Files

586 lines
44 KiB
Plaintext
Raw Permalink Blame History

This file contains invisible Unicode characters
This file contains invisible Unicode characters that are indistinguishable to humans but may be processed differently by a computer. If you think that this is intentional, you can safely ignore this warning. Use the Escape button to reveal them.
This file contains Unicode characters that might be confused with other characters. If you think that this is intentional, you can safely ignore this warning. Use the Escape button to reveal them.
Informer et accompagner
les professionnels de léducation Cycles 2 3 4
Physique-Chimie
Enseigner la physique-chimie au cycle 4
Le travail de groupe
« Lélève travaille en équipe, partage des tâches, sengage dans un dialogue constructif, accepte
la contradiction tout en défendant son point de vue, fait preuve de diplomatie, négocie et re-
cherche un consensus.
Lélève sait que la classe, lécole, létablissement sont des lieux de collaboration, dentraide et de
mutualisation des savoirs. Il aide celui qui ne sait pas comme il apprend des autres. Lutilisation
des outils numériques contribue à ces modalités dorganisation, déchange et de collaboration.»
Décret du 31 mars 2015
Définissant le socle commun de connaissances, de compétences et de culture
« Cet enseignement a pour objet de transmettre et de faire partager les valeurs de la République
acceptées par tous, quelles que soient les convictions, les croyances ou les choix de vie person-
nels. Ce sont les valeurs et les normes impliquées par lacte même déduquer telle quune école
républicaine et laïque peut en former le projet. Elles supposent une école à la fois exigeante et
bienveillante qui favorise lestime de soi et la confiance en soi des élèves, conditions indispen-
sables à la formation globale de leur personnalité. Cet enseignement requiert de lenseignant
une attitude à la fois compréhensive et ferme. À lécoute de chacun, il encourage lautonomie,
lesprit critique et de coopération. Il veille à éviter toute discrimination et toute dévalorisation
entre élèves.”
“Le caractère spécifique de lenseignement moral et civique suppose la valorisation du travail
en groupe ainsi que le recours à des travaux interdisciplinaires ; cet enseignement fait lobjet
dune évaluation qui porte sur des connaissances et des compétences mises en œuvre dans des
activités personnelles ou collectives et non sur le comportement de lélève. »
Extraits des objectifs généraux du programme denseignement moral et civique
pour lécole élémentaire et le collège (cycles 2, 3 et 4)
Bulletin officiel spécial n°6 du 25 juin 2015
« La connaissance et la pratique de ces thèmes aident à construire lautonomie du futur citoyen
par le développement de son jugement critique, et lui inculquent les valeurs, essentielles en
sciences, de respect des faits, de responsabilité et de coopération. »
Extrait du volet 3 des programmes de physique-chimie pour le cycle 4
Bulletin officiel spécial n°11 du 26 novembre 2015
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 1
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
Introduction
« Le travail de groupe me pose un problème de gestion du temps et je nen ai pas à perdre »,
« Mes élèves ne sont pas capables de travailler en groupe », « et en REP, on fait comment ? »
sont des propos souvent entendus lorsquest abordée avec des enseignants la problématique
du travail en groupe. Cette ressource a pour objectif de présenter les enjeux, déclairer sur les
dérives éventuelles et de proposer des éléments réflexion pour tenter de rendre plus efficaces
les moments pendant lesquels les élèves travaillent en groupe.
La constitution des groupes
Réunir les élèves en groupe de 2, 3, …6 est-il synonyme de travail de groupe ? Pas toujours, la
constitution des groupes constitue un élément important pour favoriser le travail collaboratif.
Doit-on laisser les élèves se regrouper par affinités ou imposer la constitu-
tion des groupes ?
Très souvent, en début dannée, ne connaissant pas encore les élèves, le professeur peut
les laisser se regrouper par affinités. Ce sont alors des groupes au sein desquels il y a peu
de tension et qui parfois ne se mettent en situation de travail que lorsque le professeur sen
approche. En revanche, imposer des groupes peut entraîner quelques résistances de la part
de certains élèves qui ne souhaitent pas travailler avec tel ou tel élève. Le professeur peut
trouver un compromis en demandant à chaque élève dindiquer deux noms délèves avec qui il
souhaite travailler.
