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Informer et accompagner
les professionnels de léducation Cycles 2 3 4
Mathématiques
Compétences travaillées en mathématiques
Modéliser
La compétence « Modéliser », si on la prend dans son acception la plus large, renvoie pour
le mathématicien au fait dutiliser un ensemble de concepts, de méthodes, de théories
mathématiques qui vont permettre de décrire, comprendre et prévoir lévolution de
phénomènes externes aux mathématiques.
Les mathématiques et le monde réel, une longue histoire
La compétence « Modéliser » est, parmi les compétences travaillées, celle qui aborde de
front le lien des mathématiques avec un extérieur à la discipline. Définir précisément cet
extérieur nest pas chose aisée, car il nest pas certain quon puisse simplement lenvisager ou
le nommer sans disposer déjà dun minimum de concepts, de théories, de modèles déjà plus
ou moins liés aux mathématiques. Ceci étant, quel que soit le terme utilisé (monde naturel,
monde empirique, réalité extérieure, monde réel, référence, contexte), la modélisation fait
intervenir un élément non mathématique au début et à la fin du processus. On peut en effet
décrire de manière schématique le processus de modélisation en distinguant trois temps : la
mise au point dun modèle à partir du réel, le fonctionnement du modèle lui-même à lintérieur
des mathématiques, et la confrontation des résultats du modèle au réel1.
Ainsi décrite, on peut remarquer que cette compétence de modélisation nest pas développée
quà partir du cycle 4. Dès le cycle 2, la simple reconnaissance des formes géométriques dans
les objets réels ressortit à la première étape de la modélisation (« le rectangle modélise le
terrain sur lequel on veut construire une maison »). Reproduire et transformer les figures
obtenues relève alors de la deuxième étape. Quant à la troisième étape, elle est également
présente, même si les situations modélisées restent modestes. Cest véritablement aux
cycles 3 et 4 que les trois phases de la modélisation vont pouvoir progressivement gagner
en ampleur. La première phase devient lobjet dun véritable choix pour lélève, qui dispose
de différents modèles parmi lesquels il lui revient de déterminer quel est le plus pertinent
(« sagit-il ou non dune situation où le modèle proportionnel sapplique ? »). Ce qui change
est donc en premier lieu la diversité des modèles disponibles que lélève peut convoquer pour
décrire une situation, au travers par exemple de lapparition des modèles probabilistes et
fonctionnels. Mais cest aussi et surtout la complexification de ces modèles qui va permettre
à la deuxième phase de gagner en ampleur. Le rectangle qui modélise le terrain est toujours
aussi pertinent, mais le modèle dans lequel il sinsère sest profondément transformé entre le
cycle 2 et le cycle 4. Ce rectangle est à présent lié à des propriétés de figures, à de nouvelles
possibilités de calculs (par exemple la longueur de la diagonale par le théorème de Pythagore),
à des concepts comme laire ou le périmètre qui ouvrent de nouveaux champs de questions,
1. Dans une version plus élaborée, cette dernière phase boucle sur la première, en construisant une version améliorée
Retrouvez Éduscol sur du modèle.
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à une possibilité de faire évoluer le modèle suivant des contraintes par le biais de lalgèbre,
puis du langage fonctionnel (« un côté doit être le double de lautre, laire doit être fixée… »).
Cette complexification des modèles utilisés rend nécessaire de faire travailler les élèves,
dans un premier temps, sur des exercices internes au modèle en tant que tel (exercices de
probabilités, exercices sur les fonctions) pour en comprendre la logique interne et en maitriser
lusage avant de lutiliser comme outil de traitement dun problème externe.
Lapparent paradoxe du cycle 4 est ainsi que le développement de la compétence
« Modéliser » fait passer une compréhension plus fine du réel par un progrès dans les
capacités dabstraction des élèves. Ainsi, cest par une conceptualisation et une formalisation
de la notion naturelle de « chance » en termes de probabilités que lon parvient à modéliser
les situations dépendant du hasard. Paradoxe apparent qui est au cœur du progrès du savoir
mathématique, la plus grande abstraction allant de pair avec la plus grande capacité de
rendre compte de la complexité du réel. Pour des élèves à qui on demande un effort
dabstraction et de manipulation de concepts, il est important de connaitre et déprouver
régulièrement lefficacité des outils quils apprennent à maitriser, au travers en particulier
de cette troisième phase de confrontation des résultats du modèle avec la réalité empirique.
