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Calculer
La pratique du calcul doit viser un double équilibre : dune part entre automatisation et raisonnement,
dautre part entre une visée pragmatique (lobtention dun résultat) et un accès à la compréhension
des objets mathématiques engagés dans le calcul (nombres, symboles, etc.). Par ailleurs, le
développement des technologies informatiques a profondément modifié lappréhension du calcul, tant
au niveau des pratiques quotidiennes et sociales quà celui des pratiques scientifiques. Dune part, la
plupart des algorithmes de calcul dont lapprentissage occupait autrefois un temps important de la
scolarité obligatoire sont aujourdhui implémentés dans les calculatrices les plus simples, ce qui pose
la question de la pertinence du maintien de leur enseignement, dautre part la puissance de calcul des
nouveaux outils modifie profondément léconomie du calcul et pose dans des termes renouvelés celle
de la gestion des rapports entre le calcul et le raisonnement puisquelle favorise explorations,
simulations et expérimentations préalables à la découverte de preuves.
Objectifs
Dans le prolongement du cycle 3, lapprentissage du calcul au cycle 4 porte dabord sur les nombres,
dont le corpus sélargit, puis, à travers lintroduction de lalgèbre, sur les symboles littéraux. La variété
des objets mathématiques quil engage et des formes selon lesquelles il est pratiqué (calcul mental,
calcul posé, calcul instrumenté, calcul exact, calcul approché), les liens quil permet détablir avec les
autres disciplines, les besoins sociaux, culturels et scientifiques auquel il doit répondre justifient la
place essentielle accordée au calcul dans le programme du cycle 4.
Nous rappelons ci-dessous la description qui y est donnée de la compétence « calculer » :
« Calculer avec des nombres rationnels, de manière exacte ou approchée, en combinant de façon
appropriée le calcul mental, le calcul posé et le calcul instrumenté (calculatrice ou logiciel).
Contrôler la vraisemblance de ses résultats, notamment en estimant des ordres de grandeur ou en
utilisant des encadrements.
Calculer en utilisant le langage algébrique (lettres, symboles, etc.) »
Cette description met en avant dune part le lien entre calcul et raisonnement et dautre part celui entre
calcul mental, calcul à la main et calcul instrumenté.
Lobjectif prioritaire de lenseignement des mathématiques au cycle 4 est de faire faire des
mathématiques aux élèves. Or « faire des mathématiques », cest « résoudre des problèmes ». Pour
autant, un élève ne peut pas résoudre de problème sil ne maîtrise pas un minimum de technique. En
effet, sans ce minimum, toute mise en œuvre dune stratégie de résolution risque de se révéler
particulièrement laborieuse, voire impossible à finaliser, ce qui est particulièrement démotivant pour
lélève. Cest la raison pour laquelle le programme du cycle 4 vise à renforcer et à élargir la maîtrise
calculatoire des élèves. Cependant, cela ne doit pas se faire au détriment des activités de résolution
de problèmes, qui constituent dailleurs un puissant levier pour motiver lacquisition des techniques de
calcul. En particulier, il est indispensable de ne pas limiter lactivité des élèves les plus fragiles à des
tâches purement techniques et il est déconseillé dattendre systématiquement leur maîtrise avant de
leur proposer de résoudre des problèmes.
Il est donc important que les activités mettant en jeu des calculs respectent un juste équilibre entre
entraînement technique et résolution de problèmes et les mettent en synergie afin de construire
progressivement et de façon différenciée lhabileté calculatoire qui permettra à chaque élève de
poursuivre ses études avec confiance et succès.
Outre lacquisition de techniques efficaces et le développement dautomatismes indispensables à la
réalisation autonome dune activité mathématique, lapprentissage du calcul au cycle 4 vise :
 la familiarisation avec les nombres (notamment leurs différents registres de représentation) et
les opérations, mais aussi la découverte de nouveaux nombres (les relatifs) et de nouveaux
objets mathématiques engagés dans les calculs (les lettres) ;
 le développement de stratégies de vérification et de contrôle permettant de développer lesprit
critique et de favoriser une utilisation raisonnée des instruments de calcul.
