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Les guides
fondamentaux
pour enseigner
La résolution
de problèmes
mathématiques
au cours
moyen
Cet ouvrage a été coordonné par le service de linstruction
publique et de laction pédagogique et le service
de laccompagnement des politiques éducatives
de la direction générale de lenseignement scolaire
du ministère de lÉducation nationale, de la Jeunesse
et des Sports. Il a été rédigé, relu et coordonné avec
le concours de lInspection générale de léducation,
du sport et de la recherche.
Ce document a fait lobjet dune relecture critique
de plusieurs membres du Conseil scientifique
de léducation nationale.
Questions fréquentes
sur lenseignement
de la résolution
de problèmes
La résolution de problèmes est une tâche particulièrement
complexe pour les élèves. Lenseignement de la résolution
de problèmes demeure une activité difficile pour beaucoup
de professeurs, comme en témoignent les quelques
questions recueillies ci-dessous. Ce guide fondé sur létat
de la recherche apporte des réponses à ces questions,
comme lindiquent les renvois proposés dans cette rubrique.
Quels problèmes les élèves de cours moyen
doivent-ils savoir résoudre ?
Il nest bien évidemment pas possible détablir une liste exhaustive
des problèmes que les élèves de cours moyen doivent savoir résoudre.
Cependant, ce guide propose, au chapitre 1 (voir p. 16), une classification
en trois catégories principales qui doit permettre daider les professeurs
à structurer lenseignement de la résolution de problèmes dans leur classe :
— les problèmes en une étape ;
— les problèmes en plusieurs étapes ;
— les problèmes atypiques.
Que faire quand un élève narrive pas à résoudre
un problème ?
Quand un élève donne une résolution erronée, la première action du professeur doit
être danalyser la production de lélève pour repérer la ou les difficultés rencontrées.
Cette analyse peut sappuyer sur le modèle de résolution en quatre phases (comprendre,
modéliser, calculer, répondre) proposé au chapitre 2 (voir p. 42). Un exemple dune telle
analyse est développé dans un focus (voir p. 56). Il est généralement difficile de distinguer
si les difficultés relèvent de la phase « comprendre » ou de la phase « modéliser » à partir
des seules traces écrites ; un échange avec lélève est alors nécessaire. Des exemples de
tels échanges sont aussi proposés dans le focus mentionné précédemment. Une fois cette
analyse menée, des coups de pouce appropriés peuvent être fournis. Il est important que
ceux-ci ne dénaturent pas lobjectif principal de la séance. Le chapitre 3 (voir p. 65) fournit
trois curseurs sur lesquels il est possible dagir en fonction de lobjectif visé :
— la structure du problème ;
— le texte du problème ;
— le champ numérique.
Le paragraphe « Différencier pour permettre à tous les élèves de progresser » du chapitre
4 (voir p. 98) présente un exemple concret daction sur ces trois curseurs.
Doit-on apprendre Doit-on avoir des leçons
aux élèves à faire sur la résolution
des schémas ? de problèmes dans
À quel moment doit-on le cahier de référence
introduire les schémas (cahier de leçons)
en barres ? de mathématiques ?
La réponse à la première question est Oui. Les temps dinstitutionnalisation
évidemment positive. La compétence en classe permettent de faire le point
« représenter » fait partie des compétences sur ce qui a été appris au cours de
que les élèves doivent développer à lécole la séance, mais aussi pendant la
élémentaire. Les schémas sont souvent séquence. Ce savoir devient alors un
indispensables aux élèves pour pouvoir savoir de référence qui pourra être
modéliser correctement les problèmes qui réutilisé ultérieurement. La partie
leur sont soumis. Quatre types de schémas « Sappuyer sur linstitutionnalisation »
(schémas en barres, déplacements du chapitre 4 (voir p. 100) donne un
sur une droite, tableaux, arbres) sont exemple concret dune trace écrite
présentés en détail dans une partie dédiée dans un cahier délève de cours moyen,
du chapitre 4 (voir p. 107). Les schémas en produite dans le cadre dun temps
barres sont traditionnellement introduits dinstitutionnalisation, et de lutilisation
progressivement à partir du CE1. Ce qui de cette trace écrite pour résoudre de
est particulièrement important pour nouveaux problèmes.
les schémas en barres comme pour les
autres outils de représentation, cest
de conserver une certaine cohérence
dutilisation dannée en année, tout au
long de la scolarité obligatoire, afin de
permettre aux élèves de garder les
mêmes repères et de devenir de plus en
plus efficaces en résolution de problèmes.
Sommaire
INTRODUCTION
6 Pourquoi enseigner la résolution
de problèmes ?
7 La résolution de problèmes, une activité
à fort enjeu dans le monde
8 Les élèves français en difficulté
en résolution de problèmes
10 La place de la résolution de problèmes
10 Les compétences clés à développer
11 Lobjectif de ce guide
12 Plan du guide
CHAPITRES
I 15 Quels problèmes apprendre
à résoudre au cours moyen ?
16 Une catégorisation en trois types de problèmes
19 Les problèmes en une étape
29 Les problèmes en plusieurs étapes
31 Les problèmes atypiques
II 41 Quest-ce que résoudre un problème ?
42 Quatre phases fondamentales pour la résolution
de problèmes : comprendre, modéliser,
calculer et répondre
56 Focus | Analyser les erreurs des élèves
pour adapter laide à leur apporter
III 65 Identifier les obstacles à la résolution
de problèmes pour les élèves
66 La structure mathématique du problème
68 Le texte de lénoncé du problème
78 Le champ numérique
IV 83 Comment délivrer un enseignement structuré
de la résolution de problèmes ?
84 Fixer collectivement des objectifs sur le champ
de la résolution de problèmes
86 Construire une progression partagée
87  Focus | Un exemple dévaluation commune
proposée en fin de période 3 en CM1
89 Points de vigilance et propositions
pour construire une séquence en résolution
de problèmes
107 Enseigner explicitement des méthodes
de représentation efficaces pour modéliser
126 Focus | Exemples de résolution de problèmes
de cours moyen avec des fractions en utilisant
des schémas en barres
V 131 De lécole au collège : la résolution de problèmes
dans le cadre de la liaison CM26e
132 La résolution de problèmes au cœur
de lenseignement des mathématiques au collège
comme à lécole élémentaire
133 Exemples de problèmes pouvant avoir été
résolus au cours moyen
134 Exemples dutilisation au collège
des représentations schématiques
introduites au cours moyen
BIBLIOGRAPHIE ET OUTILS DE RÉFÉRENCE
142 Ouvrages
142 Articles
147 Rapports, contributions et conférences
Pourquoi enseigner
la résolution
de problèmes ?
7 — Introduction
Les éducateurs, les gouvernements, les employeurs
et les chercheurs mettent systématiquement en avant
la résolution de problèmes lorsquils évoquent
les compétences du xxie siècle1. En effet, dans le contexte
sociétal actuel, les citoyens ont de plus en plus besoin
de compétences danalyse et de raisonnement
pour la résolution de situations et de tâches complexes.
La résolution de problèmes mathématiques à lécole
primaire et au collège a pour objectif de contribuer
au développement de ces compétences. Elle permet
également aux élèves de consolider leurs connaissances
mathématiques, de développer des compétences
mathématiques (chercher, modéliser, représenter,
raisonner, calculer, communiquer2), dêtre actifs
et de renforcer leur confiance en eux. Savoir résoudre
des problèmes est une finalité de lenseignement
des mathématiques à lécole élémentaire, mais aussi
le vecteur principal dacquisition des connaissances
et des compétences visées.
La résolution de problèmes,
une activité à fort enjeu
dans le monde
Pour beaucoup de chercheurs, « la résolution de problèmes demeure lactivité dans
laquelle les élèves rencontrent le plus de difficultés »3 et cest un champ pour lequel les
professeurs des écoles peinent à construire un enseignement répondant aux besoins
1— Cynthia Luna Scott, « Les apprentissages de demain 2 :
quel type dapprentissage pour le xxie siècle ? », Recherche
et prospective en éducation : réflexions thématiques, n° 14, 2015.
2 — BOENJS n° 31 du 30 juillet 2020 (https://eduscol.education.
fr/87/j-enseigne-au-cycle-3).
3 — Pierre Barrouillet et Valérie Camos, « Savoirs, savoir-faire
arithmétiques et leurs déficiences », dans Michèle Kail et Michel Fayol
(dir.), Les Sciences cognitives et lécole. La question des apprentissages,
PUF, 2003.
8 — Introduction
des élèves. Comme de nombreux travaux de recherche, lenquête Pisa4 , pilotée par
lOCDE, a permis de confirmer que les difficultés des élèves ne peuvent sexpliquer
par le seul niveau des connaissances et compétences mathématiques pour résoudre
un problème, en effet, « de nombreux autres facteurs interviennent comme la connais-
sance en jeu, la familiarité avec le contexte du problème, la lisibilité de lénoncé, etc.5 ».
« Surmonter les défis […] suppose une évolution des pratiques denseignement Michèle Artigue,
permettant leur mise en cohérence avec les ambitions affichées. Les études Les Défis
des pratiques enseignantes menées dans le cadre de recherches didactiques de lenseignement
et de formations, tout comme les enquêtes menées par les institutions des mathématiques
internationales, montrent en effet que ce nest pour linstant généralement dans léducation
pas le cas. Lenseignement des mathématiques dans la scolarité de base de base, Unesco,
est trop souvent encore un enseignement peu stimulant […]. Paris, 2011.
Les recherches et expérimentations montrant que dautres alternatives
sont possibles, productives en termes dapprentissage et donnant aux
élèves une autre vision des mathématiques et de leur capacité à saisir
la signification de cette science, se sont pourtant accumulées au fil des
années […]. Elles mettent laccent sur la place à accorder à la résolution
de problèmes dans lenseignement des mathématiques, que ces problèmes
soient utilisés pour motiver et préparer lintroduction de nouvelles notions,
ou quils permettent de les travailler et les exploiter après quelles aient été
introduites. Lapprentissage y est perçu comme une opération progressive
de prise de sens au fil de la rencontre de situations problématiques
soigneusement choisies et organisées […]. »
Les élèves français en difficulté
en résolution de problèmes
Si les difficultés des élèves en résolution de problèmes sont une préoccupation
pour les pays du monde entier, les enquêtes nationales et internationales mettent
régulièrement en lumière que la situation est inquiétante pour les élèves de France.
Ceci transparaît notamment dans le traitement du problème ci-après qui a été
proposé en 2015, dans le cadre de lévaluation Timss6 , aux élèves de fin de CM1.
4 — Pisa : Programme international pour le suivi des acquis des élèves
(https://www.oecd.org/pisa-fr/).
5 — Éric Roditi, Franck Salles, « Nouvelles analyses de lenquête
Pisa 2012 en mathématiques : un autre regard sur les résultats »,
dans « Évaluation des acquis : principes, méthodologie, résultats »,
Éducation et Formations, n° 86-87, ministères chargés de léducation
nationale, de lenseignement supérieur et de la recherche,
Direction de lévaluation et de la prospective, 2015.
6 — Timss : Trends in International Mathematics and Science
Study ; enquête internationale mesurant les acquis des élèves de CM1
en mathématiques et en sciences.
9 — Introduction
« Une bouteille de jus de pomme coûte 1,87 zed.
Une bouteille de jus dorange coûte 3,29 zeds.
Julien a 4 zeds.
Combien de zeds Julien doit-il avoir en plus pour acheter les deux bouteilles ?
A. 1,06 zed B. 1,16 zed C. 5,06 zeds D. 5,16 zeds »
Pour ce problème, les élèves français ont obtenu le plus faible taux de réussite des
pays de lUnion européenne participants, avec un score de 42 %, alors que le tiers
des autres pays de lUnion européenne a obtenu des scores de réussite moyens entre
62 et 70 %, et que Singapour a même atteint un taux de réussite de 79 %7. Au-delà
du cas particulier de ce problème et du taux de réussite observé en France, des
difficultés des élèves en résolution de problèmes sont observées depuis plusieurs
années dans la plupart des pays de lOCDE.
« Ces faibles performances ont conduit de nombreux chercheurs Vanessa Hanin
à examiner, de façon approfondie, les stratégies adoptées par les élèves et Catherine Van
en résolution de problèmes. Ces derniers ont, notamment, mis à jour Nieuwenhoven,
lusage, par les élèves, de démarches de résolution superficielles telles que « Évaluation
la non prise en compte des connaissances du monde réel dans la résolution dun dispositif
et une résolution reposant sur la recherche dindices sémantiques. pédagogique visant
Or, ces démarches savèrent inefficaces pour résoudre de véritables le développement de
problèmes au sens où lindividu ne connaît pas demblée la démarche stratégies cognitives
à adopter pour solutionner le problème. À cet effet, les chercheurs et métacognitives
qui se sont penchés sur cette problématique préconisent un changement en résolution
au niveau des pratiques denseignement et dapprentissage de la résolution de problèmes
de problèmes. Plus précisément, ces derniers saccordent sur la nécessité en première
de reconceptualiser les activités de résolution de problèmes comme secondaire », Évaluer.
des exercices de modélisation, de proposer des recueils de problèmes variés, Journal international
dadopter une méthodologie ouverte, autrement dit, de favoriser la diversité de recherche
des démarches et des stratégies de résolution et dintroduire de nouvelles en éducation
normes socio-mathématiques, plus appropriées. » et formation, Vol. 2,
n° 1, p. 53-88, 2016.
Ainsi, au-delà de la performance obtenue se pose la question des indices sur lesquels
un élève sest appuyé pour aboutir au résultat. En effet, « la recherche dindices
sémantiques » évoquée ci-dessus mène à des réussites lorsque ces indices encou-
ragent la modélisation attendue. Toutefois, ces réussites sapparentent à des faux
positifs dès lors quil y a échec de lélève en labsence de ces indices. Les cas les plus
évidents sont les choix dopération influencés par des mots clés comme « de plus »
induisant une addition ou « perdre » une soustraction. Ce phénomène est toutefois
bien plus large encore, car il concerne aussi les relations entre les entités présentes
dans les énoncés, comme des fleurs et des vases par exemple, qui induisent a priori
une relation multiplicative8 .
7 — Les résultats de lenquête Timss sont consultables sur le site
de lIEA (International Association for the Evaluation of Educational
Achievement, https://timssandpirls.bc.edu).
8 — Miriam Bassok, “Semantic Alignments in Mathematical Word
Problems”, in Dedre Gentner, Keith J. Holyoak et Boicho N. Kokinov (Eds.),
The Analogical Mind: Perspectives from Cognitive Science, Cambridge,
MA, MIT Press, 2001.
10 — Introduction
La place de la résolution
de problèmes
Aujourdhui, il y a un consensus sur la place centrale que doit occuper la résolution
de problèmes dans lenseignement des mathématiques à lécole primaire comme
au collège et dont le programme de mathématiques du cycle 3 se fait le relais :
« la résolution de problèmes constitue le critère principal de la maîtrise des
connaissances dans tous les domaines des mathématiques, mais elle est également
le moyen den assurer une appropriation qui en garantit le sens9 ».
Ce que lon entend par « problèmes » peut être relativement large ; ce guide restera
centré sur la résolution des problèmes verbaux à données numériques. Il sagit
de problèmes proposés sous forme dun texte, éventuellement accompagné dune
illustration, contenant des données numériques quil faut mettre en relation et avec
lesquelles il faut faire des opérations mathématiques pour obtenir ce qui permet
de donner la ou les réponses à une question posée.
Les compétences clés à développer
Laptitude des élèves à résoudre de tels problèmes va dépendre principalement de
trois facteurs :
— les connaissances mathématiques des élèves10 : ils doivent en effet identifier les
nombres en jeu dans lénoncé et leur nature (entiers, fractions, décimaux), quelle
que soit leur écriture (en lettres, en chiffres, avec ou sans virgule, sous forme frac-
tionnaire), connaître le sens des opérations quils vont devoir mobiliser, maîtriser
des moyens deffectuer les calculs nécessaires, mentalement ou par écrit, etc. ;
— la mémoire de problèmes similaires préalablement résolus11 : les enfants comme
les adultes sappuient largement sur leur mémoire pour résoudre des problèmes.
Lévocation en mémoire de problèmes pouvant aider à la résolution dun nouveau
problème relève du transfert dapprentissage, qui dépend de facteurs nombreux
et complexes12. Certains problèmes deviennent si familiers que leur traitement
9 — Programme consolidé du cycle 3, BOENJS n° 31 du 30 juillet 2020
(https://eduscol.education.fr/87/j-enseigne-au-cycle-3).
10 — Tous égaux face aux équations ? Rendre les mathématiques
accessibles à tous, Pisa, Éditions OCDE, Paris, 2016.
11 — Marsha C. Lovett, “Problem Solving”, in Hal Pashler, Douglas
Medin (eds.), Stevens Handbook of Experimental Psychology: Memory
and Cognitive Processes, John Wiley & Sons Inc, New York, 2002.
12 — Susan Barnett, Stephen Ceci, « When and Where Do We Apply
What We Learn? A Taxonomy for Far Transfer », Psychological bulletin,
n° 128, 2002.
11 — Introduction
est quasi automatisé, alors que pour dautres le traitement peut faire appel à une
combinaison complexe de méthodes utilisées dans divers problèmes, avec une
adaptation à la situation du problème. Dans les deux cas, cela pose la question
de laccès en mémoire à des situations pertinentes par rapport à la résolution
du problème en cours. En effet, des travaux sur le transfert dapprentissage ont
montré que la manière dont lélève va se représenter le problème résolu condi-
tionnera la possibilité que ce problème soit évoqué à bon escient pour soutenir
une résolution future13 ;
— des compétences et des aptitudes diverses, comme la confiance quont les élèves
en leur capacité à traiter les problèmes qui leur sont soumis, lengagement dont
ils font preuve pour chercher à résoudre le problème, la capacité à lire et com-
prendre le problème quils doivent traiter, laptitude à collaborer avec dautres
élèves pour effectuer une résolution de problèmes à plusieurs, laptitude à orga-
niser et structurer leur travail, etc. On note dans le cadre de ces compétences
transverses limportance des quatre piliers de lapprentissage14 que sont latten-
tion, lengagement actif, le retour sur les erreurs et la consolidation, sur lesquels
sappuie la résolution de problèmes et quelle contribue à développer. Ce sont ces
aptitudes coordonnées avec leurs connaissances mathématiques et la mémoire
de problèmes résolus qui leur permettront daborder sereinement, et de résoudre,
des problèmes qui ne ressemblent pas à ceux quils ont traités précédemment.
Lobjectif de ce guide
Lobjectif de ce guide est de fournir des éléments aux formateurs et aux professeurs
pour développer un enseignement permettant daméliorer les compétences des
élèves de cours moyen en résolution de problèmes. Pour cela, ce guide :
— rappelle des éléments issus de la recherche permettant de nourrir la réflexion
pour construire un enseignement de la résolution de problèmes plus efficace ;
— donne de nombreux exemples de problèmes (plus de 200) que les élèves de cours
moyen doivent apprendre à résoudre, ainsi que des stratégies et procédures
quils doivent acquérir pour y parvenir ;
— propose des exemples concrets de mise en œuvre de séquences et de séances
denseignement permettant de renforcer les compétences des élèves en réso-
lution de problèmes.
13 — Laura Novick, “Analogical Transfer, Problem Similarity,
and Expertise”, Journal of Experimental Psychology. Learning,
Memory, and Cognition, n° 14, 1988.
14 — Stanislas Dehaene, Apprendre ! Les talents du cerveau,
le défi des machines, Odile Jacob, 2018.
12 — Introduction
Plan du guide
La pratique de la résolution de problèmes des élèves de cours moyen se limite trop
souvent au traitement de problèmes en une étape. Ceux-ci ne permettent pas de
proposer une variété de situations et donc de stratégies de résolution suffisantes.
De plus, ils peuvent instiller, dans lesprit des élèves, lidée que « résoudre un problème,
cest trouver la bonne opération » et entraîner des résolutions ne sappuyant plus
sur le sens, mais sur des stratégies préjudiciables telles que lappui sur des mots
inducteurs ou sur des relations entre les entités présentes dans lénoncé mais
en déphasage avec la structure mathématique, ou même sur un choix aléatoire,
laissant supposer que la réussite dans ce domaine dapprentissage est avant tout
une question de chance.
Le chapitre 1 propose une classification des problèmes, sappuyant notamment sur
des travaux de Catherine Houdement, qui distingue les problèmes en une étape des
autres problèmes. Ces derniers, qualifiés ici de problèmes en plusieurs étapes et
de problèmes atypiques, sont, en complément des précédents, essentiels pour la
formation des élèves afin de sassurer du bon développement de leurs compétences
en résolution de problèmes.
Le chapitre 2 propose une décomposition du processus de résolution de problèmes
en quatre phases sappuyant sur des travaux de Lieven Verschaffel et Erik de Corte.
La connaissance de ces quatre phases est essentielle pour analyser les réponses
des élèves lors des séances de résolution de problèmes. Elle permet daller au-delà
dun constat binaire de réussite ou de non-réussite, afin de pouvoir apporter laide
appropriée à chacun des élèves qui na pas résolu correctement un problème donné,
en identifiant le plus précisément possible la nature des difficultés rencontrées.
Lanalyse a priori dun problème doit permettre au professeur détablir sil est
­pertinent de le proposer à tous les élèves de sa classe ou seulement à certains
dentre eux. Cette analyse repose sur une connaissance fine de tout ce qui peut faire
obstacle au traitement du problème par les élèves. Ces quarante dernières années,
de nombreux travaux de recherche ont apporté des éclairages sur ces obstacles.
Le chapitre 3 identifie les principaux éléments qui peuvent constituer une difficulté
pour les élèves lors de la résolution de problèmes. La connaissance de ces éléments
na pas pour objectif dépurer les énoncés de tout ce qui rend un problème difficile à
traiter pour les élèves, mais au contraire de les y confronter, au moment opportun,
pour quils puissent développer les connaissances, les savoir-faire et les aptitudes
leur permettant de franchir ces obstacles.
13 — Introduction
En sappuyant sur les trois premiers chapitres, le chapitre 4 donne des pistes et
des outils concrets pour construire un enseignement permettant de développer et
de renforcer les compétences des élèves en résolution de problèmes. Il présente
à la fois des lignes directrices générales pour la construction de séquences et des
exemples simples et concrets de séances denseignement ou de temps particuliers
au sein de ces séances denseignement. Enfin, ce chapitre recense différents modes
de représentation des données dun énoncé (schémas en barres, déplacements
sur une droite, tableaux, arbres) destinés à aider les élèves lors de la résolution
de problèmes.
Le chapitre 5 est centré sur la liaison école-collège. Il permet de compléter les
exemples de problèmes des chapitres précédents pouvant être proposés aux élèves
de cours moyen. Il permet également de montrer comment les apprentissages de
cours moyen, en particulier en ce qui concerne les représentations, peuvent être
réinvestis dans la suite de la scolarité, lors de la résolution de problèmes rencontrés
au collège. Ce chapitre est destiné à nourrir les échanges dans le cadre de travaux
autour de la liaison CM2-6e.
Ces chapitres peuvent se lire de façon indépendante. Les trois premiers sont
plutôt centrés sur la didactique, le quatrième sur la pédagogie et le dernier sur
la liaison école-collège. Un formateur pourra privilégier une lecture fine des
trois premiers chapitres avant daborder la lecture du chapitre 4, alors quun
professeur pourra choisir de commencer directement par la lecture du chapitre 4
puis lire ultérieurement, en fonction de ses besoins déclairage, les trois premiers
chapitres. Le chapitre 5 peut, quant à lui, être abordé indépendamment lors de
travaux interdegrés.
I
Quels problèmes
apprendre à résoudre
au cours moyen ?
16 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Au cours moyen, les élèves renforcent leur familiarité
avec les problèmes en une ou plusieurs étapes traités
au cycle 2, en se confrontant à des problèmes structurellement
très proches, mais dont la difficulté saccroit. Ces problèmes
mettent désormais en jeu les nouveaux nombres étudiés
à ce niveau de la scolarité : « grands nombres », nombres
décimaux, fractions ; les contextes des énoncés se diversifient,
en intégrant progressivement des éléments moins familiers
pour les élèves.
La structure des problèmes proposés va également
se complexifier, avec la rencontre de problèmes constitués
détapes plus nombreuses quau cours élémentaire,
ou de problèmes nécessitant le déploiement de stratégies
particulières.
Une catégorisation en trois types
de problèmes
Ces quarante dernières années, de nombreuses classifications des problèmes
verbaux à données numériques ont été proposées par des chercheurs. Ce qui les
différencie est la focale qui est mise sur telles ou telles caractéristiques et qui justifie
tantôt de regrouper ensemble certains énoncés et tantôt de les distinguer comme
relevant de deux catégories différentes.
Élaborer une telle classification est un travail complexe, tant le champ des problèmes
mathématiques est vaste et riche. Quand on se réfère à une classification existante,
il est en général aisé didentifier des problèmes « exceptions » qui nentrent dans
aucune catégorie, ou que lon peut faire entrer dans plusieurs. Ceci na cependant
pas dimportance pour une exploitation dune classification pour lenseignement, car
chercher à classer des problèmes nest pas un objectif du travail à mener en classe
avec les élèves. Une classification de problèmes est en revanche un outil à disposition
des professeurs pour cerner et organiser la diversité des problèmes que les élèves
doivent rencontrer à un certain niveau de la scolarité et quils doivent apprendre à
résoudre à ce niveau de la scolarité. Lobjectif de ce chapitre est de définir le périmètre
des problèmes devant être proposés au cours moyen et donc daider les professeurs
à structurer lenseignement de la résolution de problèmes dans leur classe, en leur
proposant un inventaire organisé de catégories de problèmes à traiter sur les deux
années du cours moyen. La tâche des élèves doit être de résoudre des problèmes
17 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
et non de les classer ; les élèves nauront donc pas besoin dapprendre ou dentendre
quun problème appartient à lune ou lautre des catégories mentionnées dans ce
chapitre pour le résoudre, mais ils devront apprendre à faire des liens et repérer
des analogies leur permettant de mobiliser des stratégies de résolution rencontrées
précédemment.
Une classification des problèmes en trois catégories principales, fortement ins-
pirée des travaux de Catherine Houdement15 , est proposée dans ce guide. Elle doit
permettre daider les professeurs à structurer lenseignement de la résolution de
problèmes dans leur classe. Les trois catégories principales sont les suivantes :
— les problèmes en une étape : il sagit des problèmes qui vont se traiter en effectuant
une unique opération. On peut distinguer parmi ceux-ci, dune part, les problèmes
additifs qui nécessitent une addition ou une soustraction et, dautre part, les pro-
blèmes multiplicatifs qui se traitent en effectuant une multiplication ou une division ;
— les problèmes en plusieurs étapes : il sagit de problèmes qui vont se traiter
comme une succession de problèmes en une étape, chacune déterminant des
éléments intermédiaires qui vont permettre daboutir à la solution recherchée ;
— les problèmes atypiques : il sagit des problèmes verbaux à données numériques
dont la résolution est possible au cours moyen et qui ne rentrent pas dans les caté-
gories des problèmes en une ou plusieurs étapes mentionnées précé­demment.
Le fait de les qualifier datypiques ne signifie pas quil ny a pas de stratégies
à faire acquérir pour pouvoir les résoudre. Bien au contraire, des sous-caté­gories
clairement identifiées permettront denseigner des méthodes de résolution que
les élèves doivent connaître.
Il existe une catégorie de problèmes particuliers, mentionnée explicitement dans le
programme de cycle 3 : les problèmes de proportionnalité. Ils sont considérés dans
ce guide comme des problèmes multiplicatifs en une étape, comme cela est le cas
habituellement dans les articles de recherche16 , dans la mesure où leur traitement
nécessite généralement une unique multiplication entre un rapport et une grandeur.
Exemple :
« Un marcheur parcourt 2 km en 20 minutes.
Combien de temps ce marcheur mettra-t-il pour parcourir 6 km en continuant
à marcher à la même vitesse ? »
Pour ce problème de proportionnalité, la procédure la plus efficace consiste à
multiplier la durée de 20 minutes par 3 ; 3 étant le rapport qui permet de passer de
2 km à 6 km, rapport qui est évident pour un élève de cours moyen, 6 km étant le
triple de 2 km.
Cependant, en pratique, au cours moyen, les élèves ont souvent besoin deffectuer
deux étapes de calcul, comme lillustre lexemple suivant :
« Dans une recette pour 4 personnes, il faut 75 g de beurre. Pour un banquet,
un restaurateur doit préparer ce plat pour 92 personnes.
Quelle masse de beurre sera nécessaire pour préparer ce plat pour le banquet ? »
15 — Catherine Houdement, « Résolution de problèmes arithmétiques
à lécole », Grand N, n° 100, Irem de Grenoble, 2017.
16 — Jean-Pierre Levain, « La résolution de problèmes multiplicatifs
à la fin du cycle primaire », Educational Studies in Mathematics, n° 23, 1992.
18 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Pour résoudre ce problème, il suffit de connaître le rapport permettant de passer de
4 personnes à 92 personnes. Pour déterminer ce rapport, les élèves de cours moyen
effectuent généralement la division 92 ÷ 417, en cherchant la moitié de la moitié de
92 ou en posant lopération. Une fois établi que 92 ÷ 4 = 23, et donc quil y a 23 fois
plus de personnes au banquet que de personnes prévues pour la recette, les élèves
effectuent une seconde étape consistant à multiplier 75 g par 23.
On note par ailleurs que les problèmes en une étape nécessitant une multiplication
comme celui ci-dessous sont bien souvent des cas particuliers de problèmes de
proportionnalité, pour lesquels la valeur pour une unité est donnée, et la valeur du
rapport évoqué ci-dessus est évidente :
« Une boîte de six œufs coûte 2,30 €. Combien vont coûter 5 boîtes dœufs ? »
Dans ce guide, les problèmes de proportionnalité sont traités comme une catégorie
à part et assez peu abordés, des documents ressources spécifiques sur le sujet
étant disponibles sur le site Éduscol18 .
Les parties qui suivent proposent, à lintérieur de chacune des trois catégories
retenues, une classification plus détaillée des types de problèmes que les élèves
doivent apprendre à résoudre au cours moyen. Cette organisation est résumée
dans le graphique ci-dessous. Elle doit permettre daider les professeurs à struc-
turer lenseignement de la résolution de problèmes dans leur classe.
Les problèmes en une étape
Multiplicatifs Comparaison
Additifs Plusieurs
Valeur Produit cartésien
éléments
Parties-tout du tout ?
identiques Produit ? Un facteur ?
Parties- Transformation Nombre Valeur
tout de parts ? dune part ?
Produit de grandeurs
Comparaison Proportionnalité Produit ? Un facteur ?
Les problèmes en plusieurs étapes
Additifs Multiplicatifs Mixtes
Les problèmes atypiques
Les problèmes algébriques Les problèmes préparant à lutilisation
dalgorithmes
Les problèmes de dénombrement Les problèmes doptimisation
Figure 1. Une classification des problèmes que les élèves doivent apprendre à résoudre au cours moyen.
17 — Dans ce guide, lobélus « ÷ » sera utilisé comme symbole pour
la division, afin de distinguer ce symbole de celui utilisé pour les ratios « : »
dans les paragraphes sur la liaison avec le collège.
18 — https://eduscol.education.fr/251/mathematiques-cycle-3
19 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Les problèmes en une étape
Les problèmes en une étape sont les problèmes verbaux à données numériques qui se
traitent en effectuant une des quatre opérations (addition, soustraction, multi­plication
ou division). La modélisation dun de ces problèmes consiste donc à reconnaître quil
peut être résolu grâce à une unique opération, en lidentifiant correctement. Une fois
le calcul effectué, le résultat doit être réinjecté dans la situation, après une éventuelle
interprétation, pour pouvoir conduire à la réponse au problème.
Les quatre problèmes ci-dessous, proposés par Catherine Houdement19, sont des
exemples de problèmes en une étape.
— Problème 1 : « Un massif de fleurs est formé de 60 tulipes rouges et de 15 tulipes noires.
Combien y a-t-il de tulipes dans ce massif ? »
— Problème 2 : « Un massif est formé de 60 rangées, toutes de 15 tulipes.
Combien y a-t-il de tulipes dans ce massif ? »
— Problème 3 : « Un massif de 60 fleurs est composé de tulipes et de 15 jonquilles.
Combien y a-t-il de tulipes dans ce massif ? »
— Problème 4 : « 60 tulipes sont disposées en 15 massifs tous identiques.
Combien y a-t-il de tulipes dans un massif ? »
Ces problèmes parlent tous de massifs de fleurs et de tulipes et contiennent, tous,
les nombres 60 et 15. Cependant la modélisation conduit, pour chacun deux,
à la mobilisation dune opération différente. Un adulte modélise, de façon quasi-
automatisée, ces types de problèmes en sappuyant sur sa compréhension de la
situation, sur ses connaissances mathématiques et sur sa mémoire de modèles
de problèmes déjà résolus. Au cours moyen, ces automatisations sont encore en
cours de construction et ont besoin dêtre travaillées en faisant des liens explicites
avec les problèmes déjà résolus, en sappuyant notamment sur des schémas qui
permettent de mettre en évidence des similitudes structurales entre les problèmes.
Comme lillustrent ces situations, les liens entre les entités présentes dans lénoncé
(tulipes, jonquilles, fleurs, massifs, rangées) ne sont pas sans effet sur la difficulté
à résoudre le problème ; ils peuvent, selon les cas, faciliter ou non lévocation de
lopération mathématique quil faut faire pour résoudre le problème. Des travaux
de psychologie expérimentale faisant appel à des « techniques damorçage » ont
ainsi montré que la paire (orange, pomme) amorce une addition contrairement à
la paire (orange, panier) 20. Le chapitre 3 revient en détail sur ces indices présents
dans les énoncés et leur prise en compte pour lenseignement de la résolution
de problèmes.
19 — Ibid, p. 17, note 15.
20 — Miriam Bassok, Samuel Pedigo, An Oskarsson, “Priming Addition
Facts With Semantic Relations”, Journal of Experimental Psychology.
Learning, Memory, and Cognition, n° 34, 2008.
20 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Les problèmes en une étape ont fait lobjet de nombreuses études à partir des années
1980, notamment pour établir des classifications21 . Ces classifications ne sont pas
destinées aux élèves et ne doivent pas être enseignées ; un tel enseignement pourrait
nuire à la construction dun sens suffisamment général pour chaque opération et
pour les liens entre ces opérations. Leur fonction principale est de permettre aux
professeurs de sassurer quils confrontent effectivement les élèves à lensemble
des situations possibles, sans se limiter à quelques situations prototypiques, et de
pouvoir anticiper la difficulté des problèmes proposés aux élèves. Elles permettent
également de sappuyer sur des problèmes résolus antérieurement par les élèves
pour faciliter la résolution de nouveaux problèmes plus difficiles, en travaillant les
points communs qui peuvent être repérés entre ces différentes classes de problèmes,
et ainsi faciliter le transfert dapprentissage.
On considère généralement deux catégories de problèmes en une étape :
— les problèmes additifs, pour lesquels il va falloir additionner ou soustraire deux
nombres, ou plus22, de lénoncé ;
— les problèmes multiplicatifs, pour lesquels il va falloir multiplier ou diviser deux
nombres de lénoncé.
Il est préférable de se limiter à ces deux catégories sans chercher à distinguer les
problèmes selon lopération en jeu ; on évitera, par exemple, de parler de problèmes
daddition ou de problèmes de soustraction. En effet, les élèves en réussite sont
ceux qui peuvent passer aisément dune opération à lautre à lintérieur de ces deux
grandes catégories. Ainsi, pour un problème les conduisant au calcul 65 58, les
élèves en réussite neffectuent pas forcément la soustraction, mais recherchent
plutôt le complément dans une addition à trou 58 + ? = 65, et inversement pour
une addition à trou comme 5 + ? = 102, ils effectuent plutôt la soustraction 102 5.
Lutilisation flexible de lune ou lautre opération en fonction des nombres en jeu est
un indicateur dune bonne connaissance des opérations. Par exemple, la faculté
de passer indifféremment dune addition à trou à une soustraction et vice-versa
est une marque de la compréhension du fait que laddition et la soustraction sont
deux opérations réciproques lune de lautre. Cette flexibilité peut être dautant
plus intéressante à travailler avec des énoncés qui orientent vers tel ou tel calcul.