Entretenir la compétence « Modéliser », cest aussi entretenir la confiance que les élèves
ont dans lenseignement qui leur est proposé : découvrir quun modèle géométrique permet
de donner une bonne approximation du rayon de la Terre fait partie de ces expériences
qui contribuent à façonner auprès de lélève de collège une image positive et utile des
mathématiques.
Lire le grand livre de lUnivers : mathématiques
et sciences
Parce quelle a trait au réel, la compétence « Modéliser » rencontre naturellement les
disciplines dont le principe même est la compréhension du monde naturel : les sciences,
quelles soient physiques, technologiques ou sciences du vivant. Mais quont à dire de
spécifique les mathématiques dans une affaire où elles peuvent napparaitre que comme
un outil ? Il faut ici relire la phrase célèbre de Galilée2 :
La philosophie est écrite dans ce livre gigantesque qui est continuellement ouvert à nos yeux
(je parle de lUnivers), mais on ne peut le comprendre si dabord on napprend pas à comprendre
la langue et à connaître les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit en langage mathé-
matique, et les caractères sont des triangles, des cercles, et dautres figures géométriques, sans
lesquelles il est impossible dy comprendre un mot. Dépourvu de ces moyens, on erre vainement
dans un labyrinthe obscur.
Amener les élèves à comprendre et parler ce langage, voilà lune des contributions des
mathématiques au développement de la pensée scientifique des élèves de collège. Ce langage
est dabord composé de nombres et de figures, présents dès le cycle 2 : « comprendre le
système de numération », « reconnaitre des formes dans les objets réels » sont des objectifs
du programme de mathématiques. Mais il senrichit au cycle 4 des symboles et de la syntaxe
algébriques. Cest bien par la part prise par le calcul littéral que le cycle 4 marque une
nouvelle étape dans lapprentissage de la lecture de lunivers. Et avant le calcul lui-même,
lutilisation de lécriture littérale constitue lun des enjeux, « Comprendre lintérêt dune
écriture littérale en produisant et employant des formules liées aux grandeurs mesurables »
indique le programme, qui invite à multiplier les références aux sciences. Quant au calcul
2. Galileo Galilei (1623). Il Saggiatore traduction française de Christiane Chauviré, LEssayeur, Les Belles-Lettres,
Retrouvez Éduscol sur Paris, 1980.
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CYCLE 4 I Mathématiques I Compétences travaillées en mathématiques
algébrique, cest lun des objectifs du cycle 4 que de permettre aux élèves den découvrir
progressivement la puissance en termes dabstraction, de généralisation et dautomatisation
des calculs, en particulier au travers de problèmes du premier degré.
De la quatrième proportionnelle aux fonctions linéaires
Le modèle proportionnel, déjà présent au cycle 3, évolue au cycle 4 dans le sens dune
plus grande abstraction. Les situations à modéliser diffèrent peu, mais cest le traitement
mathématique de la modélisation qui évolue. Au travers dun plus grand nombre de registres
(graphiques, tableaux, coefficient multiplicateur, formule) et au travers dune utilisation plus
fine des propriétés de linéarité sous-jacentes à la situation de proportionnalité, pour aboutir
enfin à la notion complètement décontextualisée de fonction linéaire où dans la formule
f(x) = ax, ni a ni x ne renvoient nécessairement à un élément du monde réel. Dans ce parcours,
cest véritablement lactivité intra mathématique de création de concepts qui est à lœuvre,
permettant de faire naitre un objet, la fonction linéaire, dont le caractère dégagé de tout
lien avec un contexte donné multiplie la puissance de modélisation (ne serait-ce que par la
capacité dautomatiser les calculs). Faire percevoir aux élèves le gain réalisé au prix de leffort
dabstraction doit être là encore une préoccupation de lenseignant face à lélève qui peut
demander pourquoi on ne se contente pas des tableaux qui ont fait leurs preuves.
