Informer et accompagner les professionnels de l’éducation Cycles 2 3 4 histoire-géographie S’approprier les différents thèmes du programme Histoire / classe de Cinquième Thème 3 - Transformations de l’Europe et ouverture sur le monde aux XVIe et XVIIe siècles • Le monde au temps de Charles Quint et Soliman le Magnifique • Humanisme, réformes et conflits religieux • Du Prince de la Renaissance au roi absolu (François Ier, Henri IV, Louis XIV) Extrait du programme du cycle des approfondissements, BOEN n°11 du 26 novembre 2015. Pourquoi enseigner « les transformations de l’Europe et l’ouverture sur le monde aux XVIe et XVIIe siècles » en classe de Cinquième ? L’intitulé du thème fournit des indications. Le lien entre « transformations » et « ouverture » de l’Europe initie une vision de l’affirmation du monde moderne que l’on retrouve dans les thèmes 1 et 2 de la classe de Quatrième. C’est avec ce thème que l’on entre dans les « temps modernes ». La rubrique « démarches et contenus d’enseignement du programme » incite d’ailleurs à commencer l’étude au XVe siècle ; on peut faire le choix de l’année 1453, avec la prise de Constantinople par les Turcs. Elle se termine avec la fin du règne de Louis XIV. Les échelles spatiales qui sont en jeu dans ce thème sont diverses : l’espace méditerranéen, l’Europe et le monde, le royaume de France, mais le centrage est européen. Problématique : comment l’Europe est-elle passée du Moyen Âge à l’époque moderne ? On cherchera de manière prioritaire à faire comprendre à l’élève : • que l’époque étudiée est celle de profondes transformations qui mènent, à des rythmes différents (évolutions et ruptures), du Moyen-Âge à l’époque moderne. • que la mondialisation a des racines anciennes qui sont intimement liées à l’histoire de l’Europe. Retrouvez Éduscol sur eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016 1 CYCLE 4 I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme Histoire / classe de Cinquième Il permet en particulier d’approfondir la compétence « se repérer dans le temps » puisque « mettre en relation les faits d’une époque ou d’une période donnée » est une nécessité vitale dans un thème d’une telle ampleur et que la mise en avant de l’entrée dans les temps modernes pose la question de l’identification des ruptures et continuités chronologiques. La compétence « Pratiquer différents langages en histoire et en géographie » peut être travaillée par la réalisation de productions cartographiques, et le travail sur un récit de voyage des grandes découvertes ainsi que l’étude de portraits de monarques permettent d’affiner la compétence « Analyser et comprendre un document ». Quelle est la place du thème dans la scolarité ? • Lors de la première année du cycle 3, en CM1, les élèves ont pu découvrir un thème intitulé « Le temps des rois » (thème 2). Celui-ci permet d’aborder Louis IX, François Ier, Henri IV et Louis XIV. Si les traits majeurs de l’histoire politique, économique, sociale ont été abordés et si la Renaissance, l’humanisme, les guerres de religion, ont pu être étudiés au travers des figures royales, les Grandes Découvertes n’ont pas été évoquées. • Au lycée : --Ce thème est repris en seconde générale et technologique, dans le thème 4 du programme d’histoire, « Nouveaux horizons géographiques et culturels des Européens à l’époque moderne », qui renouvelle et approfondit le lien entre l’ouverture de l’Europe au monde et ses transformations internes. --Le programme de seconde de la voie professionnelle est tout entier consacré au thème « Les Européens et le monde (XVIe-XVIIIe siècles) » et s’inscrit dans la même perspective. Quels sont les points forts du thème pour l’enseignant ? Ce thème permet d’aborder les questions majeures suivantes, dans des termes qui ne sont évidemment pas ceux dans lesquels on les posera en classe. Trois phénomènes majeurs et progressifs ont lieu durant la même période : une ouverture croissante de l’Europe au monde, une mise en débat des traditions établies, l’affirmation de l’État (dans la continuité de sa croissance médiévale abordée pour la France au thème précédent). La confrontation entre l’empire de Charles Quint et l’empire Ottoman : Charles Quint est le souverain le plus puissant de la chrétienté. Ce Habsbourg se trouve, directement ou par mariage, l’héritier de plusieurs dynasties. C’est ainsi qu’il est à la tête des Pays-Bas, de l’Espagne, de l’archiduché d’Autriche… et qu’en 1519 il succède à son grand-père à la tête du Saint-Empire romain germanique. Il se veut l’héritier des ambitions de Charlemagne et rêve d’unir la chrétienté contre l’empire Ottoman. Ce dernier est à son apogée sous le règne de Soliman le Magnifique (1520-1560), il s’est étendu dans les Balkans, domine la Méditerranée, la mer Rouge et le golfe Persique au prix d’affrontements avec les Espagnols et les Portugais. Le siège de Vienne (1529) se solde par un échec, mais c’est la défaite navale de Lépante (1571) que l’on retient souvent comme marquant le début d’un lent déclin. Retrouvez Éduscol sur eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016 2 CYCLE 4 I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme Histoire / classe de Cinquième Les Grandes Découvertes sont d’abord le fait des Portugais et des Espagnols. Sous l’impulsion du prince portugais Henri le Navigateur (mort en 1460), la côte ouest de l’Afrique a été explorée. Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon soutiennent le projet de Christophe Colomb qui cherche une nouvelle route pour les Indes orientales. En 1494, le traité de Tordesillas partage entre l’Espagne et le Portugal toutes les terres découvertes et à découvrir ; il sera battu en brèche au XVIe siècle avec les voyages d’exploration français et anglais. Les Grandes Découvertes s’achèvent avec le retour en Europe d’un des navires de Magellan (1522) ; c’est alors que s’amplifie la mise en exploitation des nouveaux mondes. La Renaissance et la Réforme ont en commun de poser une rupture, l’une culturelle, l’autre religieuse, avec l’époque précédente. L’évêque humaniste Giovanni Andrea Bussi emploie pour la première fois en 1469 le terme de « Moyen Âge ». Son usage se répand au XVIIe siècle pour lui opposer en amont l’Antiquité, et en aval la Renaissance. Le retour opéré à la culture de l’Antiquité comme à l’étude directe du texte de la Bible laisse de côté des siècles de la tradition occidentale, quand bien même les historiens soulignent aujourd’hui que cette rupture a été longuement préparée durant l’époque médiévale, que l’on ne voit plus comme un temps de stagnation. L’imprimerie permet la diffusion des idées nouvelles. La rupture de l’unité religieuse européenne ruine le rêve de Charles Quint, tout comme l’affirmation des États : François Ier s’allie contre son rival à Soliman de Magnifique auprès duquel il ouvre en 1543 la première ambassade à Istanbul. L’idée de réforme de l’Église est une idée traditionnelle, déjà présente au Moyen Âge ; la nouveauté est qu’elle aboutisse à une rupture durable, avec la constitution de nouvelles Églises (luthériennes, réformées, anglicane) qui se constituent dans un cadre national, tandis que le catholicisme, avec le Concile de Trente (1545-1563), se réforme en gardant le lien avec la tradition et la papauté. Les conflits religieux divisent les humanistes : Erasme, par exemple, voudrait une réforme de l’Église sans rupture. François Ier a été le grand rival de Charles Quint, d’abord sur le plan militaire. Si Henri II n’a pas hésité à s’allier contre l’Empereur aux princes protestants d’Allemagne en 1552, les tensions religieuses n’épargnent pas le Royaume de France. De 1562 à 1598, le pouvoir royal est déstabilisé par les guerres de religion, mais il en sort renforcé : la religion ne peut plus être la garante de la paix civile, c’est le pouvoir royal qui impose l’Édit de Nantes. Au contraire, les divisions religieuses ont été source de violence. Le pouvoir royal doit désormais, pour le bien du royaume, garder les mains libres sur le plan religieux : l’État est désormais clairement seul à garantir l’ordre. La révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV (1685) et ses conséquences néfastes en sont l’illustration a contrario. Il en va de même du rapport avec la noblesse : les guerres de religion sont les affrontements de clans nobiliaires à la tête desquels se trouvent des grands : Guise, Bourbons, Montmorency, et leur nombreuse clientèle armée, auxquels les souverains se trouvent confrontés. Après celles-ci, un enjeu essentiel du pouvoir royal sera la mise sous tutelle de la noblesse. Les règnes d’Henri IV et de Louis XIV sont des moments décisifs de ce processus, malgré la réaction de la Fronde (1648-1653). Retrouvez Éduscol sur eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016 3 CYCLE 4 I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme Histoire / classe de Cinquième Comment mettre en œuvre le thème en classe ? Ce thème a une continuité très forte avec les thèmes 1 et 2 de la classe de Quatrième, parce qu’il lie comme eux les transformations internes de l’Europe et son expansion. Le concept de « première mondialisation » figurant dans le programme est fondamental : c’est la première fois que les élèves rencontrent le concept de « mondialisation » qui sera au cœur du programme de géographie de la classe de quatrième. Aborder la première mondialisation On dégagera donc progressivement une définition simple du concept de mondialisation, en montrant comment le XVIe siècle participe déjà en partie