Calcul automatisé et calcul réfléchi
Pour illustrer les liens entre automatisation de procédures de calcul et réflexion engagée pour mener à
bien un calcul, nous nous appuierons sur deux exemples :
Premier exemple : un élève qui, ayant à calculer 29 × 21 le décompose en 29 × 20 + 29 est
capable dobtenir le résultat mentalement plus vite et plus sûrement quen posant la multiplication. De
plus, il mobilise implicitement une propriété essentielle de la multiplication (sa distributivité par rapport
à laddition) quil pourra ensuite généraliser. Des raisonnements de ce type (comme dautres sur les
fractions ou les puissances) savèrent dailleurs nécessaires pour pallier déventuels oublis.
Deuxième exemple : un élève qui maîtrise la technique opératoire de laddition sait quil peut lutiliser
pour calculer 998 + 1205. Son calcul est alors automatisé ; mais, considérant les nombres en jeu, il
peut trouver plus rapide de raisonner sur ce calcul et se dire que, vu que 998 = 1000 - 2, il lui suffit
dajouter 1000 et denlever 2 au second nombre, pour obtenir le résultat 2203. Cest ici lassociativité
qui est mise en jeu.
Seuls les répertoires (au sens de connaissances organisées et hiérarchisées) dont on dispose et les
algorithmes que lon maîtrise permettent lautomatisation dun calcul. Ce sont eux qui en font la force
et en garantissent lefficacité. Mais dès lors quil sort de la routine, le calcul engage nécessairement un
raisonnement. Il est essentiel dinsister sur ce point et sur la nécessité de cultiver cette synergie entre
automatisation et raisonnement dans lapprentissage de tout calcul. En particulier, le travail de
mémorisation des règles de calcul sur les nombres doit fournir loccasion dexercer le raisonnement et
de travailler les propriétés des nombres et des opérations qui le fondent. Il est également important
dinsister sur le fait que les répertoires enseignés ne sauraient se limiter à des répertoires de
composition, comme on comprend malheureusement souvent lapprentissage des tables daddition ou
de multiplication. Les résultats de la décomposition de nombres (en somme ou en produit) sont aussi
importants que ceux de leur composition et, si légalité 9 × 7 = 63 nest pas associée à
63 = 9 × 7 ; 9 = 63 ÷ 7 et 7 = 63 ÷ 9, elle sera dune utilité bien moindre.
Parmi les automatismes à développer, on peut citer (mais la liste est loin dêtre exhaustive) les
changements de registre décriture (décimale, fractionnaire), lapplication dun opérateur fractionnaire
(par exemple prendre les sept tiers de 12), dun pourcentage, la transformation dune fraction en
pourcentage et vice versa, la multiplication et la division par 10, 100, 1000, 10 000, les conversions
dunités de longueur, daire, de volume, de durée, les produits et quotients de puissances de 10, le
développement et la simplification dexpressions littérales.
Ces réflexes intellectuels sacquièrent dans la durée sous la conduite du professeur. Ils se
développent en mémorisant et en automatisant progressivement certaines procédures, certains
raisonnements particulièrement utiles, fréquemment rencontrés et ayant valeur de méthode. Pour être
disponibles, les automatismes doivent avoir été entretenus et régulièrement sollicités.
Toutefois un automatisme nest pas un moyen pour comprendre plus vite ; il permet simplement daller
plus vite une fois que lon a compris. Si lacquisition dautomatismes nécessite des exercices
dentraînement et de mémorisation, référés à des tâches simples, ces exercices ne sauraient suffire :
lentraînement et la mémorisation ne constituent pas une fin en soi et sont mis au service de la
résolution de problèmes plus complexes dans lesquels ils prennent tout leur sens.