Il est important pour lenseignant de conserver une part de décision dans la constitution
des groupes selon ses objectifs dapprentissage : groupes de besoins constitués délèves de
niveau à peu près équivalent, groupes dapprentissage avec des élèves de niveau homogène
ou hétérogène, lhétérogénéité pouvant être tout à la fois source de confrontation et grande
richesse du fait dun apprentissage par les pairs.
Cependant la réalité de la classe est parfois complexe. Il convient donc de choisir la solution
la plus adéquate. Il ny a pas de réponse toute faite, mais il est important den faire un élément
de réflexion et de lanticiper avant toute activité de groupe. Si lenseignant décide de constituer
lui-même les groupes, ils le fait en général dans loptique de faire travailler une même équipe
pendant plusieurs séances sur des tâches différentes. Pour éviter que la routine ne sinstalle
et pour développer des capacités à sadapter, le professeur peut envisager de faire évoluer les
groupes, par exemple une fois par trimestre.
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 2
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
Apprendre à travailler en groupe
Travailler en groupe ne va pas de soi pour les élèves, cela sapprend. Il nest pas rare que
les premières séances ne soient pas satisfaisantes. Cest en réitérant les mises en activité
collective que les élèves apprendront à travailler en groupe, à sécouter, à prendre en compte
les arguments et les idées des autres. Il convient de leur donner un cadre. Cest au professeur
de le fournir et dexpliciter les règles à respecter. Celles-ci ne sont pas nécessairement
les mêmes dun enseignant à lautre, mais quelques éléments incontournables sont à
prendre en compte pour élaborer ce cadre de travail. Que sommes-nous même prêts à
accepter concernant :
• Le volume sonore ?
• La circulation des élèves dans la salle ? Entre les groupes ?
• Lutilisation du matériel ?
• Lorganisation du travail ? la répartition des tâches ?
• La gestion du temps ?
Lorsque lenseignant a défini les modalités de fonctionnement, il convient quil les présente
très clairement aux élèves ; ces règles peuvent être données à loral, notées au tableau,
inscrites sur la feuille dactivité, inscrites dans le cahier ou le classeur, etc.
Le travail de groupe doit-il ou peut-il être précédé dun
travail individuel ?
Une phase réservée au travail individuel au début dune activité permet à chaque élève de
sapproprier la problématique à son rythme par lanalyse dun document ou la rédaction dune
trace écrite. Cette phase ne doit ni être trop longue pour que les élèves ne senferment pas
dans leur solution et restent ouverts aux propositions des autres ni trop courte, car elle ne
permettrait pas à chacun d« entrer » dans lactivité proposée. Sans ce moment de réflexion
individuelle, il peut être observé quà lintérieur du groupe, ceux que lon appelle couramment
« les bons élèves » prennent le « pouvoir » et imposent leur point de vue et leur rythme
aux autres qui renoncent au travail, faute darguments ou didées. Cest une dérive qui peut
conduire à la « posture magistrale » dun élève qui prend la place du professeur au sein de
groupe.
Cette phase individuelle peut être proposée en recherche à la maison, en amont de la séance,
cependant il convient quelle donne lieu à une production écrite qui formalise la pensée et
atteste du travail réalisé.
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 3
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
Le groupe est un lieu de confrontation des idées
« Lobjectif du travail de groupe nest pas de répondre à une question simple, ce qui pourrait se
faire individuellement. Lobjectif du groupe cest douvrir des pistes, démettre des hypothèses,
ce qui ne peut se faire quavec dautres que si on veut avoir plusieurs pistes et des hypothèses
les plus variées et néanmoins possibles. Le point de vue des autres aide à envisager ce quon
navait pas vu soi-même et à examiner la pertinence dune proposition. »
Maria-Alice Médioni, centre de langues, université de Lyon 2, Cahiers pédagogiques, Mai 2004.