Pour reprendre le contexte précédent, un énoncé tel que « Il y a 65 tulipes. 58 sont
cueillies. Combien reste-t-il de tulipes ? » oriente plus vers une soustraction que
lénoncé « Il y a 65 tulipes. Après la cueillette, il en reste 58. Combien de tulipes
21 — Mary Riley, James Greeno, Joan Heller, “Development of
Childrens Problem Solving Ability in Arithmetic”, in Herbert P. Ginsburg,
The Development of Mathematical Thinking, Academic Press, New York, 1983.
Gérard Vergnaud, “A Classification of Cognitive Tasks and Operations
of Thought Involved in Addition and Subtration Problems”, dans Thomas
P. Carpenter, James M. Moser, Thomas A. Romberg (eds.), Addition
and Subtraction: A Cognitive Perspective, Hillsdale: Erlbaum, 1982.
22 — On peut ajouter plus de deux nombres dans les problèmes à une
étape (« Lou a 6 billes rouges, 8 billes vertes et 13 billes bleues. Combien
Lou a-t-elle de billes ? »).
21 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
ont été cueillies ? », qui lui oriente vers une addition ou une soustraction à trou. Il y a
un enjeu fort dapprentissage à ce que les élèves puissent être flexibles dans le choix
de leur stratégie de calcul23.
Les problèmes en une étape sont en quelque sorte les briques élémentaires formant la
plupart des problèmes verbaux que vont devoir résoudre les élèves de cours moyen.
Les problèmes additifs
Les problèmes additifs en une étape ont fait lobjet dune classification assez précise
dès le début des années 1980 par Riley et al. 24 . Chacun des cas de cette classification
est accompagné des taux de réussite délèves décoles primaires américaines, de
léquivalent de la grande section (5 ans) au CE2 (8 ans). Une traduction en français
dune partie de cette classification est fournie dans le tableau ci-après25.
TYPES DE PROBLÈMES TAUX DE RÉUSSITE
PROBLÈMES DE CHANGEMENT Mat. CP CE1 CE2
X avait 3 billes. Puis Y lui a donné 5 billes.
Changement 1 0,87 1,00 1,00 1,00
Combien de billes a maintenant X ?
X avait 8 billes. Puis il a donné 5 billes à Y.
Changement 2 1,00 1,00 1,00 1,00
Combien de billes a maintenant X ?
X avait 3 billes. Y lui en a donné.
Changement 3 X a maintenant 8 billes. 0,61 0,56 1,00 1,00
Combien de billes Y a-t-il donné à X ?
X avait 8 billes. Il en a donné à Y.
Changement 4 Maintenant X a 3 billes. 0,91 0,78 1,00 1,00
Combien a-t-il donné de billes à Y ?
X avait des billes. Y lui en a donné
5 de plus.
Changement 5 0,09 0,28 0,80 0,95
Maintenant X a 8 billes.
Combien X avait-il de billes ?
X avait des billes. Il en a donné 5 à Y.
Changement 6 Maintenant X a 3 billes. 0,22 0,39 0,70 0,80
Combien avait-il de billes ?
23 — Lieven Verschaffel, Koen Luwel, Joke Torbeyns, Wim Dooren,
“Conceptualizing, Investigating, and Enhancing Adaptive Expertise
in Elementary Mathematics Education”, European Journal of Psychology
of Education, n° 24, 2009.
24 — Ibid, p. 20, note 21.
25 — Michel Fayol, Catherine Thevenot, Michel Dévidal, « La résolution
de problèmes », dans Marie-Pascale Noël, La Dyscalculie : trouble
du développement numérique de lenfant, Solal, 2005.
22 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
TYPES DE PROBLÈMES TAUX DE RÉUSSITE
PROBLÈMES DE COMBINAISON
X a 3 billes. Y a 5 billes.
Combinaison
Combien X et Y ont-ils de billes 1,00 1,00 1,00 1,00
1
ensemble ?
Combinaison X et Y ont ensemble 8 billes. X a 3 billes.
0,22 0,39 0,70 1,00
2 Combien Y a-t-il de billes ?
PROBLÈMES DE COMPARAISON
Comparaison X a 8 billes. Y a 5 billes.
0,17 0,28 0,85 1,00
1 Combien X a-t-il de billes de plus que Y ?
Comparaison X a 8 billes. Y a 5 billes.
0,04 0,22 0,75 1,00
2 Combien Y a-t-il de billes de moins que X ?
Comparaison X a 3 billes. Y a 5 billes de plus que X.
0,13 0,17 0,80 1,00
3 Combien Y a-t-il de billes ?
Comparaison X a 8 billes. Y a 5 billes de moins que X.
0,17 0,28 0,90 0,95
4 Combien Y a-t-il de billes ?
Comparaison X a 8 billes. Il a 5 billes de plus que Y.
0,17 0,11 0,65 0,75
5 Combien Y a-t-il de billes ?
Comparaison X a 3 billes. Il a 5 billes de moins que Y.
0,00 0,06 0,35 0,75
6 Combien Y a-t-il de billes ?
Figure 2. Classification de Riley et al.
Les classifications produites au début des années 1980 ont ainsi permis de mettre
en lumière que lopération en jeu nétait pas la seule difficulté des problèmes arith-
métiques. La résolution du problème « Paul avait 3 billes. Puis Pierre lui a donné
5 billes. Combien de billes a Paul maintenant ? » (du type « changement 1 » dans le
tableau ci-dessus) ne pose généralement pas de difficultés aux élèves de première
année décole élémentaire, tandis que le problème « Paul avait des billes. Il en a donné
5 à Pierre. Maintenant, Paul a 3 billes. Combien Paul avait-il de billes ? » (du type
« changement 6 » dans le tableau ci-dessus) pose encore des difficultés aux élèves
en troisième année décole élémentaire, alors que pour les deux problèmes la même
opération 5 + 3 est attendue.
Au-delà du type de problème issu de cette classification, de nombreux autres ­facteurs
peuvent également être sources de difficultés pour les élèves. Le chapitre 3 permet
dexplorer un certain nombre dentre eux.
Dans la suite de ce guide, deux sous-catégories seront considérées pour les pro-
blèmes additifs :
— Dune part, les problèmes de parties-tout : ce sont des problèmes où deux parties
distinctes (parfois plus) forment ensemble un tout. Il est à noter que les parties
peuvent être statiques (billes rouges/billes bleues) ou dynamiques dans le cadre
dune transformation (billes gagnées ou perdues/billes restantes).
23 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Exemples :
« Une pastèque et un ananas pèsent ensemble 3,350 kg. La pastèque pèse
2,850 kg.
Quelle est la masse de lananas ? »
« Une bouteille contient 0,5 L deau. On ajoute un quart de litre deau dans
la bouteille.
Quel volume deau la bouteille contient-elle maintenant ? »
Ce regroupement entre les problèmes de combinaison statique et de trans­
formation dynamique en une seule catégorie ne va pas de soi. Il suppose en
effet quun état initial et une évolution temporelle puissent être assimilés à des
parties dun ensemble et quun état final puisse être assimilé à une totalité.
Cette possibilité a lintérêt de conduire à ce que les énoncés qui relèvent des
catégories de problèmes de combinaison et de changement puissent se prêter
à une représentation commune. Elle peut paraître relativement simple pour
certains élèves, mais peut avoir besoin dêtre travaillée avec dautres. Ainsi, bien
que pouvant être résolu par une simple addition, le problème « Léa avait des billes.
Elle perd 4 billes à la récréation. Il lui reste 3 billes. Combien Léa avait-elle de
billes au début de la récréation ? » nest réussi que tardivement à lécole primaire,
comme lindique le tableau précédent, car sachant ce qui a été perdu et ce quil
reste, cela na rien dévident de « remonter le temps » pour trouver la quantité
dorigine par une addition. Cela ne va pas nécessairement de soi de concevoir
la quantité initiale comme un tout ayant pour parties ce qui a été perdu et ce qui
reste. En revanche, lénoncé « Léa avait des billes bleues et des billes rouges.
Elle perd ses 4 billes rouges à la récréation. Il lui reste ses 3 billes bleues. C
­ ombien
Léa avait-elle de billes au début de la récréation ? » induit une partition en deux
sous-ensembles qui aide à percevoir la quantité de départ comme somme de billes
perdues (rouges) et restantes (bleues). La présence des couleurs rend saillant
un codage alternatif dunion de deux parties pour trouver un tout, et cet énoncé
est bien mieux réussi que le précédent26.
— Dautre part, les problèmes de comparaison, au sein desquels deux entités sont
mises en relation, sont comparées.
Exemple : « Une bouteille contient 0,75 L deau. Un verre contient un demi-litre
deau de moins que la bouteille. Quel volume deau le verre contient-il ? »
Afin dunifier au maximum la représentation des problèmes additifs, certains cher-
cheurs proposent de représenter les problèmes de comparaison selon un format
parties-tout27 ; ce choix ne sera pas retenu dans la suite de ce guide, car il implique
un niveau dabstraction élevé afin de considérer lécart comme une partie virtuelle.
Un format distinct de schématisation où les grandeurs comparées sont représentées
par deux ensembles distincts sera utilisé, comme cela est développé au chapitre 4.
26 — Emmanuel Sander, Jean-François Richard, « Les apprentissages
numériques », dans Raphaële Miljkovitch, Françoise Morange-Majoux,
Emmanuel Sander (dir.), Psychologie du développement, Elsevier-Masson,
Paris, 2017.
27 — Catherine Sophian, The Origins of Mathematical Knowledge
in Childhood, Routledge, New York, 2007.
24 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Les problèmes multiplicatifs
Les problèmes multiplicatifs en une étape ont fait lobjet de moins de recherches que
les problèmes additifs. Il apparaît néanmoins que le type de problème, la nature des
grandeurs en jeu (quantités, longueurs, prix, masses, etc.), les ensembles auxquels
appartiennent les nombres en jeu dans lénoncé (entiers, décimaux, fractions),
les liens quentretiennent entre eux ces nombres, ainsi que lopération attendue
(multiplication ou division) ont un impact sur la réussite des élèves28 .
Les compétences en calcul des élèves ont évidemment aussi une influence sur
­laisance avec laquelle les problèmes multiplicatifs seront résolus. Voici pour mémoire
les attendus institutionnels concernant le calcul posé29 :
Multiplication Division
Multiplication dun nombre entier à
Cycle 2 deux ou trois chiffres par un nombre
entier à un ou deux chiffres.
Multiplication de deux nombres Division euclidienne de deux
CM1
entiers. nombres entiers.
Division décimale de deux nombres
Multiplication dun nombre décimal entiers.
CM2
par un nombre entier. Division dun nombre décimal
par un nombre entier.
Multiplication de deux nombres
6e
décimaux.
Dautres modes de calcul et en particulier le calcul mental ou en ligne, avec un
éventuel appui sur des faits numériques mémorisés ou la manipulation de matériel
de numération ou lutilisation de dessins, schémas ou tableaux peuvent permettre
de résoudre des problèmes multiplicatifs en une étape, au cours moyen comme au
cycle 2, avant que les algorithmes de calcul posé naient été introduits.
LES PROBLÈMES DANS LESQUELS UNE MÊME GRANDEUR (QUANTITÉ,
LONGUEUR, MASSE, ETC.) APPARAÎT UN CERTAIN NOMBRE DE FOIS
Au cycle 3 comme au cycle 2, la plupart des problèmes multiplicatifs correspondent
à des situations mettant en jeu une même grandeur un certain nombre de fois.
Ces problèmes mettent généralement en jeu trois données numériques, dont deux
sont connues :
— le nombre de parts, le nombre de fois où la grandeur apparaît ;
— la valeur dune part, la mesure de la grandeur qui apparaît (quantité, longueur,
masse, volume, etc.) et qui est répétée ;
— la valeur totale, la valeur de la grandeur au total, en prenant en compte le nombre
de fois où la grandeur apparaît.
28 — Ibid, p. 17, note 16.
29 — Attendus de fin dannée et repères annuels de progression pour
les cycles 2 et 3, https://eduscol.education.fr/137/attendus-de-fin-d-
annee-et-reperes-annuels-de-progression-du-cp-la-3e
25 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Ces trois données sont liées par la relation :
le nombre de parts x la valeur dune part = la valeur totale.
Le problème consiste à trouver un des trois nombres à partir des deux autres. Si on
cherche la valeur totale, il faut faire une multiplication. Si on cherche le nombre
de parts ou la valeur dune part, il faut effectuer une division.
TROIS EXEMPLES DE PROBLÈMES MULTIPLICATIFS
Voici trois exemples de problèmes pour lesquels il faut effectuer une multiplication :
— « Arthur a acheté 6 bouteilles dhuile de 0,75 L.
Quel volume dhuile a-t-il acheté ? »
— « En configuration football, le Stade de France a une capacité de 80 698 places.
Quelle sera la recette maximale dun match pour lequel toutes les places sont
vendues à 17 € ? »
— « En vitesse de croisière, lAirbus A330 vole à 860 km/h.
Quelle distance parcourt-il à cette vitesse en trois heures et demi ? »
Dans ces problèmes, les éléments en jeu sont les suivants :
Nombre de parts Valeur dune part Valeur totale
Volume dhuile
Nombre de bouteilles : Volume dhuile dans
Arthur au total dans les
6 une bouteille : 0,75 L
6 bouteilles : 4,5 L
Nombre de places Recette totale si les
Stade
dans le Stade Prix dune place : 17 € 80 698 places sont
de France
de France : 80 698 vendues : 1 371 866 €
Distance parcourue
Nombre dheures Distance parcourue
A330 en 3,5 heures :
de vol : 3,5 en une heure : 860 km
3 010 km
Au cycle 2, les élèves peuvent souvent trouver le résultat dun problème relevant
de la multiplication en effectuant une ou plusieurs additions. Les professeurs
sont alors amenés à augmenter la valeur des nombres en jeu afin dencourager
lutilisation de la multiplication. La même action, cest-à-dire de ne pas se restreindre
à des scénarios pour lesquels la résolution par quelques additions mène à la
solution, est à encourager au cours moyen ; elle est facilitée par laugmentation du
champ numérique maîtrisé par les élèves et la généralisation de lalgorithme de
multiplication posée à lensemble des entiers au début du CM1.
Il est à noter que ces problèmes sont fréquemment des problèmes de proportionnalité
pour lesquels la valeur pour une unité est donnée. Par exemple, pour le problème
dArthur ci-dessus, le volume dhuile dans 1 bouteille est donné. Il convient de faire
percevoir la présence de cette relation de proportionnalité30, au cours élémentaire
comme au cours moyen, en verbalisant cette relation : « Dans 1 bouteille, il y a
0,75 litre dhuile, donc si jachète 6 fois plus de bouteilles, jaurai 6 fois plus dhuile
30 — Ibid, p. 17, note 16.
26 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
donc 6 x 0,75 litres. » Cette vision dun scalaire31, correspondant au rapport entre le
nombre de bouteilles achetées et 1 bouteille, multiplié par le volume dune bouteille,
est sans doute une façon assez simple pour lier les grandeurs en jeu dans le
problème : 6 x 0,75 litre = 4,5 litres.
Les problèmes proposés ci-dessus peuvent être modifiés, en changeant ce qui doit
être trouvé :
— On peut ainsi faire chercher la valeur dune part : « Arthur a acheté 6 bouteilles
identiques dhuile dolive. Il a ainsi acheté 4,5 L dhuile dolive. Quelle est la
contenance dune bouteille dhuile dolive ? »
— On peut également inviter les élèves à trouver le nombre de parts : « Arthur a
acheté des bouteilles identiques dhuile dolive. Chaque bouteille contient 0,75 L
dhuile dolive et il a acheté 4,5 L dhuile dolive en tout. Quel est le nombre de
bouteilles dhuile dolive achetées par Arthur ? »
Il est important de travailler à la fois des problèmes de recherche de la valeur dune
part et des problèmes de recherche du nombre de parts, les seconds étant en général
plus difficiles à résoudre que les premiers, car non conformes à la conception intuitive
de la division, qui oriente vers la recherche de la valeur de la part dans un scénario de
partage32. Le lien fort entre les trois problèmes sur les bouteilles montre bien lintérêt
quil y a à travailler conjointement le sens de la multiplication et le sens de la division.
LES PROBLÈMES METTANT EN JEU UNE COMPARAISON MULTIPLICATIVE
Une deuxième catégorie de problèmes multiplicatifs est rencontrée par les élèves
de cours moyen. Il sagit des problèmes de comparaison multiplicative.
Exemple :
« Un terrain rectangulaire a une largeur de 78,7 m et une longueur 4 fois plus
longue que la largeur.
Quelle est la longueur de ce terrain ? »
Les problèmes de comparaison conduisent parfois à des divisions, ce qui peut être
source de difficultés pour les élèves qui sappuient sur le mot clé « fois plus » comme
induisant une multiplication. Cest le cas pour les trois problèmes ci-dessous :
— « Un terrain rectangulaire a une longueur de 78,7 m et une largeur 4 fois plus
courte que la longueur.
Quelle est la largeur de ce terrain ? »
— « Avant travaux, il y avait 550 places assises dans les tribunes du stade. Il y en
a maintenant 1 650. Pierre dit quil y a maintenant 2 fois plus de places assises.
A-t-il raison ? »
— « Une grande bouteille contient 5 fois plus de parfum quun flacon. La grande
bouteille contient 0,75 L de parfum.
Quel volume de parfum contient le flacon ? »
31 — Nombre sans unité.
32 — Efraim Fischbein, Maria Deri, Maria Nello, Maria Marino, “The Role
of Implicit Models in Solving Verbal Problems in Multiplication and Division”,
Journal for Research in Mathematics Education, n° 16, 1985.
27 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
De manière analogue, « fois moins » pourra conduire à une division ou une multi­
plication selon les cas.
LES PROBLÈMES METTANT EN JEU UN PRODUIT CARTÉSIEN
Le produit cartésien de deux ensembles est lensemble de tous les couples dont la
première composante appartient au premier ensemble et la seconde au second
ensemble. Par exemple : « Une poupée est livrée avec 4 pantalons et 12 tee-shirts.
De combien de façons est-il possible dhabiller la poupée ? »
Lensemble des solutions est lensemble des couples constitués dun pantalon et dun
tee-shirt, cest-à-dire lensemble des tenues complètes que lon peut constituer.
On peut représenter lensemble de ces solutions en construisant un arbre ou un
tableau. Par exemple, le tableau ci-dessous donne toutes les tenues possibles pour
la poupée et permet de les énumérer.
12 tee-shirts
4 pantalons
Ce problème peut être résolu en dénombrant les éléments du tableau, mais il peut
aussi être résolu plus directement, sans passer par une énumération des différentes
tenues. Ce problème est en effet un problème multiplicatif à une étape : la réponse
au problème est apportée par la multiplication 12 x 4. Cependant, modéliser ce pro-
blème par une multiplication ne va pas de soi tant que la multiplication est simplement
associée aux situations où une même quantité est répétée plusieurs fois : ici, lénoncé
ne fait pas apparaître de répétitions. Le tableau ci-dessus permet néanmoins de
faire le lien avec le sens « addition itérée » de la multiplication : par exemple, on peut
considérer que pour chacun des 12 tee-shirts, on peut choisir un des 4 pantalons,
ce qui donne 12 x 4 tenues possibles. De plus, de la même manière, on peut consi-
dérer que pour chacun des 4 pantalons, on peut choisir un des 12 tee-shirts, ce qui
donne 4 x 12 tenues possibles. Ces deux façons de choisir répondent bien au même
problème ; on a donc 4 x 12 = 12 x 4.
Cet exemple illustre le fait que les problèmes impliquant des produits cartésiens
sont généralement difficiles à résoudre pour les élèves, car ils sont en décalage
avec la conception intuitive de la multiplication comme addition itérée33. Ils facilitent
cependant la compréhension de la propriété de commutativité de la multiplication.
33 — Ibid, p. 26, note 32.
28 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Le problème suivant, dans lequel une collection dobjets est organisée selon un
quadrillage régulier, relève de la même catégorie de problèmes.
« Le salon est rectangulaire, son carrelage est composé de carreaux carrés
tous de la même taille. Il y a 27 carreaux dans le sens de la largeur et 42 dans
le sens de la longueur.
Combien y a-t-il de carreaux sur le sol du salon ? »
Chaque carreau du carrelage peut être identifié de façon unique par sa position
dans le sens de la largeur (ligne) et sa position dans le sens de la longueur (colonne).
Réciproquement, la connaissance du tout et dune des valeurs du produit cartésien
permet de proposer des problèmes dans lesquels une division ou une multiplication
à trou doit être menée.
— « Le salon est rectangulaire, son carrelage est composé de carreaux carrés tous
de la même taille. Il y a 1 134 carreaux en tout dans la pièce. Il y a 27 ­carreaux
dans le sens de la largeur.
Combien y a-t-il de carreaux dans le sens de la longueur ? »
— « Une poupée est livrée avec 13 pantalons différents et des tee-shirts tous différents.
Léo a trouvé que 91 tenues différentes sont possibles pour habiller la poupée.
Combien de tee-shirts y a-t-il ? »
LES PROBLÈMES METTANT EN JEU UN PRODUIT DE DEUX GRANDEURS
Le produit cartésien précédent peut être généralisé au produit de deux grandeurs,
comme dans lexemple ci-dessous :
« Un terrain rectangulaire a une longueur de 38,7 m et une largeur de 15 m.
Quelle est laire de ce terrain ? »
Des problèmes impliquant des vitesses peuvent entrer dans cette catégorie, même
sils sont le plus souvent traités comme des problèmes de proportionnalité.
« Un train roule à la vitesse constante de 258 km/h.
Quelle distance va-t-il parcourir en un quart dheure ? »
Au collège, ces problèmes seront plus fréquents avec la rencontre de grandeurs
quotients et de grandeurs produits (m/s, wattheure, kg/m3, etc.). De façon analogue
aux cas précédents, la recherche dun des facteurs du produit conduit à effectuer
une division.
« Laire dun rectangle est 259 cm². Sa largeur est 14 cm.
Quelle est la longueur de ce rectangle ? »
29 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Les problèmes en plusieurs étapes
Les problèmes en plusieurs étapes sont les problèmes verbaux à données numé-
riques nécessitant plusieurs calculs successifs (chaque calcul correspondant à une
étape) pour obtenir le résultat cherché. Il ny a pas de véritable tâtonnement pour
ces problèmes, au sens dessais, même si des choix peuvent être opérés, notamment
sur le chemin à suivre pour obtenir le résultat. Il est nécessaire de bien comprendre
les relations entre les données de lénoncé et ce qui est recherché, afin de construire
un modèle mathématique de la situation et dorganiser les différents calculs à mener.
Il faut ensuite réaliser les calculs retenus et interpréter le résultat.
Les problèmes en plusieurs étapes sont un objectif majeur de lenseignement
de la résolution de problèmes verbaux à données numériques au cours moyen.
Ils ­permettent de mieux sassurer dune compréhension satisfaisante par les élèves
du sens des quatre opérations rencontrées à lécole élémentaire. En évitant
de réduire la résolution de problèmes au fait de « trouver LA bonne opération »,
ils renforcent la centration des élèves sur la compréhension de lénoncé et la
modélisation du problème. La multiplicité des réponses possibles limite fortement
la possibilité de choisir une opération au hasard et permet ainsi de renforcer la
garantie de la maîtrise suffisante des connaissances et compétences requises
lorsquun élève a trouvé la bonne réponse.
La difficulté des problèmes en plusieurs étapes nest pas la simple somme des
difficultés des sous-problèmes en une étape qui les composent. En effet, à cette
somme sajoute la difficulté de la mise en relation de ces différents sous-problèmes
élémentaires.
Lexercice issu de lévaluation Timss 2015 proposé dans lintroduction est un pro-
blème en deux étapes.
« Une bouteille de jus de pomme coûte 1,87 zed.
Une bouteille de jus dorange coûte 3,29 zeds.
Julien a 4 zeds.
Combien de zeds Julien doit-il avoir en plus pour acheter les deux bouteilles ? »
Une première étape peut consister à calculer le coût total des deux bouteilles
(1,87 zed + 3,29 zeds) et la seconde étape conduit à calculer la différence entre
la somme trouvée et 4 zeds. Ce problème peut être qualifié de problème additif
en plusieurs étapes, car toutes les étapes consistent en des additions ou des
soustractions.
Voici quelques exemples supplémentaires de problèmes en plusieurs étapes pouvant
être rencontrés au cours moyen :
— « Lydia achète 5 billets de cinéma à 7,30 €. Elle donne un billet de 50 € à lemployé
de caisse.
Combien celui-ci va-t-il lui rendre ? »
30 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Pour ce problème en deux étapes, on peut commencer par calculer le prix à payer
en effectuant une multiplication ou une addition puis, dans un deuxième temps,
soustraire le résultat trouvé à 50 €.
— « Hugo vient dacheter un paquet dun kilogramme de farine. Il utilise 1 du paquet
4
pour faire un gâteau et 1 du paquet pour faire une sauce Béchamel.
10
Quelle masse de farine reste-t-il dans le paquet ? »
On peut considérer que ce problème est en quatre étapes, puisquil peut se résoudre
en cherchant la masse de farine utilisée pour le gâteau et la masse de farine utilisée
pour la sauce Béchamel, puis la masse totale utilisée avant de calculer la masse
restante dans le paquet (on peut aussi soustraire successivement les deux masses
de farine utilisée au kilogramme initial).
— « Un supermarché a commandé une palette de barquettes de fraises. La palette
est constituée de douze étages de cageots et il y a 5 cageots sur chaque étage.
Dans chaque cageot, il y a 12 barquettes de 400 g de fraises.
Quelle masse de fraises y a-t-il sur la palette ? »
Ce problème est un problème multiplicatif en trois étapes, qui peuvent dépendre des
choix faits lors de la modélisation. Il ny a que des multiplications à réaliser.
Pour résoudre des problèmes en une étape, les élèves sappuient généralement sur
des problèmes similaires résolus précédemment. Ils développent ainsi des habi-
letés à traiter ces problèmes avec rapidité et efficacité. Les problèmes en plusieurs
étapes, étant donné leur variété, obligent les élèves à élaborer leur propre stratégie
conduisant à renforcer leurs habiletés de résolution de problèmes qui sappuient
notamment sur les connaissances développées en résolvant des problèmes en une
étape : comprendre lénoncé, chercher pour modéliser (faire des analogies, faire un
schéma, faire des essais, expérimenter, essayer en remplaçant certaines valeurs
numériques par dautres plus simples, etc.), calculer et répondre. De façon symé-
trique, la résolution de problèmes en plusieurs étapes va permettre de renforcer
les habiletés de résolution de problèmes en une étape.
Les problèmes en plusieurs étapes permettent aussi au professeur de mieux
évaluer les compétences développées par les élèves, en limitant les faux positifs,
cest-à-dire les bonnes réponses obtenues par hasard ou encore en sappuyant
sur autre chose que la compréhension de la situation : utilisation de lopération
travaillée spécifiquement pendant la semaine ; opération choisie parce quelle est
la mieux maîtrisée ; opération choisie en fonction dun mot particulier de lénoncé
comme « plus », « moins » ou « fois » ; opération choisie en fonction des entités présentes
dans le texte comme une division pour un énoncé mettant en scène des tables et des
chaises, etc. En résumé, les problèmes en plusieurs étapes, de par leur diversité,
limitent les résolutions sappuyant principalement sur des indices non pertinents.
31 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Les problèmes atypiques
Par définition, la catégorie des problèmes atypiques est la plus difficile à circons-
crire. Elle comprend lensemble des problèmes verbaux à données numériques que
doivent pouvoir traiter les élèves de cours moyen, et qui ne rentrent pas dans les
catégories des problèmes en une ou plusieurs étapes mentionnées précédemment.
Cette catégorie de problèmes est la moins centrale au cours moyen. Elle est lon-
guement développée dans ce paragraphe, car relativement complexe à circonscrire
et à maîtriser. Cependant, la longueur de ce paragraphe ne doit être pas interprétée
abusivement : le cœur de lactivité de résolution de problèmes au cours moyen est
lapprentissage de la résolution de problèmes en plusieurs étapes.
Il est bien évidemment impossible denvisager tous les problèmes relevant de cette
catégorie pouvant être proposés en classe de cours moyen, et a fortiori den pro-
poser une classification exhaustive.
Outre les notions mathématiques en jeu, la résolution des problèmes atypiques
doit permettre aux élèves de développer des compétences transversales, comme
lautonomie, la prise de décisions, la créativité, etc., qui leur seront utiles pour la
suite de la scolarité et dans leur vie quotidienne. Elle doit aussi permettre aux élèves
de rencontrer un certain nombre de stratégies et de types de raisonnements quils
pourront transposer, en les adaptant autant que nécessaire, dans la résolution
dautres problèmes atypiques.
Sil nest pas possible de faire une classification exhaustive des problèmes atypiques
que peuvent rencontrer des élèves de cours moyen, il existe néanmoins des familles
de situations classiques que les élèves doivent avoir rencontrées. La rencontre de
ces différentes familles ne doit pas être le fruit du hasard mais doit, au contraire,
être parfaitement organisée de façon à ce que les élèves puissent faire le lien entre
un problème à résoudre et un problème proche déjà traité précédemment, afin de
sinspirer de la méthode de résolution utilisée pour résoudre le nouveau problème
qui leur est présenté. Pour que les élèves soient en mesure de mettre en œuvre,
lors de la résolution de nouveaux problèmes, des stratégies déjà éprouvées avec
succès lors de la résolution de problèmes antérieurement travaillés, il est crucial
de mettre laccent sur des indices pertinents susceptibles de guider la mémorisation
puis lévocation de ces problèmes.
Quatre familles de problèmes atypiques pour lesquelles les élèves doivent avoir
bénéficié dun enseignement leur permettant dacquérir des stratégies et des outils
pour les résoudre sont considérées dans ce qui suit :
— les problèmes algébriques ;
— les problèmes de dénombrement ;
— les problèmes préparant à lutilisation dalgorithmes ;
— les problèmes doptimisation.
32 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Ces familles sont organisées de la plus fréquemment rencontrée à la plus rarement
rencontrée au cours moyen. Dautres types de problèmes atypiques peuvent
bien évidemment être proposés en classe afin que les élèves fassent preuve de
créativité en mobilisant leurs connaissances pour construire des procédures
de résolutions originales.
Les problèmes algébriques
Dans les exemples suivants, un problème mathématique de cours moyen sera
considéré comme étant algébrique sil peut être traité au cycle 4 par lécriture et
la résolution dune ou de plusieurs équations du premier degré.
Exemple 1 : « Dans un paquet de billes rouges, vertes ou bleues, il y a 162 billes. Il y a
trois fois plus de billes rouges que de billes vertes et il y a 7 billes vertes de moins
que de billes bleues. Combien y a-t-il de billes rouges ? »
Au cycle 4, ce problème peut être traité en désignant par v le nombre de billes vertes.
On en déduit quil y a 3v billes rouges et (v + 7) billes bleues et on obtient léquation
à résoudre :
v + 3v + (v + 7) = 162
Différentes stratégies de résolution devant être mobilisables par des élèves de cours
moyen seront présentées ci-après.
Exemple 2 : « Dans une ferme, il y a des lapins et des poules. Pour faire chercher
le nombre de poules et de lapins à son frère, Cindy lui dit quil y a 114 pattes et 40 têtes.
Combien y a-t-il de poules et combien y a-t-il de lapins dans la ferme ? »
En classe de seconde ce problème pourra être traité en écrivant un système de
deux équations à deux inconnues. Au cycle 4, les collégiens utiliseront une unique
inconnue, par exemple p le nombre de poules ; le nombre de lapins se déduit alors
du nombre de têtes, il est de 40 p. Le nombre de pattes permet alors décrire une
équation qui conduit à trouver la valeur de p et den déduire la solution du problème :
2 x p + 4 x (40 p) = 114
Au cours moyen, ce type de problèmes peut être résolu de différentes façons, qui
seront appliquées dans la suite aux deux exemples précédents. Les principales sont :
— Par essais et ajustements : lélève choisit une valeur pour le nombre ou lun des
nombres cherchés, puis linjecte dans le problème pour voir si cette valeur convient ;
si ce nest pas le cas, il fait une autre hypothèse en ajustant avec un nombre plus
ou moins grand en fonction du résultat obtenu, jusquà ce quune valeur convienne.
— Par un traitement pré-algébrique : lélève produit ce qui sapparente à une ou
plusieurs équations quil manipule ensuite (combinaisons, substitutions) pour isoler
une inconnue et en déterminer la valeur ; la représentation dite « en barres » est
particulièrement adaptée à la résolution des problèmes algébriques à une inconnue.
— Par un raisonnement sappuyant sur les résultats obtenus à partir dune
hypothèse : ce type de traitement peut, notamment, être utilisé pour traiter les
problèmes algébriques avec deux inconnues et deux équations.
33 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
EXEMPLES DE RÉSOLUTIONS DES DEUX PROBLÈMES ALGÉBRIQUES PRÉCÉDENTS
POUR CHACUNE DES TROIS STRATÉGIES DE RÉSOLUTION ENVISAGÉES
Dans un paquet de billes Dans une ferme, il y a des lapins
rouges, vertes ou bleues, et des poules. Pour faire chercher
il y a 162 billes. Il y a le nombre de poules et de lapins
trois fois plus de billes à son frère, Cindy lui dit
rouges que de billes vertes quil y a 114 pattes et 40 têtes.
et 7 billes vertes de moins Combien y a-t-il de poules et combien
que de billes bleues. y a-t-il de lapins dans la ferme ?
Combien y a-t-il de billes
rouges ?
On suppose quil y a 10 billes Comme il y a 40 têtes,
vertes. il y a 40 animaux.
3 x 10 billes = 30 billes On peut commencer par supposer
10 billes + 7 billes = 17 billes que la moitié sont des lapins.
Il y aurait alors 30 billes 40 20 = 20
rouges et 17 billes bleues.
Sil y a 20 lapins, alors il y a 20 poules.
Par essais 10 billes + 30 billes + 17 billes 20 x 4 pattes + 20 x 2 pattes =
et ajustements = 57 billes 120 pattes
Il y aurait au total 57 billes, Le nombre de pattes est alors de 120.
ce qui nest pas suffisant. Cela fait trop de pattes ; 20 lapins,
cest donc trop de lapins.
On recommence avec
un nombre plus grand On recommence en supposant
de billes vertes : on suppose quil y a 15 lapins, etc.
quil y a 20 billes vertes, etc.
Billes vertes Un rectangle foncé représente
le nombre de lapins et un rectangle
Billes rouges 162 clair le nombre de poules.
40
Billes bleues 7
Têtes lapins poules
162 7 = 155
Les 5 rectangles violet foncé 114
identiques correspondent
Pattes lapins lapins lapins lapins poules poules
donc à 155 billes.
Par un
traitement 40 x 2 = 80
155 ÷ 5 = 31
pré-
Chaque rectangle violet Les 4 rectangles sur la droite
algébrique
correspond donc à 31 billes. représentent deux fois le nombre
Il y a donc 31 billes vertes. de lapins plus deux fois le nombre
de poules, soit 2 x 40.
3 x 31 = 93
Il y a 93 billes rouges. 114 80 = 34
34 ÷ 2 = 17
Il y a 17 lapins.
40 17 = 23
Il y a 23 poules.
34 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Dans un paquet de billes Dans une ferme, il y a des lapins
rouges, vertes ou bleues, et des poules. Pour faire chercher
il y a 162 billes. Il y a le nombre de poules et de lapins
trois fois plus de billes à son frère, Cindy lui dit
rouges que de billes vertes quil y a 114 pattes et 40 têtes.
et 7 billes vertes de moins Combien y a-t-il de poules et combien
que de billes bleues. y a-t-il de lapins dans la ferme ?
Combien y a-t-il de billes
rouges ?
On suppose quil y a 10 billes Comme il y a 40 têtes, il y a
vertes. 40 animaux, on peut commencer
Il y a alors 3 x 10 = 30 billes par supposer que la moitié sont
rouges et 10 + 7 = 17 billes des lapins.
bleues. Sil y a 20 lapins, alors il y a
40 20 = 20 poules.
10 + 30 + 17 = 57
162 57 = 105 ; il manque Le nombre de pattes est alors
Par un donc 105 billes pour atteindre 20 x 4 pattes + 20 x 2 pattes
raisonnement 162 billes. = 120 pattes.
déductif 120 pattes 114 pattes = 6 pattes
sappuyant À chaque fois que jajoute Cela fait 6 pattes en trop.
sur une 1 bille verte, jajoute 3 billes
hypothèse rouges et 1 bille bleue. En remplaçant un lapin par
Cela fait donc 5 billes en plus. une poule, cela fait deux pattes
105 ÷ 5 = 21 en moins. Il faut donc remplacer
3 lapins par 3 poules.