Progressivité des apprentissages
Les compétences de calcul numérique travaillées au cycle 3 sont à consolider tout au long du cycle 4.
Elles portent sur les nombres entiers et décimaux positifs et les quatre opérations, et concernent aussi
bien le calcul automatisé que réfléchi, effectué sous forme exacte ou approchée.
La pratique du calcul commence souvent sur des objets en cours de construction (par exemple, le
e e
calcul fractionnaire en 6 ou celui sur les nombres négatifs en 5 ). Le rôle du calcul est alors décisif
pour familiariser les élèves avec ces objets, leur manipulation étant un moyen den construire une
représentation efficace. Cest particulièrement vrai lorsque la définition de ces objets nest pas
étudiée, parce quinaccessible aux élèves, comme dans le cas de la construction des ensembles de
nombres. Le calcul permet alors de mettre en place de façon progressive et implicite les structures qui
les régissent.
Pour effectuer des calculs semblables à ceux qui ont été présentés supra en lien avec lassociativité et
la distributivité, le recours à la calculatrice, sil permet dobtenir les résultats, prive lélève dune
familiarisation avec les propriétés des nombres et des opérations Les modalités dutilisation de la
calculatrice supposent donc une véritable réflexion de la part des enseignants. Un paragraphe de ce
document est entièrement dédié au calcul instrumenté.
Concernant le calcul fractionnaire, les élèves ont appris au cycle 3 à additionner, soustraire et
comparer des fractions de même dénominateur, en référence à la notion de partage. Loral a pu jouer
un rôle déterminant dans lautomatisation de procédures telles que « 3 septièmes + 5 septièmes = 8
septièmes ». La poursuite, au cycle 4, de lapprentissage des fractions vise à les appréhender en tant
que quotients. Cette notion est sollicitée pour institutionnaliser la technique de laddition de deux
fractions de même dénominateur à partir dun exemple générique, pour effectuer le produit de
2 7
fractions simples, comme par exemple × ou pour rechercher linverse dune fraction simple. Ce
3 5
travail est un préalable indispensable à la bonne compréhension des calculs de portée générale sur
des fractions dont les numérateurs et dénominateurs sont des entiers relatifs.
Une bonne connaissance des fractions est une aide précieuse pour traiter les problèmes de
proportionnalité. La détermination dune quatrième proportionnelle peut reposer sur le cœfficient de
proportionnalité, des propriétés en lien avec la linéarité ou le produit en croix.
Le calcul algébrique constitue un nouvel espace où va se déployer le raisonnement, en permettant
notamment de démontrer en toute généralité des résultats constatés sur des exemples numériques
(par exemple les propriétés du calcul fractionnaire). Pour préparer lintroduction du calcul littéral, il
importe, dès le début du cycle 4, de renforcer le sens déjà connu du signe « égal » (par exemple dans
3
légalité = 0,75). Il va en effet être élargi à la fois à celui quil revêt dans une identité et dans une
4
équation.
La notion didentité correspond implicitement à la quantification universelle « pour tout », alors que
celle déquation correspond implicitement à une quantification existentielle (« existe-t-il une valeur de
la variable pour laquelle deux formules donnent le même résultat ? »).
En fin de cycle 4, lélève doit être capable de distinguer une identité du type 3(𝑥 + 2) = 3𝑥 + 6, valable
pour tout 𝑥, dune équation du type 3 𝑥 + 2 = 𝑥 + 7.
Une explicitation de « lenvironnement » de légalité (ne pas hésiter à écrire « légalité … est vraie
pour tout 𝑥 » ou « existe-t-il une valeur de 𝑥 pour laquelle légalité …est vraie ? ») est certainement le
meilleur levier pour faire comprendre aux élèves ces notions délicates.