Le travail de groupe permet une circulation de la parole et une exposition de points de vue
plus importantes quen classe entière. Il est en effet plus aisé pour les élèves dintervenir au
sein dun groupe restreint parce que le cadre est plus rassurant : il est plus facile dexprimer
son point de vue aux autres élèves (qui ne détiennent a priori pas encore le savoir) quau
professeur qui, aux yeux de lélève, est détenteur dun savoir abouti.
Le groupe est un lieu de productions écrites et orales
Une des caractéristiques essentielles du travail de groupe est quil doit conduire à lélaboration
dune production qui peut prendre des formes diverses : compte-rendu, affiche, dossier,
présentation orale, diaporama, transparent, vidéo, etc. La demande de production dune
typologie donnée doit être systématiquement assortie de critères de réussite connus à lavance
par les élèves. Ces critères peuvent être fournis par le professeur ou élaborés en interactivité
avec la classe.
Lenseignant veille à ce quil y ait une production effective dans chaque groupe en suivant très
régulièrement le travail collectif, en stimulant, en encourageant, en relançant la réflexion. Les
groupes ont souvent tendance à demander laide du professeur dans lattente dune réponse
au(x) problème(s) qui se pose(nt). Il est recommandé de ne pas donner directement ces
réponses, mais plutôt de renvoyer les questions à lensemble du groupe pour les amener à les
construire par eux-mêmes. Des pistes de réflexion peuvent être proposées par lenseignant,
mais il est important que ce soient les élèves eux-mêmes qui cherchent et cheminent vers la
réponse attendue.
Lorsque les élèves ont réalisé la production demandée, il est important de sinterroger
sur lutilisation de ces productions. Comment peuvent-elles servir ? Organise-t-on une
présentation orale ? Il est manifeste quon ne fait pas faire produire les élèves uniquement
pour les occuper. La fonction de la production est directement en lien avec lobjectif fixé
par lenseignant et mérite, là encore, un travail danticipation lors de la préparation de la
séquence. Par exemple, si la production débouche sur un écrit, sera-t-il inclus dans le cahier/
classeur ? A quel endroit ? Quelle sera sa fonction ? Si lon veut que le travail de groupe ait
une signification pour les élèves, cette production doit avoir une place bien identifiée dans le
processus dapprentissage. Elle sera certes plus ou moins importante selon le travail proposé,
mais doit avoir un sens aux yeux de lélève. Les connaissances institutionnalisées ou les
compétences travaillées doivent donc être explicitées à lissue de ce travail.
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 4
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
Le groupe est un lieu de coopération entre pairs
Une des priorités lors de lorganisation et de la conduite dun travail de groupe est de faire en
sorte que les élèves simpliquent et sentraident.
Lintérêt de chacun et la participation de tous dans le groupe ne se décrètent pas. Dans le
paragraphe précédent, il a été précisé limportance de la phase de travail individuel pour
limplication de chaque élève. Par ailleurs, la situation proposée doit être formulée sous forme
dune problématique scientifique, et éventuellement contenir un obstacle didactique, pour
éviter que lélève qui sait réponde le fasse demblée à la place du groupe. Ces éléments sont
nécessaires, mais pas toujours suffisants.
Alors, comment rendre chaque individu indispensable au bon fonctionnement du groupe ? Une
piste pour répondre à cette question est de sinterroger pour savoir si tous les élèves doivent
faire la même chose ou si chacun, dans le groupe, peut avoir des responsabilités ou des tâches
différentes à réaliser. Dans le second cas, il est possible dattribuer des rôles différents aux
élèves : secrétaire, rédacteur, porte-parole, rapporteur, magasinier, responsable du matériel,
ingénieur du son, chef déquipe, maître du temps, maître de la mémoire, etc. Cependant ce
nest pas parce quun élève sest vu assigner un rôle quil le tient. Il convient de bien fournir
les attendus de chacune de ces missions et de communiquer à lavance les responsabilités
qui doivent être assurées et les actions qui vont devoir être menées. Cela peut être exprimé
oralement ou être inscrit sur une feuille de rôles, éventuellement complétée par les élèves.