Il faut ajouter 21 billes vertes Il y a 17 lapins et 23 poules.
et il y en aura alors 10 + 21
= 31.
Il y a alors 3 x 31 = 93 billes
rouges.
Les problèmes de dénombrement
On considère ici des problèmes consistant à déterminer le nombre déléments
dun ensemble qui ne se résolvent pas immédiatement par lune des quatre
opérations, et qui, dans le second degré, pourront être résolus en mobilisant de
nouvelles notions mathématiques (combinaisons, arrangements, etc.). Pour résoudre
ces problèmes à lécole élémentaire, il va falloir trouver un moyen dorganiser les
éléments de lensemble que lon cherche à dénombrer pour obtenir la certitude davoir
effectivement trouvé lensemble des solutions sans avoir compté plusieurs fois la
même et sans en avoir oublié. Autrement dit, il sagit de sorganiser pour énumérer
sans répétition toutes les solutions dun problème. Les arbres ou les tableaux se
montrent particulièrement efficaces pour traiter ce type de problèmes.
Exemple 1 : « Combien peux-tu écrire de nombres à deux chiffres en utilisant
uniquement les chiffres 2, 3, 4 et 5 ? Le même chiffre ne peut être utilisé quune fois. »
35 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Un tableau permet de faire apparaître lexhaustivité des 12 réponses trouvées :
2e chiffre 2 3 4 5
1er chiffre
2 - 23 24 25
3 32 - 34 35
4 42 43 - 45
5 52 53 54 -
Exemple 2 : « Pour se déguiser, un clown
dispose de :
2 chapeaux (un rouge, un bleu) ;
3 tee-shirts (un violet, un noir, un orange) ;
2 pantalons (un gris, un vert).
Combien de costumes différents complets,
avec un chapeau, une veste et un pantalon,
le clown peut-il faire ?34 »
Pour ce problème de produit cartésien de
trois ensembles, lutilisation dun tableau
proposé dans le cas dun produit cartésien
de deux ensembles nest plus possible du fait
des trois entrées. Un arbre est sans doute le
moyen le plus efficace pour sassurer de lex-
haustivité des 12 costumes complets trouvés.
Les problèmes préparant
à lutilisation dalgorithmes
Ces problèmes consistent à rechercher des solutions vérifiant certaines conditions
parmi un ensemble de cas possibles. Il faut ainsi balayer tous les cas possibles
et tester, pour chacun de ces cas, sil vérifie ou non les conditions attendues.
Un raisonnement en amont ou en parallèle des calculs peut parfois permettre de
restreindre les cas à tester. De tels problèmes pourront se traiter dans le second
degré en écrivant un programme permettant de balayer tous les cas possibles et de
tester, pour chacun deux, sil vérifie ou non les conditions attendues.
Au cours moyen, on peut, par exemple, proposer le problème suivant :
« Un rectangle a ses côtés qui ont pour longueur des nombres entiers de
­centimètres. Son aire est de 100 cm². Trouve toutes les dimensions possibles
pour ce rectangle. »
34 — Problème librement inspiré de https://edu1d.ac-toulouse.fr/
politique-educative-31/ien31-toulouse-sud/files/2019/05/solutions_-
pb_chercher_%C3%A9nonc%C3%A9s-cycle-2-et-3.pdf
36 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
On cherche donc les couples de nombres entiers strictement positifs dont le produit
est 100. Lélève peut commencer par choisir une largeur de 1 cm et chercher sil existe
une longueur qui convient, puis continuer avec une largeur de 2 cm, puis 3 cm, etc.
Lalgorithme sarrête au plus tard pour une largeur de 100 cm. Lélève peut sarrêter
à 10 cm avec un argument sur la largeur inférieure à la longueur, ou sur le fait que
le produit de deux nombres supérieurs à 10 est plus grand que 100 et donc que le
travail mené avec les nombres de 1 à 10 permet de sassurer de disposer de tous
les cas possibles.
Le nombre de cas possibles peut nécessiter un raisonnement en amont pour trouver
lensemble des solutions sans tester tous les cas possibles individuellement.
Exemple :
« La somme des chiffres de lannée 2022 est 6.
Trouve toutes les années entre lan 2000 et lan 3000 qui ont une somme de leurs
chiffres égale à 6. »
Au cours moyen, un arbre permet de déterminer lensemble des solutions assez faci-
lement en établissant quaucun des trois derniers chiffres ne peut être supérieur à 4.
Chiffres Chiffres Chiffres Chiffres
des milliers des centaines des dizaines des unités
4 0 0
1 0
3
0 1
2 0
2 1 1
0 2
3 0
2 2 1
1
1 2
0 3
4 0
3 1
0 2 2
1 3
0 4
Au collège, il est possible, avec Scratch par exemple, décrire un programme balayant
tous les nombres entre 2 000 et 3 000 et testant pour chacun deux si la somme de
ses chiffres est ou non égale à 6, comme celui ci-après35. Lintérêt est alors de pouvoir
résoudre rapidement des problèmes similaires, mais pour l­esquels le nombre
de solutions plus grand rend une recherche à la main fastidieuse ; par exemple,
en changeant la valeur de la somme cible, on peut trouver rapidement toutes
les années pour lesquelles la somme des chiffres est égale à 20.
35 — Un éditeur Scratch en ligne : https://scratch.mit.edu/projects/
editor/
37 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Dans certains cas, seules quelques solutions peuvent être demandées, sans que
lobjectif soit de rechercher lexhaustivité. Par exemple : « Un enseignant veut faire des
groupes avec les 30 élèves de sa classe. Chaque groupe doit avoir le même nombre
délèves et chaque groupe doit avoir un nombre impair délèves. Donne deux façons
différentes que lenseignant peut utiliser pour constituer les groupes.
Première façon
— Nombre de groupes :
— Nombre délèves dans chaque groupe :
Deuxième façon
— Nombre de groupes :
— Nombre délèves dans chaque groupe :36 »
36 — Ce problème est issu de lévaluation internationale Timss 2019
proposée par lIEA (International Association for the Evaluation of
Educational Achievement), https://timssandpirls.bc.edu/
38 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
Les problèmes doptimisation
Les problèmes doptimisation consistent à trouver la meilleure solution possible tout
en respectant un certain nombre de contraintes. On peut citer lexemple classique
consistant à chercher les dimensions que doit avoir une boîte de conserve cylindrique
de contenance 1 L, permettant dutiliser le moins de métal possible, cest-à-dire dont
la surface extérieure est la plus petite possible. Ce problème est bien évidemment
irrésoluble en létat par des élèves de cours moyen, cependant on peut, par exemple,
faire comparer les aires des surfaces extérieures de quelques emballages alimen-
taires ayant tous la même contenance et la forme dun pavé droit.
De manière plus générale, au cours moyen, les problèmes doptimisation consisteront
à trouver la meilleure solution possible parmi un ensemble fini de solutions, comme
dans le problème suivant : « Parmi les rectangles qui ont leurs côtés mesurant un
nombre entier de centimètres et dont le périmètre est 20 cm, détermine celui qui a
la plus grande aire. »
Au cours moyen, les problèmes doptimisation peuvent également consister à trouver
la meilleure solution respectant plusieurs contraintes comme dans les problèmes
suivants :
— « Célia a 12 longueurs de fil, 40 perles rondes et 48 perles plates. Elle utilise
1 longueur de fil, 10 perles rondes et 8 perles plates pour fabriquer 1 bracelet.
Si Célia fabrique des bracelets tous identiques, combien peut-elle en fabriquer ?37 »
— « Lors dune expédition en Amazonie, 21 voyageurs avec 45 caisses de matériel
doivent utiliser une pirogue pour se rendre au point de départ de leur expé­
dition. Le conducteur de la pirogue leur annonce quil ne peut transporter que
5 voyageurs à la fois, car il na que 5 gilets de sauvetage en plus du sien. Pour des
raisons de place dans la pirogue, il ne peut transporter que 7 caisses de matériel
à la fois, quel que soit le nombre de personnes transportées.
Combien faut-il prévoir de voyages en pirogue pour transporter lintégralité des
voyageurs et de leur équipement ? »
Pour chacun de ces deux problèmes, il faut effectuer un calcul de nombre de parts
pour chacune des données à prendre en compte. Pour le premier problème, cest la
valeur minimale qui doit être retenue (Célia a des fils pour fabriquer 12 bracelets,
des perles rondes pour fabriquer 4 bracelets et des perles plates pour fabriquer
6 bracelets ; elle ne peut donc fabriquer que 4 bracelets). Pour le second problème,
cest la valeur maximale quil faut retenir (pour transporter les voyageurs, il faut
prévoir 5 voyages et pour transporter le matériel, il faut prévoir 7 voyages ; il faudra
donc prévoir 7 voyages).
37 — Ce problème est issu de lévaluation internationale Timss 2015
proposée par lIEA (International Association for the Evaluation of
Educational Achievement), https://timssandpirls.bc.edu/
40 — Quels problèmes apprendre à résoudre au cours moyen ?
En résumé
Pour résoudre des problèmes, les enfants comme
les adultes sappuient en priorité sur leur mémoire
de problèmes résolus. Lenseignement de la résolution
de problèmes a donc pour objectif dengager les élèves
dans la résolution dune grande diversité de problèmes
et de leur donner les moyens de repérer, parmi les problèmes
résolus antérieurement, ceux susceptibles de les aider
dans la résolution de nouveaux problèmes.
Classer les problèmes nest pas un objectif denseignement
et nest pas une tâche dévolue aux élèves. Une classification
des problèmes permet au professeur de structurer
son enseignement, afin de sassurer que les problèmes
traités couvrent lensemble du spectre des problèmes
devant pouvoir être résolus par des élèves de cours moyen.
Au cours moyen, le traitement de certains problèmes
est quasi automatisé. Pour dautres problèmes,
en particulier une bonne partie des problèmes en plusieurs
étapes et les problèmes atypiques, le traitement peut faire
appel à une combinaison de stratégies utilisées dans divers
problèmes avec une adaptation à la situation précise
du problème.
II
Quest-ce que
résoudre un problème ?
42 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Ce chapitre a pour objectif de fournir un cadre permettant
de décomposer, en plusieurs phases, la résolution
de problèmes verbaux à données numériques. Lobjectif
de cette décomposition en phases est de permettre danalyser
finement les productions, orales ou écrites, de résolution
de problèmes des élèves, afin de pouvoir accompagner
le plus précisément possible leurs apprentissages
en intervenant spécifiquement, et de façon appropriée,
sur les points qui posent des difficultés à chacun dentre eux.
Quatre phases fondamentales
pour la résolution de problèmes :
comprendre, modéliser, calculer
et répondre
George Pólya, mathématicien américain dorigine hongroise et suisse, a été un des
premiers à formaliser, dès 1945, une structure en plusieurs étapes du processus
de résolution de problèmes : comprendre le problème, concevoir un plan, mettre
le plan à exécution et examiner la solution obtenue38 . De nombreuses recherches
menées depuis ont conduit à affiner le processus de résolution de problèmes.
« Lapplication des mathématiques pour résoudre des problèmes situés Lieven ­Verschaffel,
dans le monde réel, également appelée modélisation mathématique, Erik De Corte,
peut être conçue comme un processus complexe comprenant plusieurs « La ­modélisation et la
étapes : la compréhension de la situation décrite ; la construction dun résolution des ­problèmes
modèle mathématique qui décrit lessence de ces éléments et les relations ­dapplication : de
significatives impliquées dans la situation ; lapplication du modèle lanalyse à ­lutilisation
mathématique pour identifier ce qui en découle ; linterprétation du résultat efficace », dans
des calculs afin de parvenir à une solution de la situation pratique qui a donné ­Marcel Crahay, Lieven
lieu au modèle mathématique ; lévaluation du résultat interprété en relation ­Verschaffel, Erik De Corte,
à la situation dorigine ; et la communication des résultats interprétés. » Jacques ­Grégoire
(dir.), ­Enseignement
et ­apprentissage
des mathématiques.
Que disent les ­recherches
­psychopédagogiques ?,
De Boeck, Bruxelles, 2008.
38 — George Pólya, Comment poser et résoudre un problème, Dunod,
Paris, 1965.
43 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Un modèle fréquemment cité dans les recherches actuelles est celui de Lieven
­Verschaffel et Erik De Corte39 reproduit ci-dessous.
Connaissance Les buts de
du phénomène modélisation
Phénomène Compréhension Type Modélisation Modèle
à investiguer de situation mathématique
Analyse mathématique
Évaluation
Possibilié
de retour Ressources
dans le cycle
Résultats Compréhension
Communication Résultats Modélisation
Interprétation Dérivation
communiqués interprétés du modèle
Comparaison
Exigences avec des
de la tâche modèles
alternatifs
Figure 3. Vision élaborée du processus de résolution selon Lieven Verschaffel et Erik De Corte.
Ce modèle permet dappréhender la complexité de la tâche des élèves pour
résoudre les problèmes qui leur sont proposés ainsi que celle des professeurs
pour analyser les difficultés rencontrées par les élèves et leurs éventuelles erreurs
lors de ces résolutions.
Dans un souci de simplification, un modèle en quatre phases, fortement inspiré du
modèle de Lieven Verschaffel et Erik De Corte, est retenu dans ce guide pour analyser
les productions des élèves lors de la résolution de problèmes verbaux à données
numériques : comprendre, modéliser, calculer, répondre.
39 — Lieven Verschaffel, Erik De Corte, « La modélisation et la résolution
des problèmes dapplication : de lanalyse à lutilisation efficace »,
in Marcel Crahay, Lieven Verschaffel, Erik De Corte, Jacques Grégoire
(dir.), Enseignement et apprentissage des mathématiques. Que disent
les recherches psychopédagogiques ?, De Boeck, Bruxelles, 2008.
44 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Problème
verbal
e
dr
pren
m
Co
Situation Modéliser Modèle
comprise mathématique
Régulation
Calculer
Réponse Répondre Résultat
communiquée des calculs
Monde réel Domaine des mathématiques
Figure 4. Modèle en quatre phases retenu pour la résolution de problèmes.
Ce modèle est présenté en quatre phases successives, mais il est clair quau cours
de chacune des phases, des régulations sont mises en œuvre et peuvent conduire
à revenir sur les phases précédentes pour confirmer ou infirmer ce qui a été mené
antérieurement : « Je narrive pas à trouver les calculs quil va falloir effectuer.
Ai-je vraiment bien compris ce problème et ce qui est demandé ? » ; « Les calculs me
conduisent à un résultat irréaliste. Ai-je bien compris le problème ? Ne me suis-je
pas trompé dans le choix de mon opération ou dans mes calculs ? » ; « Ma conclusion
na pas de sens, car le résultat trouvé est beaucoup trop grand. Ne me suis-je pas
trompé dans mes calculs ? » ; etc. Cette présentation linéaire ne doit donc pas conduire
à négliger les allers-retours entre chaque phase.
Comprendre
Un problème est en premier lieu une histoire quil va falloir comprendre ; mais cette
histoire se distingue des histoires que peuvent rencontrer les élèves dans dautres
contextes, sur deux points en particulier :
— La compréhension doit être fine. Si une compréhension globale et approximative
peut être suffisante dans dautres cadres, en résolution de problèmes une telle
compréhension risque de ne pas être suffisante pour apporter une réponse
correcte au problème.
Par exemple, en lisant les phrases « Ambre en a 3 de plus que Nour » ou « Ambre
en a 3 fois plus que Nour » dans un problème, il ne suffit pas de comprendre
quAmbre a plus de ce dont on parle que Nour, mais il faut comprendre préci-
sément le sens des expressions « de plus que » ou « fois plus que » qui change
drastiquement la nature de la relation entre les deux cardinaux. Dans dautres
cadres, non scolaires notamment, avoir compris quAmbre en a plus que Nour
pourra en revanche savérer suffisant.
45 — Quest-ce que résoudre un problème ?
— Il y a une question. Cette question est essentielle et il faut également la com-
prendre pour déterminer une nouvelle information numérique généralement
précisée par cette question. Quest-ce que lon cherche ? Quelle est la nature de
ce que lon cherche ?
Par exemple, pour le problème suivant rencontré dans le premier chapitre :
« Arthur a acheté des bouteilles identiques dhuile dolive. Chaque bouteille
contient 0,75 L dhuile dolive et il a acheté 4,5 L dhuile dolive en tout. Quel est le
nombre de bouteilles dhuile dolive achetées par Arthur ? », ce que lon cherche
est le nombre de bouteilles achetées par Arthur ; le résultat sera le cardinal dun
ensemble, il sagira dun nombre entier.
Les processus en jeu dans la compréhension de textes étudiés en français inter-
viennent également pour la compréhension dun problème en mathématiques.
« La compréhension des idées et de leur cohérence nest jamais la simple La Compréhension
addition de la signification des mots composant le texte, ni de celle au cours moyen,
des phrases successives. Elle suppose […] de comprendre comment collection « Les guides
les idées sont liées et se répondent dune phrase à lautre (cohérence fondamentaux pour
locale) et comment les thèmes et sous-thèmes, les idées essentielles, enseigner », ­ministère
sorganisent logiquement (cohérence globale). de lÉducation nationale,
de la Jeunesse
La cohérence (ou cohésion) locale renvoie aux relations quentretiennent
et des Sports, 2022.
les informations énoncées dune phrase à lautre. Cette cohésion permet
de percevoir la continuité et la progression du/des thème(s) abordé(s).
La fonction référentielle des déterminants, des pronoms, et plus
généralement des substituts du nom assure la continuité de lenchaînement
des énoncés, tandis que les connecteurs et les signes de ponctuation
marquent la progression thématique. Ces marques de cohésion sont
des instructions qui indiquent au lecteur les relations à établir entre
les énoncés. Elles facilitent donc la compréhension, à condition que
leur fonctionnement et leur signification soient maîtrisés.
La cohérence globale concerne la compréhension de lorganisation du texte
dans son ensemble : les thèmes et sous-thèmes développés, leur organisation
logique, leur relation aux conditions de lénonciation ainsi quaux connaissances
du lecteur.
Cette élaboration sollicite dans un temps bref, et souvent simultanément,
des connaissances et des mécanismes cognitifs nombreux et de natures
différentes. »
Exemple : « Lise et Simon ont ramassé 72 coquillages sur la plage. Simon en a 12 de
moins que sa sœur dans son seau. Combien de coquillages Lise a-t-elle ramassés ? »
La cohérence locale permet de faire des liens fins entre les phrases. Elle permet
de comprendre que le 12 de la deuxième phrase fait référence à des coquillages,
bien que le mot napparaisse pas dans la phrase, les coquillages étant mentionnés
à travers le pronom « en ». Le lecteur comprend aussi que la sœur mentionnée nest
autre que Lise. Il comprend aussi que Lise a ramassé plus de coquillages que son
frère Simon et quelle en a exactement 12 de plus que lui.
46 — Quest-ce que résoudre un problème ?
La cohérence globale permet de visualiser une scène se déroulant à la plage. Ceux qui
ne vivent pas en bord de mer pourront y voir des vacances estivales, dautres se
représenteront une activité de pêche dominicale ou un moment de détente. Sil est
probable que la plupart des lecteurs y voient lhistoire de deux enfants, rien ne le
dit : Lise et Simon peuvent être adultes, par exemple un frère et une sœur retraités.
Selon leur vécu, les lecteurs peuvent imaginer une séance de pêche aux coques ou
aux bigorneaux, ou simplement le ramassage de coquilles vides sur la plage, avec
deux enfants munis chacun dun petit seau en plastique. Mais, indépendamment de
cette diversité dinterprétations, ce qui compte pour la résolution du problème est
de comprendre que lon sintéresse au cardinal de deux collections, lune associée
à Simon et lautre à sa sœur Lise.
Les textes des énoncés de problèmes en mathématiques sont relativement courts.
On peut donc penser que le manque de fluidité de lecture nest pas un fort obstacle
pour les élèves de cours moyen qui ont acquis le niveau attendu en fin de cycle 240,
voire également pour ceux qui ont un niveau de fluidité de lecture légèrement inférieur
à ce niveau attendu. Mais il le sera sans doute pour les élèves nayant pas atteint le
niveau attendu en lecture en fin de CE141 . Dans ce cas, une ou plusieurs lectures
à voix haute de lénoncé peuvent leur être faites, par le professeur ou par un élève
voisin. Lobjectif est que lélève concerné puisse se consacrer pleinement à la réso-
lution de problèmes, en étant le moins entravé possible par ses difficultés en lecture.
Les capacités dinférence sont ainsi essentielles pour la bonne compréhension des
problèmes, notamment parce que lutilisation de pronoms est fréquente, même dans
des énoncés très courts.
« Camille avait 4,35 €. Son frère lui a donné 2,80 €. Combien dargent a-t-elle
maintenant ? »
Il faut comprendre ici que le « elle » de la question fait référence à Camille qui est
donc une fille et que le « lui » de la deuxième phrase fait également référence à cette
même Camille.
Les capacités dinférence sont aussi essentielles pour comprendre les énoncés de
problèmes mathématiques en présence de catégories englobantes :
— « Jai acheté 6,4 kg de pommes et 3,8 kg de poires. Quelle est la masse de fruits
achetés ? »
— « Gabin a réalisé un bouquet de fleurs. Un quart sont des roses, un tiers sont des
œillets et les 10 autres fleurs sont des marguerites. Combien y a-t-il de fleurs
dans le bouquet de Gabin ? »
Il faut ici comprendre que le mot « fruits » fait référence aux pommes et aux poires
et que le mot « fleurs » fait référence aux roses, aux œillets et aux marguerites.
40 — 90 mots correctement lus par minute.
41 — 70 mots correctement lus par minute.
47 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Cette compréhension est nécessaire pour la résolution de ces problèmes. Elle est
en particulier indispensable pour reconnaître une structure composée dun tout et
de parties, puis la possibilité dune addition pour calculer la valeur du tout à partir
de celle des parties, ou dune soustraction pour calculer la valeur dune partie en
connaissant celle du tout et des autres parties. Ces inférences liées aux structures
mathématiques vont avoir un rôle tout particulier sur les modélisations envisageables
par les élèves 42 .
« Impliquées à tous les niveaux de traitement du texte, lauto-évaluation et la régulation
jouent un rôle particulier dans la saisie de la cohérence globale. Elles contribuent
à construire une représentation unifiée de lensemble des informations énoncées,
en rendant compréhensible au lecteur leur organisation. Elles lui permettent de
repérer et se représenter logiquement, au fur et à mesure de la lecture, comment
sorganisent »43 les données du problème. Lauto-évaluation permet de détecter
un éventuel défaut de compréhension et la régulation est destinée à surmonter la
difficulté décelée.
Lauto-évaluation et la régulation doivent permettre aux élèves de sassurer que le
problème fait sens pour eux lors de cette phase de compréhension. De nombreux
chercheurs considèrent que les élèves ignorent trop souvent le monde réel lors de
la résolution de problèmes 44 . Il est donc utile de leur proposer, de temps en temps,
des problèmes nécessitant un ancrage fort dans le monde réel. Cela les conduira
à prendre un certain recul sur les données numériques en jeu, comme dans le
problème suivant :
« Maëlys a acheté 4 planches de 2,5 mètres de long chacune. Combien de planches
de 1 mètre de long peut-elle scier à partir de ces planches ? »
La simple reconnaissance dun problème multiplicatif sans sappuyer sur la situation
dont il est question, qui exclut daccoler entre elles des planches de 0,5 mètre de long,
peut conduire certains élèves à calculer 4 x 2,5 m45.
On peut aussi leur proposer des problèmes de recherche du nombre de parts pour
lesquels le quotient nest pas la réponse, car le reste non nul doit être pris en compte,
comme pour le problème suivant :
« Pour une course dorientation, les 245 élèves de lécole et leurs 38 accom­
pagnateurs doivent être transportés par car. Un car peut transporter
46 ­passagers. Combien de cars la directrice doit-elle réserver pour pouvoir
transporter tous les élèves et tous les accompagnateurs ? »
42 — Hippolyte Gros, Jean-Pierre Thibaut, Emmanuel Sander,
“Semantic Congruence in Arithmetic: A New Conceptual Model for Word
Problem Solving”, Educational Psychologist, n° 55, 2020.
43 — La Compréhension au cours moyen, collection « Les guides
fondamentaux pour enseigner », ministère de lÉducation nationale,
de la Jeunesse et des Sports, 2022.
44 — Brian Greer, “The Mathematical Modeling Perspective on Wor(l)d
Problems”, The Journal of Mathematical Behavior, n° 12, 1993.
45 — Lieven Verschaffel, Erik De Corte, Sabien Lasure, “Realistic
Considerations in Mathematical Modeling of School Arithmetic
Word Problems”, Learning and Instruction, Vol. 4, 1994.
48 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Modéliser
La modélisation est le « processus par lequel lindividu convertit les données des
situations réelles en problème mathématique »46 . Dans le cadre de la résolution
des problèmes verbaux à données numériques à lécole élémentaire, la phase
« modéliser » aboutit à déterminer, en sappuyant sur déventuelles représentations
(dessins, schémas, tableaux, arbres, etc.), quelles opérations devront être effectuées
dans la phase suivante pour répondre à la question posée. Cette phase, tributaire
de la compréhension, est centrale lors de la résolution de problèmes.
Pour un élève de cours moyen, la phase « modéliser », pour résoudre lexercice
issu de Timss proposé dans lintroduction, « Une bouteille de jus de pomme coûte
1,87 zed. Une bouteille de jus dorange coûte 3,29 zeds. Julien a 4 zeds. Combien
de zeds Julien doit-il avoir en plus pour acheter les deux bouteilles ? », conduit à
établir, à partir de la situation, cest-à-dire lhistoire dun garçon qui veut acheter
deux bouteilles de jus de fruit mais qui na pas assez dargent, que le prix des deux
bouteilles peut être déterminé par laddition 1,87 zed + 3,79 zeds, et que la somme
dargent supplémentaire dont Julien a besoin, vue comme un écart ou comme un
reste après un retrait selon la représentation de la situation que se fait lélève, peut
être calculée en soustrayant 4 zeds à la somme obtenue. Cette modélisation nest
pas simple pour certains élèves, comme en atteste en particulier le faible taux de
réussite des élèves français à cet exercice.
De façon générale, quatre des « six compétences majeures de lactivité mathé­
matique » 47 mises en exergue dans les programmes des cycles 2, 3 et 4 sont
mobilisées lors du passage de la situation comprise à partir de lénoncé au modèle
mathématique retenu pour résoudre le problème. Cette mobilisation peut être
observée en sappuyant sur lexemple précédemment proposé.
— La compétence « chercher » sappuie en premier lieu sur la confiance quont les
élèves en leur aptitude à trouver la solution. Cette assurance se renforce par
une pratique fréquente de la résolution de problèmes avec des propositions de
problèmes adaptés aux compétences que les élèves ont développées, mais aussi
par des retours positifs du professeur lors des recherches menées en résolution
de problèmes.
— La compétence « représenter » peut soutenir lactivité de modélisation de lélève.
Elle permet de faire le lien entre le texte du problème et ses caractéristiques
mathématiques. En effet, un schéma permet de rendre visibles les relations entre
les grandeurs présentes dans lénoncé et leur relation avec ce qui est cherché.
46 — Marcel Crahay, Lieven Verschaffel, Erik De Corte, Jacques
Grégoire, Enseignement et apprentissage des mathématiques
(Introduction), De Boeck Supérieur, Bruxelles, 2008.
47 — chercher, modéliser, représenter, calculer, raisonner
et communiquer.
49 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Voici, par exemple, un schéma en barres correspondant à la situation de
comparaison proposée :
Jus de pomme Jus dorange
1,87 zed 3,29 zeds
Argent de Julien Ce quil manque
4 zeds ?
Des recherches récentes48 ont montré que la construction de représentations
schématiques savère être un dispositif efficace à proposer aux élèves, y compris
pour des formes de problèmes jamais rencontrées. Ces recherches ont également
mis en avant cette efficacité pour les élèves rencontrant des difficultés en mathé-
matiques. Cette construction favorise laccès aux mathématiques par lanalyse
de la structure mathématique sous-jacente et prépare au passage à lalgèbre.
La compétence « représenter » ne se développe pas de façon spontanée chez les
élèves : il ne suffit pas dinviter chaque élève à effectuer le dessin ou le schéma
« qui lui convient ». Elle se développe au contraire par un enseignement construit
et structuré sur plusieurs années visant à faire acquérir aux élèves des outils
pour construire des représentations efficaces et porteuses de sens facilitant la
modélisation.
— La compétence « raisonner » est fortement mobilisée dans cette phase
de modélisation, comme dans chacune des quatre phases de la résolution de
problèmes présentées dans ce chapitre, pour analyser la situation en utilisant
ses connaissances afin détablir un modèle mathématique adapté. Des inférences
doivent en effet être réalisées à partir des éléments fournis par lénoncé
du problème et parfois des hypothèses émises en amont de ces inférences.
Les raisonnements menés doivent conduire à un travail, guidé par lenseignant
dans un premier temps, sur la structuration de la langue en mobilisant des
connecteurs comme « donc » ou « parce que ».
48 — Annick Fagnant, Joëlle Vlassis, “Schematic Representations
in Arithmetical Problem Solving: Analysis of Their Impact on Grade 4
Students”, Educational Studies in Mathematics, n° 84, 2013.
Annie Savard, Elena Polotskaia, « Gérer laccès aux mathématiques
dans la résolution de problèmes textuels : une exploration du côté
de lenseignement primaire », Éducation et francophonie, 2014.
Elena Polotskaia, “How the Relational Paradigm Can Transform
the Teaching and Learning of Mathematics: Experiment in Quebec”,
International Journal for Mathematics Teaching and Learning,
Vol. 18, n° 2, 2017.
Berinderjeet Kaur, “The Why, What and How of the Model Method:
A Tool for Representing and Visualising Relationships When Solving
Whole Number Arithmetic Word Problems”, ZDM Mathematics
Education, n° 51, Springer, 2018.
50 — Quest-ce que résoudre un problème ?
— La compétence « modéliser » nest pas laboutissement de cette deuxième phase,
mais en est au cœur. La compétence « représenter » qui peut se manifester
par la réalisation dun dessin ou dun schéma ne précède pas la compétence
« modéliser ». Pour notre exemple, avant même de pouvoir commencer à faire le
schéma, lélève doit reconnaître quil sagit dune situation de comparaison avec
dun côté ce qui est dépensé et de lautre largent possédé par Julien. Ce premier
constat permet à lélève de se lancer dans la construction dun schéma avec deux
barres mises en parallèle. Lélève doit ensuite percevoir que cette comparaison
est additive, avec dune part les dépenses, conçues comme la réunion de deux
parties formant un tout, et dautre part largent possédé, pour pouvoir compléter
le schéma. Une fois celui-ci réalisé, lélève dispose dun support qui rend visibles
les relations entre les données de lénoncé ; ce schéma est alors une aide pour
dégager des étapes possibles de résolution du problème et les traduire sous
forme dopérations : calcul dun tout par une addition (1,87 zed + 3,29 zeds), puis
calcul dun écart par une soustraction (en soustrayant 4 zeds à la somme trouvée).
On comprend bien ici que cest linteraction permanente entre les différentes
« compétences majeures » qui permet daboutir au modèle mathématique recherché.
Calculer
La phase « calculer » est sans doute la plus simple à définir : il sagit de la réa­
lisation, par les élèves, des calculs correspondant à la suite dopérations découlant
de la modélisation. Si lon revient au problème précédent des jus de fruits,
lélève doit pouvoir trouver que 1,87 zed + 3,29 zeds est égal à 5,16 zeds et que
5,16 zeds 4 zeds est égal 1,16 zed.
Cette phase peut savérer relativement simple, pour les élèves comme pour le
professeur qui doit accompagner leur travail, sous réserve que les contenus
relatifs aux attendus du programme de cycle 3 « utiliser et représenter les grands
nombres entiers, des fractions simples, les nombres décimaux » et « calculer avec
des nombres entiers et des nombres décimaux » soient suffisamment maîtrisés.
Les élèves doivent, en effet, identifier les nombres en jeu dans lénoncé quelle que soit
leur écriture (en lettres, décimale avec ou sans virgule, sous forme fractionnaire) et
disposer des connaissances et compétences techniques pour effectuer les calculs
attendus. Ces calculs peuvent être réalisés soit mentalement, soit en ligne, soit en
posant les opérations.
La résolution de problèmes va contribuer à renforcer la bonne maîtrise des tech-
niques de calculs attendues des élèves (calcul mental ou calcul posé).
51 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Répondre
Pour cette dernière phase, les élèves doivent considérer les calculs effectués et
­interpréter le ou les résultats trouvés dans le contexte du problème. Ils doivent ensuite
communiquer la réponse de façon compréhensible par tous. Cette interprétation et
cette communication doivent être menées tout en effectuant une régulation par
rapport à la situation telle que comprise initialement, pour sassurer, dune part, que la
réponse apportée répond bien à la question posée et, dautre part, que cette réponse
est cohérente avec le contexte du problème, en particulier du point de vue de lordre
de grandeur du résultat et du réalisme de la solution à laquelle la résolution aboutit.
Des critères extra-mathématiques doivent parfois être utilisés pour vérifier la cohé-
rence : par exemple un résultat donnant un nombre de passagers dans une voiture
supérieur à six, doit interroger les élèves. Des critères mathématiques permettent
également de vérifier cette cohérence : par exemple, un nombre total de passagers
répartis dans des voitures ayant chacune trois passagers doit être un multiple de
trois et doit donc avoir la somme de ses chiffres elle-même multiple de trois. À cette
occasion, on vérifiera si les connaissances extra-mathématiques, souvent acquises
dans la vie sociale, ou mathématiques, souvent acquises en classe, sont tout à la
fois présentes chez les élèves et mobilisées à bon escient, car faire le lien entre
les résultats obtenus par lapplication dun algorithme plus ou moins automatisé,
tel que le calcul dune multiplication, et la compatibilité du résultat obtenu avec la
situation décrite dans lénoncé est souvent une difficulté. Le problème « Maëlys a
acheté 4 planches de 2,5 mètres de long chacune. Combien de planches de 1 mètre
de long peut-elle scier à partir de ces planches ? » illustre cet enjeu, car il sagit de
réinjecter le résultat obtenu par multiplication, de faire un constat dincompatibilité
avec les contraintes de lénoncé et denvisager une nouvelle stratégie de résolution.
Lors de lenseignement de la résolution de problèmes à lécole élémentaire, cette
phase « répondre » est souvent réduite à la demande décriture dune phrase res-
pectant les canons usuels (une phrase complète, qui commence par une majuscule et
qui finit par un point, comprenant le nombre solution associé à son unité). La réflexion
sur la cohérence de la réponse est régulièrement négligée, alors quil sagit dune
phase essentielle pour sassurer que lélève répond bien à la question posée et pour
détecter déventuelles erreurs. Ceci peut être observé dans les réponses proposées
par les élèves au problème suivant :
« Dans une ferme où lon produit des œufs de poule, il y a ce matin 1 551 œufs
qui vont devoir être mis dans des boîtes de 6 œufs. Combien faudra-t-il de boîtes
pour pouvoir ranger tous les œufs ? »
Les élèves de cours moyen doivent comprendre assez facilement quil sagit de
constituer des boîtes pleines dœufs pour trouver le nombre de boîtes nécessaires.
Cette représentation de boîtes que lon remplit peut dailleurs conduire certains
élèves à modéliser le problème par une suite de soustractions successives, la sous-
traction leur étant plus familière que la division et la division étant plus attachée
52 — Quest-ce que résoudre un problème ?
à la recherche de la valeur dune part quà celle du nombre de parts 49. Une telle
­modélisation traduit bien la situation décrite dans lénoncé et pourrait mener au
résultat avec des nombres dœufs plus petits, mais les nombres en jeu ont été
choisis pour rendre le calcul quasi-impossible avec cette modélisation soustractive,
conduisant ainsi les élèves à avoir recours à une modélisation par une division : il faut
faire des « groupes » ou des « parts » de 6 œufs et chercher le nombre de groupes
ou de parts. La modélisation aboutit ainsi à la recherche du quotient de la division
de 1 551 par 6.
Un nombre de boîtes étant un entier, lopération attendue est une division euclidienne.
Cependant, le reste de la division euclidienne étant non nul, certains élèves peuvent
poursuivre lopération et effectuer une division décimale.
Voici quatre extraits de productions délèves :
Élève 1 Élève 2 Élève 3 Élève 4
1 551 1 551 6 1 551 6 1 551 6
x 6 12 2 585 12 258,5 12 258
9 306 35 35 35
30 30 30
Il faut 9 306 boîtes. 51 51 51
48 48 48
30 30 3
30 30
0 0
Il faut 2 585 boîtes. La réponse Il faut 258 boîtes.
est 258,5.