Le travail sur le développement et la réduction dexpressions littérales (dans lesquelles on peut, au
début, se passer des nombres négatifs) est mené de front avec la consolidation de la maîtrise du
calcul sur les nombres relatifs, entiers ou décimaux.
Stratégies denseignement
Enseigner les stratégies calculatoires par petites touches
Un enseignement fréquent et régulier permet de donner à chaque élève la possibilité de sapproprier à
son rythme les stratégies de calcul. Ainsi est-il plus efficace et moins rébarbatif pour un élève, dêtre
e
sollicité de manière régulière à partir de la classe de 4 , sur un petit nombre dexercices de
e
développement ou de réduction dexpressions littérales (ou de calcul fractionnaire dès la 5 ), plutôt
que dy être confronté à haute dose sur un petit nombre de séances.
Pratiquer des activités de calcul mental
Ce que nous appelons « calcul mental » dépasse le cadre du calcul mental traditionnel, puisque nous
y englobons le calcul mental faisant appel au raisonnement, quil soit numérique ou littéral. Le calcul
mental est intéressant en soi, dabord parce quil permet dacquérir des procédures de calcul utiles
pour la vie quotidienne et dautomatiser des savoir-faire qui, une fois disponibles, libèrent la pensée
pour dautres tâches plus complexes. Lentraînement au calcul mental porte sur les techniques
opératoires sappliquant aux nombres relatifs (entiers et décimaux) et aux fractions, mais aussi sur le
calcul littéral. Il favorise lappropriation des nombres et de leurs propriétés et permet denrichir leur
appréhension dans différents registres.
1
Ainsi, 25 %, cest à la fois un quart, la fraction et le décimal 0,25 ; cet automatisme permet par
4
exemple le calcul immédiat de 24 × 0,25.
De bonnes compétences en calcul mental sont indispensables pour prévoir lordre de grandeur dun
résultat, pour permettre une utilisation raisonnée de la calculatrice, pour développer lesprit critique
face à un résultat obtenu autrement.
Le calcul mental aide à la résolution de problèmes, il permet dexpérimenter, de prendre des
initiatives, de développer des stratégies à partir dessais et de tâtonnements, de développer aisance
et rapidité dans la gestion de calculs plus complexes. Le calcul mental réfléchi (par exemple le calcul
de 998 + 1205 présenté supra) est quant à lui le support à de véritables raisonnements.
La pratique régulière du calcul mental favorise la progressivité des apprentissages. Avant la
formalisation dun nouveau savoir, elle permet danticiper, de préparer son étude. Pendant la phase
dapprentissage, elle facilite lappropriation des notions ou des propriétés travaillées. Après
lapprentissage, grâce à un réinvestissement régulier, elle permet lappropriation pérenne des savoirs
et développe la capacité à les mobiliser dans des situations inédites.
Le calcul mental fournit des supports dévaluation pertinents : cest une modalité efficace dévaluation
diagnostique. Sur le plan formatif, les temps de mise en commun permettent à la fois de dédramatiser
lerreur et de faciliter le débat participatif et argumenté. Les élèves qui réussissent en calcul mental
nétant pas toujours exactement les mêmes que ceux qui réussissent dans dautres activités
mathématiques, il importe de reconnaître leurs réussites en prévoyant des situations dévaluation
sommative de calcul mental. Les activités mentales régulières, allant jusquà être ritualisées, facilitent
la gestion de classe. Elles sont souvent des moments dintense activité de la part de lélève, car
motivantes et stimulant lattention.
Utiliser un exemple générique
En parallèle des écritures littérales, le recours à un exemple générique peut permettre de faire
comprendre une démonstration à des élèves qui pourraient être déroutés par une approche purement
formelle.
Ainsi, dans lexemple suivant qui détaille le cas du produit de deux quotients, les calculs numériques
menés dans la colonne de gauche peuvent être présentés plutôt que ceux de la colonne de droite, à
condition toutefois que le résultat soit énoncé dans sa généralité.
a, b, c et d sont quatre nombres quelconques ; b et d sont
différents de zéro.