Probabilités
« Aborder les questions relatives au hasard à laide de problèmes simples » est un des
objectifs du programme de cycle 4. Pour autant, la simplicité des problèmes ne doit pas
cacher la complexité du modèle proposé. Il convient de ne pas précipiter le passage au
modèle probabiliste et aux calculs à lintérieur de ce modèle, et il convient surtout de ne pas
prendre les calculs menés à lintérieur du modèle pour des preuves ou des démonstrations
de phénomènes réels. On ne prouve pas que « le dé est truqué », ou qu « il vaut mieux miser
sur lobtention dun 7 comme somme de deux dés que sur lobtention dun 2 », mais on
effectue des calculs à lintérieur du modèle mathématique qui aboutissent à une conclusion
mathématique rigoureuse. Les conclusions que lon peut en tirer quant aux dés réels ou
aux paris réels ne relèvent pas des mathématiques et doivent être considérées avec recul et
prudence. Pour reprendre la phrase radicale dEinstein, « Pour autant que les propositions de
la mathématique se rapportent à la réalité, elles ne sont pas certaines, et pour autant quelles sont
certaines, elles ne se rapportent pas à la réalité ». Lutilisation du modèle probabiliste est une
grille de lecture de la réalité, et son rapport avec le réel nest pas le même que celui dune
théorie physique. Laffirmation « une pièce équilibrée a autant de chances de tomber sur
pile ou sur face » nest pas de même nature que « leau bout à 100 degrés » ou « il se forme
un précipité rouge en présence de cuivre ». Une conséquence pratique de cette distinction
tient dans la nécessité pour les enseignants de bien marquer la différence entre ce qui tient
de lobservation (statistique) et ce qui tient de la modélisation théorique en privilégiant un
vocabulaire du type « on décide que », « on modélise par » plutôt que « on voit que ». Parce
quil rend compte de lactivité humaine, parce quil peut appuyer des décisions collectives
ou des choix politiques, le modèle probabiliste doit plus que dautres faire lobjet dune
sensibilisation des élèves à la prudence méthodologique.
Que nul nentre ici sil nest géomètre !
La géométrie des figures, déjà évoquée, gagne elle aussi en abstraction au cycle 4 en
séloignant de lexpérience sensible. Ce sont des triangles quon tenait auparavant dans la
main après les avoir découpés et qui tiennent à présent tout entier dans les trois lettres ABC.
Ce sont des solides quon va pouvoir décrire par des vues de coupes, des représentations en
perspective sans les avoir matériellement sous les yeux. Ce travail progressif dabstraction,
Retrouvez Éduscol sur
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CYCLE 4 I Mathématiques I Compétences travaillées en mathématiques
qui ne peut senvisager au cycle 4 sans aller-retour avec la matérialité des solides concrets,
ouvre non seulement la voie vers le raisonnement déductif, mais aussi vers la modélisation
géométrique de lespace. Cette modélisation de lespace se manifeste au cycle 4 en particulier
dans le repérage sur la sphère terrestre mais aussi au travers des calculs que cette
modélisation permet (estimation du rayon de la terre et de la distance de la terre à la lune).
Mais cette géométrie de lespace marque également profondément lart, depuis les proportions
des temples grecs jusquaux architectures contemporaines en passant par la révolution
cézanienne : « Permettez-moi de vous répéter ce que je vous disais ici : traitez la nature par le
cylindre, la sphère, le cône […] »3 et au-delà. Cest peut-être au cœur du plaisir esthétique, des
notions dharmonie et de symétrie, que le passage progressif à une géométrie des propriétés
et des rapports trouve une de ses récompenses les plus précieuses : au travers de quelques
tracés sur une toile de Leonard de Vinci, ou par limposition de transformations bien choisies
sur une frise du palais de lAlhambra, les mathématiques apportent leur concours à la
compréhension des règles de lart.
La modélisation au risque du projet
La modélisation, si on souhaite permettre aux élèves den comprendre les enjeux, nécessite
dans lidéal de partir dun problème extra-mathématique, de construire un modèle, de le
faire fonctionner et de pouvoir confronter ses résultats à la situation modélisée. Deux écueils
apparaissent immédiatement :
le temps nécessaire pour laisser les élèves réfléchir, émettre et confronter des hypothèses
peut dépasser le cadre de la séance ;
les modèles mathématiques permettant de rendre compte de situations réelles peuvent
apparaitre comme hors de portée des élèves de collège.
Face à ces deux difficultés, deux possibilités soffrent, quil convient de combiner car elles ont
chacune leurs avantages et leurs inconvénients.