Lors de la phase « répondre », les élèves doivent interpréter le résultat trouvé dans
le contexte de la situation des boîtes dœufs, en procédant à une régulation qui leur
permet davoir un regard critique sur leur traitement des phases antérieures. Il sagit
à chaque fois de sassurer de la compatibilité du résultat obtenu avec la situation
telle que comprise.
— Lélève 1 na vraisemblablement pas mené cette régulation qui aurait dû le
conduire à rejeter un nombre de boîtes supérieur au nombre dœufs. Ce regard
critique sur le résultat aurait ainsi pu le conduire à remettre en question le modèle
erroné retenu, à savoir une multiplication.
— Lélève 2 aurait dû rejeter la réponse trouvée pour la même raison, ce qui aurait
pu le conduire à investiguer de nouveau les phases antérieures, par exemple en
contrôlant son calcul en estimant un ordre de grandeur de 2 585 x 6, et repérer
loubli de la virgule dans le quotient de la division posée.
49 — Sarah Squire, Peter Bryant, “From Sharing to Dividing: Young
Childrens Understanding of Division”, Developmental Science,
n° 5, 2002.
53 — Quest-ce que résoudre un problème ?
— Lélève 3 na vraisemblablement pas mené la régulation par rapport à la situation
initiale qui consiste à se demander si le résultat trouvé répond bien à la question
posée dans le problème. Un nombre de boîtes dœufs doit en effet ­nécessairement
être un entier. On voit ici limportance de la prise en compte de la situation ­initiale
dans la formulation de la phrase réponse : une formulation neutre comme
« La réponse est » ne favorise pas la régulation attendue.
— Pour lélève 4, la régulation manquante est plus fine. En effet, le résultat proposé
est tout à fait vraisemblable. Mais si lélève sinterroge plus en profondeur pour
savoir si la solution proposée répond effectivement à la question posée, il doit se
demander si les 258 boîtes permettent bien de ranger TOUS les œufs… Lors de
cette régulation, lélève aurait dû prendre en compte le quotient et le reste obtenus
à lissue de la division, et ne pas sarrêter à la seule interprétation du quotient.
Cette régulation, qui sinscrit dans le processus dinterprétation des calculs et de
communication de la réponse, doit permettre de repérer déventuelles erreurs
de modélisation ou de calculs, en faisant apparaître de possibles incohérences,
notamment en termes dordre de grandeur.
Pour renforcer le travail sur cette dernière phase, certains problèmes en « Combien ? »
peuvent être remplacés par des problèmes en « Est-ce que ? », pour lesquels la
réponse attendue nest pas une valeur numérique, mais une analyse à partir
de la valeur numérique trouvée. On peut ainsi remplacer le premier problème
ci-dessous, par le problème alternatif proposé ensuite.
— « Monsieur Martin pèse 78,5 kg, Rose pèse 57,5 kg et Antonin pèse 42,5 kg.
Combien pèsent-ils à eux trois ? »
— « Monsieur Martin pèse 78,5 kg, Rose pèse 57,5 kg et Antonin pèse 42,5 kg.
Est-ce quils peuvent monter ensemble dans un ascenseur acceptant une charge
maximale de 180 kg ? »
UN EXEMPLE DE RÉSOLUTION DE PROBLÈME EN QUATRE PHASES
« Marius revient du marché. Il a acheté 750 g de fraises, un demi-kilogramme
dabricots et a oublié la masse des kiwis achetés. Le contenu de son panier
pèse 1,650 kg.
Quelle est la masse des kiwis ? »
PHASE 1 : COMPRENDRE
Dans cet énoncé, lors de cette première phase, les élèves doivent comprendre
que cette histoire est celle dun homme nommé Marius qui a fait des achats au
marché, quil a mis dans un panier. Les élèves doivent comprendre que, dans le
panier, il y a des fraises, des abricots et des kiwis, qui nont pas été oubliés, mais
dont Marius a oublié la masse. Ils doivent également comprendre quil ny a rien
dautre dans le panier, ce qui est implicite et nullement précisé. Ils doivent aussi
savoir que les masses sadditionnent pour former la masse du contenu du panier.
Cette compréhension de la situation se prête à un codage parties-tout dans lequel
le tout est composé de trois parties. Les élèves doivent pouvoir aussi interpréter
« un demi-­kilogramme » comme 0,5 kg ou comme 500 g.
54 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Enfin, ils doivent comprendre que ce que lon cherche est la masse des kiwis, un des
trois éléments du panier, qui sera donnée sous la forme dun nombre de grammes
ou de kilogrammes.
PHASE 2 : MODÉLISER
Le modèle parties-tout sous-jacent est assez classique pour des élèves de cours
moyen, mais le fait que les données numériques soient dans des unités différentes
ajoute une difficulté susceptible de perturber la modélisation. Le recours à un schéma
sera certainement facilitateur pour beaucoup délèves. Si lors de la première phase,
lélève a repéré la présence de trois fruits regroupés dans un panier, alors, lors de
la phase de modélisation, il peut penser à un problème de type parties-tout avec trois
parties, ce qui lui permet de se lancer dans la réalisation du schéma correspondant,
à savoir un rectangle séparé en trois, ou trois rectangles juxtaposés.
Fraises Abricots Kiwis
Schéma quil peut assez facilement compléter ensuite avec les données qui lui sont
fournies :
Fraises Abricots Kiwis
750 g 1/2 kg ?
1,650 kg
Cette représentation lui permet daffiner sa modélisation et de planifier la réso-
lution du problème en le décomposant : lélève comprend en effet quil sagit dun
problème dans lequel il faut trouver une des trois parties dun tout. Il peut donc,
dans un premier temps, additionner la masse des fraises et la masse des abricots
et, dans un second temps, soustraire cette somme à la masse totale de fruits dans
le panier. Cette modélisation nest pas unique, lélève pourrait aussi choisir de sous-
traire successivement la masse de fraises et la masse dabricots à la masse totale.
PHASE 3 : CALCULER
Lexécution des calculs nécessite davoir des masses exprimées dans la même
unité et lélève peut donc convertir lensemble des données en grammes ou en
kilogrammes.
Fraises Abricots Kiwis
750 g 0,5 kg ?
1,650 kg = 1 650 g
55 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Les opérations sont ensuite réalisables en ligne ou en posant les calculs.
750 g + 0,5 kg = 750 g + 500 g = 1 250 g
1 650 g 1 250 g = 400 g
PHASE 4 : RÉPONDRE
Pour la dernière étape, une régulation a lieu pour faire le lien avec la situation
comprise : on a bien trouvé une masse, cest la masse des kiwis. De plus, 400 g cest
un peu moins quun demi-kilogramme, il semble plausible dacheter un peu moins
dun demi-kilogramme de kiwis, cela ne semble ni trop petit ni trop grand pour être
acceptable ; une réponse de 4 g (clairement inférieure à la masse dun kiwi) ou
de 2 kg (supérieure à la masse des fruits dans le panier) devraient, au contraire,
déclencher une nouvelle régulation.
Lélève peut alors communiquer la réponse de façon claire : « La masse de kiwis
dans le panier est de 400 g. »
56 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Focus | Analyser les erreurs
des élèves pour adapter
laide à leur apporter
Lintérêt principal de la décomposition en quatre phases proposée dans ce chapitre
est de fournir aux professeurs un outil pour structurer lanalyse des productions
délèves en résolution de problèmes afin daccompagner les apprentissages.
Situation : Dans une classe de CM2 (période 2), un professeur a préparé quatre
problèmes à résoudre pour les élèves. Les problèmes sont découpés individuellement
sur des petites feuilles déposées sur le bureau, de façon à ne pas décourager les
élèves par un travail qui leur semblerait trop lourd et éviter quils ne dispersent leur
attention entre les différents problèmes. Les élèves qui ont terminé un problème
viennent spontanément chercher le suivant sur le bureau. Ce fonctionnement est
habituel au sein de la classe. Les élèves sont invités à travailler individuellement.
Lobjectif premier de cette séance est de faire travailler les élèves sur les opé­
rations posées de nombres décimaux : addition et soustraction étudiées au CM1
et multiplication qui vient dêtre introduite50.
Le premier de ces problèmes est le suivant :
« Un électricien dispose dun rouleau de fil électrique de 50 m. Il découpe trois
­morceaux de fil de ce rouleau de 12,70 m chacun.
Quelle longueur de fil électrique reste-t-il dans le rouleau ? »
Le professeur circule dans les rangs, crayon à la main pour valider les réussites.
Les traces écrites de six élèves ont été reproduites ci-dessous :
Élève 1 Élève 2
50 m
2
12,70 12,70 m 12,70 m 12,70 m ?m
+ 12,70 510,100
+ 12,70 3181,10 2
12,70
38,10 1 1 ,90 + 12,70 50
+ 12,70 38,10
La longueur du fil dans le rouleau
38,10 12,10
est 11,90 m.
Il reste 12,10 m de fil électrique.
50 — Une vidéo dune séance similaire proposée en cycle 2 est
disponible sur le site https://pedagogie-nord.ac-lille.fr/formations/
plan-maths/cycle2/ sous lappellation « Une séance de numération dans
une classe de CP » (https://pedagogie-nord.ac-lille.fr/formations/plan-
maths/cycle2/docs/num-calcul/c2-num-calc-seance-cp.zip).
57 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Élève 3 Élève 4
12,70 m ?m
50 m
510,100
1121,70
3 7 ,30 m
Élève 5 Élève 6
2
50,00 12,70 510,100
+ 12,70 x 3 3181,10
62,70 m 38,10 1 1 90
Ça fait 62,70 m. Il lui reste 1 190 m de fil électrique.
Un rapide regard sur les productions écrites permet au professeur de catégoriser
les réponses des élèves (R : réussi, PR : partiellement réussi, NR : non réussi, NT :
non traité) :
Compréhension
Calculs Réponse
et modélisation
Élève 1 R R R
Lélève a effectué
les opérations
attendues.
Élève 2 R PR PR
Lélève a effectué Laddition La réponse
les opérations des trois nombres est erronée mais
attendues décimaux est juste, correspond à ce
en sappuyant sur la soustraction est qui a été trouvé par
un schéma pertinent. erronée, il manque calcul. Il a manqué
une étape dans une régulation qui
la réalisation aurait par exemple
de lalgorithme pu consister à rejeter
consistant à écrire la réponse avec
les deux nombres largument suivant :
à soustraire avec « 50 38 = 12, donc
autant de chiffres 50 38,10 doit être
après la virgule. inférieur à 12… ».
58 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Compréhension
Calculs Réponse
et modélisation
Élève 3 PR R NT
Le schéma laisse Lélève montre quil On ne peut pas savoir
penser que lélève sait soustraire deux ici si lélève na pas
na compris nombres décimaux encore eu le temps
la situation que en posant lopération. de répondre, ou sil
partiellement : a oublié de répondre.
un seul morceau
est retiré au lieu
de trois. Ce schéma,
dordinaire associé
à une situation
de comparaison,
nest pas celui attendu
(voir chapitre 4)
mais il aurait pu
permettre daboutir.
Élève 4 NT NT NT
Élève 5 NR PR NR
Lélève a additionné Lopération effectuée La réponse proposée
les deux longueurs est correcte, na pas été régulée
présentes mais les compétences par rapport à
dans lénoncé. démontrées la situation initiale :
dans le cadre des il ny a pas de
opérations posées questionnement
sont dun niveau sur la cohérence
inférieur à celui entre le résultat
attendu : addition (il reste plus de 62 m
avec retenues de fil) et lhistoire
et soustraction. racontée dans
lénoncé (la longueur
de fil initiale est
de 50 m).
Élève 6 R PR NR
Lélève a effectué les La multiplication La réponse proposée
opérations attendues. est correctement na pas été régulée :
posée et effectuée, pas de cohérence
la soustraction entre le résultat
est correctement et les données
traitée, si ce nest de lénoncé.
loubli de la virgule.
Exemples dactions du professeur qui circule dans les rangs, délève en élève :
Élève 1 : Le professeur félicite lélève, valide par écrit la réponse proposée
et demande à lélève de résoudre les problèmes suivants.
Lobjectif de cette validation écrite est, en plus dun signe dencouragement pour
lélève qui développe ainsi un sentiment de compétence qui laide à avancer,
un moyen pour le professeur de repérer ce qui a été validé, afin de ne pas avoir à
relire ce qui a déjà été validé lors dun deuxième tour de classe et ainsi de repérer
lavancée des travaux de lélève.
59 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Élève 2 : Le professeur félicite lélève pour son travail, il valide par écrit le schéma
et laddition. Il invite lélève 1 et lélève 2 à confronter leurs deux soustractions et
à comprendre pourquoi la réponse de lélève 2 est erronée, de manière à pouvoir
lexpliquer en fin de séance à toute la classe.
Lobjectif du professeur, en invitant les deux élèves à travailler ensemble, est de
consacrer un minimum de temps à cet élève 2, qui est manifestement en réussite
sur les phases de compréhension et de modélisation, pour avoir plus de temps
pour les élèves nécessitant davantage daccompagnement. Le professeur a prévu
de revenir sur ce point délicat pour plusieurs élèves lors du temps de correction
en fin de séance.
Élève 3 : Le schéma correspond à une situation de comparaison, ce qui nest pas le cas
ici, sauf à considérer que lon compare un rouleau neuf de 50 m au rouleau que lon
est en train de découper, ce qui peut être considéré comme acceptable. Mais lélève
na pris en compte quun morceau au lieu des trois attendus. Un échange sengage :
— Est-ce que tu peux mexpliquer ce qui se passe dans ce problème ? Quelle est
lhistoire ?
— Ben, cest un électricien, il a découpé un fil.
— Quest-ce quil a découpé exactement ?
— Il a découpé un fil électrique de 12,70 mètres.
— Quelle est la phrase du problème qui te permet de dire cela ? Tu peux me la lire ?
Lélève 3 lit la phrase « Il découpe trois morceaux de fil de ce rouleau de 12,70 mètres
chacun. »
— Ah ! Je me suis trompé.
— Pourquoi tes-tu trompé ?
— En fait, il en découpe trois et moi je nen ai enlevé quun.
— Très bien. Alors je te laisse corriger sur ton cahier.
Le professeur nécrit rien sur le cahier de lélève, les traces écrites quil laisse
nétant destinées quà valider les réussites dans un souci de motivation et dencou-
ragement, et pour bien montrer que lon est en train dapprendre, quil est normal
de se tromper et quon a le droit de se reprendre.
La place des erreurs dans la construction des connaissances est ici essentielle,
à condition quelles soient analysées et que lélève, en raisonnant, puisse en tirer
de nouvelles connaissances et ainsi réajuster la suite de son travail.
Élève 4 : Le professeur interroge lélève :
— Alors quest-ce qui ne va pas ? Est-ce que tu peux mexpliquer ce qui se passe
dans ce problème ? Que raconte cette histoire ?
— Je ne comprends pas.
— Tu attends un tout petit peu, je finis de regarder les cahiers de tes camarades
et on regarde cela ensemble.
60 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Le professeur prend note des difficultés de lélève dans la phase de compréhension
de lénoncé. Le travail à mener est conséquent et se situe sur le plan même de la
construction dune représentation de la situation suffisamment élaborée pour se
prêter ensuite à une modélisation. Il décide de le mener en commun pour tous les
élèves de la classe concernés en les regroupant afin de traiter cette difficulté de façon
ciblée tandis que les autres élèves poursuivent la résolution dautres problèmes.
Élève 5 : Le professeur interroge lélève :
— Est-ce que tu peux mexpliquer ce qui se passe dans ce problème ? Quelle est
lhistoire ?
— Ben, cest un monsieur qui découpe du fil électrique.
— Daccord et quest-ce quon cherche dans ce problème ? Quest-ce quon
cherche à savoir ?
— Je ne sais pas.
— Quels sont les calculs que tu as faits ?
— Jai fait une addition.
— Daccord. Pourquoi as-tu fait une addition ?
— Je ne sais pas.
— Et bien, tu attends quelques minutes, je finis de regarder les cahiers de tes
camarades et on regarde cela ensemble.
Le professeur prend note des difficultés de lélève dans la phase de compréhension
et de modélisation du problème. Une difficulté possible ici se situe sur le plan de la
représentation de la situation. Lélève se focalise sur des aspects thématiques et na
pas pris en compte les dimensions pertinentes sur le plan mathématique, à savoir
litération dun découpage de trois morceaux de fil dune même longueur, extraits
dun rouleau dont la longueur est connue également. Cet élève fera partie du sous-
groupe accompagné spécifiquement.
Élève 6 : Le professeur interroge lélève :
— Est-ce que tu peux me dire ce quon cherche dans ce problème ?
— On veut savoir le fil qui reste.
— « Le fil qui reste ». Mais, ce quil reste de fil où exactement ?
— Dans le rouleau.
— Le rouleau. Il mesure combien au départ ce rouleau ?
— 50 mètres.
— Et il reste combien de mètres à la fin ?
— Ah je me suis trompé. Ça fait trop.
— Où est-ce que tu tes trompé ?
— Je sais pas.
— Ta multiplication est juste. Les trois morceaux mesurent bien 38,10 mètres
en tout.
Le professeur valide avec son stylo la multiplication.
— Ah, je sais, jai oublié la virgule.
— Je te laisse corriger et je reviens te voir tout à lheure.
La démarche est explicite. Lélève est en réussite et la validation est faite oralement.
61 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Le professeur termine son tour de classe rapidement, puis prend en charge, à part,
les six élèves de la classe (dont les élèves 4 et 5) pour lesquels la compréhension
de la situation ne permet pas de modélisation.
Un temps de remédiation de près de 10 minutes est consacré à ces six élèves,
immédiatement après le premier tour de classe, afin de leur permettre de disposer
dun temps suffisant pour résoudre le problème à lissue de ce travail de remédiation.
Le reste de la classe continue de résoudre les différents problèmes proposés.
Lobjectif du professeur est de travailler sur la compréhension du problème
et de commencer à mettre en avant des éléments supports de modélisation.
Le professeur doit apprendre aux élèves à distinguer « Je nai pas compris »,
« Je nai pas didées » et « Je ne sais pas répondre à la question ». Dans un premier
temps, le travail ne porte que sur la compréhension de lénoncé ; ceci demande une
vigilance du professeur pour sassurer que certains élèves ne dévoilent pas trop
dinformations sur la résolution du problème en répondant aux questions qui leur
sont posées.
Le professeur commence par faire lire à voix haute lénoncé du problème par un élève.
— Tout le monde a bien entendu. On le réécoute une deuxième fois.
Un autre élève le lit à voix haute.
— Alors de quoi parle ce problème ?
— Ça parle dun électricien.
— Cest quoi un électricien ?
— Cest un monsieur qui fait de lélectricité ?
— Pas tout à fait. Est-ce que quelquun peut préciser ?
— Mon tonton, il est électricien.
— Oui et alors, il fait quoi ?
— Je ne sais pas.
— Électricien, déjà cest un métier, et une personne qui est électricien, ou
électricienne si cest une femme, cest une personne qui va soccuper de
linstallation électrique dune maison ou dun appartement, cest-à-dire de tous
les fils à lintérieur des murs qui amènent lélectricité dans les prises. Alors, que
fait lélectricien dans notre problème ?
— Il découpe un fil.
— Oui, il découpe un fil. Il le découpe dans quoi ce fil ?
— Dans un rouleau.
— Et que sait-on sur ce rouleau ?
— Cest un rouleau de fil électrique de 50 mètres.
— Très bien. Regardez ! Je vous ai apporté une ficelle enroulée, on va dire que cest
notre rouleau de 50 mètres.
62 — Quest-ce que résoudre un problème ?
Le professeur présente aux élèves une petite pelote de ficelle denviron un mètre
de long.
— Que fait lélectricien avec ce fil ?
— Il le découpe.
— Quest-ce quil découpe précisément ? Relisez lénoncé du problème.
— Trois morceaux de fil de 12,70 mètres chacun.
— Très bien. On va dire que ça, ça mesure 12,70 mètres.
Le professeur présente une baguette en bois dune dizaine de centimètres.
— Est-ce que vous pouvez faire avec notre rouleau [le professeur montre la ficelle],
ce que fait lélectricien avec son rouleau de fil ?
Une discussion sengage entre élèves, deux élèves découpent trois morceaux
de ficelle de la longueur de la baguette.
— Très bien. Maintenant, est-ce que vous pouvez me dire ce que lon cherche dans
notre problème ?
— Ce qui reste dans le rouleau.
— Oui et à quoi cela correspond-il pour notre ficelle ?
Un élève montre le reste de ficelle.
— Oui. Très bien. Ça cest ce qui nous reste dans notre rouleau. Quelle était
la longueur du rouleau au début, avant quon découpe du fil ?
— 50 mètres.
— Et quest-ce quon a fait ?
— On a découpé.
— Oui, mais quest-ce quon a découpé très précisément ?
— Trois morceaux de 12,70 mètres.
— Alors quels calculs faut-il faire ?
— Une soustraction.
— On fait 50 moins 12,70.
— On a enlevé quune fois 12,70 mètres ?
— Non, trois fois.
— Et alors ?
— Il faut enlever trois fois 12,70 mètres.
— Oui, en effet, il va falloir soustraire 3 fois 12,70 mètres. Bon on sarrête là.
Vous allez retourner à vos places. Vous allez faire un schéma qui raconte
lhistoire, qui raconte ce que fait lélectricien comme on la vu à linstant. Puis
après, vous allez faire les calculs. Allez, cest parti.
Le professeur a fait le choix de ne pas agir sur les nombres en jeu, notamment en
remplaçant la longueur des morceaux découpés par un entier, car son objectif
premier au sein de la séance est de travailler sur le calcul posé avec des nombres
décimaux. Il retourne ensuite faire un nouveau tour de classe complet pour
voir le travail de chacun des autres élèves pendant que les six élèves suivis
spécifiquement se lancent dans une nouvelle tentative de résolution.
63 — Quest-ce que résoudre un problème ?
La séance se poursuit ensuite avec la résolution des problèmes suivants, chaque
élève allant à son rythme. Le professeur a le temps de repasser une troisième fois
consulter le travail de chacun avant dinterrompre le travail de la classe pour un
temps de correction et de mise en commun permettant de revenir très brièvement
sur la technique apprise précédemment pour la soustraction posée de deux
nombres décimaux, avec lexemple de la soustraction posée 50 38,10 du premier
problème, qui a été validé pour tous les élèves dans le cahier, avant de corriger en
détail le deuxième problème. Les suivants ne sont corrigés que dans les cahiers des
élèves qui ont pu les traiter.
64 — Quest-ce que résoudre un problème ?
En résumé
La résolution dun problème peut être vue comme un processus
en quatre phases, qui ne se succèdent pas de manière stricte,
mais qui sont en interaction permanente.
Comprendre : lélève doit comprendre le texte du problème,
cest-à-dire comprendre lhistoire que raconte le problème.
À cela sajoute une compréhension spécifique aux problèmes
mathématiques : comprendre la question, identifier
précisément ce qui est cherché.
Modéliser : lélève doit traduire la situation comprise,
lhistoire qui se situe dans le monde réel, dans un format
pertinent sur le plan mathématique, par exemple un tout
composé de parties, permettant de déduire des opérations
mathématiques à effectuer pour répondre à la question posée.
Calculer : lélève doit effectuer les calculs identifiés à létape
précédente. Ces calculs peuvent être effectués mentalement,
en ligne ou en posant les opérations.
Répondre : lélève doit interpréter les résultats des
opérations mathématiques dans le contexte du problème,
en effectuant une régulation par rapport à la situation
initialement comprise. Cette étape nécessite de mobiliser
des compétences en communication pour produire
une réponse intelligible par tous.
III
Identifier les obstacles
à la résolution
de problèmes
pour les élèves
66 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Ces dernières décennies, de nombreux travaux
de recherche ont porté sur ce qui fait obstacle
à la réussite des élèves lors de la résolution de problèmes.
Ces éléments sont multiples et il est indispensable
quils soient connus du professeur.
Lobjectif nest pas dépurer les problèmes de tout ce qui
peut être source de difficultés pour les élèves, mais de les
identifier et de les contrôler. Ceci doit permettre de
sassurer que les problèmes à résoudre sont accessibles
aux élèves à qui ils sont proposés, tout en les aidant à
développer de nouvelles compétences en les confrontant
progressivement à de nouveaux obstacles. Cela donne
également le moyen de saisir pourquoi un énoncé
est plus difficile quun autre. Une connaissance fine
de ce qui pose des difficultés aux élèves permet aussi,
en cas de difficultés rencontrées lors de la résolution
de problèmes, de fournir les coups de pouce utiles
à chacun, sans dénaturer les tâches dévolues aux élèves.
La structure mathématique
du problème
Lensemble des structures de problèmes pouvant être proposées aux élèves de
cours moyen est large ; il nest pas possible dêtre exhaustif sur ce point, même si
le chapitre 1 a permis de circonscrire les caractéristiques des problèmes devant
être proposés à ce stade de la scolarité : problèmes en une étape, problèmes en
plusieurs étapes et problèmes atypiques, chacune de ces catégories étant elle-même
subdivisée en sous-catégories. De façon générale, les problèmes atypiques sont
plus difficiles à traiter pour les élèves que les problèmes à étapes, car ils leur sont
moins familiers, mais les exceptions sont nombreuses.
67 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Ainsi le problème atypique ci-dessous, relevant de la catégorie des problèmes
algébriques, est particulièrement difficile à traiter pour les élèves de cours moyen
sils nont pas bénéficié dun enseignement spécifique pour acquérir les outils et les
compétences utiles pour sa résolution (ces outils seront présentés au chapitre 4).
« Agathe et Ben ont dépensé 65 €. Agathe et Chloé ont dépensé 185 €. Chloé a
dépensé trois fois plus que Ben. Combien Agathe a-t-elle dépensé ?51 »
Pour les problèmes à étapes, généralement, plus les étapes sont nombreuses plus
la difficulté est importante. Ainsi, le problème en deux étapes ci-dessous pose assez
naturellement plus de difficultés que le problème en une étape proposé ensuite :
— « Alice achète trois livres coûtant 5,70 € chacun. Elle donne 20 € à la libraire.
Combien la libraire va-t-elle lui rendre ? »
— « Alice achète un livre coûtant 5,70 €. Elle donne 20 € à la libraire. Combien la
libraire va-t-elle lui rendre ? »
Un problème comme celui présenté ci-dessous, portant sur un champ numérique
élémentaire, relevant du CP, et à lénoncé relativement simple, peut être source de
difficultés pour les élèves de cours moyen, car il nécessite de traiter plusieurs étapes :
« Un jardinier achète 9 rosiers à 4 € pièce et 3 sapins à 17 € pièce. Quel est le
montant de sa dépense ? »
Pour ce problème en trois étapes, les calculs sont a priori accessibles à des élèves
de CP par des additions itérées. Il relève cependant plus du cours élémentaire, car
la multiplication permet de traiter efficacement les deux premières étapes. Il a été
proposé en janvier 2011 dans le cadre dune évaluation nationale de CM2 ; un tiers
des élèves na pas réussi à le résoudre et plus de la moitié (52 %) des élèves de RAR52 .
Le nombre détapes nest toutefois pas le seul facteur de difficulté. En effet, des
problèmes à une seule étape sont de difficulté différente en fonction de ce qui est
connu et de ce qui est cherché. Ceci a été précisément illustré par les travaux de
Riley mentionnés au chapitre 153 , qui montrent bien linégale difficulté des problèmes
additifs en une étape pour les élèves de cycle 2. Il est généralement plus facile, pour
les élèves, de trouver un tout en connaissant les différentes parties que de retrouver
une partie en connaissant le tout et lautre partie.
Exemples :
— Problème de recherche du tout :
« Jai acheté 6,4 kg de pommes et 3,8 kg de poires.
Quelle est la masse de fruits achetés ? »
— Problème de recherche dune partie :
« Jai acheté 6,4 kg de fruits. Il y a des pommes et 3,8 kg de poires.
Quelle est la masse de pommes achetées ? »
51 — Berinderjeet Kaur, “The Why, What and How of the Model
Method: A Tool for Representing and Visualising Relationships When
Solving Whole Number Arithmetic Word Problems”, ZDM Mathematics
Education, n° 51, Springer, 2018.
52 — Réseau ambition réussite (à peu près équivalent aux écoles
en REP+ aujourdhui).
53 — Voir p. 21.
68 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Il est également plus facile pour les élèves de trouver un état final quun état initial
dans un problème où une grandeur évolue, et ceci, indépendamment de lopération
en jeu (addition ou soustraction).
Exemples :
— Problème de recherche dun état final :
« Maya avait 17,5 L dessence dans sa moto. Elle en a consommé 13,7 L.
Quel volume dessence y a-t-il maintenant dans la moto de Maya ? »
— Problème de recherche dun état initial :
« Maya vient de rajouter 13,7 L dessence dans sa moto pour faire le plein. Il y a
maintenant 17,5 L dessence dans le réservoir.
Quel volume dessence y avait-il dans la moto avant que Maya ne fasse le plein ? »
Le texte de lénoncé du problème
Comme pour un texte proposé en français, en sciences ou dans toute autre discipline,
la compréhension dun énoncé de problème peut représenter un obstacle. Lélève
peut ainsi avoir des difficultés à saisir, à partir du texte de lénoncé, ce quest la
situation, cest-à-dire ce qui se passe dans lhistoire que raconte cet énoncé et ce
qui est demandé. Plusieurs éléments du texte de lénoncé peuvent ainsi constituer
des obstacles à cette bonne compréhension :
— le degré de familiarité de lélève avec lenvironnement du problème : familiarité
avec le contexte, familiarité avec le lexique lié à ce contexte, etc. ;
— la longueur et la forme de lénoncé : les textes peuvent devenir plus longs au cours
moyen et les informations à prélever plus nombreuses ;
— la présence dillustrations qui généralement ne facilitent pas la tâche des élèves ;
— le lexique spécifique aux mathématiques ;
— des mots-clés de lénoncé concordants ou non avec la modélisation : présence
de mots comme « plus », « perdre », « fois », « partager » qui incitent fortement à
effectuer une opération en particulier ;
— un scénario, évoqué par lénoncé, facilitant ou non la perception des relations
mathématiques en jeu : relations entre les entités présentes dans lénoncé,
relations décrites au sein de lénoncé ou à construire par lélève, etc. ;
— linscription ou non dans le champ de validité de la conception intuitive des
opérations : par exemple des problèmes de gains pour lesquels il faut effectuer
une soustraction ne sont pas inscrits dans ce champ de validité ;
— la présence de données inutiles.
69 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Le degré de familiarité de lélève avec
lenvironnement du problème
Une première source de difficulté est labsence de familiarité de lélève avec
lenvironnement dans lequel se situe laction du problème et, en particulier, avec
le lexique utilisé dans lénoncé. Il sagit aussi dune difficulté pour le professeur :
un univers qui peut lui sembler familier, car sappuyant sur son vécu personnel, peut
ne pas lêtre du tout pour certains élèves.
La compréhension du problème sera généralement plus aisée si lunivers de
référence sur lequel porte le problème est familier des élèves. Ainsi le problème
ci-dessous, portant sur le football, sera certainement plus accessible aux élèves
français que le problème équivalent, issu de lunivers du curling, proposé ensuite.
— « Le capitaine frappe la balle juste avant la ligne de milieu de terrain. Le ballon
simmobilise 45,5 m plus loin dans les pieds de lavant-centre, situé à 2,5 m du
point de penalty, celui-ci tire en direction du but, le ballon simmobilise alors dans
les bras du gardien après avoir parcouru 8,3 m.
Quelle distance totale a parcouru le ballon ? »
— « Le skip lâche le marteau juste avant la ligne de hog. La pierre dailsite heurte une
pierre adverse 26,9 m plus loin, puis poursuit sa route en direction de la maison,
la pierre simmobilise à 0,8 m du champagne, après avoir parcouru 3,4 m.
Quelle distance totale a parcouru la pierre ? »
Il pourra souvent être intéressant de créer des problèmes directement en lien avec
les activités des élèves et les événements vécus par la classe : activités pratiquées
dans le cadre de lEPS, sorties organisées, activités menées en sciences, etc.
Labsence de connaissance des entités dont il est question dans lénoncé du problème
peut rendre impossible la régulation nécessaire lors de la quatrième phase de la
résolution du problème (répondre).
« Aujourdhui, jai trouvé 35 bigorneaux. Ensemble, ils pèsent 480 g. En supposant
quils ont tous la même masse, trouve combien pèse un bigorneau. »
Un élève effectuant le calcul : 480 g x 35 = 16 800 g = 16,8 kg ne sera nullement alerté
par labsurdité de la masse trouvée, sil na aucune idée de ce quest un bigorneau.
La longueur et la forme de lénoncé
Au cycle 2, les élèves sont assez rarement exposés à des problèmes dont lénoncé
sétale sur plus de trois lignes, ce qui fait quau cours moyen, un énoncé plus long,
par exemple avec plus de quatre données numériques, peut se révéler difficile
à traiter pour certains élèves.
70 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
« Un spectacle musical avec cinq artistes est proposé au directeur dune école.
Il faut payer les artistes 50 euros chacun. Il faut aussi payer leur déplacement,
soit 200 euros au total. Il ny a pas dautres frais. Lassociation de parents délèves
donne une aide de 110 euros et la mairie accorde une autre aide de 240 euros.
Si les 50 élèves de cette école assistent au spectacle, quelle participation
­financière doit être demandée à chaque élève pour payer la dépense restante ? »
Il est important de confronter les élèves dès le début du cours moyen à des énoncés
de problèmes de plus de deux ou trois lignes sans complexité particulière au-delà
de la longueur, afin de leur apprendre à ne pas être déstabilisés par de tels énoncés
et à structurer les données pour pouvoir répondre à la question posée.
Dautres éléments peuvent être de nature à faciliter ou, au contraire, à rendre plus
complexe la compréhension du problème. Par exemple, la position de la question
en début dénoncé peut être facilitatrice pour certains élèves54 , en les invitant dès
la première lecture à se concentrer sur un objectif précis. Les problèmes dont les
données sont organisées dans lordre où elles sont utiles sont aussi généralement
plus aisés à résoudre.
La présence ou non dillustrations
Les illustrations sont souvent vues comme un moyen daider les élèves à mieux
comprendre les énoncés qui leur sont soumis. Différentes études montrent que
cela nest pas toujours le cas : les illustrations peuvent parfois distraire les élèves,
plus que les soutenir dans la résolution du problème. Par ailleurs, des illustrations
contenant une partie des informations nécessaires pour résoudre le problème,
comme dans lénoncé ci-dessous, nécessitent des allers-retours entre le texte et
la ou les illustrations qui augmentent la difficulté à résoudre le problème.
Exemple :
« Jacques et Henri, âgés de 17 et 20 ans, plantent leur tente pour deux semaines
dans le camping des Trois Chênes. Combien paieront-ils ? »
CAMPING DES TROIS CHÊNES
Tarif par semaine
Adulte 54 €
Enfant (jusquà 10 ans) 21 €
Emplacement pour une caravane 40 €
Emplacement pour une toile de tente 22 €
Animaux autorisés gratuit
54 — Michel Devidal, Michel Fayol, Pierre Barrouillet, « Stratégies
de lecture et résolution de problèmes arithmétiques », LAnnée
psychologique, Vol. 97, n° 1, PUF, 1997.
71 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Pour ce problème, le contexte du camping peut bien évidemment être un obstacle
pour certains élèves, mais une difficulté supplémentaire est liée à la nécessité de
faire le lien entre lénoncé, qui est pourtant très court, et lillustration contenant les
tarifs. En effet, il faut sappuyer simultanément sur les deux sources dinformation
pour établir le prix à payer : deux tarifs « adulte » (Jacques est mineur, mais le tarif
« enfant » est pour les enfants jusquà 10 ans, il est donc considéré comme « adulte »
contrairement à ce que le langage courant indique habituellement), une tente
(qualifiée de « toile de tente » dans le tableau), deux semaines (à lier avec « Tarif par
semaine »). Comme pour le problème précédent, les mathématiques sous-jacentes
relèvent du CE1 ; ce problème pose néanmoins encore des difficultés à certains
élèves de CM2, avec un taux de réussite de 49 % lors des évaluations nationales de
janvier 2011 (30 % en RAR55).
