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les professionnels de léducation CYCLES 2 3 4
MATHÉMATIQUES
Compétences travaillées en mathématiques
Chercher
Chercher est peut-être la première des compétences à laquelle on pense lorsquon tente de
décrire lactivité mathématique. Elle en constitue sans doute la part la plus exaltante pour
celles et ceux qui aiment les mathématiques. Mais aussi la part la plus difficile pour dautres.
Il faut reconnaitre quil sagit de lune des compétences qui se laissent le moins facilement
circonscrire. Amener les élèves à savoir quoi chercher et comment chercher est donc un
objectif ambitieux, mais nécessaire au développement de toutes les autres compétences au
cycle 4.
Deux activités pour un même terme
La compétence « Chercher » recouvre dans le travail quotidien de lélève comme du
mathématicien deux activités quil convient de distinguer. On peut illustrer cette dualité, qui
tient simplement à la polysémie du verbe chercher, par les deux consignes suivantes, toutes
deux relatives à une série de représentations dangles :
• Première consigne : « Chercher quels sont les angles droits »
• Deuxième consigne : « Chercher comment classer les angles »
Il sagit de deux activités mettant en œuvre une recherche, mais alors que dans le premier cas,
lélève met en œuvre des processus éprouvés, repère et utilise les attitudes expertes qui lui
auront explicitement été indiquées comme telles, dans lautre, il sagit de donner un sens à la
question, voire de définir la question.
Le préambule du programme de mathématiques du cycle 4 illustre bien le premier sens de la
compétence « Chercher » dans la mesure où il précise quon attend de lélève quil sache
« extraire dun document les informations utiles, les reformuler, les organiser, les confronter à
ses connaissances ».
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CYCLE 4 I MATHÉMATIQUES I Compétences travaillées en mathématiques
Au cycle 4, on laisse à lélève plus dautonomie. Les situations proposées nécessitent en effet
une part plus importante dinitiative : compléter un tableau, voire construire un tableau qui
nest pas présent, effectuer des calculs qui ne sont pas explicitement demandés.
Quant au deuxième sens, il est également présent dans le volet « Compétences travaillées »
du programme: il sagit d« émettre des hypothèses, chercher des exemples ou des contre-
exemples », mais aussi de « tester, essayer plusieurs pistes de résolution ».
Dans ce second sens, il est cependant moins évident de décrire de quoi il sagit et ce quon
attend véritablement de lélève. Il ne sagit pas, en tout cas, de deviner une question fermée
que lenseignant aurait en tête et il convient dexplorer plus avant ce qui constitue cette part
essentielle de la compétence « Chercher ».
Que se passe-t-il lorsque lon cherche ?
Chercher peut être vu en première analyse comme une activité transitoire pour lélève, un
échafaudage que lon oublie une fois le bâtiment achevé. Pour aboutir au résultat dun calcul,
pour établir un raisonnement, pour construire une modélisation, on sait quil a fallu une phase
de recherche, mais qui ne laisse pas de trace sur le résultat final : on recopie au propre et on
note la synthèse dans le cahier.
Cette phase de recherche et de tâtonnement (« je cherche… », dit lélève en cachant son cahier)
est pourtant essentielle en mathématiques et la réussite de tous les élèves passe par le fait
dexpliciter au mieux ce qui sy joue.
On peut dégager au moins deux grands axes dans cette réflexion sur lactivité de recherche.
La dimension temporelle est essentielle : il faut du temps, et cest dans le temps que
les choses vont se transformer. Ne pas donner immédiatement lidée, ou une amorce de
solution, mais laisser un temps dindétermination où puissent sélaborer des représentations
personnelles et variées.