Il est en outre pertinent denvisager une rotation des rôles afin déviter la mobilisation
systématique de compétences déjà travaillées, voire acquises : que ce ne soit pas toujours
le même élève, parce quil parle bien, dessine avec talent, écrit correctement, qui soit en
charge des tâches de productions orales ou écrites. Le professeur pourra utiliser à cet effet
un « carnet de bord », mémoire des rôles attribués dans chaque groupe et de la manière dont
ils ont été assurés, afin de réguler les responsabilités individuelles et les comportements
collectifs.
Malgré ces leviers permettant de mieux faire travailler les élèves en groupe, cette modalité de
travail natteint pas demblée tous les objectifs visés. Avec lhabitude, professeurs et élèves
parviennent à gagner en efficacité après quelques mises au point parfois nécessaires : un bilan
en classe entière ou par groupe sur ce qui a plus ou moins bien fonctionné permet souvent
aux élèves de progresser dans leurs attitudes et dans leurs aptitudes à inscrire leurs actions
dans un groupe. Toutefois il ne faut pas perdre de vue que ces derniers peuvent rencontrer des
difficultés « à passer dune situation plus ou moins passive, où le maître seul décide de la parole,
à une situation de responsabilité. Il faut donc se donner du temps pour que chacun apprenne
à faire un bon usage des libertés. Cela nest pas toujours facile à vivre pour lenseignant, mais
lenjeu est dimportance : il sagit pour les élèves de devenir acteurs de leurs apprentissages. »
(Pascal Boulais et Odile Métayer, professeurs de mathématiques en collège et lycée, Cahiers
pédagogiques, mai 2004).
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 5
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
La confrontation et/ou la coopération entre les groupes
La confrontation intergroupe peut prendre plusieurs formes.
• Dans le cas où les objectifs de travail des groupes sont identiques, le porte-parole dune
équipe présente les résultats et/ou les observations de lexpérience menée par son groupe,
puis léquipe confronte ses résultats à ceux des autres groupes. La mise en commun donne
alors un caractère plus universel aux observations de chacun, débouchant ainsi sur une
nouvelle notion à formaliser. Il faut tout de même veiller à ce que la succession de ces mini-
exposés ne soit pas lassante pour le reste de la classe. Lors de ces confrontations, les points
de désaccord entre les groupes peuvent conduire à des échanges très riches et à une confron-
tation de points de vue. Cette stratégie permet de confronter non seulement des propositions
de protocoles ou des démarches mises en œuvre mais aussi des interprétations de résultats
obtenus. Elle peut être mise en œuvre au moins à deux moments : passage de la phase de
réflexion individuelle à la phase collective en groupe, ou passage du travail du groupe à la mise
en commun en classe entière.
• Dans le cas où les objectifs de travail des groupes sont différents et complémentaires, cest
la mise en commun qui permet de résoudre le problème et/ou den tirer une généralité. Pour
illustrer la manière dont elle peut être mise en œuvre dans le cadre du travail de groupe, on
peut se référer à Philippe Meirieu : « On distribue un travail différent à chaque groupe. Chaque
groupe se met alors au travail, mais il doit savoir que chacun de ses membres devra, ensuite,
restituer le résultat obtenu à dautres élèves, dans le cadre dun nouveau groupe où il sera le seul
à maîtriser le contenu quil aura préalablement étudié. Triple avantage : sachant quil devra être le
porte-parole de son groupe initial, son attention et sa participation dans celui-ci seront accrues ;
plus tard, en exposant les résultats de son groupe et en les confrontant à ceux des autres, il sera
contraint de sexprimer clairement, de répondre aux demandes dexplication et, donc, sappropriera
encore mieux ce quil aura acquis ; enfin, dans le deuxième regroupement linter-groupe il
pourra participer à une confrontation ou une synthèse qui lui permettront daccéder à des savoirs
nouveaux ».