Dans une étude réalisée aux Pays-Bas avec des élèves en cinquième année décole
primaire (équivalent du CM2), des chercheurs 56 ont proposé des problèmes très
simples, en une étape, accompagnés ou non dune illustration :
— des problèmes bruts, sans illustration ;
— des problèmes accompagnés dune illustration décorative, qui napporte pas
dinformation utile ;
— des problèmes accompagnés dune illustration qualifiée daidante, car elle
illustrerait les informations données dans le problème ;
— des problèmes accompagnés dune illustration qualifiée dessentielle, car une
partie des informations nécessaires pour résoudre le problème sont présentes
uniquement dans lillustration.
Les figures ci-dessous présentent quatre de ces problèmes utilisés dans cette
recherche.
Brut Inutile Aidante Essentielle
Il y avait Il y avait Il y avait Il y avait
18 personnes 18 personnes 18 personnes 18 personnes
dans le bus. dans le bus. dans le bus. dans le bus.
4 personnes sont 4 personnes sont 4 personnes sont Des personnes sont
sorties. Combien sorties. Combien sorties. Combien sorties. Combien
de personnes de personnes de personnes de personnes
sont dans le bus sont dans le bus sont dans le bus sont dans le bus
maintenant ? maintenant ? maintenant ? maintenant ?
18 ? 18
18 ?? 18
18 ? 18 ?
Réponse = Réponse = Réponse = Réponse =
Figure 5. Limpact des illustrations sur la résolution de problèmes.
55 — Réseau ambition réussite (à peu près équivalent aux écoles
en REP+ aujourdhui).
56 — Inez Berends, Ernest C. D. M. Van Lieshout, “The Effect of
Illustrations in Arithmetic Problem-solving: Effects of Increased
Cognitive Load”, Learning and Instruction, n° 19, 2009.
72 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Les chercheurs se sont intéressés aux effets de ces représentations sur la réussite
à ces problèmes en distinguant deux groupes délèves : ceux forts en calcul et ceux
faibles en calcul.
Ils ont mis en avant une absence dimpact de la présence de lillustration inutile tant
pour les élèves forts que pour les élèves faibles en calcul. Ils ont également mis en
avant un effet négatif de lillustration essentielle qui conduit à une chute des réussites
tant pour les élèves forts que pour les élèves faibles. Le fait de devoir confronter
lénoncé du problème à lillustration engendre vraisemblablement une surcharge
cognitive pour les élèves, ce qui réduit leur réussite. Il faut également comprendre
que les quatre personnages dessinés sont inclus dans les « 18 » indiqués sur le bus,
ce qui peut être aussi considéré comme ambigu.
Dans le cas de lillustration qualifiée daidante, les chercheurs nont pas constaté
deffet sur la réussite des élèves forts, mais ils ont constaté un effet négatif sur celle
des élèves faibles en calcul. Ce résultat contre-intuitif laisse penser que, pour les
élèves les plus fragiles, une illustration reprenant les informations de lénoncé nagit
pas comme un élément facilitateur, mais au contraire, ajoute de la complexité en
augmentant la charge cognitive, en multipliant les sources dinformation.
Il semble donc raisonnable de ne pas chercher à illustrer à tout prix les problèmes
proposés aux élèves et, lors des choix de manuels, de privilégier ceux ne multipliant
pas les illustrations inutiles, aidantes ou même essentielles.
La présence déléments superflus
Beaucoup de travaux ont été menés en France dans les années 1990 sur linfluence
qua la présence de données inutiles dans les énoncés de problèmes pour la réussite
des élèves à les résoudre. Denis Butlen et Monique Charles-Pézard57 proposent, par
exemple, la liste de problèmes ci-dessous dans lesquels les francs ont été remplacés
par des euros.
— « Une famille de 3 personnes séjourne pendant 6 jours à la résidence “des 3 îles” ;
le tarif journalier de la pension est de 45 € par personne.
Calcule le montant de la dépense. »
— « Marie fête son anniversaire le 22 septembre : elle a 11 ans. Elle dit à sa maman :
“Jai exactement 32 ans de moins que toi !”
Quel est lâge de Maman ? »
— « Jean part de Paris, il doit passer par Melun et être à Fontainebleau à 10 heures ;
la distance Paris-Fontainebleau est de 65 km et il y a 15 km de Melun
à Fontainebleau.
Quelle est la distance entre Paris et Melun ? »
— « Pour Noël, Jean, qui dispose de 84 €, a décidé doffrir le même livre à ses 4 amis ;
il paye 74 €.
Quel est le prix dun livre ? »
57 — Denis Butlen, Monique Charles-Pézard, « Conceptualisation
en mathématiques et élèves en difficulté. Le calcul mental entre sens
et technique », Grand N, n° 79, 2007.
73 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
— « Un rallye cycliste comporte 105 km ; le départ est à 7 heures le matin ; les relais
sont distants de 5 km ; chaque participant doit pointer au départ, à chaque relais,
et à larrivée.
Combien de fois doit-il pointer ? »
— « Un restaurant propose un menu du jour à 18 € ; il y a 4 choix possibles pour
lentrée, 3 choix possibles pour le plat principal et 2 choix possibles pour le dessert.
Combien de menus différents (entrée-plat-dessert) peut-on constituer ? »
Cette présence de données inutiles a un effet négatif sur la réussite du traitement
de ces problèmes par les élèves. Dune part, ces données supplémentaires aug-
mentent la charge cognitive des élèves lors de la résolution, rendant plus difficiles
la compréhension et la modélisation du problème. Dautre part, les élèves qui ne
sinscrivent pas dans une démarche de compréhension du problème, mais prennent
simplement les données de lénoncé et sen servent pour effectuer un calcul choisi
plus ou moins aléatoirement, sont mis en échec, alors quils auraient pu obtenir un
résultat correct avec leur démarche erronée sans la présence de données inutiles.
Proposer des problèmes avec des données inutiles est donc particulièrement
intéressant pour repérer des difficultés délèves qui risqueraient de ne pas être
décelées lors du traitement dun problème en une étape avec deux données
numériques. Cependant, il nest sans doute pas souhaitable den faire une tâche
technique, qui consisterait à repérer les données inutiles et les données utiles
dans des énoncés de problèmes. En résolution de problèmes, la tâche dévolue aux
élèves est et doit rester celle de résoudre des problèmes. Lors des temps de mise
en commun, il est cependant intéressant de mettre la focale sur la présence de ces
données numériques, écrites en chiffres ou en lettres, qui ne sont pas utiles pour
répondre à la question posée.
Le lexique et, en particulier, le lexique
spécifique aux mathématiques
Ce point est en lien direct avec le paragraphe sur la familiarité de lélève avec
lenvironnement du problème ; un environnement peu familier à un élève risque de
conduire à la confrontation dun lexique méconnu. Les difficultés liées au lexique
nécessitent une grande vigilance du professeur lors du choix des problèmes.
Un temps de résolution de problèmes ne doit pas être vu comme une opportunité
de faire acquérir de nouveaux mots aux élèves. Certaines séances de résolution de
problèmes commencent parfois par de longues explications sur le texte de lénoncé
et le lexique quil contient. Cette pratique est généralement à éviter, car elle éloigne
les élèves de lobjectif visé par les séances de résolution de problèmes. Elle est
particulièrement ennuyeuse pour les élèves qui ont souvent perdu toute motivation
à résoudre le problème lorsque les longues explications cessent. La résolution de
problèmes peut néanmoins être une occasion de réinvestir des mots nouveaux, appris
récemment, et quil est utile de faire rencontrer régulièrement aux élèves pour quils
se les approprient.
74 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Une fois le problème résolu, le professeur peut revenir sur des points de lexique
qui posaient souci sans que cela nait été anticipé. Par exemple, pour le problème de
Gabin vu dans la partie « Comprendre » du chapitre 2 (« Gabin a réalisé un bouquet
de fleurs. Un quart sont des roses, un tiers sont des œillets et les 10 autres fleurs
sont des marguerites. Combien y a-t-il de fleurs dans le bouquet de Gabin ? »), il peut
montrer, grâce aux outils numériques présents dans la classe, des photos dœillets ou
de marguerites à des élèves qui ne connaissent pas ces fleurs. Ces éclairages doivent
être accompagnés dexplications destinées à montrer que lon pouvait résoudre le
problème sans connaître ces fleurs, simplement en devinant quil sagissait de fleurs
puisque lénoncé parlait de la constitution dun bouquet de différentes fleurs. ­Lobjectif
est à nouveau de faire des inférences et ainsi doutiller les élèves pour quils puissent
traiter un problème qui leur est proposé malgré déventuelles carences lexicales,
en faisant des hypothèses quils vérifieront ensuite.
Si les séances de résolution de problèmes ne doivent, a priori, pas avoir pour objectif
de faire connaître de nouveaux mots, cela nest pas vrai pour le lexique ou la langue
spécifiques aux mathématiques quil va falloir faire découvrir, revoir et faire maîtriser
aux élèves, dans le cadre de la résolution de problèmes. Par exemple, les expressions
suivantes doivent faire lobjet dune attention particulière :
— il en a 5 de plus ;
— il en veut au moins 6 ;
— il en a 3 fois plus ;
— il est inférieur à ;
— il est supérieur ou égal à ;
— il en a le triple ;
— il en donne le quart ;
— il en a autant ;
— la longueur du rectangle est le double de sa largeur…
Le maniement de ces expressions relationnelles peut être aussi loccasion de
travailler certains principes mathématiques. Par exemple, si « Léa a 5 billes de plus
que Sarah », alors « Sarah a 5 billes de moins que Léa » ; si « Léa a 5 fois plus de billes
que Sarah », alors « Sarah a 5 fois moins de billes que Léa ».
Les mots clés de lénoncé (plus, moins, fois, etc.)
concordant ou non avec la modélisation
Lors des classifications des problèmes en une étape dans les années 1980,
les chercheurs ont mis en évidence une meilleure réussite lorsque lopération
attendue correspond, dun point de vue sémantique, au lexique présent dans lénoncé.
— Problème 1 : « Paul a 3 billes. Pierre a 5 billes de plus que Paul.
Combien Pierre a-t-il de billes ? »
— Problème 2 : « Paul a 3 billes. Paul a 5 billes de moins que Pierre.
Combien Pierre a-t-il de billes ? »
75 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Ainsi, pour les deux problèmes précédents pour lesquels il faut calculer la même
somme 3 + 5, Mary Riley et al.58 ont obtenu une réussite de 100 % pour le premier
exercice et de seulement 75 % pour le second avec des élèves en troisième année
décole élémentaire.
Le second exercice conduit en effet de nombreux élèves à effectuer la soustraction
5 3. Les processus conduisant à ce choix sont sans doute divers, avec des niveaux
de compréhension variés ; pour certains élèves, cette réponse erronée révèle sans
doute une difficulté à inhiber le réflexe conduisant à faire une soustraction en lisant
le mot « moins » présent dans lénoncé.
Ces éléments sont importants pour les problèmes soumis aux élèves lors des
temps de formation, mais aussi et surtout en évaluation. Pour les trois problèmes
ci-dessous, un mot de lénoncé (« plus », « différence », « moins ») correspond au
lexique de laddition, pour le premier problème, et de la soustraction, pour les deux
suivants. Une centration sur ces mots, indépendamment de toute autre chose, conduit
à effectuer lopération attendue. Un élève peut donc modéliser correctement le
problème, en sappuyant uniquement sur ce mot clé, sans avoir compris la situation
et sans avoir réfléchi au modèle mathématique sous-jacent.
— « Au marché, un ananas coûte 1,89 €. Une pastèque coûte 1,66 € de plus quun ananas.
Quel est le prix dune pastèque ? »
— « Au marché, un ananas coûte 1,89 € et une pastèque coûte 3,55 €.
Quelle est la différence de prix entre une pastèque et un ananas ? »
— « Au marché, une pastèque coûte 3,55 €. Un ananas coûte 1,66 € de moins
quune pastèque.
Quel est le prix dun ananas ? »
Ces trois problèmes peuvent donc, dans certains cas, conduire à penser que des
élèves savent résoudre correctement des problèmes de comparaison additive, alors
que leur raisonnement est erroné. On peut alors parler de faux positif, comme on
le ferait dans le cas dun test médical. Si ce type de problèmes nest pas à bannir,
il faut cependant rester vigilant afin de ne pas risquer de valider des compétences
qui ne sont pas acquises. Cela pose, de façon générale, la question de la manière
dont les termes de lénoncé influencent le choix de la stratégie de résolution de
lélève59. Le professeur peut ainsi, en évaluation, privilégier des problèmes évitant
ces concordances, comme les problèmes ci-après :
— « Au marché, un ananas coûte 1,89 €. Un ananas coûte 1,66 € de moins
quune pastèque.
Quel est le prix dune pastèque ? »
— « Au marché, un ananas coûte 1,89 € et une pastèque coûte 3,55 €.
Combien une pastèque coûte-t-elle de plus quun ananas ? »
— « Au marché, une pastèque coûte 3,55 €. Une pastèque coûte 1,66 € de plus
quun ananas.
Quel est le prix dun ananas ? »
58 — Voir chapitre 1.
59 — Gabriella Daroczy, Detmar Meurers, Juergen Heller, Magdalena
Wolska, Hans-Christoph Nuerk, “The Interaction of Linguistic And
Arithmetic Factors Affects Adult Performance on Arithmetic Word
Problems”, Cognitive Processing, n° 21, 2020.
76 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Linscription ou non dans le champ de validité
de la conception intuitive des opérations
Depuis les années 1980, il est bien établi par la recherche que chaque notion
mathématique est dabord comprise par les élèves à travers des éléments de la vie
quotidienne. Ainsi, la conception intuitive de laddition est la recherche du résultat
dun gain ou dun ajout, celle de la soustraction est la recherche du reste dans
une situation de perte ou de retrait, celle de la multiplication est la répétition dune
suite dadditions du même nombre et celle de la division est la recherche de la taille
de la part dans le contexte dun partage équitable 60. Ces conceptions intuitives
sont utiles dans la mesure où elles permettent aux élèves de sappuyer sur leurs
connaissances préalables pour donner du sens à une notion, de mettre à profit
leurs expériences passées pour faciliter leurs apprentissages. Mais elles vont aussi
constituer un ­obstacle quand elles ne coïncideront pas avec la notion mathématique61 ,
par exemple, quand un problème mettant en jeu une perte nécessite de mobiliser une
addition et non pas une soustraction, comme pour le problème ci-dessous.
« Alice a un trou dans sa poche. Elle a perdu 3,40 € pendant la randonnée. Il lui
reste 13,80 €. Combien dargent avait Alice au début de la randonnée ? »
Un autre exemple est celui dune multiplication avec un multiplicateur inférieur
à 1, pour laquelle le produit sera donc inférieur au multiplicande, ce qui heurte la
conception intuitive dune multiplication qui est la répétition dune suite dadditions du
même nombre et qui dans ce cas donne donc un produit supérieur au multiplicande.
« Arsène achète 0,250 kg de Beaufort à 22 € le kilogramme. Combien deuros
va payer Arsène pour son morceau de Beaufort ? »
Le tableau ci-après donne dautres exemples de problèmes coïncidant ou non avec
la conception intuitive des opérations.
60 — Jacques Lautrey, Sylviane Rémi-Giraud, Emmanuel Sander, Andrée
Tiberghien, Les Connaissances naïves, Armand Colin, Paris, 2008.
61 — George Lakoff, Rafael Núñez, Where Mathematics Comes From:
How the Embodied Mind Brings Mathematics into Being, Basic Books,
New York, 2001.
77 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Problèmes coïncidant Problèmes non inscrits dans le champ
avec la conception intuitive de validité de la conception intuitive
de lopération de lopération
« Léa avait 18,45 €. Sa maman lui a « La maman de Léa lui a donné 5 €.
donné 5 €. Léa a maintenant 18,45 €.
Combien dargent a Léa maintenant ? » Combien dargent avait Léa avant
de recevoir les 5 € de sa maman ? »
« 108 coureurs prennent le départ « 108 coureurs prennent le départ
dune course. Il y a 85 abandons dune course. Il y a beaucoup
pendant la course. dabandons. 85 coureurs seulement
Combien de coureurs ont terminé terminent la course.
la course ? » Combien de coureurs ont abandonné ? »
« Quel est le prix de 4 litres dessence « Quel est le prix de 0,27 litre dessence
si un litre dessence coûte 1,22 euro ? » si un litre dessence coûte 1,22 euro ? »62
« Sept enfants se partagent « Des enfants se sont partagé
équitablement 91 billes. équitablement 91 billes. Chaque enfant
Combien de billes va recevoir a reçu 7 billes.
chaque enfant ? » Combien y a-t-il denfants ? »
Il est important de prendre en compte, dans les activités de résolution de problèmes,
si la situation sinscrit ou non dans le champ de validité de la conception intuitive
de lopération en jeu dans le problème. En effet, les réussites ne sinterprètent pas
de la même façon selon que la conception intuitive de lopération facilite ou non le
ou les choix calculatoires pertinents. Il y a évidemment un enjeu fort à sassurer
que les situations travaillées en classe vont fréquemment au-delà des contextes où
la conception intuitive est facilitante.
Un scénario, évoqué par lénoncé, facilitant
ou non la perception des relations
mathématiques en jeu
De manière générale, il ny a pas de neutralité entre les contenus des énoncés et les
structures mathématiques sous-jacentes, dans la mesure où les relations quentre-
tiennent les éléments dun énoncé peuvent inciter à effectuer certaines opérations
mathématiques. Par exemple, des billes de différentes couleurs, des pommes et des
poires, ou encore des voitures et des camions relèvent de scénarios de collections
existant en parallèle et pouvant être regroupées dans des collections englobantes
comme les billes ou les fruits ou encore les véhicules, ce qui évoque une addition ou
une soustraction. En revanche, des fleurs et des vases, des œufs et des boîtes, des
billes et des sacs ou des pommes et des paniers relèvent de scénarios de répartition
de contenus dans des contenants, ce qui évoque une multiplication ou une division.
62 — Ce problème relève a priori du niveau sixième ; il nécessite
un changement dunité pour que lopération à effectuer soit accessible
à un élève de cours moyen.
78 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Lorsque les opérations évoquées par les éléments en jeu ne sont pas celles qui
mènent à la solution, cela conduira à une difficulté accrue de la résolution des
problèmes63 . Par exemple, un problème avec un nombre de vases et de fleurs pour
lequel il faut effectuer une soustraction et non pas une division.
Scénarios facilitateurs Scénarios non facilitateurs
« Léo a 21 billes rouges et 7 billes bleues. « Léo a 21 roses et 7 vases.
Combien Léo a-t-il de billes rouges Combien Léo a-t-il de roses de plus que
de plus que de billes bleues ? » de vases ? »
« Lucie a 13 vases. Elle met 7 roses « Lucie a 7 billes rouges. Elle reçoit
dans chaque vase. 13 billes bleues en échange de chaque
Combien de roses y aura-t-il dans bille rouge.
lensemble des vases ? » Combien de billes bleues aura-t-elle
à la fin des échanges ? »
Dans le cadre de lenseignement de la résolution de problèmes, il est essentiel
denvisager des cas de figure où les scénarios ne sont pas facilitateurs afin de
sassurer que les élèves ont acquis une autonomie suffisante pour résoudre les
problèmes y compris en labsence de ces soutiens sémantiques.
Le champ numérique
Les nombres en jeu dans un problème peuvent être source de difficulté pour les élèves.
La difficulté va être liée à la nature ou lécriture des nombres (fractions, écriture à
virgule dun nombre décimal), au nombre de chiffres que comporte lécriture de ces
nombres ou encore au fait que ces nombres sont des mesures données dans des
unités différentes. Dans les problèmes multiplicatifs, les rapports quentretiennent
entre eux les nombres peuvent également être ou non source de difficulté.
La complexité engendrée par les nombres en jeu et leurs relations peut apparaître :
— lors des phases de compréhension et de modélisation du problème en créant une
surcharge cognitive qui laisse alors moins de disponibilité pour appréhender les
autres difficultés du problème ;
— lors de la phase de calcul en nécessitant déventuels changements décriture
des nombres (passage dune écriture fractionnaire à une écriture décimale par
exemple) ou déventuels changements dunités des grandeurs et des stratégies
de calcul parfois mal maîtrisées à ce stade de la scolarité.
63 — Miriam Bassok, Valerie Chase, Shirley Martin, “Adding Apples
and Oranges: Alignment of Semantic and Formal Knowledge”, Cognitive
Psychology, n° 35, 1998.
79 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Au cours moyen, un problème avec des nombres entiers inférieurs à 20 pourra
souvent être traité mentalement, alors que le même problème avec des nombres
nouvellement rencontrés nécessitera un traitement à lécrit. Il est à noter que la
surcharge cognitive que représente le maniement de ces nouveaux nombres peut
conduire à la nécessité de produire un schéma pour modéliser le problème alors
que la modélisation de ce même problème ne nécessite pas de schéma avec des
nombres avec lesquels lélève est plus à laise.
Le problème ci-dessous, qui peut être traité par un élève de CP, pourra être traité
mentalement, sans difficulté, par un élève de cours moyen.
« Tiago a acheté 10 kg de fruits. Il a acheté 2 kg doranges, 3 kg de bananes et
des pommes. Quelle masse de pommes a-t-il achetée ? »
A contrario, le problème ci-après, identique au précédent aux valeurs numériques
près, nécessitera sans doute un traitement à lécrit, généralement avec un schéma
pour représenter la situation et écrire les différentes masses sous une forme
homogène avant de se lancer dans des calculs.
« Tiago a acheté 2,5 kg de fruits. Il a acheté 870 g doranges, un quart de kilo-
gramme de bananes et des pommes. Quelle masse de pommes a-t-il achetée ? »
Orange Banane Pomme
870 g 1 kg = 250 g ?g
4
2,5 kg = 2 500 g
Dans ce problème, la difficulté est augmentée par le fait que les masses sont données
dans des unités différentes (gramme et kilogramme) et par le fait que les mesures de
ces masses sont fournies avec des nombres avec des écritures différentes (entier,
fraction, écriture à virgule dun nombre décimal).
Dans dautres problèmes, ce sont les calculs qui doivent être effectués qui peuvent
engendrer des difficultés, car les techniques opératoires sont apprises depuis peu
de temps.
« Jachète 24 tickets dentrée à un parc de loisirs. Le prix total est de 300 €. Quel est
le prix dun ticket ? »
Ce problème de recherche de la valeur dune part est très simple du point de vue
de sa structure et de la forme de lénoncé. Un simple changement des données
permet dobtenir un problème qui serait massivement réussi par des élèves de
cours élémentaire.
« Jachète 4 tickets dentrée à un parc de loisirs. Le prix total est de 40 €. Quel est
le prix dun ticket ? »
80 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
Le problème avec 24 tickets nécessite, lui, de calculer le quotient 300 ÷ 24, opération
difficile à traiter mentalement au cours moyen, et qui peut donc conduire à poser une
division décimale. Une recherche par essais et ajustements du nombre qui, multiplié par
24, donne 300 est également possible. Lalgorithme de la division décimale est introduit
au CM2 et peut donc être encore mal maîtrisé. Lors dune évaluation nationale des
élèves de CM2 de janvier 2011, le taux de réussite à cet exercice était de 26 % seulement.
Dans dautres cas, les calculs auxquels conduit une première modélisation peuvent ne
pas être accessibles aux élèves. Il est alors nécessaire de développer des stratégies
de calcul spécifiques ou de repenser la modélisation.
« Un pack de six bouteilles de lait entier biologique coûte 7,38 €. Quel est le prix
dune bouteille de ce pack ? »
Pour ce problème qui sadresse à des élèves de CM2, lopération qui permet de
résoudre directement le problème est la division décimale 7,38 ÷ 6. Cette opération
est difficile à effectuer sans poser lopération. La division décimale posée est une
opération nouvelle au CM2 et reste difficile pour certains élèves. En travaillant avec
des centimes, la division peut être ramenée à une division euclidienne, qui reste
elle aussi difficile pour certains élèves mais qui est sans doute plus accessible car
introduite dès le CM1.
— « Pour son anniversaire, Lyna a acheté 3 litres de jus de fruits. Les verres de
Lyna contiennent 0,2 litre.
Combien de verres de jus de fruits Lyna pourra-t-elle servir ? »
— « Un mètre dun certain tissu coûte 5,40 €. Hugo souhaite acheter 2,5 mètres de
ce tissu.
Combien devra payer Hugo pour cet achat ? »
Pour ces deux problèmes, une première modélisation peut conduire aux calculs
suivants : 3 ÷ 0,2 et 5,40 x 2,5. Les opérations posées correspondant à ces deux
calculs ne sont pas accessibles à des élèves de cours moyen. Les calculs nécessitent
donc une réflexion supplémentaire pour pouvoir trouver respectivement le quotient
et le produit cherchés. Plusieurs stratégies peuvent être déployées, en voici
quelques exemples :
— Un changement dunité de mesure pour le premier problème
Les élèves peuvent choisir de travailler avec des centilitres (ou des millilitres).
3 L = 3 x 1 L = 3 x 100 cL = 300 cL et 0,2 L = 0,2 x 1 L = 0,2 x 100 cL = 20 cL. On cherche
donc combien de verres de 20 cL on peut remplir avec 300 cL de jus de fruits.
300 cL ÷ 20 cL = 15. Avec 3 L de jus de fruits, Lyna peut donc servir 15 verres.
— Une utilisation de la proportionnalité pour le premier problème
5 x 0,2 = 5 x 2 dixièmes = 10 dixièmes = 1. Doù 5 x 0,2 L = 1 L.
5 verres contiennent 1 L. Avec 1 L, Lyna peut donc servir 5 verres.
3 L, cest 3 fois plus que 1 L ; avec 3 L on remplit donc 3 fois plus de verres quavec 1 L.
3 x 5 verres = 15 verres ; avec 3 L, Lyna peut donc servir 15 verres.
81 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
— Une utilisation de la proportionnalité pour le second problème
Un mètre de tissu coûte 5,40 €, donc deux mètres de tissu coûtent deux fois plus,
cest-à-dire 2 x 5,40 € = 10,80 €.
Un mètre de tissu coûte 5,40 €, donc un demi-mètre de tissu coûte la moitié de 5,40 €,
cest-à-dire 5,40 € ÷ 2 = 2,70 €.
2,5 m = 2 m + 0,5 m ; 2,5 mètres de tissu coûtent donc le prix de 2 mètres de tissu
plus le prix dun demi-mètre de tissu, cest-à-dire 10,80 € + 2,70 € = 13,50 €.
82 — Identifier les obstacles à la résolution de problèmes pour les élèves
En résumé
Trois sources principales de difficultés sont à retenir :
— la structure du problème. Les problèmes en une étape
sont dune difficulté très hétérogène (voir chapitre 1).
Les problèmes en plusieurs étapes, qui sont lobjectif
principal de lenseignement de la résolution de problèmes
au cours moyen, sont en général plus difficiles que ceux en
une étape. Les problèmes atypiques sont les moins connus
des élèves et généralement les plus difficiles à résoudre ;
— le texte de lénoncé du problème. Un énoncé de quelques
lignes, éventuellement accompagné dune illustration,
peut poser de multiples difficultés de compréhension
liées au contexte de lénoncé, au lexique utilisé,
aux représentations que se font les élèves en lisant
lénoncé, etc. ;
— les nombres en jeu. Au cours moyen, les élèves
rencontrent de nouveaux nombres (grands nombres,
fractions, nombres décimaux) avec lesquels ils
apprennent à calculer. Leur présence et des écritures
de natures différentes dans les problèmes peuvent être
sources de difficultés pour de nombreux élèves.
Pour construire des séquences et des séances denseignement
de la résolution de problèmes, le professeur prend en compte
ces trois sources de difficultés pour organiser :
— la progressivité des apprentissages des élèves ;
— la différenciation des tâches proposées ;
— laccompagnement des élèves en difficulté.
IV
Comment délivrer
un enseignement
structuré
de la résolution
de problèmes ?
84 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Construire un enseignement de la résolution de problèmes
est complexe, car il faut mener de front des actions dans
deux directions qui peuvent sembler difficiles à concilier :
— faire acquérir aux élèves des stratégies efficaces
de résolution de problèmes, adaptées à des formes
de problèmes bien identifiées rencontrées au cours
moyen, et des quasi-automatismes permettant
de mobiliser aisément et à bon escient ces stratégies
en sappuyant sur la mémoire des problèmes résolus
précédemment ;
— apprendre aux élèves à ne pas être déstabilisés
par des problèmes nouveaux, non rencontrés
précédemment, et développer chez eux des habilités
en résolution de problèmes : il sagit de leur permettre
daborder ces problèmes nouveaux en ayant confiance
en leur aptitude à les résoudre, en inhibant certains
réflexes inadaptés qui les conduiraient à une réponse
erronée et en apprenant à tirer parti de lensemble
des problèmes résolus antérieurement.
Fixer collectivement des objectifs
sur le champ de la résolution
de problèmes
Travailler en cohérence en équipe au sein dune école est essentiel pour accompagner
efficacement les apprentissages relatifs à la résolution de problèmes. Les professeurs
de cours moyen dune école doivent non seulement travailler collectivement pour
permettre à lensemble des élèves de lécole datteindre des objectifs clairement
85 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
définis, mais ils doivent également travailler en cohérence avec leurs collègues
de cycle 2 ayant les élèves en amont, et avec les professeurs de mathématiques qui
accueilleront les élèves en sixième. Ces échanges doivent permettre :
— de prendre en compte ce qui a été fait précédemment et donc de sappuyer sur
ce qui a été appris au cycle 2 ;
— davoir une vision claire de ce qui est attendu ultérieurement pour mieux préparer
les élèves à la classe de sixième et informer les professeurs de collège du travail
mené à lécole élémentaire.
Ces échanges peuvent être loccasion de mieux harmoniser les outils utilisés et les
stratégies enseignées tout au long de la scolarité et donc de rendre lenseignement
plus efficace en permettant aux professeurs de sappuyer sur ce qui a été fait
lannée précédente. Dans le cadre de la liaison école-collège, les échanges peuvent
être menés avec lensemble des collèges de chaque secteur, en harmonisant ce qui
peut lêtre (outils, stratégies, objectifs, etc.) dans les différentes écoles partenaires
afin de permettre aux professeurs de collège de sappuyer fortement, à lentrée en
sixième, sur ce qui a été appris à lécole depuis la maternelle.
Ces échanges peuvent sappuyer sur les différents chapitres de ce guide qui
­fournissent une liste non exhaustive de points sur lesquels une équipe peut se
mettre daccord.
— Quels problèmes ? Savoir quels types de problèmes (voir chapitre 1) ont été
résolus et même avoir des exemples très précis de problèmes résolus lannée
précédente par les élèves peut permettre de sappuyer sur ceux-ci dès le début
de lannée scolaire, pour éviter de proposer trop de problèmes dun niveau
équivalent, voire inférieur, à ce qui a été vu lannée précédente, ou encore des
problèmes beaucoup plus difficiles pour lesquels les élèves nont pas encore
développé dhabiletés suffisantes. Cela peut aussi permettre de partir de ces
problèmes pour en proposer dun peu plus difficiles, en sappuyant sur les
différents facteurs pouvant générer des difficultés mis en avant dans le chapitre
3. Il faut différencier clairement, au fur et à mesure du cycle, les problèmes que
lon commence à fréquenter et les problèmes dont on considère que la résolution
est exigible. Retarder lintroduction de problèmes difficiles conduit à donner
moins de temps aux élèves fragiles pour apprendre à les résoudre et peut donc
contribuer à créer de la difficulté.
— Quelles stratégies ? Les différentes phases proposées dans le chapitre 2 peuvent
servir de base pour partager ce qui a été mené à un moment donné de la scolarité :
compétences développées en calcul, réflexion sur la compréhension et le lexique
mathématique introduit, travail sur la modélisation en sappuyant sur des schémas
(voir la partie « Enseigner explicitement des méthodes de représentation efficaces
pour modéliser » de ce chapitre 4), etc.
86 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
— Quels niveaux de maîtrise ? Les obstacles présentés au chapitre 3, liés à la
structure mathématique du problème, à la nature et la forme de lénoncé et aux
données numériques en jeu, fournissent des curseurs pour déterminer le niveau
de difficulté dun problème. Ces curseurs doivent permettre de se mettre daccord
sur le niveau de difficulté auquel les élèves doivent pouvoir faire face à un moment
donné de la scolarité. Les évaluations nationales de sixième qui comportent
une évaluation sur la résolution de problèmes contribuent également à nourrir
ces échanges.
Construire une progression
partagée
Les échanges en équipe doivent permettre détablir une progression partagée.
Les différents chapitres de ce guide montrent toute la complexité quil y a à rendre
explicite cette progression tant la difficulté dun problème est multifactorielle. Ce nest
pas parce quun problème est additif et en une étape quil est simple ; dailleurs de
nouveaux problèmes additifs et en une étape seront rencontrés tout au long du
cycle 3. En outre, certains problèmes en plusieurs étapes sont simples à résoudre
pour les élèves.
Dans un premier temps, pour rendre les choses simples, le choix peut être fait
de partager une progression par année ou par demi-année, idéalement du début
du cycle 2 à la fin du cycle 3, indiquant :
— une liste dexemples de problèmes en une ou plusieurs étapes que les élèves
doivent savoir traiter, sappuyant sur les repères fournis dans le chapitre 1 ;
— des objectifs précis concernant les problèmes atypiques que les élèves doivent
apprendre à résoudre, sappuyant sur les repères fournis dans le chapitre 1 ;
— des éléments sur ce qui est attendu des élèves concernant la compétence « repré-
senter » (construction de schémas).
Des outils plus précis et plus complets peuvent être produits ensuite, en fonction
du temps dont disposent les équipes pour les construire. Il peut, par exemple, être
proposé une évaluation en résolution de problèmes, pour la période 3 de CM2,
­partagée par lensemble des écoles dun même réseau.
87 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Focus | Un exemple
dévaluation commune
proposée en fin de période 3
en CM1
Modalité : Évaluation à lécrit de 40 minutes. Les énoncés des problèmes sont
distribués sur une feuille au format A5 qui ne sera pas collée afin que les élèves
puissent toujours avoir les énoncés sous les yeux. Les élèves résolvent les problèmes
sur une feuille de classeur. Les élèves travaillent individuellement. La calculatrice
nest pas autorisée.
Objectifs : Faire le point sur ce qui a été travaillé au cours des périodes 2 et 3 :
— problèmes en une étape sans difficulté particulière portant sur les entiers
(nombres supérieurs à 10 000), les fractions et les nombres décimaux avec
appui possible sur un schéma en barres ou une ligne numérique ;
— problèmes en plusieurs étapes à lénoncé épuré (contexte familier ou facile à se
représenter, phrases simples et courtes, pas de données inutiles, etc.) faisant
intervenir des nombres décimaux ;
— problèmes en plusieurs étapes faisant intervenir des nombres entiers ­inférieurs
à 1 000.
Problèmes de lévaluation :
— Problème 1 : « En 2021, la population française était de 67 700 000 habitants
et la région Île-de-France comptait 12 300 000 habitants.
Combien de personnes vivant en France habitaient en dehors de la région
Îlede-France en 2021 ? »
— Problème 2 : « Margaux a ramassé 1,7 kg de fraises et Pablo en a ramassé 1,3 kg.
Quelle masse de fraises ont-ils ramassée à eux deux ? »
— Problème 3 : « Margaux a ramassé 1,7 kg de fraises et Pablo en a ramassé
1,3 kg de plus que Margaux.
Quelle masse de fraises ont-ils ramassée à eux deux ? »
— Problème 4 : « Wassim a économisé 20 €. Il veut utiliser les 3 de cet argent
10
pour acheter un manga.
Combien coûte le manga ? »
— Problème 5 : « Clara a acheté 7 crayons coûtant chacun 2 € et 3 mangas.
Les 3 ­mangas sont tous au même prix. Elle a donné 50 € au caissier qui lui
a rendu 15 €.
Quel est le prix dun manga ? »
— Problème bonus : « Le nombre de billes de Robin est égal au quart du nombre
de billes de sa sœur Aya. À eux deux, Robin et Aya ont 40 billes.
Combien de billes ont chacun des enfants ? »
88 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Le sixième problème ne fait pas véritablement partie de lévaluation, cest un pro-
blème présenté comme « supplémentaire » pour les élèves ayant terminé avant la fin
du temps imparti.
Pour la correction, le professeur complète le tableau suivant avec les informations
(R : réussi, PR : partiellement réussi, NR : non réussi, NT : non traité). Ceci peut
éventuellement être complété dinformations plus précises, par exemple sur la
présence dun schéma pertinent ou non, sur des indices dune modélisation, sur des
éléments de réussite partielle, etc. Le focus du chapitre 2, « Analyser les erreurs
des élèves pour adapter laide à leur apporter », donne des exemples danalyse de
productions écrites des élèves.