2 a
est le nombre par lequel il faut multiplier 7 pour est le nombre par lequel il faut multiplier b pour obtenir
7 b
2 5 a c
obtenir 2 donc 7   2 . De même 3   5 adonc b   a . De même d   c
7 3 b d
2 5 a c
Si on multiplie  par 7  3 , on obtient en Si on multiplie  par b  d , on obtient en changeant
7 3 b d
changeant lordre des facteurs dans le produit : a c
2 5 lordre des facteurs dans le produit : b   d  soit,
7   3  soit, daprès ce qui précède : 2  5 b d
7 3 daprès ce qui précède : a  c .
On en déduit donc que 2  5 est le nombre par On en déduit donc que a  c est le nombre par lequel il
7 3 b d
lequel il faut multiplier 7  3 pour obtenir 2  5 . faut multiplier b  d pour obtenir a  c .
Donc 2  5  2  5 . Donc a  c  a  c .
7 3 73 b d bd
Anticiper et expliciter
Dès le début du cycle, le recours à une démarche par essais et ajustements et lutilisation dun tableur
pour tester des valeurs permettent dintroduire progressivement la notion de solution dune équation.
Les limites des méthodes par tâtonnement ou par « remontée » des programmes de calcul permettent
de justifier létude des techniques algébriques de résolution des équations du premier degré.
La part de raisonnement intrinsèque au calcul, lorsquil ne se réduit pas à un geste mécanique, mérite
dêtre explicitée dans lenseignement. Il importe par exemple dapprendre aux élèves à anticiper la
forme la plus pertinente sous laquelle il faut écrire un nombre (écriture décimale ou fractionnaire,
décomposition en somme ou en produit, etc.) ou une expression selon lusage que lon veut en faire. Il
revient au professeur de prendre en charge le développement de cette intelligence du calcul chez ses
élèves, par des moyens qui sont en partie communs et en partie propres à chaque type de calcul.
Parmi les moyens communs, signalons lorganisation des différentes étapes dun calcul complexe, le
choix des transformations à effectuer pour le simplifier, le contrôle (au moyen dordres de grandeur, de
considérations de signe ou dencadrement).
Trouver la juste place du calcul instrumenté
Sagissant de la calculatrice, du tableur ou de logiciels, la pertinence du calcul instrumenté dépend de
lusage que lon en fait.
Le calcul instrumenté peut être néfaste aux apprentissages lorsque son usage est mal pensé, trop
précoce ou exclusif. Dune part, les premiers pas dans lapprentissage dune notion calculatoire
requièrent souvent une pratique dans laquelle la gestion mentale ou écrite est une aide à sa
compréhension. Le recours systématique à la machine peut alors constituer un réel obstacle. Dautre
part, lapprentissage du calcul ne saurait se limiter à la production de résultats. Il comporte aussi tout
un travail autour de la réflexion stratégique quil engage sur la recherche du calcul le plus approprié,
son organisation et son contrôle à travers des allers retours permanents entre le résultat (même
lorsquil a été obtenu à laide dun instrument) et son interprétation.
Le calcul instrumenté facilite la résolution de problèmes, en permettant notamment aux élèves
daccéder à des sujets motivants sans être bloqués par des difficultés calculatoires. La possibilité
dutiliser des outils numériques (calculatrice, logiciels, etc.) a déplacé les équilibres entre exécution,
pilotage et contrôle du calcul, ce qui permet de mettre aujourdhui laccent sur les aspects liés à
lintelligence du calcul. Encore faut-il intégrer la technologie de façon adéquate dans lenseignement,
en construisant des situations où pilotage et contrôle sont nécessaires.
Par sa rapidité à effectuer des calculs complexes et les possibilités daccès à un grand nombre de
données, le calcul instrumenté facilite aussi lémission de conjectures dans des situations variées
(résolution déquations, comportement dune fonction). Par ailleurs, il permet des changements de
registres (numérique, symbolique, graphique) précieux pour lassimilation.