Le rôle et la posture du professeur
Le professeur doit sassurer en amont du travail de groupe que les consignes sont bien
comprises pour éviter de reprendre trop souvent la parole face au groupe classe, et
dinterrompre la dynamique qui se met en place dans les groupes.
Comme pour toute mise en activité des élèves, lenseignant a clairement défini les objectifs
dapprentissage en amont de la séance, il sait donc ce quil veut atteindre avec les élèves.
Par contre, il ne maîtrise pas totalement le chemin que vont suivre les élèves pour atteindre
les objectifs ; si cette situation peut être déstabilisante lors des premières expériences, elle
permet au professeur, en position daccompagnateur, didentifier les représentations initiales
des élèves et de surmonter en temps réel les blocages rencontrés.
Certaines situations de blocages peuvent par ailleurs être évitées en réfléchissant, lors de
la préparation des séances, aux réactions, propositions, incompréhensions et difficultés
éventuelles que pourraient rencontrer les élèves. Ces difficultés peuvent être anticipées à
partir des préconceptions (ou représentations initiales) et/ou des modes de raisonnements
spontanés des élèves. Cette anticipation permet de prévoir divers arguments, exemples et
contre-exemples qui permettront de mettre les élèves en situation d« impasse », impasse
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 6
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
dans laquelle leur modèle explicatif est inopérant, les obligeant ainsi à le faire évoluer ;
« Apprendre, cest modifier ses représentations ».
Le professeur, lors de la phase de travail de groupe, prend une posture daccompagnateur ; il
nest plus celui qui transmet des connaissances en les exposant, mais celui qui aide les élèves
à construire leurs propres connaissances grâce aux échanges élèves/élèves et élèves versus
groupe/professeur. Pendant cette phase de travail, « en aucun cas, il napporte de réponses
toutes faites, ne tranche ni ne juge en acceptant certaines propositions des élèves et en en
disqualifiant dautres » (Dumas-Carré et Goffard, 1997).
Pendant la phase de restitution, le rôle du professeur est différent. Il écoute et prend en
compte les propositions de tous les élèves ; « il organise une discussion, attire lattention sur
les points de convergence et de divergence et demande des justifications » (Dumas-Carré et
Goffard, 1997). En fin dactivité, le professeur amène les élèves à proposer une synthèse et
il institutionnalise les savoirs associés à la physique et à la chimie. Ce rôle de garant est
nécessaire pour que les élèves progressent ; il apporte lassurance de la validité des résultats
émis.
En forçant le trait, on pourrait dire quil y a deux types de pédagogie : celle du questionnement
et celle de la réponse. Cette dernière consiste à ce que le professeur réponde à des questions
que les élèves ne se sont pas encore posées. Dans ce cas, il est courant de constater que
lattention de la classe décroît avec lavancée de lexposé du professeur. La pédagogie du
questionnement, quant à elle, renvoie à une pédagogie de type constructiviste dans laquelle
les élèves deviennent acteurs de leurs apprentissages. Létude réalisée devient alors une
réponse à des questions que les élèves se sont réellement posées ; « Toute connaissance est
une réponse à une question, sil ny a pas de question, il ny a pas de connaissance » (Bachelard-
La Formation de lesprit scientifique). Le vocabulaire scientifique expert leur devient alors
plus accessible. Il ne sagit pas dopposer le cours magistral au travail de groupe, ni même de
ly substituer, mais simplement de repérer les notions pour lesquelles telle ou telle stratégie
sera la plus pertinente. « Le travail de groupe est cependant une stratégie qui permet au maître
de ne pas se laisser happer par la spirale perverse où il sépuise, émet désespérément et perd
ses auditeurs chemin faisant, donnant toujours plus de la même chose, parlant et répétant,
logomachant pour linfime fraction des élèves qui suivent et grattent jusquau bout, les autres
mentalement dans les starting- blocks, prêts à en jaillir à la sonnerie. » (Raoul Pantanella,
Cahiers pédagogiques Mai 2004).