La place de lerreur constitue également un élément capital : si transformation il y a, cest
quà un moment, les choses nétaient pas justes. Comme le dit le mathématicien Alexandre
Grothendieck1 : « Craindre lerreur et craindre la vérité est une seule et même chose. Celui qui
craint de se tromper est impuissant à découvrir. Cest quand nous craignons de nous tromper que
lerreur qui est en nous se fait immuable comme un roc. »
Cette peur dont parle le mathématicien (peur de se tromper, peur de ne pas bien faire, de ne
pas savoir quoi faire) une phrase aussi anodine que « Voilà, maintenant, vous pouvez chercher »
peut la déclencher chez les élèves : chercher quoi, chercher comment, chercher jusquoù ? Si
cette phrase est prononcée, il faut donc quelle ait été précédée dexpériences plus balisées.
Il faut également laisser un temps suffisant pour prendre le risque dessayer, de se tromper,
didentifier son erreur, mais un temps explicitement limité pour ne pas tomber dans une
activité sans limite et sans consistance. Il faut enfin donner aux élèves les outils permettant de
dépasser la peur de se tromper.
1. Récoltes et Semailles : Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien, Université Paris 6, Grothendieck
Circle, 1986, Première partie, § 5.2.
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CYCLE 4 I MATHÉMATIQUES I Compétences travaillées en mathématiques
Un chemin qui laisse des traces
Ces outils peuvent être définis comme ce qui reste lorsque la recherche est terminée, en
dehors du résultat lui-même. Ils peuvent être pour une part identifiés par les élèves, par le
biais dun carnet de recherche ou de phrases notées sur le cahier : « jai essayé avec trois et
quatre », « jai fait des figures et jai mesuré ». Mais ils doivent aussi être explicitement isolés et
identifiés par lenseignant : « vous avez essayé plusieurs choses très intéressantes… », « en fait,
ce que tu as fait, cest ce quon appelle… », « lorsque lon rencontre un problème de ce type, on fait
souvent plusieurs figures… »
Cette manière dassocier des problèmes et des méthodes permet ensuite de construire des
situations références : « et si tu essayais les mêmes idées que pour le problème de la somme
de trois nombres ? ». Les élèves peuvent ainsi peu à peu donner de lépaisseur à lactivité de
recherche : chercher, cest tester avec des nombres, cest émettre des hypothèses, cest
parfois proposer une question. Le passage à la démonstration, qui constitue un des objectifs
du cycle 4, ne peut être réussi pour les élèves les plus fragiles que sils en perçoivent les
moyens et les buts au travers de situations diverses et explicitement désignées comme
représentatives de lactivité de recherche.
On notera à ce stade quau travers de lapparition du thème E, « Algorithmique et
programmation », ces questions trouvent un cadre nouveau et particulièrement propice. Tout
dabord, les outils de la recherche y sont explicitement désignés comme des objets de savoir
à part entière : « décomposer un problème en sous-problèmes », « reconnaitre des schémas »,
outils et méthodes qui seront évidemment réinvestis avec profit dans dautres champs du
programme.
Ce thème offre également un cadre rassurant aux élèves quant à la place de lerreur, qui fait
en effet partie intégrante de la démarche de programmation : « Écrire, mettre au point (tester,
corriger) et exécuter un programme en réponse à un problème donné ». De plus, la validation
ny est pas celle de lenseignant, mais celle, plus neutre, de lexécution du programme qui
marche ou ne marche pas.
Une activité extraordinaire ?
La mention du carnet de recherche amène naturellement à évoquer la pratique des problèmes
ouverts, et plus largement des défis, dans la classe, mais aussi en dehors de la classe sous
la forme de clubs, ateliers, concours (MATh.en.JEANS, stages MathC2+, etc.). Lapport de tels
dispositifs est indéniable, dans leur dimension collective et collaborative, comme dans leur
aspect ludique. Mais ce serait une erreur de réduire la compétence « Chercher » à une activité
extraordinaire, rare et sans effet sur lordinaire de la classe constitué quant à lui de questions
fermées et balisées. Il importe de repenser les activités les plus quotidiennes, les plus
simples, sous langle de ce quelles peuvent apporter, même modestement, à lélaboration de
la compétence « Chercher ».