Élève 1 Élève 2 Élève 3 …. Bilan
Compréhension
et modélisation
Problème 1
Calculs
Réponse
Compréhension
et modélisation
Problème 2
Calculs
Réponse
Bilan
Pour sa propre synthèse, il compte le nombre de R dans chaque ligne du tableau
pour lensemble des élèves de la classe pour repérer les types de problèmes et les
étapes pour lesquels un travail renforcé devra être mené lors de la période 4.
Pour les exercices et étapes massivement réussis, il repère les élèves qui ne les
ont pas réussis pour travailler spécifiquement avec eux sur ces points particuliers.
Cela est essentiel. En effet, trop souvent, lattention est uniquement portée sur
les tâches les plus échouées de façon globale, alors que la centration doit être
prioritairement portée sur les élèves ayant échoué aux tâches les mieux réussies
par lensemble de la classe.
89 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Points de vigilance et propositions
pour construire une séquence
en résolution de problèmes
Comme pour toute autre séquence denseignement en mathématiques, la construction
dune séquence denseignement en résolution de problèmes sappuie sur des objectifs
clairement définis. « La résolution de problèmes » nest pas un objectif en soi, mais
le champ sur lequel le travail est mené. Lobjectif dune telle séquence doit donc être
plus précis, par exemple « savoir résoudre des problèmes en une étape avec des
fractions » ou « savoir résoudre des problèmes multiplicatifs de comparaison en une
étape avec des nombres décimaux » ou encore « savoir résoudre des problèmes
algébriques en utilisant des schémas en barres ». Une séquence peut aussi avoir
plusieurs objectifs, mais il est préférable de les hiérarchiser afin de ne pas perdre
de vue lintention première.
Rendre visibles les objectifs de la séquence
dès la première séance
Une séquence peut commencer par la proposition dun premier problème à résoudre
rapidement sur lardoise ou le cahier de brouillon, afin de faire émerger explicitement
ce qui pose problème (et qui devrait ne plus en poser en fin de séquence), ainsi que
des moyens que peuvent utiliser les élèves pour faire face à ce qui pose problème.
Lutilisation de lardoise véhicule un message clair sur le fait que lon est en train
dessayer, de chercher, de faire émerger un savoir nouveau. Les éventuelles erreurs
sont donc accueillies avec une bienveillance renforcée. Ce premier problème permet
de rendre les élèves réceptifs aux solutions qui seront proposées ensuite pour
surmonter les difficultés que présente le problème.
Par exemple, pour une séquence ayant pour objet de travailler sur des problèmes en
plusieurs étapes avec des comparaisons additives en sappuyant sur le schéma en
barres correspondant, le professeur peut proposer le problème suivant à résoudre
sur lardoise.
« Amir, Naël et Jeanne ont ramassé des fraises dans leur jardin. Amir en a
ramassé 3,4 kg et Naël 1,5 kg. Ensemble, les deux frères en ont ramassé 2,6 kg
de plus que leur sœur.
Quelle masse de fraises Jeanne a-t-elle ramassée ? »
Ce problème permettra de réintroduire le schéma correspondant aux comparaisons
additives lors du temps de mise en commun qui suivra le travail de recherche sur
lardoise. Dautres moyens sont bien évidemment envisageables pour faire émerger
ce qui pose des difficultés et les aides proposées pour les surmonter.
90 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Une fois que lenseignant a explicité les connaissances ou savoir-faire utiles, les
élèves doivent pouvoir les mettre en œuvre dans de nouveaux problèmes, lutilisation
dun cahier étant cette fois indispensable pour laisser des traces pour lenseignant
et pour lélève. Ces problèmes peuvent être très proches du problème initial dans un
premier temps, mais il est important de ne pas se contenter de poser des problèmes
dentraînement dont le contexte est similaire à celui du problème initial : il faut
aussi proposer des problèmes portant sur un contexte suffisamment éloigné du
contexte initial. En effet, les travaux sur le transfert dapprentissage montrent que
des élèves peuvent avoir tendance à se centrer sur des éléments de surface pour
relier les problèmes entre eux (problèmes dachats, problèmes de gains, problèmes
sur les fruits, etc.), alors que les élèves en réussite sappuient sur la structure
mathématique sous-jacente64 . Il est donc important de mettre en avant les liens de
structure qui unissent des problèmes dont lhabillage peut laisser penser a priori
quils sont éloignés afin dinviter les élèves, et en particulier les plus fragiles, à se
focaliser sur les liens de structure mathématique.
Laisser les élèves résoudre des problèmes
tout en les accompagnant
Lors des temps denseignement consacrés à la résolution de problèmes, la priorité
doit être donnée à la résolution de problèmes par les élèves65. Une centration sur des
sous-objectifs plus précis (compréhension, construction de schémas, modélisation,
calculs, etc.) ne doit pas être proposée a priori, même si les professeurs lont
nécessairement à lesprit lorsquils circulent dans les rangs. Elle ne devient utile
que pendant la résolution, avec les élèves pour lesquels des besoins spécifiques
émergent, ou après la résolution, lors dun temps de mise en commun, déchange
ou de correction. De nouveaux problèmes peuvent être proposés ensuite pour
renforcer les sous-objectifs visés.
Cette remarque fondamentale sur la priorité donnée à laction de résolution de
problèmes des élèves et à lexplicitation des objectifs par le professeur doit conduire
à éviter certaines dérives parfois observées dans les classes. Des recommandations
sont apportées dans la suite de cette partie. Il est bien évidemment impossible de
faire des propositions valables dans toutes les situations, et celles qui suivent sont
donc des propositions générales, qui peuvent ne pas être adaptées à certaines
séances ou certains contextes particuliers ; lanalyse fine des besoins des élèves
par le professeur doit permettre les aménagements utiles.
64 — Edward Silver, “Student Perceptions of Relatedness among
Mathematical Verbal Problems”, Journal for Research in Mathematics
Education, n° 10, 1979.
65 — Catherine Houdement, « Problèmes arithmétiques basiques :
le cœur du problème », Actes du séminaire de didactique des
mathématiques de lARDM, 2018.
91 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
LIMITER LES ÉCHANGES SUR LE PROBLÈME EN AMONT DE SA RÉSOLUTION
Les échanges que lon peut observer sont de différentes natures : il sagit parfois
dexpliciter ou de faire expliciter la signification de certains mots de lénoncé, dautres
fois damorcer la résolution du problème. Ces deux pratiques sont généralement à
éviter. La première a tendance à éloigner les élèves de la tâche de résolution (Est-ce
un exercice sur le lexique ?) et conduit souvent à une déconcentration des élèves,
en particulier quand les explications ou les échanges sur le lexique séternisent.
La seconde conduit souvent à « tuer » le problème : en effet, le professeur ne maîtrise
pas les réponses aux questions des élèves, qui donnent souvent plus dinformations
que ce qui serait souhaitable. Les élèves ne sont alors plus dans une tâche de réso-
lution de problème, mais dans une simple tâche dexécution. Le plaisir de faire des
mathématiques, le plaisir de chercher et trouver la solution du problème est ainsi
fortement réduit. Ce démarrage rapide de laction de résolution par les élèves libère
le professeur qui peut ainsi se consacrer pleinement à laccompagnement des élèves
en action, en prodiguant à chacun les encouragements, les conseils ou les coups de
pouce utiles pour progresser. Bien évidemment, cette remarque ne concerne pas
la lecture du problème à voix haute par le professeur ou un pair, à un ou plusieurs
élèves qui seraient en difficulté pour effectuer cette lecture eux-mêmes.
ÉVITER LES SÉANCES DE RÉSOLUTIONS DE PROBLÈMES CENTRÉES
SUR DES SOUS-TÂCHES
Il est en effet préférable déviter les séances de résolution de problèmes qui ne conduisent
pas à résoudre des problèmes. Par exemple, des séances qui consistent à repérer
les données utiles et les données inutiles dune série de problèmes, ou encore des
séances qui consistent seulement à effectuer des représentations (dessins, schémas)
des problèmes sans chercher à les résoudre. De telles séances risquent de conduire à
développer des routines de résolution indésirables quil est parfois nécessaire dinhiber
pour certains problèmes. Les quasi-automatismes que lon cherche à développer en
résolution de problèmes ne peuvent pas être déconnectés des problèmes dans lesquels
ils sont activés, sauf sans doute les automatismes de calcul mis en œuvre pendant la
phase calculatoire de la résolution pour laquelle le contexte du problème nimporte pas.
Il est par contre essentiel de rendre explicites ces sous-tâches lors des temps de mise en
commun, car une prise de conscience de ces sous-tâches et une efficacité à les traiter
sont nécessaires pour être en réussite en résolution de problèmes.
ÉVITER DÊTRE SURMOBILISÉ PAR LES ÉLÈVES LES PLUS EN RÉUSSITE
Quand la priorité est donnée à la résolution de problèmes par les élèves, des
difficultés à traiter le problème ou un simple besoin dêtre rassuré apparaissent,
entraînant généralement une mobilisation très forte du professeur par les élèves.
Si, dans quelques cas, il est assis à son bureau tandis que les élèves se déplacent
pour présenter leur travail, dans la majorité des cas, et à raison, le professeur
préfère se déplacer lui-même dans les rangs, les élèves restant assis à leur place.
Souvent les élèves signalent leur besoin daccompagnement en levant la main,
le professeur tente alors, autant quil le peut, de répondre aux sollicitations des
élèves. Dans ­certaines classes, et cest sans doute une pratique pertinente, les élèves
ne lèvent plus la main (cest une demande explicite du professeur) et le professeur
circule de manière ordonnée dans les rangs. Cette dernière pratique lui permet en
92 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
effet de ne pas centrer son attention sur les élèves qui sont les plus demandeurs,
ceux qui ont le plus dappétence pour les mathématiques et qui sont souvent le plus
en réussite, mais au contraire de consulter les travaux de tous les élèves et de
consacrer plus de temps aux élèves qui ont le plus de besoins. Il peut ainsi valider les
bonnes réponses, encourager les réussites et fournir laccompagnement approprié
à ceux qui ont besoin daide, individuellement ou au sein dun groupe de besoin.
Une telle action permet également de gagner en efficacité lors des temps de mise
en commun, en évitant de corriger collectivement et de sattarder sur un problème
dont la résolution ne pose pas de difficulté aux élèves.
ÉVITER LES PRISES DE PAROLE TROP FRÉQUENTES SUR LES TEMPS
DÉDIÉS À LA RÉSOLUTION INDIVIDUELLE
Il est souvent difficile pour le professeur, pendant les temps de recherche, de
laisser les élèves chercher sans intervenir collectivement. En effet, des constats
de difficultés, lors du passage dans les rangs, peuvent encourager à communiquer
des informations supplémentaires aux élèves. Cela peut être pertinent si une
incompréhension dun élément du problème est largement partagée. Il peut même
être pertinent dinterrompre le temps de recherche pour une rapide mise au
point. Cependant, ces interruptions doivent rester peu fréquentes afin de laisser
véritablement du temps aux élèves pour effectuer la tâche de résolution qui leur est
confiée. Dans la plupart des cas, une information transmise aux seuls élèves qui en
ont besoin sera laction la plus pertinente.
ÉVITER LES TEMPS DE MISE EN COMMUN TROP LONGS
Idéalement, au moins les trois quarts de la durée dune séance de résolution de
problèmes doivent être consacrés à la résolution de problèmes par les élèves.
Cela signifie que le temps de mise en commun ne doit pas dépasser le tiers du
temps consacré à la résolution individuelle. Ce ratio ne sera bien évidemment pas
nécessairement respecté quand un temps long dinstitutionnalisation est prévu,
notamment avec lécriture déléments dans le cahier de leçons. Ce ratio implique
également que tous les élèves soient effectivement en recherche pendant tout le
temps consacré à la résolution individuelle. Ceci implique que les élèves les plus
fragiles soient activement soutenus et accompagnés pour ne pas décrocher et pour
rester actifs pendant tout le temps de la séance, mais aussi que les élèves ayant le
plus de facilités en mathématiques se voient proposer autant de nouveaux problèmes
que nécessaire pour pouvoir faire des mathématiques pendant toute la séance.
La consultation des cahiers, au fil de la séance, est essentielle pour organiser le
temps de mise en commun. Il est inutile de corriger collectivement un problème qui
na posé de difficulté à personne et il est également inutile de corriger collectivement
un problème qui na pu être abordé que par deux ou trois élèves, une correction dans
le cahier par le professeur sera alors certainement plus pertinente.
Ces temps de correction et de mise en commun doivent être loccasion de mettre
en avant les éléments que les élèves doivent sapproprier et retenir. Il sagit dune
tâche particulièrement délicate pour le professeur qui doit faire percevoir que toutes
les méthodes ne se valent pas, que certaines sont moins efficaces et doivent être
abandonnées alors que dautres doivent au contraire être privilégiées. On pense
ici à lusage de représentations très coûteuses en temps et non pertinentes,
93 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
car susceptibles de générer des erreurs de comptage 66 . Dans le même temps,
le professeur doit pouvoir montrer quil existe parfois plusieurs façons de résoudre
un même problème. Par exemple, pour la résolution de problèmes à plusieurs
étapes, différents enchaînements détapes peuvent être choisis. On peut le voir pour
le problème des fruits proposé au chapitre 2.
« Marius revient du marché. Il a acheté 750 g de fraises, un demi-kilogramme
dabricots et a oublié la masse des kiwis achetés. Le contenu de son panier pèse
1,650 kg.
Quelle est la masse des kiwis ? »
On peut dabord calculer la masse des fraises et des abricots, puis retirer cette
masse à la masse totale (on résout alors le problème en faisant une addition puis
une soustraction) ; on peut aussi commencer par retirer la masse des fraises à la
masse totale, puis retirer la masse des abricots à la masse obtenue (on résout alors
le problème en faisant deux soustractions).
Si aucun élève na utilisé la méthode de résolution que le professeur souhaitait mettre
en avant, lobjectif dapprentissage ne doit pas être abandonné, bien au contraire, car
il sera vraisemblablement utile. Le professeur introduira cette nouvelle méthode en
annonçant aux élèves quil va leur enseigner une méthode plus efficace pour réussir
les problèmes qui ressemblent au problème proposé. Il pourra la présenter comme
un traitement proposé par un élève lannée précédente et inviter les élèves à dire ce
quils pensent de la méthode. Le fait de la présenter comme une méthode délève permet
de rendre les élèves plus critiques et donc plus attentifs à son égard, ce qui contribue
à les conduire à en saisir lintérêt. À lissue dune telle présentation, lenseignant peut
proposer un nouveau problème en imposant lutilisation de la procédure présentée
pour sa résolution afin de permettre aux élèves den saisir lintérêt.
Développer des quasi-automatismes féconds
tout en apprenant à inhiber ceux qui sont
contre-productifs
Lenseignement de la résolution de problèmes doit contribuer à développer chez
les élèves de façon simultanée des quasi-automatismes leur permettant dêtre
plus efficaces et plus autonomes lors de la résolution de problèmes, ainsi quune
aptitude à inhiber des procédures inappropriées qui peuvent les conduire à
une réponse erronée. Ceci représente une difficulté majeure pour la mise en œuvre
de lenseignement, avec deux attentes qui peuvent sembler contradictoires.
Exemple :
« Théa a 7,30 €. Théa a 2,50 € de plus que Léandre.
Combien dargent a Léandre ? »
66 — Pascale Masselot, « Différenciation à lécole primaire et au début
du collège : un point de vue de didacticienne des mathématiques »,
propos recueillis par Richard Cabassut, Opinions, Site Apmep, 2018.
94 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Pour le problème ci-dessus, lélève doit pouvoir dire immédiatement, de façon
quasi automatisée, quil sagit dun problème de comparaison (additive). Dans
le même temps, lélève doit pouvoir inhiber la réponse très tentante consistant
à réaliser une addition. En effet, le mot « plus » peut faire penser à une addition,
et laddition « 7,30 € + 2,50 € », beaucoup plus facile à effectuer que la soustraction
« 7,30 € 2,50 € », est naturellement très tentante… En fait, le mot « plus » correspond
bien à une addition, mais il sagit dune addition à trou « 7,30 € = ? + 2,50 € » dont le
terme manquant se trouve en effectuant une soustraction ou en complétant légalité
par un autre procédé.
Il est important, lors de la résolution de problèmes de comparaison, damener les
élèves à se demander systématiquement qui en a le plus ; question qui est essentielle
et apparaît naturellement lorsque lon amorce la construction dun schéma.
Une façon dentraîner à cette inhibition est de demander régulièrement de justifier
les opérations envisagées, y compris quand elles conduisent à un modèle correct.
Par exemple, au problème précédent, un élève qui répond 4,80 € en expliquant quil
a fait la soustraction « 7,30 2,50 » doit pouvoir justifier son choix de la soustraction.
Bien entendu, il ne faut pas poser systématiquement la question lors de lénoncé dun
automatisme correct, mais il est important, pour les élèves qui utilisent des automatismes
incorrects, de comprendre que les automatismes corrects sont justifiables.
Olivier Houdé 67 a largement illustré le rôle essentiel du cortex préfrontal pour
inhiber les solutions impulsives et limportance de développer un système dinhibition
jouant un rôle darbitrage entre une pensée « automatique et intuitive » et une pensée
« réfléchie logico-mathématique », moins rapide, mais plus fiable.
Pour lenseignement de la résolution de problèmes, cela engage à proposer réguliè-
rement aux élèves des problèmes variés pouvant, pour certains, contenir des mots
inducteurs ou une forme inductrice auxquels les élèves vont devoir résister pour
produire une réponse correcte. Il peut sagir de mots inducteurs comme dans le
problème précédent ou le suivant.
« Valentine a 51 billes. Valentine a 3 fois plus de billes que Sohan.
Combien de billes a Sohan ? »
Il peut sagir aussi dactions : « gagner », « recevoir », « ajouter », « grandir » qui sont
généralement associées à des additions, alors que « perdre », « retirer », « enlever »,
« diminuer » sont associées à des soustractions. Comme nous lavons vu précédemment,
il peut sagir dadditions ou de soustractions à trou et lopération à mobiliser avec les
deux nombres de lénoncé nest alors pas celle qui vient spontanément à lesprit.
Rencontrer des problèmes heurtant ces associations, comme les deux problèmes
ci-dessous, permet dentraîner les élèves à inhiber des réflexes non pertinents.
— « Amir a grandi de 7,5 cm en un an. Il mesure aujourdhui 121 cm.
Combien mesurait Amir lannée dernière ? »
— « Zélie a 28,50 € dans sa poche. Elle a perdu 5 € pendant la randonnée effectuée
cet après-midi.
Combien dargent avait Zélie au début de la randonnée ? »
67 — Olivier Houdé, Apprendre à résister, Le Pommier-Humensis,
Paris, 2019.
95 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
La proportionnalité est un champ particulièrement sensible aux carences dinhibition,
en particulier pour des problèmes qui ne relèvent pas de la proportionnalité mais
qui en ont lapparence.
— Problème 1 : « Un groupe de 25 musiciens joue un morceau de musique en
75 minutes. Un autre groupe de 50 musiciens va jouer le même morceau de musique.
Combien de temps ce groupe mettra-t-il pour jouer le morceau de musique ? »
— Problème 2 : « Ellen et Kim courent autour dun stade. Elles courent à la même
vitesse, mais Ellen a commencé à courir après Kim. Quand Kim a parcouru
32 tours, Ellen a parcouru 16 tours. Combien de tours aura parcourus Kim,
quand Ellen en aura parcouru 48 ? »
Ces problèmes ont été proposés à 508 élèves des grades 4 à 6 (trois années du
cycle 3 en France) décoles flamandes68 . Les réponses proposées par les élèves
sont synthétisées dans le tableau ci-dessous.
Problème 1 Problème 2
Réponse correcte 8,6 % 51,6 %
Réponse erronée
61,7 % 29,3 %
utilisant la proportionnalité
Autre réponse erronée 29,7 % 19 %
On note que près des deux tiers des élèves pour le premier problème et un tiers
des élèves pour le second problème nont pas réussi à inhiber la réponse tentante
fondée sur le recours au modèle proportionnel. Dans cette enquête, il est à noter
que pour le second problème les élèves de grade 6 (6e) ont moins souvent donné une
réponse correcte et plus souvent utilisé, à tort, la proportionnalité que les élèves
de grade 4 (CM1).
Tirer profit des outils numériques
Le numérique peut sembler au premier abord peu utile à lenseignement de la
résolution de problèmes. En effet, la tâche de résolution nécessite le plus souvent
lutilisation de papier et crayon pour sapproprier le modèle, pour construire des
schémas quil faut souvent modifier ou reprendre, pour noter ses idées, les calculs
à effectuer, etc.
Néanmoins, lutilisation des outils numériques peut savérer très intéressante
et efficace lors de temps de résolution de problèmes. Nous proposons deux exemples
concrets dutilisation pertinente du numérique lors de séances de résolution
de problèmes.
68 — Wim Dooren, Dirk Bock, Marleen Evers, Lieven Verschaffel,
“Students Overuse of Proportionality on Missing-Value Problems:
How Numbers May Change Solutions”, Journal for Research
in Mathematics Education, n° 40, 2009.
96 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
EXEMPLE 1 : TEMPS DE CORRECTION LORS DUNE SÉANCE
DE RÉSOLUTION DE PROBLÈMES
Le cadre : Une séance consacrée à la résolution de problèmes dans une classe de
CM1-CM2.
Lobjectif fixé : Renforcer la maîtrise de lutilisation des schémas en barres pour
résoudre des problèmes.
Le travail à mener : Une série de six problèmes à deux étapes est proposée aux
élèves. Les problèmes sont de difficulté croissante. Les problèmes ont été choisis
pour lintérêt que présente lutilisation des schémas en barres pour leur résolution.
Le fonctionnement prévu a priori pour la séance : Un temps de trente-cinq minutes
de travail individuel est prévu. Pendant ce temps, le professeur souhaite corriger
individuellement dans les cahiers les deux premiers problèmes et espère que tous
les élèves de la classe les traiteront avec succès sans quun temps de mise en
commun ne savère nécessaire. Pour les deux suivants, il envisage une correction
partielle dans les cahiers. Cela se fera pendant la séance en fonction de lavancée
de chacun, avec lidée que tous auront eu le temps dy réfléchir. Une correction
collective au tableau peut ainsi être envisagée, chacun sétant engagé. Les deux
derniers problèmes sadressent davantage aux élèves les plus à laise. Une troisième
modalité de correction peut trouver sa place pour ces problèmes : corriger dans les
cahiers hors temps de classe.
Pour la correction collective, le professeur désigne un élève proposant une
résolution erronée, mais qui lui semble intéressante, car plusieurs élèves ont fait le
même type derreur. Lélève place sa production sous le visualiseur, ce qui permet à
tous de pouvoir la voir au tableau. Il présente alors ce quil a fait aux autres élèves.
Cette pratique nécessite bien évidemment une vigilance du professeur afin de ne
pas stigmatiser délèves, en sassurant, par exemple, que ce ne sont pas toujours
les mêmes élèves qui présentent des procédures correctes et les mêmes élèves
qui présentent des procédures erronées. Le professeur doit aussi sassurer de
développer un climat de classe permettant de donner un statut positif à lerreur, qui
doit être vue comme un élément permettant de progresser.
Lintérêt de loutil numérique est déviter un laborieux temps de recopie au tableau
et de se centrer sur le travail mené tout en renforçant lexpression orale, en invitant
lélève à présenter son travail, à fournir des arguments pour justifier ses choix,
etc. Les autres élèves peuvent alors linterroger pour demander des explications
complémentaires. Une fois lerreur identifiée et les solutions alternatives proposées,
un second élève, ayant traité correctement lexercice dune façon modélisante pour
les autres élèves, est désigné pour présenter sa solution. Le même processus que
pour lélève précédent est utilisé en sappuyant sur la production vidéoprojetée à
laide du visualiseur.
Loutil numérique permet un gain de temps, une meilleure efficacité en donnant
à voir précisément aux élèves en difficulté ce quont fait les élèves ayant réussi,
un renforcement de la pratique de loral par les élèves au sein de la classe,
une ­amélioration de la qualité des écrits des élèves qui savent que leur production
est susceptible dêtre montrée à la classe, etc.
97 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
EXEMPLE 2 : UNE SÉANCE DE RÉSOLUTION DE PROBLÈMES
AVEC LE PROCÉDÉ LA MARTINIÈRE
Le cadre : Une séance courte dune vingtaine de minutes consacrée à la résolution
de problèmes dans une classe de CM2.
Lobjectif fixé : Renforcer la compréhension et la modélisation de problèmes en une
ou deux étapes.
Le travail à mener : Une série de huit problèmes en une ou deux étapes est proposée
aux élèves. Les problèmes sont proposés successivement, les élèves doivent
répondre sur lardoise et lever lardoise le moment venu.
Le fonctionnement prévu a priori pour la séance : Chaque problème contient
les nombres 2, 6 et 20. Lobjectif du professeur est de faire réaliser aux élèves
limportance de bien comprendre lhistoire et de repérer ce qui est demandé pour
déterminer les calculs à réaliser pour répondre à la question posée. Le professeur a
prévu de présenter chaque problème sous forme dune diapositive dun diaporama,
puis de laisser entre trente secondes et une minute aux élèves pour traiter le
problème. Il souhaite à lissue de ce temps, demander aux élèves décrire la réponse
sur leur ardoise sous forme dun nombre seulement, avec lunité qui convient, et de
lever lardoise. Il souhaite ensuite mener une régulation entre chaque problème
en demandant à un élève en réussite de justifier sa réponse, justification quil
reprendra en laméliorant si nécessaire.
Les problèmes proposés sont les suivants.
— « Elliot achète un ananas à 2 € et une pastèque à 6 €. Il donne un billet de 20 €
au vendeur.
Combien deuros le vendeur doit-il rendre à Elliot ? »
— « Emy achète un crayon à 2 €, un manga à 6 € et une bande dessinée à 20 €.
Combien deuros Emy a-t-elle dépensés ? »
— « Margot a acheté 2 livres de poche coûtant 6 € chacun et une bande dessinée
à 20 €.
Combien deuros Margot a-t-elle dépensés ? »
— « Nour a acheté des mangas coûtant 6 € chacun. Elle a donné 20 € au vendeur
qui lui a rendu 2 €.
Combien de mangas Nour a-t-elle achetés ? »
— « Isaac a acheté une bande dessinée à 20 €. Jeanne a acheté 2 mangas à 6 €.
Combien deuros Isaac a-t-il dépensés de plus que Jeanne ? »
— « Au supermarché, Ali a donné 2 billets de 20 € à la caissière. La caissière lui a
rendu 6 €.
Combien deuros Ali a-t-il dépensés au supermarché ? »
— « Enzo achète un manga à 6 € et une bande dessinée à 20 €. Il na que des pièces
de 2 € pour payer.
Combien de pièces Enzo doit-il donner au caissier ? »
— « Dans sa recette de thé à la menthe, Basile met 20 morceaux de sucre.
Dans sa recette, Salomé en met 2 fois moins que Basile. Elle en met aussi
6 de moins que Victoire.
Combien de morceaux de sucre met Victoire dans sa recette de thé à la menthe ? »
98 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Loutil numérique permet ici de traiter un nombre important de problèmes en
un temps très court (un quart dheure) qui serait impossible à tenir sans la
vidéoprojection. Ce traitement de nombreux problèmes avec les mêmes données
numériques permet une focalisation renforcée sur la compréhension de lénoncé
(histoire et question) et la modélisation de la situation. La régulation entre chaque
problème permet de rendre explicites les stratégies utilisées par certains élèves.
La présentation en vidéoprojection avec un temps de résolution limité permet une
concentration renforcée des élèves sur la tâche qui leur est proposée.
Différencier pour permettre
à tous les élèves de progresser
La différenciation est un geste professionnel à la fois essentiel et complexe dans le
contexte dune classe. Elle lest tout particulièrement dans le cadre de lenseignement
de la résolution de problèmes69.
Au sein de la classe, la différenciation peut être envisagée :
— a priori : le professeur différencie en amont de la séance, lors de sa préparation,
les tâches qui seront confiées aux élèves, en prévoyant des problèmes spécifiques
pour certains élèves ou certains groupes délèves ; les séances dAPC peuvent
également être utilisées dans le cadre de la différenciation en ne les limitant
pas à un travail de remédiation, mais en proposant, au contraire, un travail en
amont pour permettre de sassurer que les élèves les plus fragiles disposent
effectivement de certaines clés utiles pour la séance collective à venir ;
— pendant la séance : lors des temps daccompagnement des élèves, en donnant
des informations particulières, en proposant des questions intermédiaires ou en
modifiant le problème que doivent résoudre les élèves.
Dans les deux cas, il faut bien évidemment sinterroger pour savoir si les variations
proposées sont :
— vraiment nécessaires : lélève échouera-t-il forcément lors de la résolution
du problème sans ces variations ?
— vraiment utiles : les variations permettent-elles daider lélève à traiter le problème ?
— vraiment pertinentes : ces variations ne nuisent-elles pas au développement
des apprentissages visés par le problème initial ?
Nécessaires ?
Le caractère nécessaire de la différenciation proposée mérite tout particulièrement
dêtre interrogé pour les différenciations proposées a priori. Est-on vraiment
certain quil nest pas possible de proposer le problème prévu à certains élèves ?
Les différenciations a priori entérinent, pour lélève, lidée que le professeur ne
croit pas en son aptitude à résoudre les problèmes proposés au reste de la classe.
Elles ne sont donc pas sans conséquence sur lestime quil peut avoir de lui-même
et la confiance en son aptitude à progresser. Il est donc préférable déviter les
différenciations a priori, sauf dans les cas où elles constituent une solution
69 — Ibid, p. 93, note 66.
99 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
daccessibilité pour des élèves à besoins éducatifs particuliers : élèves en situation de
handicap ou élèves atteints de troubles graves des apprentissages pour lesquels la
proposition de tâches identiques à celles proposées aux autres élèves pourrait être
considérée comme de la m ­ alveillance. La suite de ce paragraphe se concentrera donc
de façon privilégiée sur une différenciation en cours de séance, pendant les travaux
de résolution de problèmes.
Utiles ?
Le caractère utile de la différenciation proposée sentend de deux façons : dune
part, la différenciation apportée ne doit pas être superflue, cest-à-dire quelle doit
être en lien avec la difficulté rencontrée par lélève, ce qui implique davoir identifié
précisément cette difficulté ; dautre part, cette aide ne doit pas être excessive, cest-
à-dire supérieure au besoin de lélève pour franchir lobstacle qui lui pose problème,
ne lui laissant plus la possibilité dêtre confronté à la résolution du problème et donc
de progresser. On voit ici la nécessité dêtre en mesure danalyser précisément
la résolution proposée par lélève pour repérer précisément ce qui le met en
difficulté (voir chapitre 2, avec la décomposition en quatre phases du processus de
la résolution de problèmes).
Pertinentes ?
Le caractère pertinent de la différenciation proposée se mesure à laune des
objectifs visés par la séance. En effet, il nest pas possible de juger de la pertinence
dune différenciation sans connaître précisément lobjectif principal de la séance
et de la séquence dans laquelle elle sinscrit. Le chapitre 3 fournit trois curseurs
sur lesquels le professeur peut intervenir pour rendre un problème moins difficile,
plus accessible :
— la structure mathématique sous-jacente : on peut, par exemple, amoindrir la
difficulté en réduisant le nombre détapes, ou en échangeant avec lélève pour
lamener à déterminer un résultat intermédiaire ;
— le texte du problème : on peut alléger la difficulté que représente ce texte
en donnant le sens de mots inconnus ou en reformulant certains éléments
du problème ;
— le champ numérique : on peut agir sur le champ numérique en remplaçant les
nombres en jeu dans le problème par des nombres mieux maîtrisés par lélève,
par exemple des décimaux par des entiers, ou encore des entiers par dautres
entiers plus petits.
Ainsi en fonction de lobjectif principal de la séance, il est possible dagir sur des
curseurs qui ne dénaturent pas lobstacle que constitue lobjectif. Par exemple,
si lobjectif premier est laptitude à traiter des problèmes en plusieurs étapes,
il ne faudra bien évidemment pas poser de question invitant à la décomposition du
problème en sous-étapes ; par contre une réduction du champ numérique est tout
à fait pertinente. A contrario, si lobjectif premier de la séance est de faire travailler
les élèves avec des nombres décimaux, toute action sur le champ numérique
est à proscrire et une action sur les autres curseurs est à privilégier.
100 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
EXEMPLES DACTIONS SUR LES TROIS CURSEURS
On peut regarder ce que donne une action sur chacun des curseurs proposés au
chapitre 3 pour un problème comme celui donné dans lintroduction de ce guide :
« Une bouteille de jus de pomme coûte 1,87 zeds.
Une bouteille de jus dorange coûte 3,29 zeds.
Julien a 4 zeds.
Combien de zeds Julien doit-il avoir en plus pour acheter les deux bouteilles ? »
Structure mathématique
— On peut demander à lélève ce que lon cherche. Puis lui demander ce que lon
pourrait chercher en premier.
— En cas dabsence de réponse, on peut lui demander ce que voudrait acheter
Julien, puis comment trouver le prix de ce quil souhaite acheter. On peut aussi
demander si Julien a ou non assez dargent pour acheter les deux bouteilles.
— En cas de difficultés persistantes, le professeur peut demander à lélève sil
saurait calculer, dans un premier temps, le prix des deux bouteilles que Julien
souhaite acheter.
Texte du problème
— On peut remplacer les « zeds » par des « euros ».
— On peut aussi modifier la question en « Combien dargent manque-t-il à Julien
pour pouvoir acheter les deux bouteilles ? ».
— On peut aussi modifier le contexte du problème, par exemple en remplaçant ce
problème dargent par un problème de longueur : « Pour se rendre au collège
à vélo, Julien doit parcourir une première étape de 1,87 km jusquà un rond-
point puis une autre de 3,29 km. Il a déjà parcouru 4 km. Quelle distance doit-il
parcourir en plus pour arriver au collège ? »
Champ numérique
On peut modifier les prix de deux façons : on peut convertir les prix en centimes
de zeds ou remplacer le triplet de prix par un triplet plus facile daccès (18 zeds,
33 zeds, 40 zeds) ou encore (2 zeds, 3 zeds, 4 zeds).
Sappuyer sur linstitutionnalisation
Linstitutionnalisation désigne lacte du professeur pour expliciter, rendre visibles
les apprentissages réalisés au cours dune séance ou dune séquence et leur
donner ainsi un statut de connaissance ou de savoir-faire, et lélaboration de traces
écrites sous forme daffichages ou dun paragraphe au sein dun cahier de leçons.
Cette institutionnalisation doit permettre aux élèves de prendre du recul sur ce qui
a été fait, de dépersonnaliser les procédures, de les expliciter et den montrer le
caractère général.
101 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Ces deux points sont essentiels dans lenseignement des mathématiques en général
et dans lenseignement de la résolution de problèmes en particulier. Il est en effet
fondamental dexpliciter les objectifs et les savoirs visés et travaillés dans les
séances dapprentissage70 ; la compréhension de ces objectifs est souvent ce qui
différencie les élèves en réussite de ceux qui sont en échec. Un élève en réussite
comprend quil a travaillé sur des problèmes où lon compare des quantités, quand
un élève en difficulté ne voit que le traitement de problèmes sur des billes. Il est
aussi nécessaire que cette explicitation se traduise par une trace écrite, une trace
durable, à laquelle il sera possible de se référer pour faire des transferts. Une trace
écrite sous forme daffichage permet un accès immédiat et rapide en classe et donne
loccasion de faire des analogies entre des problèmes qui nont aucun trait de
surface commun : « Ce problème, cest comme… ». Ces analogies sont essentielles
pour faire appel à la mémoire des problèmes résolus antérieurement lors de la
résolution dun nouveau problème. Une trace écrite dans le cahier est également
incontournable et nécessaire : dune part, parce que lécriture de la main de lélève
favorise lappropriation et la mémorisation du savoir visé et, dautre part, parce
quelle contribue à développer lautonomie de lélève en lui permettant de sy reporter
de façon libre ; enfin, cette trace écrite permet aux familles qui le souhaitent davoir
accès aux attentes et aux objectifs du professeur pour ce qui concerne la résolution
de problèmes et ainsi de mieux accompagner leur enfant.