La gestion du temps
Il est indéniable que la gestion du temps devient préoccupante pour lenseignant qui, parmi
ses priorités, a celle de respecter la programmation sur lensemble du cycle. Cette gestion du
temps recouvre deux aspects : la durée et la récurrence de lactivité de groupe.
En ce qui concerne la durée de lactivité, comme cela a été signalé précédemment, les élèves
apprennent à travailler en groupe et deviennent plus efficaces avec une exposition plus
régulière à ces nouvelles responsabilités. Il convient donc daccepter de perdre du temps au
début pour en gagner par la suite.
Les élèves seuls ne sont pas systématiquement aptes à évaluer la durée nécessaire pour
effectuer une tâche et en optimiser la durée. Cette durée doit donc être préétablie par
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 7
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
lenseignant en amont et donnée aux groupes ; tout travail de groupe nécessite quon laisse un
temps suffisant aux élèves pour réfléchir. Lorsque le travail se déroule en plusieurs étapes, il
peut être judicieux dindiquer aux élèves la durée quils doivent consacrer à chacune dentre
elles.
Ces travaux de groupe sont plus chronophages quune activité très guidée ou quun cours
magistral, cependant, pour que la comparaison soit rigoureuse, il faudrait aussi comparer les
acquis réels des élèves pour chaque modalité denseignement.
En ce qui concerne la récurrence de ce type dactivité, il convient de repérer dans le
programme les notions qui méritent dêtre abordées de la sorte, car le travail de groupe
ne doit pas devenir artificiel ou routinier. Il convient dencourager aussi lélaboration de
productions individuelles.
Lévaluation
Doit-on évaluer le travail en groupe ? Cette évaluation est nécessaire pour communiquer sur le
positionnement des élèves par rapport aux attendus mais ne nécessite pas systématiquement
la production dune note chiffrée. Si lévaluation du travail en groupe permet dévaluer
les compétences spécifiques aux sciences définies dans les programmes (« compétences
travaillées »), elle permet aussi dévaluer les compétences des domaines « Les méthodes et
outils pour apprendre » et « La formation de la personne et du citoyen ».
Il sagit donc de donner des repères, dévaluer le degré de maîtrise de ces compétences.
Mesurer lécart entre le travail effectué et des critères de réussite établis est un indicateur
précieux qui permet aux élèves de progresser. Lidentification de ces indicateurs permet aussi
aux élèves de sauto-évaluer, la confrontation de cette auto-évaluation et de lévaluation du
professeur est un élément important du processus dapprentissage.
Si on parle dévaluation, on parle de critères dévaluation : faut-il tout évaluer ? Que va-t-on
évaluer ? Comment va-t-on évaluer ? Ce sont des questions préliminaires importantes pour
lesquelles sont proposées quelques pistes de réflexion.
Faut-il tout évaluer ?
Si lapprentissage impose le passage par des phases dévaluation, il nest pas raisonnable
de vouloir évaluer sur une séquence lensemble des compétences mobilisées. Vouloir tout
évaluer est impossible à réaliser pour lenseignant et risque de conduite à ce que lon nomme
couramment la « dérive productiviste », situation où la production devient prioritaire au
détriment de la réflexion et de lapprentissage.
Il est nécessaire de faire des choix et de donner des repères aux élèves, par exemple les
critères dévaluation. Pour les construire, certaines questions méritent dêtre posées : « Dans
lactivité que je propose, quelles sont les compétences mobilisées ? Quelles sont les plus
importantes ? Ont-elles déjà été travaillées et/ou évaluées dans dautres activités ? Le seront-
elles dans dautres activités à venir ? » Le professeur se centrera alors sur les critères qui
apparaissent comme essentiels et pertinents dans le cadre de la progression annuelle.
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 8
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
Que va-t-on évaluer ?