Cela peut être à loccasion dune activité de calcul mental, sous forme de petits défis : trouver
lopération et non pas le résultat, trouver le résultat le plus grand possible, ou travailler sur la
multiplication, comme sur cet exemple2 :
2. Exemple issu de Le calcul mental au collège, sous la direction de Bernard Anselmo et Hélène Zuchetta, 2013.
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CYCLE 4 I MATHÉMATIQUES I Compétences travaillées en mathématiques
Nombre de départ → ×5
×3
Nombre darrivée ← ×2
Une série de nombres de départ étant donnés, la consigne est de calculer le plus vite possible,
ce qui peut constituer une première approche de certaines propriétés du produit, avant de les
institutionnaliser peu à peu.
Larithmétique est un terreau particulièrement riche pour entretenir au quotidien la
compétence « Chercher ». La familiarité des élèves avec les nombres entiers leur permet en
effet de sengager plus facilement dans une démarche dessais et hypothèses. Lélaboration
dune conjecture utilisant le langage symbolique peut constituer alors lun des buts de la
phase de recherche3.
En algèbre, un travail sur les variables didactiques peut souvent permettre de transformer
une question fermée en une activité mettant en œuvre une véritable recherche. Ainsi, lors
dun travail sur lutilisation du calcul algébrique pour montrer que deux programmes de
calcul donnent le même résultat, on peut remplacer la consigne « Montrer que les programmes
suivants aboutissent tous les deux au même résultat » par la consigne « Voici deux programmes de
calcul, que peut-on en dire ? ». Lélève est ainsi amené à expérimenter, à déterminer peu à peu
une question, ainsi que les moyens dy répondre.
En géométrie, les problèmes de construction forment
un grand répertoire dactivités de recherche où la
découverte progressive des configurations et des
transformations outille peu à peu lélève. Lutilisation
dun même support peut par ailleurs amener des
questions qui mettent en jeu une recherche autour des
transformations, en variant les niveaux de difficulté.
Considérons par exemple le pavage ci-contre
(Mozaïque de lAlhambra)
• Comment ce pavage est-il construit ? »
• Cette figure étant donnée, comment peut-on
construire le pavage ? »
• Quelles transformations reconnait-on ? »
• Comment peut-on construire le pavage à partir de la
figure la plus simple possible ? »
• Peut-on construire le même pavage, avec des motifs
différents ? »
Source : FreeImages.com /Eric Weijers
Conclusion
Remettre du doute, remettre du jeu pour conserver ce plaisir de lactivité mathématique
quotidienne que connaissent les enfants au cycle 3, tout en poursuivant le développement des
autres compétences, tels sont les enjeux de lattention portée au cycle 4 au développement de
la compétence « Chercher ».
3. Et ce même si la démonstration de la conjecture nest pas à la portée des élèves.
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CYCLE 4 I MATHÉMATIQUES I Compétences travaillées en mathématiques
Bibliographie
• ASTOLFI,J.-F.(1997). Lerreur, un outil pour enseigner. Paris : ESF.
• PERRIN D. (2007), En mathématiques, que cherche-t-on ? comment cherche-t-on ?
conférence donnée au collège de Boussy Saint-Antoine.
• Ressources daccompagnement des programmes de mathématiques de 2008 :
--Géométrie au collège
--Raisonnement et démonstration
• ANSELMO B. & ZUCHETTA H.(dir.) (2013). Le calcul mental au collège. Paris : SCEREN.
• MANTE M.& ARSAC B.(2007). Les pratiques du problème ouvert. Paris : SCEREN.
• BAUDART F.(2011). Monde de loral et monde de lécrit en mathématiques, Le Français
aujourdhui174,107-118 .
• Document préparatoire à la 16° étude de la CIEM4 : Challenging Mathematics in and beyond
the Classroom (le document est en français).
4. Commission internationale de lenseignement mathématique.
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