Linstitutionnalisation en mathématiques à lécole élémentaire prend des formes
variables. Il peut sagir de définitions, de règles, de méthodes, de stratégies énoncées
de façon littérale comme « Pour ajouter 9, je peux ajouter 10 puis retirer 1. » ou
« Un rectangle est un quadrilatère qui a 4 angles droits. ». On peut les compléter dun
ou plusieurs exemples comme « 37 + 9 = 37 + 10 1 = 46 », où le nombre 37 joue le
rôle de nimporte quel nombre : cest léquivalent dune lettre à valeur indéterminée,
souvent « x », utilisée dans le second degré : « x + 9 = x + 10 1 ». De la même façon,
un rectangle peut être défini en sappuyant sur un dessin de rectangle générique aux
quatre angles marqués dun symbole indiquant les angles droits. Pour la résolution
de problèmes, il convient sans doute de suivre le même principe en illustrant les
catégories de problèmes étudiées et les outils enseignés pour faciliter la résolution
de problèmes par des exemples de problèmes résolus auxquels il faudra faire
référence chaque fois que cela sera utile et auxquels les élèves pourront eux-mêmes
se référer lors de leurs travaux de résolution de problèmes.
70 — Christian Doabler, Scott Baker, Derek Kosty, Keith Smolkowski,
Ben Clarke, Saralyn Miller, Hank Fien, “Examining the Association
Between Explicit Mathematics Instruction and Student Mathematics
Achievement”, The Elementary School Journal, n° 115, 2015.
102 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
EXEMPLE DINSTITUTIONNALISATION DUN PROBLÈME DE COMPARAISON
ADDITIVE EN UNE ÉTAPE
Voici un exemple dune telle institutionnalisation, pour un problème de comparaison
additive en une étape ; institutionnalisation qui peut avoir sa place tant en affichage
que dans les cahiers de leçons des élèves.
Problème : « Le maître a distribué des bandes de papier dont les élèves doivent
mesurer la longueur. La bande de papier de Soline mesure 12,4 cm. Elle
mesure 3,8 cm de plus que la bande de Joy.
Combien mesure la bande de papier de Joy ? »
On compare la longueur des deux bandes de papier.
La bande la plus grande est celle de Soline.
12,4 cm
12,14 Bande de Soline
31,8
8 ,6 Bande de Joy Différence
3,8 cm
12,4 cm 3,8 cm = 8,6 cm
? cm
La bande de Joy mesure 8,6 cm.
Il faut veiller à ce que ces problèmes types proposés en institutionnalisation restent
en nombre limité pour que loutil soit véritablement opérationnel. Idéalement,
les corrections de ces problèmes types, notées dans les cahiers de leçons, sont
construites collectivement avec la classe. Elles peuvent aussi sappuyer sur la
production dun élève vidéoprojetée puis corrigée ou complétée par la classe avant
dêtre recopiée. La trace finale, cest-à-dire ce qui est recopié dans le cahier ou ce
qui est affiché dans la classe, émane des propositions des élèves mais correspond
exactement à lintention du professeur et à lobjectif visé à travers cette trace écrite.
Faire apparaître des structures
mathématiques partagées entre les problèmes
Il y a un enjeu dapprentissage essentiel à ce que les élèves réussissent à percevoir
dans les problèmes travaillés des caractéristiques qui soient pertinentes sur le plan
mathématique et sur lesquelles ils puissent sappuyer ultérieurement dans une
perspective de transfert dapprentissage. Une difficulté est donc de distinguer ce qui
relève de caractéristiques superficielles de la situation, et qui pourrait être modifié
sans affecter la structure mathématique du problème, dautres caractéristiques
qui, au contraire, sont cruciales et sur lesquelles repose le fait quune certaine
stratégie est correcte et mène à la résolution du problème. De nombreux travaux ont
montré quignorer les traits superficiels est très difficile, il est donc particulièrement
important de rendre saillantes les caractéristiques pertinentes des problèmes sur
le plan mathématique pour aller à lencontre de cette tendance très persistante.
103 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Des travaux ont mis en avant lintérêt de recourir en classe à des activités explicites
de comparaison entre situations de façon à mettre en évidence ce quelles ont en
commun et ce qui les différencie71 . Il sagit pour les élèves, en comparant explicitement
deux problèmes partageant une même structure mathématique mais différant
par leur habillage, de chercher lanalogie entre eux, autrement dit ce qui dans un
énoncé correspond à autre chose dans lautre énoncé. De telles démarches se
sont avérées efficaces notamment dans le cadre dinterventions auprès délèves
scolarisés en éducation prioritaire72 . Comparer différentes stratégies de résolution
est également une manière de favoriser le développement de la flexibilité des élèves et
de la possibilité de choisir la stratégie la plus adaptée selon le problème à résoudre73.
Lusage des schémas renforce cette possibilité de mise en évidence des structures
mathématiques communes au-delà des différences superficielles entre les énoncés.
Par exemple, on peut montrer comment faire le lien entre le problème ci-dessous
et le problème des bandes de papier du paragraphe précédent.
« Thaïs et Maëlle sont allées acheter un déjeuner dans une sandwicherie.
Thaïs a payé 13,30 € pour son déjeuner. Maëlle a payé le sien 4,50 € de moins.
Combien Maëlle a-t-elle payé son déjeuner ? »
Dans le problème sur les bandes de papier de Solène et de Joy, on considère et on
compare deux choses, ce sont les longueurs des bandes de papier de chacune
des personnes, il y en a une plus grande et une plus petite. Dans le problème sur le
déjeuner de Thaïs et Maëlle, de façon analogue, on considère et on compare deux
grandeurs, ce sont les prix des repas des deux personnes, il y en a un plus cher
et un moins cher.
Dans les deux problèmes, on connaît le plus grand des deux, cest la longueur de la
bande de Joy ou le prix du repas de Thaïs, et on connaît aussi la différence entre les
deux, différence de longueur entre les deux bandes ou différence de prix entre
les deux repas. Dans les deux problèmes, on cherche la plus petite des deux valeurs,
la longueur de la bande de Joy pour le premier problème ou le prix du repas
de Maëlle dans le nouveau problème.
12,4 cm 13,30 €
Bande de Soline Repas de Thaïs
Différence Différence
Bande de Joy Repas de Maëlle
3,8 cm 4,50 €
? cm ?€
71 — Michael Vendetti, Bryan Matlen, Lindsey Richland, Silvia Bunge,
“Analogical Reasoning in the Classroom: Insights From Cognitive
Science”, Mind Brain and Education, Vol. 9, n° 2, 2015.
72 — Sylvie Gamo, Sandra Nogry, Emmanuel Sander, « Apprendre
à résoudre des problèmes en favorisant la construction dune
représentation alternative chez des élèves scolarisés en éducation
prioritaire », Psychologie française, n° 59, 2014.
73 — Kelley Durkin, Jon R. Star, Bethany Rittle-Johnson, “Using
Comparison of Multiple Strategies in the Mathematics Classroom:
Lessons Learned and Next Steps”, ZDM - Mathematic Education,
n° 49, 2017.
104 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Des analogies entre des problèmes pouvant sembler encore beaucoup plus éloignés
peuvent également être faites. Cette approche peut être extrêmement utile pour
montrer que deux énoncés qui semblent aussi différents que « Jai dépensé 7,85 €.
Il me reste 6,50 €. Combien dargent avais-je avant mon achat ? » et « Ismaël a 7,85 €
et sa sœur Éléna a 6,50 €. Combien dargent ont-ils en tout ? » sont analogues dès
lors que lon prend conscience que largent que javais avant mon achat peut être
conçu comme un tout dont une partie est constituée de largent dépensé et lautre
partie est constituée de largent quil me reste. Il est ainsi possible de rendre visibles,
dans une situation où cela est difficile à percevoir, des caractéristiques non intuitives
au premier abord74 .
Sappuyer sur lévaluation
pour renforcer les apprentissages
Lévaluation permet déclairer le professeur sur les connaissances et compétences
des élèves, en complément de la prise dinformation en continu, pendant les séances
de résolution de problèmes.
Lévaluation a pour but premier de contribuer au développement des compétences
des élèves en résolution de problèmes. Leffet positif sur les apprentissages de petites
évaluations courtes mais fréquentes a été clairement mis en lumière par des travaux
de recherche 75 . Ces évaluations courtes, sous la forme dun unique problème,
permettent aux élèves de renforcer leur attention sur des outils particuliers ou des
stratégies qui leur ont été enseignées. En complément des évaluations courtes, des
évaluations plus longues sont utiles pour vérifier laptitude des élèves à réinvestir
lensemble des acquis, à prendre des décisions sur les outils à utiliser ou les
stratégies à mettre en œuvre. Ces évaluations ne doivent, bien entendu, pas être
centrées sur un type de problèmes unique ni sur une opération ciblée afin de pouvoir
cerner laptitude des élèves à prendre des décisions.
Le choix des problèmes retenus au sein dune évaluation est particulièrement
important ; ce choix peut notamment sappuyer sur les différents éléments fournis
dans ce guide afin de contrôler finement la difficulté des tâches proposées et de
sassurer que ces problèmes soient accessibles aux élèves et permettent dévaluer
si ces derniers ont effectivement acquis les connaissances visées pour franchir
les obstacles que présente la résolution des problèmes retenus.
Les évaluations gagnent à être pensées en amont de séquence afin davoir ensuite
clairement à lesprit les objectifs fixés et les connaissances et compétences que
les élèves doivent avoir acquises en fin de séquence. Les évaluations doivent aussi
permettre de sassurer que les connaissances et compétences acquises lors
de séquences précédentes sont toujours mobilisables par les élèves.
74 — Katarina Gvozdic, Emmanuel Sander, “Learning to Be an
Opportunistic Word Problem Solver: Going Beyond Informal Solving
Strategies”, ZDM Mathematic Education, n° 52, 2019.
75 — Henry Roediger, Jeffrey Karpicke, “Test-Enhanced Learning:
Taking Memory Tests Improves Long-Term Retention”, Psychological
Science, n° 17, 2006.
105 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
La résolution de problèmes a bien évidemment également sa place dans le cadre
dévaluations ne portant pas en priorité sur les connaissances et les compétences
relatives à la résolution de problèmes : évaluations sur des connaissances sur les
nombres, sur le calcul, sur les grandeurs et mesures, etc.
Questions fréquemment posées
sur lorganisation de lenseignement
de la résolution de problèmes
Faut-il des séances spécifiques pour la résolution de problèmes dans lemploi
du temps ?
Ceci importe peu et dépend des préférences dorganisation de chaque professeur.
Ce qui importe, cest que les élèves soient confrontés à des résolutions de problèmes
chaque jour ou presque et que, chaque semaine au moins, une séance soit consacrée
essentiellement à la résolution de problèmes, même si lobjectif principal de cette
séance nest pas directement la résolution de problèmes ; il peut sagir, par exemple,
dune séance sur les unités de masse ou encore sur les nombres décimaux.
À quelle fréquence doit-on travailler la résolution de problèmes ?
Les élèves doivent résoudre des problèmes quasi quotidiennement, même sil
ne sagit pas de lobjectif principal. Au moins une séquence par période doit être
spécifiquement consacrée au développement de connaissances et de compétences
liées à la résolution de problèmes pour que lensemble des objectifs visés au cours
moyen puissent être atteints.
Combien de problèmes faut-il traiter chaque semaine ?
Limportance de la mémoire des problèmes résolus pour résoudre de nouveaux
problèmes met en lumière la nécessité de nourrir cette mémoire en résolvant
de nombreux problèmes chaque semaine. La séance de calcul mental présentée
précédemment (« Exemple 2 : Une séance de résolution de problèmes avec le procédé
La Martinière », voir p. 97) montre comment huit problèmes peuvent être proposés
dans une séance dune vingtaine de minutes. Le paragraphe sur la différenciation
montre que le nombre de problèmes résolus nest pas nécessairement le même
pour tous les élèves au sein dune classe. Sil est clair quune dizaine de problèmes
par semaine est un nombre plancher en-deçà duquel il semble déraisonnable
de descendre, les élèves dune classe travaillant régulièrement la résolution de
problèmes et ayant développé de solides compétences peuvent certainement en
traiter le double chaque semaine.
106 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Doit-on faire créer des problèmes aux élèves ?
La création de problèmes est une tâche particulièrement importante et utile pour les
élèves76 . En les invitant à créer des problèmes, on les encourage à porter un autre
regard sur les problèmes, à avoir une intention quand ils écrivent lhistoire de leur
problème et quand ils posent la question du problème créé. La pratique relativement
fréquente de production de problèmes avec certaines contraintes les conduira
à ­sinterroger, lors de la résolution dun problème, sur lintention de lauteur du
problème qui leur est soumis et donc à mieux cerner la tâche qui leur est dévolue.
Doit-on proposer aux élèves de travailler en groupes en résolution de problèmes ?
Cela nest ni obligatoire ni interdit. Il est évident que les élèves doivent développer des
compétences personnelles en résolution de problèmes et donc quils doivent être,
dans la majorité des cas, confrontés à des temps de recherches individuelles. Néan-
moins, des chercheurs ont mis en évidence les effets positifs que peut avoir le travail
en groupe en résolution de problèmes, notamment pour permettre la co-construction
de démarches riches et variées. Ils insistent également sur le rôle essentiel du pro-
fesseur pendant les temps de travaux en groupe, « pour dynamiser les interactions
entre élèves, pour choisir les moments opportuns de donner des indices ou encore
pour mettre en œuvre dautres processus de régulation sintégrant dans la démarche
de raisonnement des élèves »77. Il est donc tout à fait envisageable, lors de certaines
séances sur la résolution de problèmes, dinviter les élèves à travailler en groupe.
Il reste cependant souvent préférable de laisser un temps individuel dappropriation
du problème à chaque élève avant la mise au travail en groupe et il est nécessaire de
garder à lesprit limportance du rôle du professeur pendant ces travaux en groupe.
Faut-il un cahier spécifique pour la résolution de problèmes ?
Il ny a sans doute pas de raison davoir une doctrine forte sur ce point. Cependant
la résolution de problèmes nest pas une tâche à part des mathématiques et fait,
au contraire, partie intégrante de cet enseignement. Il semble donc plus logique
de traiter la résolution de problèmes là où est habituellement traité ce domaine
dapprentissage, que ce soit dans le cahier du jour ou dans un cahier spécifique
pour les exercices de mathématiques.
La manipulation est-elle obligatoire au cours moyen ? Quel matériel utiliser ?
La manipulation est sans doute moins centrale au cours moyen quau cycle 2.
­Certains élèves nauront plus du tout besoin de manipuler dobjets matériels à ce
stade de la scolarité et se contenteront aisément des schémas mis à leur disposition
ou construits par leurs soins, mais pour dautres elle peut rester encore essentielle.
Cette manipulation peut concerner des outils spécifiques aux mathématiques,
notamment pour mieux comprendre les nombres et les calculs en jeu (matériel
multibase, réglettes Cuisenaire ©, glisse-nombre 78 , etc.), mais aussi du matériel
adapté pour jouer la situation-problème et ainsi mieux la comprendre (images,
monnaie, cubes, jetons, bandelettes de papier, etc.).
76 — Florence Mihaela Singer, Nerida F. Ellerton, Jinfa Cai, Mathematical
Problem Posing: From Research to Effective Practice, Springer, 2005.
77 — Isabelle Demonty, Virginie Dupont, Annick Fagnant, « Analyse des
régulations interactives entre élèves lors de la résolution dun problème
mathématique en groupe », Les Cahiers des sciences de léducation,
n° 36, 2014.
78 — http://cache.media.education.gouv.fr/file/Fractions_et_
decimaux/42/2/RA16_C3_MATH_frac_dec_annexe_4_673422.pdf
107 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Quelles traces garder des activités de résolution de problèmes ?
La question des traces est importante. En effet, la résolution de problèmes devant
sappuyer sur la mémoire des problèmes résolus, il est important que des traces
permettent la constitution de cette mémoire. Ces traces sont de deux ordres :
— dune part les traces quasi quotidiennes dans le cahier où les mathématiques
sont traitées, permettant ainsi de revenir aisément sur un problème traité
précédemment ;
— dautre part les traces construites dans le cadre des institutionnalisations, dans
le cahier de leçons ou en affichages, qui servent de base à la mémoire collective
et auxquelles il est fait référence autant que nécessaire.
Où peut-on trouver des banques de problèmes ?
Les manuels scolaires sont sans doute la principale source où trouver des énoncés
de problèmes. Le présent guide et les nombreux problèmes quil contient (plus de
200) peuvent bien évidemment enrichir les problèmes présents dans les manuels.
Il est également intéressant de construire des problèmes en lien direct avec des
activités de la classe (voyages scolaires, activités sportives, sorties culturelles,
livres lus par toute la classe, etc.) ou des événements étudiés en classe (événements
organisés localement, compétitions sportives nationales ou internationales comme
les Jeux Olympiques, le Vendée Globe ou une coupe du monde sportive, événements
dactualité comme une mission dans lespace, etc.).
Enseigner explicitement
des méthodes de représentation
efficaces pour modéliser
Les stratégies de recherche pour résoudre un problème et en particulier pour le
modéliser peuvent être variées : commencer en traitant un problème plus simple,
faire des essais et vérifier ce que cela donne, essayer de lister toutes les solutions
possibles, etc. Cependant une aide importante peut être obtenue, dans la plupart
des cas, en effectuant un schéma. Tous les schémas ne se valent pas, certains
pouvant être excessivement longs à réaliser et sources derreurs : par exemple,
représenter les 142 élèves dune école en effectuant 142 petits ronds… Dautres
schémas peuvent être simples à réaliser mais ne pas apporter déclairage sur le
modèle mathématique sous-jacent. Dautres encore peuvent être efficaces pour
modéliser, mais si complexes à réaliser, quils rajoutent de la difficulté plus quils
nallègent la tâche des élèves.
108 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
La réalisation dun schéma ne doit jamais être exigée, sauf dans le cas particulier de
séances spécifiques dapprentissage dun nouveau modèle de schéma et uniquement
pour des problèmes pour lesquels ces schémas sont utiles aux élèves. La réalisation
dun schéma ne doit pas constituer une étape qui engendrerait des difficultés
supplémentaires lors de la résolution dun problème, mais elle doit, au contraire,
permettre de rendre plus visuelles les tâches à réaliser et les relations entre les
nombres ou les grandeurs et de soulager la mémoire de travail. Dans les cas les plus
simples, les élèves pourront progressivement se passer des schémas qui leur étaient
précédemment nécessaires. Ils pourront éventuellement les remobiliser lorsque
les nombres en jeu seront moins familiers, le schéma permettant ainsi de soulager
la mémoire de travail. Lorsquun élève rencontre des difficultés pour modéliser un
problème, le professeur pourra linviter à produire un schéma sappuyant sur sa
compréhension de la situation. Un schéma produit par un élève pourra être un point
dappui pour aider le professeur à mieux analyser les difficultés rencontrées lors
de la modélisation du problème.
Si faire des schémas peut savérer particulièrement efficace, laptitude à choisir un
schéma pertinent et à réaliser ce schéma requiert un apprentissage. La compétence
« représenter » doit, par conséquent, faire lobjet dun enseignement explicite ;
le professeur doit donner à voir aux élèves un type de schéma efficace pour résoudre
un problème donné. Lenseignement des schémas doit être cohérent tout au long
de lannée scolaire, mais devrait lêtre aussi tout au long de la scolarité pour être
dautant plus efficace.
Ce paragraphe propose de développer lenseignement de quatre types de schémas
devant être connus des élèves de cours moyen. Les élèves doivent savoir les produire,
mais aussi, et surtout, savoir quand il est pertinent de les utiliser :
— les schémas en barres ;
— les schémas proposant un déplacement sur une droite numérique ou une ligne
du temps ;
— les tableaux ;
— les arbres.
Lenseignement de ces schémas à lécole élémentaire est important pour la suite
de la scolarité, car ils seront réinvestis et utilisés au collège puis au lycée.
Les schémas en barres
DES SCHÉMAS PRÉSENTS DEPUIS LONGTEMPS DANS LES ÉCOLES
FRANÇAISES
Les schémas en barres sont utilisés depuis plusieurs décennies en France et on en
trouve aisément dans les manuels utilisés au cours du xxe siècle, comme on peut
le voir dans les exemples ci-après.
109 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Au début des années
1980, après un constat
de difficultés importantes
des élèves ­singapouriens
en mathématiques, le
ministère chargé de lédu-
cation de Singapour a
décidé de mener plusieurs
réformes touchant les for-
mations initiale et continue
des professeurs en visant
tout particulièrement len-
seignement des mathé­
matiques et en sappuyant,
notamment, sur létat
de la recherche inter-
nationale en didactique
des mathé­m atiques 80 .
Ces réformes ont eu un
Figure 6. Extraits dun manuel utilisé en France dans les années 1950 et 196079.
effet considérable ; le pays
trône aujourdhui systématiquement en tête des classements des évaluations
­inter­nationales des élèves en mathématiques. Pour la résolution de problèmes
mathématiques, une approche qualifiée de « concrète-imagée-abstraite » a été mise
en avant ; le renforcement de la phase intermédiaire « imagée » sest traduit par
lintroduction dune organisation de schématisation sappuyant sur quatre types
de schémas en barres. De nombreuses recherches à Singapour, mais aussi dans
dautres pays, ont montré lefficacité de lutilisation des schémas en barres, y compris
pour les élèves rencontrant des difficultés en mathématiques81 .
PLUSIEURS TYPES DE SCHÉMAS EN BARRES POSSIBLES
Plusieurs types de schémas apparaissent aujourdhui dans les différents ouvrages
ou formations délivrées en France, comme les quatre proposés ci-dessous pour
la résolution du problème additif de type parties-tout suivant.
« Côme a dépensé 17,30 € à la boulangerie pour acheter un pain aux céréales
et une tarte aux abricots. Il se souvient que le pain aux céréales coûte 2,70 €
mais a oublié le prix de la tarte aux abricots.
Quel est le prix de la tarte aux abricots ? »
79 — Albert Châtelet et Georges Condevaux, Japprends à calculer,
Arithmétique Cours élémentaire et classes de 10e et 9e, Bourrelier, 1962.
80 — Swee Ng, Kerry Lee, “The Model Method: Singapore Childrens
Tool for Representing and Solving Algebraic Word Problems”,
Journal for Research in Mathematics Education, n° 40, 2009.
81 — Ibid, p. 67, note 51.
110 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Schéma 1 Schéma 2
17,30 € 17,30 €
2,70 € ?€ 2,70 € ?€
Schéma 3 Schéma 4
17,30 €
17,30 €
2,70 € ?€ 2,70 € ?€
Dans ce guide, nous utiliserons systématiquement la forme du schéma 3 pour les
problèmes de parties-tout. Les autres schémas peuvent également être utilisés ;
cependant, afin de ne pas perturber les élèves, il est préférable de suivre une même
façon de faire dannée en année au sein dune même école.
Le choix du schéma 3 permet une continuité avec ce
Manipulation qui est proposé dans le guide Les nombres, le calcul
dobjets tangibles
et la résolution de problèmes au CP (collection
figuratifs :
«Les guides fondamentaux pour enseigner) »82 , et de
faire le lien avec les manipulations menées, comme
indiqué sur la figure ci-contre.
Utiliser des barres épaisses, plutôt quune ligne
• Représentation simple (comme dans les schémas 1 et 2), permet
avec un schéma : de donner davantage de matérialité aux grandeurs
ou objets en jeu dans le problème et de rapprocher
les représentations des objets manipulés (cubes).
• Représentation
présymbolique Lutilisation dune barre simple dans les problèmes de
(schéma en barres parties-tout (contrairement à la barre double utilisée
4 symbolique)
+ écriture 2 : dans le schéma 4) permet de ne pas matérialiser deux
4 2 fois les mêmes objets et de rendre ainsi explicites
les relations dinclusion présentes dans le problème :
Figure 7. Extrait du guide Les nombres, les 2,70 € nexistent pas à côté des 17,30 €, mais ils sont
le calcul et la résolution de problèmes
au CP, p. 84. une partie des 17,30 €. En revanche, on utilisera une
double barre pour des problèmes de comparaison,
comme le problème ci-après.
« À la fête foraine, Apolline a dépensé 17,30 € et Maëlys, sa sœur, a dépensé 2,70 €.
Combien Apolline a-t-elle dépensé de plus que sa sœur ? »
Apolline 17,30 €
Maëlys 2,70 € ?€
82 — https://eduscol.education.fr/1486/apprentissages-au-cp-et-au-ce1
111 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Dans le schéma ci-dessus, les sommes dargent sont distinctes et donc matérialisées
par deux barres disjointes ; la différence entre les deux (ce que lon cherche) na pas
de matérialité et est représentée par une flèche sans épaisseur.
Enfin, la principale raison du choix du schéma 3 pour les exemples présentés dans ce
guide est quil sagit de la forme utilisée dans les pays utilisant des schémas en barres
pour la résolution de problèmes et de la forme utilisée dans les recherches qui ont permis
de démontrer son efficacité, notamment auprès des élèves fragiles en mathématiques83.
UN MODÈLE RETENANT QUATRE TYPES DE SCHÉMAS EN BARRES
Le système de représentation schématique avec des barres sappuie sur quatre
schémas types correspondant à quatre familles de problèmes en une étape :
Problèmes additifs de parties-tout Problèmes additifs de comparaison
Problèmes multiplicatifs de partiestout Problèmes multiplicatifs de comparaison
Les quatre schémas correspondants sont présentés ci-après.
— Problème additif (se traitant avec une addition ou une soustraction) de parties-tout
(un tout, un ensemble, est constitué de plusieurs parties disjointes, dont la réunion
forme ce tout).
« Lou paie 146,80 € avec sa carte bancaire dans un magasin de bricolage.
Il lui reste maintenant 743,55 € sur son compte en banque.
Combien dargent Lou avait-elle sur son compte en banque avant son achat ? »
Pour ce problème, les élèves doivent comprendre quils doivent trouver le tout,
correspondant à la somme dargent possédée avant lachat, qui est subdivisée en
deux sous-parties, dune part largent dépensé dans le magasin et dautre part
largent restant sur le compte en banque après lachat.
Exemple de résolution avec un schéma en barres :
Argent dépensé Argent restant après lachat
146,80 € 743,55 €
?€
Argent sur le compte au départ
146,80 € + 743,55 € = 890,35 €
Lou avait 890,35 € sur son compte avant son achat.
— Problème additif (se traitant avec une addition ou une soustraction) de ­comparaison
(deux grandeurs sont comparées additivement).
« Selon le site de linstitut national détudes démographiques (Ined), en 2021,
il y avait 625 738 000 habitants de plus en Afrique quen Europe et le nombre
dhabitants en Afrique était de 1 373 486 000.
Quel était, selon lIned, le nombre dhabitants en Europe en 2021 ? »
Pour ce problème, on compare le nombre dhabitants de deux continents.
83 — Voir p. 49, note 48.
112 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Exemple de résolution avec un schéma en barres :
Afrique 1 373 486 000 habitants
Europe ? habitants
625 738 000
habitants
1 373 486 000 625 738 000 = 747 748 000
Il y avait 747 748 000 habitants en Europe en 2021.
— Problème multiplicatif (se traitant avec une multiplication ou une division)
de ­parties-tout (un tout, un ensemble, est constitué de plusieurs parties identiques
pour une grandeur donnée).
« Inaya souhaite fabriquer cinq invitations pour son anniversaire en découpant
une bande de papier cartonné dune longueur de 32 cm.
Quelle est la plus grande longueur quelle peut choisir pour que toutes les invi-
tations aient la même longueur ? »
Il sagit ici de trouver la valeur dune part.
Exemple de résolution avec un schéma en barres :
32 cm
? cm
5 cartons
32 cm ÷ 5 = 6,4 cm
Inaya peut découper des cartons de 6,4 cm de longueur.
— Problème multiplicatif (se traitant avec une multiplication ou une division)
de ­comparaison (deux grandeurs sont comparées multiplicativement).
« Juliette et Ayoub jouent à la bataille avec un jeu de 56 cartes quils ont fabriqué.
Juliette a sept fois plus de cartes quAyoub.
Combien Ayoub a-t-il de cartes ? »
Exemple de résolution avec un schéma en barres :
Ayoub ? cartes
56 cartes
Juliette
7 fois plus
56 cartes ÷ 8 = 7 cartes
Ayoub a 7 cartes.
Les quatre types de schémas sont présentés sous forme synthétique dans le tableau
ci-après. Ce tableau avec les abus de notation quil contient nest bien évidemment
quà lusage des professeurs et nest pas destiné aux élèves, comme cela est indiqué
dans le paragraphe précédent sur linstitutionnalisation : pour les élèves, ces schémas
apparaissent dans les cahiers de leçons et sur déventuelles affiches dans le cadre
de résolutions de problèmes particuliers, auxquels on donne une valeur générique.
113 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Problèmes… de parties-tout de comparaison
Tout
Partie A
Tout
Partie A Partie B
Partie B
additifs Différence
Tout = Partie A + Partie B Différence = Partie A Partie B
Partie B = Tout Partie A Partie A = Partie B + Différence
Tout = Partie A + Partie B
Tout A Part
Tout
Part Part Part ........ Part B Part Part Part ........
multiplicatifs Nombre de parts N fois
Tout = Nombre de parts x Part B=NxA
Nombre de parts = Tout ÷ Part A = B ÷ N et N = B ÷ A
Part = Tout ÷ Nombre de parts Tout = A + B
ADAPTATION AUX PROBLÈMES EN PLUSIEURS ÉTAPES
Les résolutions de problèmes en plusieurs étapes peuvent également sappuyer sur
des schémas en barres. Selon les cas, un ou plusieurs schémas peuvent être utilisés.
« Il y a 1 330 500 élèves scolarisés dans les écoles de la région Île-de-France.
Ils sont répartis dans 3 académies. Au sein de lacadémie de Versailles, il y a
646 663 élèves, 163 460 élèves sont scolarisés dans lacadémie de Paris,
et les autres sont scolarisés dans lacadémie de Créteil.
Combien délèves sont scolarisés dans lacadémie de Créteil ? »
Le schéma en barres correspondant à la situation est donc constitué de trois parties
formant un tout.
Versailles Paris Créteil
646 663 élèves 163 460 élèves ? élèves
Île-de-France
1 330 500 élèves
Une modélisation apparaît alors de façon évidente pour déterminer la valeur de la
troisième partie. Il suffit de faire une addition pour déterminer le nombre délèves
à Versailles et Paris, puis de soustraire le résultat obtenu à lensemble des élèves
dÎle-de-France pour trouver le nombre délèves à Créteil :
646 663 + 163 460 = 810 123
Il y a 810 123 élèves dans les académies de Paris et Versailles.
1 330 500 810 123 = 520 377
Il y a 520 377 élèves dans lacadémie de Créteil.
114 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Comme cela a été présenté dans le chapitre 2, les schémas en barres peuvent
soutenir la modélisation du problème sur les jus de fruits issu de lévaluation Timss.
« Une bouteille de jus de pomme coûte 1,87 zeds.
Une bouteille de jus dorange coûte 3,29 zeds.
Julien a 4 zeds.
Combien de zeds Julien doit-il avoir en plus pour acheter les deux bouteilles ? »
Exemple de résolution utilisant un schéma en barres :
Jus de pomme Jus dorange
Achats
1,87 zed 3,29 zeds
Julien 4 zeds
ce quil doit avoir en plus
1,87 zeds + 3,29 zeds = 5,16 zeds. Les deux bouteilles de jus de fruits coûtent 5,16 €.
5,16 zeds 4 zeds = 1,16 zeds
Il faudrait 1,16 zeds en plus à Julien pour acheter les deux bouteilles.
Pour certains problèmes en plusieurs étapes, il peut être difficile de faire apparaître
toutes les informations sur un unique schéma et lon peut préférer effectuer plusieurs
schémas successifs correspondant aux différentes étapes.
« Lors dune vente solidaire pour des associations, deux stands ont permis
de récolter 5 568 €. Les deux cinquièmes de cette somme ont été récoltés par
le stand A et le reste par le stand B.
Le stand B a décidé de remettre les trois quarts de la somme quil a récoltée à une
association de soutien aux personnes sans-abri.
Combien le stand B va-t-il remettre à cette association ? »
Les schémas en barres ci-dessous peuvent soutenir le traitement de chaque étape.
5 568 €
5 568 € ÷ 5 = 1 113,60 €
1 113,60 € x 3 = 3 340,80 €
Le stand B a récolté 3 340,80 €. Stand A Stand B
3 340,80 ÷ 4 = 835,20 €
Stand B : 3 340,80 €
835,2 x 3 = 2 505,60 €
Le stand B va remettre 2 505,60 €
à lassociation de soutien aux
personnes sans-abri.
Association de soutien aux sans-abri
115 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
LES SCHÉMAS EN BARRES POUR TRAITER DES PROBLÈMES ALGÉBRIQUES
Les schémas en barres savèrent être un outil particulièrement efficace pour
résoudre les problèmes algébriques 84 ; problèmes qui pourront être traités au
collège en utilisant des mises en équations du premier degré. Ce type de problèmes
est présenté dans le paragraphe sur les problèmes atypiques au chapitre 1.
Des exemples de tels problèmes sont proposés ci-dessous.
3 EXEMPLES DE PROBLÈMES ALGÉBRIQUES
TRAITÉS AVEC DES SCHÉMAS EN BARRES
EXEMPLE 1
« Dans un paquet de billes rouges, vertes ou bleues, il y a 162 billes. Il y a trois
fois plus de billes rouges que de billes vertes et 7 billes vertes de moins que de
billes bleues.
Combien y a-t-il de billes rouges ? »
En représentant le nombre de billes vertes par un rectangle violet, on peut repré-
senter le nombre des autres billes en sappuyant sur ce rectangle violet.
Billes vertes
Billes rouges 162 billes
Billes bleues 7
Cherchons le nombre de billes représenté par les 5 rectangles violets.
162 billes 7 billes = 155 billes
Cherchons le nombre de billes représentées par 1 rectangle violet.
155 billes ÷ 5 = 31 billes
3 x 31 billes = 93 billes
Il y a donc 93 billes rouges.
Comme cela a été vu précédemment, au cycle 4 ce problème pourra être traité
en désignant par v le nombre de billes vertes. Il y a alors 3v billes rouges et (v + 7)
billes bleues, doù léquation à résoudre v + 3v + (v + 7) = 162 , doù 5v = 162 7.
Les similitudes fortes entre les deux raisonnements apparaissent clairement.
84 — Swee Ng, Kerry Lee, “The Model Method: Singapore Childrens
Tool for Representing and Solving Algebraic Word Problems”, Journal
for Research in Mathematics Education, n° 40, p. 282-313, 2009.
116 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
EXEMPLE 2
Lexemple ci-dessous est similaire, avec une résolution par substitution85.
« Agathe et Ben ont dépensé 65 €. Agathe et Chloé ont dépensé 185 €. Chloé a
dépensé trois fois plus que Ben.
Combien Agathe a-t-elle dépensé ?86 »
Chloé Ben Ben Ben
65 €
Agathe et Ben Agathe Ben différence
Agathe et Chloé Agathe Ben Ben Ben
185 €
185 € 65 € = 120 €
La différence entre les sommes dépensées par « Agathe et Chloé » et « Agathe
et Ben » est 120 €.
120 € ÷ 2 = 60 €
Ben a dépensé 60 €.
65 € 60 € = 5 €
Agathe a dépensé 5 €.
EXEMPLE 3
Pour terminer avec ces exemples de problèmes algébriques, le problème ­ci-dessous
correspond à un exemple classique de problème pouvant se traiter en résolvant
un système de deux équations à deux inconnues.
« Dans une volière, il y a des lapins et des poules. Pour faire trouver le nombre
de poules et de lapins à son frère, Cindy lui dit quil y a 114 pattes et 40 têtes.
Combien y a-t-il de poules et combien y a-t-il de lapins dans la volière ? »
Plusieurs méthodes peuvent être suivies, en voici deux exemples.
Méthode 1 :
40
Nombre Nombre
Têtes de lapins de poules
114
Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre
Pattes de lapins de lapins de lapins de lapins de poules de poules
85 — Méthode de résolution dun système déquations à plusieurs
inconnues consistant à exprimer la valeur dune inconnue en fonction
des autres inconnues, puis à remplacer cette première dans les autres
équations.
86 — Ibid, p. 67, note 51.
117 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Le schéma peut alors être aisément complété en remarquant que dans la deuxième
barre apparaît deux fois la quantité représentée dans la première barre, cest-à-dire
2 fois 40.
40
Nombre Nombre
Têtes de lapins de poules
114
Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre
Pattes de lapins de lapins de lapins de lapins de poules de poules
114 80 = 34 2 x 40 = 80
On en déduit le nombre de lapins : 34 ÷ 2 = 17 ; il y a 17 lapins.