Le recours au calcul instrumenté nest pas dépourvu de raisonnement. Ainsi lexécution dun calcul sur
machine requiert une organisation réfléchie (assimilation des priorités de calcul, conception dun
algorithme).
Son bon usage réside donc souvent dans une utilisation hybride, combinée avec des calculs mentaux
ou réalisés à la main, notamment dans la résolution de problèmes.
Différenciation pédagogique
Le calcul mental favorise la différenciation pédagogique par la possibilité quil offre de faire vivre
différentes procédures, daccepter différentes réponses plus ou moins abouties. En évitant le passage
systématique à lécrit, il favorise lentrée de certains élèves dans les apprentissages mathématiques ;
il permet à chacun deux de développer et doptimiser le champ de ses procédures, et au professeur
de varier les consignes (résultats intermédiaires autorisés pour certains, avec lobjectif de sen libérer
petit à petit, temps variable accordé aux réponses, consignes écrites et/ou orales, forme des énoncés,
etc.).
Linstrumentation du calcul a, elle aussi, un rôle à jouer au niveau de la différenciation pédagogique.
En effet, pour certains élèves, un manque dassurance dans le calcul écrit constitue un véritable
handicap et une source de blocage. Or, de même quune orthographe incertaine ne saurait interdire
lécriture, le manque de dextérité calculatoire ne doit pas constituer un blocage à toute activité
mathématique. Dans ces conditions, y compris dans des cas que lon souhaiterait voir maîtrisés sans
recours à la machine, un calcul assisté peut permettre à certains élèves de sengager dans une
activité mathématique présentant un réel enjeu en termes de modélisation ou de raisonnement et
dentrer dans des apprentissages qui leur seraient inaccessibles sans cette assistance.
Afin de faire face à lhétérogénéité des élèves en termes de maîtrise calculatoire, la différenciation
peut porter sur les nombres engagés dans un problème si lon veut mettre laccent sur sa mise en
équation ou sa résolution plutôt que sur les techniques opératoires portant sur ces nombres. Par
exemple, proposer à certains élèves des agrandissements dans lesquels « le côté qui mesure 8 cm
devra mesurer 16 cm », à dautres « le côté qui mesure 8 cm devra mesurer 12 cm », à dautres
encore « le côté qui mesure 7 cm devra mesurer 12 cm », permet dadapter la situation à différents
niveaux de maîtrise de la notion de quotient sans nuire à lobjectif de formation sil est de faire
comprendre le caractère multiplicatif de la situation. De même, pour faire comprendre la notion de
solution dune équation, avant dautomatiser la méthode algébrique de résolution dune équation du
premier degré, on pourra traiter des équations à coefficients entiers dont la solution peut être
« devinée » sans peine, avant de passer à des équations dont la solution peut être trouvée ou
approchée à laide dun tableur.
Interdisciplinarité
Si le calcul est omniprésent dans lapprentissage des mathématiques, il est également au cœur des
interactions avec dautres disciplines.
Le calcul numérique sur les mesures de grandeurs se prête à des interactions avec de nombreuses
disciplines (physique, chimie, sciences de la vie et de la Terre, technologie, EPS, etc.). Le calcul
littéral est particulièrement sollicité à travers lexploitation des formules qui traduisent les lois
physiques (𝑃 = 𝑈𝐼, 𝑃 = 𝑚𝑔, relation liant l'énergie, la puissance électrique et la durée) au programme
de physique-chimie du cycle 4. Le calcul lié à la proportionnalité et aux statistiques permet délargir
ces interactions à une discipline comme la géographie et les nombres négatifs permettent de repérer
des températures, des profondeurs, des dates, des créances, autant de notions qui dépassent le
cadre de la seule discipline mathématique.