de ce phénomène, ce qui permet de revenir sur les grandes découvertes, qui pourront être abordées à partir de récits (comme celui de Jacques Cartier). Les voyages d’exploration sont le plus souvent motivés par le désir d’ouvrir de nouvelles routes maritimes vers les Indes, l’empire Ottoman contrôlant les routes terrestres. On peut ainsi aborder la question de la confrontation de l’empire de Charles Quint et de l’empire Ottoman et les comparer : Soliman unifie le monde musulman et porte, comme son prédécesseur Sélim Ier depuis 1516, le titre de calife qui fait de lui le successeur de Muhammad et le « commandeur des croyants », Charles-Quint veut unifier le monde chrétien mais se heurte à la rivalité de François Ier et à l’éclatement de la chrétienté occidentale lié à la Réforme. Faire comprendre les transformations de l’Europe On peut ainsi passer aux changements de l’Europe : celle-ci connaît des changements qui expliquent que l’on la désigne au XVIe siècle par le terme « d’Europe » et de moins en moins par celui de « chrétienté » (christianitas). Elle se définit certes en opposition à l’empire Ottoman, mais aussi par un ensemble de traits qui expliquent à long terme que l’Europe devienne au XVIIIe siècle le lieu de l’affirmation de la liberté individuelle : le centrage sur l’homme opéré par la Renaissance et l’humanisme, la naissance du pluralisme religieux à l’intérieur du monde chrétien, le renforcement d’États susceptibles de garantir l’ordre et la paix civile à l’intérieur de leurs frontières. On pourra faire comprendre cela aux élèves en suivant la destinée de grands personnages saisis à des moments-clefs : Luther, qui offre l’avantage d’être confronté à Charles Quint lors de la Diète de Worms, Erasme, dont on pourra faire comprendre pourquoi il est dit « prince des humanistes » régnant sur la « République des Lettres », ainsi qu’une figure d’artiste et de scientifique, Léonard de Vinci offrant ici un raccourci saisissant. Erasme s’oppose à Luther, Léonard de Vinci a passé ses dernières années auprès de François Ier : cela peut offrir des points de départ utiles. Retrouvez Éduscol sur eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Mars 2016 4 CYCLE 4 I histoire-géographie I S’approprier les différents thèmes du programme Histoire / classe de Cinquième Montrer l’évolution du pouvoir royal L’étude de l’évolution de la figure du pouvoir royal (« du prince de la Renaissance au roi absolu ») avec les figures de François Ier, Henri IV et Louis XIV s’inscrit dans cette perspective. Elle permet de montrer que cette évolution ne se fait pas sans crises ni retours en arrière (l’assassinat d’Henri IV, la révocation de l’Édit de Nantes en 1685). On pourra filer le thème de la noblesse : • François Ier, roi humaniste parmi les nobles. • Henri IV, roi de consensus contre les factions. • Louis XIV, roi guerrier maître de la noblesse. La religion ou l’image du prince montrant la progressive glorification du prince sont aussi des entrées possibles, ainsi que le thème du roi bâtisseur (de châteaux, mais aussi de places fortes). Principaux repères chronologiques à construire • 1453 : la prise de Constantinople. • 1492 : la découverte de l’Amérique. • 1517 : Luther publie ses 95 thèses. • 1598 : l’Édit de Nantes. • 1661-1715 : le règne de Louis XIV. Quelles sont les contributions du thème aux parcours et aux enseignements pratiques interdisciplinaires ? Les possibilités de contribution au Parcours d’éducation artistique et culturelle sont nombreuses. Des artistes (L. de Vinci, Michel Ange, Raphael, Dürer…) ou leurs œuvres (en peinture, sculpture, architecture…) sont autant de repères culturels possibles. Les thèmes d’Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) sont aussi très nombreux à pouvoir être envisagés dans cette partie du programme. Quelques exemples, sur les grandes découvertes, associant Histoire et Français ou les Sciences de la vie et de la Terre ou les Langues vivantes (espagnol...) : les représentations de végétaux et animaux inconnus, les nouveautés alimentaires, les « échanges biologiques », les récits de voyages, la découverte de l’altérité... Quels sont les écueils à éviter ? • Traiter en tant que tels les règnes de Soliman, de Charles Quint, de François Ier, d’Henri IV ou de Louis XIV sans les relier à la problématique du thème. • Entrer dans le détail des conflits religieux en perdant de vue l’unité du thème. • Rentrer dans les détails des différentes réformes alors que celles-ci seront approfondies au lycée. Au collège, l’enseignant doit faire saisir aux élèves la rupture de l’unité de la Chrétienté. • Confondre idéologie absolutiste et la réalité de la pratique du pouvoir « absolu » sous Louis XIV. 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