La première piste consiste pour lenseignant à prendre en charge une partie de la modélisation
en présentant une situation déjà simplifiée, voire en partie modélisée. Cette possibilité a
lavantage de diminuer fortement le temps nécessaire pour appréhender la situation et de
proposer un cadre où lon sait que lélève a les moyens deffectuer un travail de modélisation.
Elle peut toutefois conduire à des situations tellement artificielles et caricaturales quelles
finissent par ne plus rien modéliser. Il est donc important de présenter aux élèves les raisons
qui ont présidé au choix du modèle, de les amener à le critiquer de manière argumentée, et
dévoquer lorsque cela est possible des outils et des concepts quils rencontreront plus tard
et qui permettront daméliorer le modèle.
La deuxième piste consiste à garder lidée de la confrontation à la complexité du réel en
pariant sur le temps long du projet, que ce soit au sein du cours de mathématiques ou dans
le cadre dun EPI. Si cette modalité constitue pour le développement de la compétence
« modéliser » un terrain a priori idéal, il faut cependant garder à lesprit les risques inhérents
à la conduite des projets, que nous rappelle un chercheur comme Jean-Yves Rochex4 :
3. Paul Cézanne, Lettre à Émile Bernard, 15 avril 1904.
4. Extrait de laudition au CSE du 6 janvier 2015, reprise dans le rapport de lInspection générale Grande pauvreté
Retrouvez Éduscol sur et réussite éducative (J.P. Delahaye, mai 2015)
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CYCLE 4 I Mathématiques I Compétences travaillées en mathématiques
[…] la question nest pas simplement de savoir si nous sommes en mesure de proposer des
projets et des activités attractives pour les élèves, mais aussi de savoir si ces activités sont
productrices dapprentissages et de dispositions durables, qui restent une fois le projet accom-
pli, une fois le spectacle donné […].Comment veiller à ce que la réalisation dun projet collectif
ne se concrétise pas par une division sociale du travail entre élèves, qui spécialise les élèves les
plus faibles dans les tâches les moins intéressantes sur le plan intellectuel, les élèves les plus
performants dans les tâches les plus intéressantes ?
Ces points de vigilance étant posés, il apparait indispensable de demander aux élèves un
retour réflexif régulier sur les mathématiques rencontrées (quelles notions mathématiques,
connues ou inconnues ai-je rencontrées ?) et au moins en fin de projet, de garder un temps
de reprise et dinstitutionnalisation par lenseignant des concepts mathématiques à lœuvre,
afin que, pour tous les élèves, les éléments de savoir mathématique qui sous-tendent la
modélisation apparaissent clairement, dégagés de la multiplicité dexpériences, de souvenirs,
de sensations qui constituent pour eux la trace sensible du projet.
Décrire le monde : un enjeu au carrefour des domaines
du socle
La compétence « Modéliser » constitue pour lélève de cycle 4 un enjeu qui rencontre les 5
domaines du socle : elle illustre la puissance du langage mathématique dans sa capacité de
mise en ordre et de description du monde, elle constitue une mise en œuvre des méthodes
mathématiques de raisonnement hypothético-déductif, elle participe à la formation dun
citoyen éclairé, elle constitue le langage des grands systèmes scientifiques, et elle représente,
notamment au travers de la géométrie et des probabilités, un outil indispensable de
compréhension de lactivité humaine.
Cette omniprésence ne rend pas pour autant facile pour les élèves la maitrise de cette
compétence, qui peut être cachée dans la diversité des activités mathématiques. Il revient
à lenseignant, au-delà des projets, des EPI, des exercices quotidiens, de mettre au jour les
modalités, la puissance et les limites de la modélisation mathématique.
Bibliographie et sitographie
De la modélisation du monde au monde des modèles (1) et (2) : Le délicat rapport
« mathématique-réalité » et Des statistiques aux probabilités - DUPERRET,J.-C. (2012).
Bulletins verts de lAMPEP 484 et 486.
Site du Projet européen Lema (Learning and Education in and through Modelling and
Applications).
Interdisciplinarité et modélisation, un atout et un défi pour lenseignement des mathéma-
tiques - ARTIGUE, M. (2016), séminaire de lIREM Paris 7.
Retrouvez Éduscol sur
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