréler deux ou trois faits une hypothèse. pour émettre des hypothèses à Apprendre à émettre au différentes échelles temporelles et moins une hypothèse en lien spatiales, en les reliant au rôle et à avec la situation historique ou la motivation des acteurs. géographique étudiée. Vérifier Cycle 3 Prélever des informations sur Cycle 4 un document pour valider une Citer les sources et leur contenu hypothèse. pour valider une hypothèse. Apprendre à croiser des Croiser des sources pour identifier documents simples et de des points de vue différents. nature différente pour vérifier une hypothèse. Justifier une démarche, une interprétation Cycle 3 Identifier les grandes étapes Cycle 4 d’une démarche : question, Interpréter les faits historiques ou hypothèse, vérification, géographiques en mobilisant des interprétation en recourant modes de raisonnement décrits à des éléments de preuve ci-dessus. simples. Articuler les grandes étapes de la démarche aux éléments de preuve Retrouvez Éduscol sur et en rendre compte à l’oral ou à l’écrit. eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale - Mai 2017 5 CYCLEs 3 4 I Histoire-Géographie I Travailler les compétences et évaluer la maîtrise du socle Des exemples de mise en œuvre et d’évaluation au cycle 3 et au cycle 4 Raisonner, c’est apprendre à (se) questionner. En histoire, au cycle 3 : • En fin de CM1, les élèves sont initiés à des questions ouvertes, à partir de 3 supports sur la destinée de Louis XVI. Ils apprennent à formuler des hypothèses qui leur permettent de mobiliser des savoirs et des repères historiques (ressource vidéo à venir). • Raisonner, cela peut être « justifier » une affirmation, c’est le cas ici avec cette activité où il est demandé à des élèves de 6e d’expliquer pourquoi le terme de « révolution néolithique » se justifie (ressource à venir). Au cycle 4, raisonner, c’est très souvent faire un récit ou une description ayant une vocation démonstrative (ou explicative). Les ressources sur l’évaluation des compétences au cycle 4, publiées sur le site éduscol donnent des exemples de productions attendues sur les sujets suivants en classe de 3e : « Raconter une crise de la guerre froide pour montrer qu’elle est emblématique d’une confrontation Est-Ouest » ; « Rédiger un récit biographique » de Simone Veil. En géographie, au cycle 3 : Lors de l’étude du thème 2 du CM2 « se déplacer », les élèves sont amenés à différencier, puis à effectuer des comparaisons entre les différents déplacements des habitants. Par l’identification des acteurs concernés, ils identifient peu à peu des groupes sociaux et les caractérisent (par exemple, les travailleurs qui effectuent des allers-retours quotidiens entre le domicile et le lieu de travail ou les touristes aisés qui partent en vacances vers des destinations lointaines). Au cycle 4 Raisonner c’est apprendre à argumenter en confrontant des points de vue différents. La géographie se prête particulièrement à cette mise en œuvre à travers différentes thématiques, dans la situation d’apprentissage de jeux de rôles. Un exemple dédié au chapitre « Des ressources limitées, à gérer et à renouveler », à partir de l’étude du front pionner brésilien en classe de 5e (ressource à venir). 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