Et le nombre de poules : 40 17 = 23 ; il y a 23 poules.
Méthode 2 :
40
Nombre Nombre
Têtes de lapins de poules
114
Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre
Pattes de lapins de lapins de lapins de lapins de poules de poules
Le schéma peut alors être complété en faisant apparaître le nombre de pattes dans
une barre représentant 4 fois le nombre de têtes qui est égal à 4 fois le nombre
de lapins plus 4 fois le nombre de poules.
114
Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre
Pattes de lapins de lapins de lapins de lapins de poules de poules
4 x 40 = 160
4 fois Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre
les têtes de lapins de lapins de lapins de lapins de poules de poules de poules de poules
114 160 114 = 46
On en déduit le nombre de poules :
46 ÷ 2 = 23 ; il y a 23 poules.
Et le nombre de lapins :
40 23 = 17 ; il y a 17 lapins.
118 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
QUELQUES QUESTIONS RÉGULIÈREMENT POSÉES SUR LENSEIGNEMENT
DES SCHÉMAS EN BARRES
À quel moment de la scolarité doit-on commencer à utiliser les schémas en barres ?
Et jusquà quel niveau sont-ils utiles ?
Les schémas en barres sont souvent introduits en deuxième année décole
élémentaire. Les schémas de parties-tout (additifs) sont parfois introduits dès le CP.
Comment mettre en place la schématisation en barres au cycle 3 lorsque cela na
pas été fait au cycle 2 ?
Il faut introduire les choses progressivement, comme cela aurait été fait au cycle 2.
Il faut plusieurs mois pour que les choses deviennent véritablement opérationnelles
pour les élèves, il y a donc un intérêt fondamental pour les apprentissages des élèves
à ce que les professeurs saccordent sur ce qui est enseigné année après année.
Les longueurs des barres doivent-elles être proportionnelles aux quantités ou
grandeurs quelles représentent ?
La réponse est clairement non. Cela est souvent impossible car on ne connaît
pas, au moment où lon construit le schéma, les quantités ou les mesures de ce
qui est représenté. Même quand ces données sont connues, les quantités ou les
grandeurs en jeu peuvent être dans des rapports très élevés, par exemple une partie
correspondant à 0,1 % dun tout, ce qui rend impossible un respect des proportions
sur le schéma. Il est cependant essentiel de représenter par des rectangles
identiques ce que lon sait égal (on se prépare à lalgèbre) et dessayer de représenter
par des rectangles plus longs ce qui correspond à des quantités ou mesures plus
importantes dans des problèmes de comparaison.
Que faire avec les élèves qui nutilisent pas les schémas en barres qui leur ont
été enseignés ?
Si un élève na pas besoin de faire un schéma pour résoudre un problème, on ne doit
pas lui demander de le faire. La plupart des schémas sont voués à ne plus être utilisés
au fur et à mesure de la progression des compétences de lélève. Le professeur
peut proposer des problèmes plus difficiles qui feront à nouveau émerger lutilité
de faire un schéma.
Si un élève ne réussit pas à traiter le problème proposé, le professeur peut demander
explicitement de faire un schéma, comme première étape de résolution dans le cadre
de laccompagnement des élèves dans leur recherche.
Pour les problèmes en plusieurs étapes, faut-il un unique schéma en barres ou
faut-il en dessiner plusieurs ?
Cela dépend des problèmes et des élèves. Les deux sont possibles, comme on a pu
le voir dans les exemples donnés dans le paragraphe « Adaptation aux problèmes
en plusieurs étapes » ; dans certains cas, faire deux schémas peut être plus simple
(voir le problème sur une vente solidaire proposé précédemment ou le problème
n° 7 dans le focus ci-après, sur les problèmes avec des fractions résolus à laide
dun schéma en barres).
119 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Faut-il imposer un type de schéma ?
Non, mais il faut mettre en avant le ou les schémas les plus pertinents pour résoudre
un problème donné en explicitant clairement lintérêt que présentent ce ou ces
schémas. Si un élève nutilise pas le schéma que le professeur souhaite mettre
en avant et utilise son propre schéma, que le professeur considère comme non
pertinent, il ne faut pas imposer ce schéma, mais proposer un nouveau problème
pour lequel on peut penser que lélève sera en difficulté avec le type de schéma sur
lequel il sappuie, afin de le convaincre de la pertinence dabandonner ce schéma
dans certaines situations.
Comment faire comprendre la schématisation en barres pour les problèmes de
type transformation ?
Cela peut se faire en reformulant le problème pour rendre visibles les différentes
parties dans le cadre de la situation dynamique : « Si on considère lensemble des billes
que Louis avait avant la récréation, alors cet ensemble se sépare en deux. Il y a, dune
part, les billes quil a perdues pendant la récréation et, dautre part, les billes quil na
pas perdues, cest-à-dire les billes quil a encore après la récréation. » Mais on peut
aussi accepter un autre schéma quun schéma en barres, par exemple un schéma
avec un déplacement sur une ligne numérique, présenté dans le paragraphe ci-après.
Les élèves ne risquent-ils pas de remplir des cases au hasard, comme sils met-
taient des nombres dans des opérations, sans forcément en comprendre le sens ?
Il sagit là dun point de vigilance. Il ne faut pas se focaliser sur le schéma terminé,
ce qui compte, cest sa construction. Limportant, cest de construire les schémas,
avec les élèves, face aux élèves, en verbalisant chaque action et les relations entre
les différentes données de lénoncé et en explicitant pourquoi on construit telle ou
telle chose sur le schéma. Il est important de bien légender le schéma : le nom de ce
qui est représenté, les valeurs ou les proportions de lénoncé qui sont utilisées, etc.
Les schémas représentant un déplacement
sur une droite numérique ou une ligne du temps
Les schémas en barres peuvent se montrer peu adaptés pour la résolution de
certains problèmes de transformations, en particulier quand les différents états ne
sont pas connus et que la réflexion porte sur la composition des transformations.
Les schémas sappuyant sur une ligne numérique sont particulièrement efficaces
pour soutenir la résolution de problèmes liés à des évolutions dune grandeur
dans le temps ou à des déplacements dans lespace, ou de façon plus générale des
problèmes avec des transformations.
120 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Le problème ci-dessous est un problème de déplacement dans lespace.
« Léa a parcouru 72 km depuis le péage de lautoroute. Elle a maintenant parcouru
738,5 km depuis quelle a quitté sa maison.
Quelle distance y a-t-il entre sa maison et le péage de lautoroute ? »
? km 72 km
Maison Péage Position de la voiture
738,5 km
Sur ce schéma, la droite peut être une ligne du temps ou peut représenter le dépla-
cement dans lespace. Un tel schéma a une proximité avec les schémas en barres
pour un problème de type parties-tout, ce qui permet une modélisation facilitée
pour les élèves.
« Assia a un récupérateur deau de pluie dans son jardin. En juin, elle a pu
récupérer 247 L deau de pluie. Pendant le mois de juin, elle a aussi utilisé 292 L
deau du récupérateur pour arroser les plantes de son jardin.
Quelle est lévolution du volume deau contenue dans le récupérateur entre le
début et la fin du mois de juin ? »
Niveau deau Évolution 247 L en plus
fin juin ?L (pluie)
Niveau deau
début juin
292 L en moins (arrosage)
Contrairement au problème précédent, ici la droite ne représente pas la ligne du
temps, mais il sagit dune droite numérique pour représenter le volume deau dans
le récupérateur. Un déplacement vers la gauche correspond à une diminution du
volume deau et vers la droite à une augmentation de ce volume.
« Selon lInstitut national détudes démographiques (Ined), la population asiatique
devrait augmenter de 467 634 000 habitants entre 2025 et 2050, puis diminuer
de 147 634 000 habitants entre 2050 et 2075.
Comment devrait évoluer la population asiatique entre 2025 et 2075 ? »
121 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Pour ce problème dévolutions dans le temps, la représentation sur une droite
numérique peut être source de difficulté sil y a une incompréhension par rapport à
ce que représente la droite. En effet, la droite peut représenter laxe du temps comme
dans le schéma ci-dessous. On se déplace alors vers la droite quand on avance dans
le temps, indépendamment de lévolution démographique.
467 634 000 147 634 000
habitants en plus habitants en moins
2025 2050 2075
?
Mais la droite peut aussi servir à représenter le nombre dhabitants, auquel cas
une augmentation de population se traduit par un déplacement vers la droite et
une baisse par un déplacement vers la gauche, comme dans le schéma ci-dessous.
Population 467 634 000 Population
en 2025 habitants en plus en 2050
? Population 147 634 000
en 2075 habitants
en moins
Il est donc essentiel dêtre très explicite, lors de lutilisation de tels schémas en classe,
sur ce que symbolise laxe tracé sur lequel sappuie la représentation.
Les tableaux
Des tableaux peuvent être utilisés pour illustrer des problèmes où une même quantité
est répétée à lidentique plusieurs fois.
« Dans son potager, Yasmine a planté 11 rangées de 14 salades.
Combien y a-t-il de salades dans le potager de Yasmine ? »
Pour résoudre un tel problème, un schéma en barres convient tout à fait. Le produit
correspond à une addition itérée, on ajoute 11 fois les 14 salades de chaque rangée.
La réponse est donc obtenue en effectuant 11 x 14 salades.
? salades
14 14 14 14 14 14 14 14 14 14 14
11 rangées
122 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Si cette représentation aide à modéliser le problème par la multiplication 11 x 14,
elle ne permet cependant pas de soutenir la compréhension de la propriété de
commutativité de la multiplication. En effet, la conception intuitive de la multiplication
comme addition itérée rend contre-intuitive la commutativité de la multiplication :
rien ne laisse penser en regardant ce schéma quun autre jardinier qui aurait planté
14 rangées de 11 salades aurait effectivement planté le même nombre de salades.
Une représentation en tableau, comme ci-dessous, permet au contraire de rendre
visible la commutativité de la multiplication.
14 colonnes
11 rangées
En effet, au lieu de regarder les lignes du tableau, on peut regarder les colonnes :
dans chacune des 14 colonnes, on a 11 salades. Comme le nombre de salades dans
le tableau est inchangé, on a donc bien :
11 salades x 14 = 14 salades x 11.
Et donc, en comparant le nombre total de salades, 11 x 14 = 14 x 11. On peut ensuite
aisément admettre que pour des situations analogues avec un nombre de rangées ou
un nombre de salades par rangée différents, on pourrait écrire une égalité similaire.
Un tel tableau éclaire donc sur la commutativité de la multiplication : pour nimporte
quels nombres entiers a et b, on a a x b = b x a. Il contribue aussi à se distancier de
la conception de la multiplication comme simple addition itérée.
123 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Il est clair que le schéma attendu des élèves ne comprend pas le dessin de chacune
des salades et peut devenir très symbolique, comme ci-dessous.
« Lors dune parade militaire, un régiment est représenté par 67 rangées
de 18 soldats.
Combien de soldats de ce régiment y a-t-il dans la parade militaire ? »
18 soldats par rangée
67 rangées de soldats
Les représentations en tableau sont particulièrement pertinentes pour représenter
des situations faisant intervenir des produits cartésiens de deux ensembles. En effet,
chaque case du tableau correspond alors à un élément du produit cartésien
et, lorsquil sagit de dénombrer les éléments de ce produit cartésien, une telle
représentation permet daider les élèves à reconnaître une situation multiplicative.
Au sein du chapitre 1, dans la sous-partie « Les problèmes multiplicatifs » de la partie
« Les problèmes en une étape », le problème suivant est proposé.
« Une poupée est livrée avec 4 pantalons et 12 tee-shirts.
De combien de façons est-il possible dhabiller la poupée ? »
Lensemble des solutions est lensemble des couples constitués dun pantalon et
dun tee-shirt, cest-à-dire lensemble des tenues complètes que lon peut constituer.
Cet ensemble est représenté dans le tableau ci-dessous recensant toutes les
tenues possibles.
12 tee-shirts
4 pantalons
Il convient de sinterroger face à un tel schéma sur lexhaustivité des réponses
trouvées dans le tableau : peut-il exister une tenue qui nest pas dans le tableau ?
La réponse est clairement non car le choix dun pantalon donne une ligne et le choix
dun tee-shirt donne une colonne, il y a donc bien une case correspondant à cette
ligne et cette colonne.
124 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Il convient également de sinterroger sur la non-redondance des réponses trouvées
dans le tableau : peut-il y avoir deux cases avec la même tenue ? La réponse est
également non car si deux cases sont distinctes, si elles ne sont pas sur la même
ligne, alors le pantalon est de couleur différente, et si elles sont sur la même ligne
alors elles ne sont pas sur la même colonne car les cases sont distinctes, et donc les
tee-shirts sont dune couleur différente. Deux cases distinctes sont donc occupées
par des tenues différentes.
La représentation sous forme de tableau permet alors de répondre, en reconnaissant
une situation multiplicative (4 x 12), quil est possible dhabiller la poupée de 48 façons
différentes. Compter les tenues dans le tableau serait par ailleurs possible, mais la
reconnaissance dune situation multiplicative permet la mise en œuvre dune pro-
cédure de résolution clairement plus efficace.
« Dans notre classe, il y a 16 filles et 9 garçons. Pour lélection des délégués,
pour quun bulletin de vote soit valable, il faut inscrire le nom dune fille et le nom
dun garçon de la classe.
Combien de binômes différents un élève peut-il écrire, sachant quun élève a
le droit de voter pour lui-même ? »
On peut représenter la situation par le tableau suivant, qui permet de recenser
lensemble des binômes possibles.
Kadiatou
Héloïse
Fabiola
Babeth
Louise
Emma
Chloé
Giulia
Paula
Olivia
Dana
Alice
Jade
Inès
Nina
Mia
Arthur
Baptiste
Clément
Diego
Ethan
Fahid
Gabriel
Hugo
Isaac
Chaque case correspond à un binôme possible et tous les binômes correspondent
à une case. Le nombre de binômes possibles se justifie alors aisément ; il est égal à
16 x 9.
De façon générale, les tableaux sont utiles pour organiser la recherche de solutions
parmi un ensemble de réponses possibles en sassurant de lexhaustivité de cette
recherche.
125 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Les arbres
Les arbres peuvent être utiles pour les problèmes faisant intervenir des
dénombrements de produits cartésiens de plus de deux ensembles, lutilisation
dun tableau à double entrée nétant alors plus possible. Cest ce qui a été proposé
dans le chapitre 1 pour le problème ci-dessous87.
« Pour se déguiser, un clown dispose de :
2 chapeaux (un rouge, un bleu) ;
3 tee-shirts (un kaki, un noir, un jaune) ;
2 pantalons (un rose, un vert).
Combien de costumes différents complets, avec un chapeau, une veste et un
pantalon, le clown peut-il faire ?88 »
Les arbres peuvent également se révéler intéressants lors de la résolution de
problèmes pour lesquels on cherche à dresser une liste exhaustive des solutions
possibles, sans quil sagisse dun produit cartésien ; comme par exemple pour des
arrangements (parties ordonnées sans répétition) ou des combinaisons (parties
non ordonnées sans répétition) des éléments dun ensemble.
Exemple :
« Combien peut-on écrire de nombres à trois chiffres commençant par le chiffre
2 et en utilisant au plus une fois les chiffres 2, 4, 6 et 8 ? »
Un arbre permet de trouver rapidement les six solutions qui conviennent, en étant
convaincu quil nen existe pas dautres.
6 246
4
8 248
4 264
2 6
8 268
4 284
8
6 286
Exemple :
« Assia, Basile, Capucine, Diego et Emy ont résolu ensemble un problème de
mathématiques. Ils doivent désigner un binôme (deux élèves) parmi eux cinq pour
présenter leur solution à la classe.
Combien de binômes différents peut-on former avec ces cinq élèves ? »
Une série darbres permet de lister de façon exhaustive les différents binômes
possibles.
Basile Capucine
Capucine Diego
Assia Basile Diego Capucine Diego Emy
Diego Emy
Emy Emy
87 — Voir p. 35.
88 — Problème inspiré de https://edu1d.ac-toulouse.fr/politique-
educative-31/ien31-toulouse-sud/files/2019/05/solutions_-pb_
chercher_%C3%A9nonc%C3%A9s-cycle-2-et-3.pdf
126 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Focus | Exemples de résolution
de problèmes de cours moyen
avec des fractions en utilisant
des schémas en barres
Ce focus propose des exemples de résolution de problèmes utilisant des sché-
mas en barres pour huit problèmes de CM1 avec des fractions. Certains de ces
problèmes ne pourraient pas être résolus par des élèves de cours moyen sans le
recours à un schéma en barres, les calculs nécessaires à leur résolution ne leur
étant pas accessibles.
EXEMPLE 1
« Un récupérateur deau de 500 L est rempli aux 3 .
10
Quelle quantité deau manque-t-il pour quil soit plein ? »
500 L
Eau présente dans le récupérateur
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
10 10 10 10 10 10 10 10 10 10
500 L ÷ 10 = 50 L 7 x 50 L = 350 L
Il manque 350 L deau pour que le récupérateur deau soit plein.
EXEMPLE 2
« Zélie a préparé un cocktail de jus de fruits qui contient 1 de sirop de ­grenadine,
10
7 de jus dorange et du jus dananas. Elle a utilisé 1 L de jus dananas.
10 2
Quel volume de cocktail Zélie a-t-elle préparé ? » 1L
2
grenadine orange orange orange orange orange orange orange ananas ananas
1L 1L 1L
2
2 L + 1 L = 2,5 L
2
Zélie a préparé 2,5 L de cocktail de jus de fruits.
127 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
EXEMPLE 3
« Dans un grand bocal, Iris a rangé ses perles de couleur. Il y en a des
vertes, des bleues, des rouges et des jaunes. Un tiers des perles sont vertes,
1 des perles sont bleues, 5 des perles sont rouges et il y a 14 perles jaunes.
12 12
Combien y a-t-il de perles de chaque couleur ? »
Une difficulté dans ce problème est de devoir partager lensemble des perles en 3
et en 12 de façon simultanée. Cest-à-dire comprendre que 4 douzièmes est égal
à 1 tiers.
1 1 1
3 3 3
7 perles 7 perles
1 5 14 perles
12 12
14 perles ÷ 2 = 7 perles ; un rectangle représente 7 perles.
7 perles x 5 = 35 perles ; il y a 35 perles rouges.
7 perles x 4 = 28 perles ; il y a 28 perles vertes.
Iris a 14 perles jaunes, 7 perles bleues, 35 perles rouges et 28 perles vertes.
EXEMPLE 4
« Un fromage est vendu au prix de 30 € par kilogramme.
Quel est le prix dun morceau de ce fromage de 600 g ? »
600 g = 0,6 kg = 6 kg
10
1 kilogramme de fromage
30 €
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
10 10 10 10 10 10 10 10 10 10
3€
600 g de fromage
6 x 3 € = 18 €
Le prix du morceau de 600 g de ce fromage est 18 €.
128 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
EXEMPLE 5
« Le nombre de billes de Marius est égal au quart du nombre de billes de Giulia.
Giulia a 36 billes de plus que Marius.
Combien de billes a Giulia ? »
Giulia
Marius
36 billes
36 billes ÷ 3 = 12 billes
Un rectangle représente 12 billes.
12 billes x 4 = 48 billes
Giulia a 48 billes.
EXEMPLE 6
« Pour la fête des mères, Joseph et sa petite sœur Lana ont acheté un bouquet
à 36 €. Lana a payé le tiers de ce que Joseph a payé.
Combien chacun des enfants a-t-il payé pour le bouquet ? »
Joseph
36 €
Lana
36 € ÷ 4 = 9 €
9 € x 3 = 27 €
Pour le bouquet, Joseph a payé 27 € et sa sœur Lana a payé 9 €.
EXEMPLE 7
« Ce mardi, Maria joue aux billes à lécole. À la récréation du matin, elle perd 1
4
de ce quelle avait en arrivant à lécole. À lheure du déjeuner, elle donne à son
petit frère 5 des billes quil lui reste car il a perdu toutes les siennes. Il reste
6
maintenant 4 billes à Maria.
Combien Maria avait-elle de billes en arrivant ce matin à lécole ? »
Méthode 1
Les billes à lheure du déjeuner :
Billes restantes
Billes données à son frère pour Maria
4 billes
5 x 4 billes = 20 billes
Maria a donné 20 billes à son frère.
20 billes + 4 billes = 24 billes
Maria avait 24 billes avant le déjeuner.
129 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
Les billes le matin à lécole :
Billes perdues Billes restantes
pendant la récréation après la récréation
24 billes
24 billes ÷ 3 = 8 billes
Un rectangle représente 8 billes.
8 billes x 4 = 32 billes
Maria avait 32 billes en arrivant à lécole ce matin.
Méthode 2
Billes perdues Billes restantes
pendant la récréation après la récréation
4 billes
Billes données Billes restantes
au frère de Maria après le déjeuner
4 billes x 2 = 8 billes
8 billes x 4 = 32 billes
Maria avait 32 billes en arrivant à lécole ce matin.
EXEMPLE 8
« Raphaël, Ali et Elsa ont effectué une course de relais. Raphaël a parcouru la
moitié de la distance parcourue par Ali et Ali a parcouru le tiers de la distance
parcourue par Elsa. À eux trois, ils ont couru 1 800 m.
Quelle distance a couru chaque enfant ? »
Raphaël
Ali 1 800 m
Elsa
1+2+6=9
Il y a 9 rectangles identiques.
1 800 m ÷ 9 = 200 m ; 200 m x 2 = 400 m ; 400 m x 3 = 1 200 m
Raphaël a couru 200 m, Ali a couru 400 m et Elsa a couru 1 200 m.
130 — Comment délivrer un enseignement structuré de la résolution de problèmes ?
En résumé
Les apprentissages relatifs à la résolution de problèmes
ne se construisent pas en une année ni même en un cycle,
mais tout au long de la scolarité obligatoire. Les stratégies
denseignement mises en œuvre doivent donc être
collectives afin que les élèves puissent sappuyer chaque
année sur ce qui a été appris les années précédentes.
Ceci est particulièrement vrai pour les schémas enseignés
pour soutenir la modélisation.
Les séances denseignement de résolution de problèmes
doivent être inscrites dans des séquences aux objectifs
clairement définis et explicités aux élèves. Pendant ces
séances, les élèves doivent disposer de temps suffisants
pour résoudre eux-mêmes les problèmes qui leur
sont proposés. Il faut veiller à soutenir, de façon appropriée
et au moment opportun, chaque élève rencontrant
une difficulté quil ne peut pas surmonter lui-même.
Lévaluation doit être utilisée pour soutenir les apprentissages.
Elle permet à lenseignant de renforcer sa connaissance
de ce que sait faire chacun des élèves à un instant
donné et aide les élèves à structurer et renforcer leurs
apprentissages comme le montrent les sciences cognitives.
V
De lécole au collège :
la résolution
de problèmes
dans le cadre
de la liaison CM2-6e
132 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
Le travail mené en résolution de problèmes au cours
moyen permet de faire acquérir aux élèves
les connaissances et compétences nécessaires pour
aborder sereinement les problèmes quils devront
résoudre en dernière année de cycle 3, puis au cycle 4.
Ce travail contribue à la construction progressive,
tout au long de la scolarité, des six compétences majeures
de lactivité mathématique inscrites dans les programmes89.
Les stratégies acquises et les outils que les élèves
ont appris à utiliser, notamment pour effectuer
des représentations permettant de soutenir la résolution
de problèmes, continueront à leur être utiles tout au long
du collège, en particulier pour accompagner et renforcer
le travail mené en algèbre.
La résolution de problèmes
au cœur de lenseignement
des mathématiques au collège
comme à lécole élémentaire
La résolution de problèmes continue doccuper une place centrale dans lensei-
gnement des mathématiques au collège. Les attendus de fin dannée de sixième
mettent en évidence la continuité du travail à mener en rappelant les attentes
concernant les problèmes verbaux à une ou plusieurs étapes : lélève « résout des
problèmes relevant des structures additives et multiplicatives en mobilisant une ou
plusieurs étapes de raisonnement ».
89 — Chercher, modéliser, représenter, calculer, raisonner
et communiquer.
133 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
Le programme du cycle 490 confirme la place centrale accordée à la résolution
de problèmes tout au long du collège, en insistant sur le renforcement dautomatismes,
le développement de la capacité à faire des analogies avec les problèmes préalablement
résolus et lacquisition daptitudes générales comme la prise dinitiative : « Une place
importante doit être accordée à la résolution de problèmes. Mais pour être en
capacité de résoudre des problèmes, il faut à la fois prendre des initiatives, imaginer
des pistes de solution et sy engager sans ségarer en procédant par analogie, en
rattachant une situation particulière à une classe plus générale de problèmes
[…]. Ceci suppose de disposer dautomatismes (corpus de connaissances et de
procédures automatisées immédiatement disponibles en mémoire). »
Exemples de problèmes pouvant
avoir été résolus au cours moyen
Cette partie a pour objet de compléter la liste des nombreux problèmes proposés
dans ce guide. Certains des problèmes proposés ici sont issus de travaux de
recherche. Ces problèmes peuvent être utilisés en classe au cours moyen lorsque les
compétences nécessaires à leur résolution sont enseignées. Ils peuvent permettre
de nourrir les échanges entre les professeurs de cours moyen et les professeurs
de mathématiques de sixième pour donner à voir des exemples de problèmes qui
ont été résolus par les élèves avant leur entrée au collège.
— « Un paquet de sablés coûte 2,15 € et un paquet de madeleines coûte 4,05 €.
Combien dois-je payer pour ces deux paquets de gâteaux ? »
— « Un paquet de sablés coûte 2,15 €. Jai acheté un paquet de sablés et un paquet
de madeleines et jai payé 6,20 €.
Quel est le prix dun paquet de madeleines ? »
— « Le mois dernier, le chiot de Basile pesait 3,8 kg. Il a grossi de 1,3 kg en un mois.
Combien pèse le chiot de Basile maintenant ? »
— « Il y a deux mois le chiot de Basile a été malade et a perdu 1,1 kg. Ce mois-ci, il a
grossi de 2,3 kg. Il pèse maintenant 9,4 kg.
Combien pesait le chiot de Basile il y a deux mois ? »
— « Léa a parcouru 72 km depuis le péage de lautoroute. Elle a maintenant parcouru
738,5 km depuis quelle a quitté sa maison.
Quelle distance a-t-elle parcourue entre sa maison et le péage de lautoroute ? »
— « Pour la bibliothèque de fond de classe, le maître a acheté 6 exemplaires du
même livre. Il a payé 32,10 €.
Quel est le prix dun livre ? »
90 — BOENJS n° 31 du 30 juillet 2020.
134 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
— « Pour la classe de CM2, le maître a commandé des manuels de mathématiques.
Chaque manuel coûte 13 €. La facture sélève à 338 €.
Combien de manuels le maître a-t-il commandés ? »
— « Mathéo achète deux baguettes à 1,05 € et un croissant à 1,25 €.
Combien doit-il payer au boulanger ? »
— « Rachid retire 30 € au distributeur, puis achète un livre à 37,50 €. Il lui reste
maintenant 12 €.
Combien dargent Rachid avait-il avant daller au distributeur ? »
— « Erwan a fait des courses. La vendeuse lui a donné le ticket ci-dessous :
Eau 3,60 €
Chocolat 2,10 €
Pain 0,85 €
Il a payé avec un billet de 10 €. Il recompte la monnaie qui lui a été rendue et
trouve 2,45 €. Il pense quil a perdu une pièce.
Quelle pièce a-t-il pu perdre ?91 »
— « Claude raconte à son copain : “La semaine dernière, les élèves des classes de
deuxième année ont décidé de se cotiser pour offrir un cadeau à Kévin, hospitalisé.
Chacun a donné 0,50 €. Chargé de lachat du cadeau, jai constaté quil manquait
15 €. Jai réclamé 0,20 € supplémentaires par élève et jai alors eu 11 € de trop.”
Calcule le prix du cadeau.92 »
Exemples dutilisation
au collège des représentations
schématiques introduites
au cours moyen
Cette partie a pour objectif de montrer explicitement comment les outils introduits à
lécole élémentaire pour soutenir la résolution de problèmes peuvent continuer à être
utilisés au collège dans le cadre de la résolution de problèmes relevant du collège
(ratios, algèbre, probabilités, etc.).
91 — Problème proposé dans une évaluation nationale de CM2
en mai 2012 (53 % de réussite).
92 — Problème proposé par Annick Fagnant dans une intervention
menée au sein de lacadémie de Paris.
135 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
Utilisation des schémas en barres
pour des problèmes de fractions,
pourcentages ou ratios
PROBLÈMES DE FRACTIONS
Exemple :
« Jai dépensé 4 septièmes de mes économies pour acheter un manteau et le tiers
du reste pour une paire de chaussettes. Jai maintenant 9,52 €.
Combien avais-je déconomies au départ ?*93 »
La résolution peut sappuyer sur les outils utilisés à lécole élémentaire.
Économies au départ
Manteau : 4 des économies Reste
7
1 du reste 9,52 €
3
(chaussettes)
9,52 € ÷ 2 = 4,76 €
4,76 € x 7 = 33,32 €
Javais 33,32 € déconomie au départ.
Cette représentation permet dillustrer les calculs algébriques menés au collège.
En notant x les économies au départ, la somme restante après les achats est égale à :
(1 47 ) (1 13 )x = 37 x 23 x = 27 x
On va donc chercher x tel que 2 x = 9,52 ; la fraction 2 apparaissait clairement
7 7
sur le schéma.
93 — Dans ce chapitre, les problèmes suivis du symbole « * »
sont extraits du guide La Résolution de problèmes mathématiques
au collège, coll. « Les guides fondamentaux pour enseigner », 2021.
136 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
PROBLÈMES DE POURCENTAGES
Exemple :
« Angel veut acheter une paire de chaussures. Elle a droit à une réduction de
15 % par rapport au prix normal. Le vendeur lui dit que la réduction sera de 12 €.
Quel est le prix normal ?94 »
15 %
100 %
Prix réduit Réduction 12 €
Prix normal ? €
15 % du prix normal 12 €
30 % du prix normal 24 €
10 % du prix normal 8€
100 % du prix normal 80 €
Le schéma permet aussi de soutenir la production du tableau de proportionnalité
au collège :
Réduction Prix normal
Part du prix normal en % 15 100
Montant en € 12 x
En fin de cycle 4, le tableau conduit au calcul automatisé x = 12 x 100.
15
Exemple :
« Dans un panier, il y a des pommes et des oranges. 25 % des fruits sont
des oranges. Mary achète des oranges en plus et les met dans le panier. Il y a
maintenant deux fois plus doranges quavant.
Quel pourcentage des fruits sont des pommes après lachat de Mary ?95 »
25 % = 1
4
Au départ :
Pommes Oranges
94 — Herani Tri Lestiana, Cici Tri Wanita, ”Bar Model: a beneficial tool
in learning percentage”, Eduma, Mathematics Education Learning
and Teaching, Vol. 8, n° 2, 2019.
95 — Ibid, p. 67, note 51.
137 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
Mary double le nombre doranges :
Pommes Oranges
La part des pommes parmi les fruits est maintenant : 3 = 6 = 60 = 60 %.
5 10 100
PROBLÈMES DE RATIOS
Exemple :
« Lors dun match de football, le ratio hommes-femmes du public est de 3:5.
­Combien y a-t-il dhommes dans le public sachant quil y a 34 500 femmes ? »
3 + 5 = 8 ; il y a huit parts égales.
Hommes Femmes
34 500 spectatrices
34 500 ÷ 5 = 6 900 ; une part correspond à 6 900 personnes.
3 x 6 900 = 20 700 ; il y a 20 700 hommes dans le public de ce stade.
Exemple :
« Quelle est la nature dun triangle dont les angles sont dans le ratio 1:2:3 ?* »
1 + 2 + 3 = 6 ; il y a six parts égales.
La somme des mesures des angles dun triangle est 180°.
Premier Deuxième Troisième
angle angle angle
180°
180° ÷ 6 = 30° ; le premier angle mesure 30°.
2 x 30° = 60° ; le deuxième angle mesure 60°.
3 x 30° = 90° ; le troisième angle mesure 90°.
Le triangle est un triangle rectangle.
138 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
Utilisation des schémas en barres pour
illustrer des problèmes algébriques
Exemple :
« Une vache pèse 150 kg de plus quun chien. Une chèvre pèse 130 kg de moins
que la vache. Ensemble, les trois animaux pèsent 410 kg.
Quelle est la masse de la vache ?96 »
Vache
150 kg
Chien 410 kg
Chèvre 130 kg
On peut raisonner avec trois fois la masse de la vache, en schématisant ainsi :
Vache Vache Vache
150 kg 130 kg
Vache Chien Chèvre
150 kg 130 kg
Vache Chien Chèvre
410 kg 280 kg
Trois fois la masse de la vache est donc égal à 410 kg + 280 kg cest-à-dire 690 kg.
690 kg ÷ 3 = 230 kg ; la vache pèse 230 kg.
Le calcul algébrique reproduit le même raisonnement : en notant x la masse de la
vache, en kilogramme, on trouve que celle du chien est (x 150) kg et que celle de
la chèvre est (x 130) kg.
On en déduit léquation correspondant à la somme des masses des trois animaux :
x + (x 150) + (x 130) = 410.
On retrouve alors la relation obtenue avec le schéma : 3x = 410 + 280.
Exemple :
« Un rectangle a une longueur et une largeur dans le ratio 3:2. Si je diminue
la longueur de 1 m et si jaugmente la largeur de 2 m, jobtiens un carré.
Quelle est son aire ? »
Lobtention dun carré signifie que la largeur et la longueur deviennent égales.
96 — Ibid, p. 109, note 80.
139 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
Longueur
2m 1m
Largeur
longueur des côtés du carré
À partir du schéma, on visualise immédiatement quune petite barre violette
­correspond à une longueur de 3 mètres. On en déduit que le rectangle a une longueur
de 9 mètres et une largeur de 6 mètres, et ensuite que le carré a des côtés mesurant
8 mètres. Son aire est donc de 64 m².
En notant x la longueur du côté du carré, on obtient une équation où chaque membre
correspond à la longueur représentée par une petite barre violette dans les deux
lignes du schéma x + 1 = x 2 ,ce qui permet de trouver la valeur de x.
3 2
Utilisation de tableaux
Exemple :
« On lance deux dés.
Quelle est la probabilité dobtenir un résultat compris entre 7 et 19 en faisant
le produit des nombres obtenus sur chaque dé ? »
On réalise un tableau recensant les 36 cas possibles :
1 2 3 4 5 6
1 1 2 3 4 5 6
2 2 4 6 8 10 12
3 3 6 9 12 15 18
4 4 8 12 16 20 24
5 5 10 15 20 25 30
6 6 12 18 24 30 36
Il y a 14 cas correspondant à ce qui est recherché. La probabilité est de 14 .
36
140 — De lécole au collège : la résolution de problèmes dans le cadre de la liaison CM2-6
e
Exemple :
« Pour le championnat de rugby, une équipe reçoit 3 points par victoire et 1 point
par match nul. Après 25 matchs, une équipe a marqué 55 points.
Combien de matchs a-t-elle pu perdre ?* »
Si léquipe avait gagné 10 matchs, alors elle aurait gagné 30 points pour ces matchs.
Il manque alors 25 points pour atteindre les 55 points quelle a marqués au total :
cela ferait 25 matchs nuls. Cela voudrait dire quelle aurait joué au moins 35 matchs.
Cest impossible, car au total, elle a joué 25 matchs. Léquipe a donc nécessairement
gagné plus de 10 matchs.
Nombre Nombre de matchs nuls Nombre de matchs perdus
de matchs nécessaires pour atteindre nécessaires pour atteindre
gagnés 55 points 25 matchs
10 25, impossible (10 + 25 > 25)
11 22, impossible (11 + 22 > 25)
12 19, impossible (12 + 19 > 25)
13 16, impossible (13 + 16 > 25)
14 13, impossible (14 + 13 > 25)
15 10 0 (25 15 10)
16 7 2 (25 16 7)
17 4 4 (25 17 4)
18 1 6 (25 18 1)
19 Impossible (3 x 19 = 57 > 55)
Léquipe a pu perdre 0, 2, 4 ou 6 matchs.
Utilisation darbres
Exemple :
« On lance trois fois une pièce de monnaie équilibrée.
Quelle est la probabilité dobtenir exactement deux fois “pile” et une fois “face” ? »
P
P F
P
P
F
F
P
P
F
F
F P
F
Larbre permet de repérer les 3 cas favorables parmi les 8 possibles. La probabilité
est de 3 .
8
Bibliographie
et outils de référence
142 — Bibliographie et outils de référence
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