1. Annexe du décret
2015-372 du 31 mars
« La scolarité obligatoire poursuit un double objectif de formation et de socialisation. » 1
2015 relatif au socle
commun de connais-
sances, de compétences En termes de formation, des compétences des domaines 4, 1 et 2 peuvent être évaluées lors
et de culture.
de ces travaux en groupe. Les capacités à effectuer des recherches bibliographiques, à suivre
un protocole, à mesurer des grandeurs, à réaliser un graphique, un tableau de mesures, un
schéma, à faire un compte-rendu, à rendre compte dune expérience à loral peuvent être
évaluées dans ce cadre, comme dans dautres. Le travail en groupe est un cadre qui permet
de travailler plus spécifiquement des compétences, qui vont de la capacité à concevoir une
expérience, à la capacité à sexprimer à loral lors dun débat scientifique. Lidentification de
ces capacités se fait au moment de la conception de la séance lorsque lon définit les objectifs
dapprentissage.
Le travail en groupe permet aussi dévaluer les compétences liées à la socialisation :
« Coopération et réalisation de projet » du domaine 2 « Réflexion et discernement » du
domaine 3. Ces compétences concernent le comportement individuel et les relations aux
autres : capacité à travailler en équipe, à partager des tâches, à accepter la contradiction,
à être attentif à la portée de ses paroles et à la responsabilité de ses actes. Les critères
dévaluation peuvent sembler plus subjectifs notamment en raison de limplication réelle de
chaque élève, donc plus difficiles à identifier, mais cest lenjeu de la réussite du travail de
groupe. Quelques critères peuvent être donnés aux élèves : capacité à respecter le temps
imparti, ranger le matériel, respecter les consignes de sécurité, gérer le volume sonore du
groupe, sentendre avec les autres membres du groupe, solliciter une aide précise auprès du
professeur, fournir une aide à un membre de léquipe, justifier les choix faits par le groupe
pour réaliser une expérience ; les exemples ne manquent pas. Ces critères sont en fait
nombreux et dépendent du mode dorganisation choisi et du rôle de chacun au sein du groupe.
Si certains de ces critères peuvent être construits avec les élèves, ce nest pas une règle
générale, mais il est essentiel en revanche que les élèves aient la connaissance de ces critères
dévaluation.
Comment va-t-on évaluer ?
Lévaluation a-t-elle pour fonction daboutir à une note chiffrée ou simplement de fournir des
indications sur le chemin parcouru par chacun au cours du travail de groupe ?
Quelle que soit la réponse, il faudra se donner les moyens dévaluer. Il convient que le
professeur crée ses outils : par exemple, une fiche sur laquelle apparaissent les groupes, le
nom de leurs membres, leur rôle respectif, les compétences visées et les critères dévaluation
afférents. Ces outils doivent permettre au professeur davoir une trace de ce qui sest passé
dans chaque groupe et de pouvoir communiquer avec eux, lors dun bilan, de manière plus
objective, en accompagnement personnalisé par exemple.
En conclusion, dix points concernant le travail de groupe ont été abordés. Cette ressource ne
prétend pas être exhaustive en la matière ; il na pas non plus pour objectif de modéliser une
pratique pédagogique en donnant des « recettes » qui garantiraient une réussite systématique.
Lobjectif en est plus modeste : il sagit simplement didentifier quelques questions auxquelles
il convient davoir réfléchi avant de proposer des travaux de groupes. Il paraît difficile davoir
lexigence de « débuter » dans cette modalité de travail en maîtrisant tous les aspects
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 9
CYCLE 4 I Physique-Chimie I Enseigner la physique-chimie
développés. Il convient plutôt de se centrer sur quelques aspects, puis petit à petit délargir
le champ. Comme pour tous les gestes professionnels dun enseignant, une analyse réflexive
portée sur les séances proposant des travaux de groupe permettra dacquérir une pratique
progressivement plus experte dans ce domaine.
Bibliographie sur le travail de groupe
• Le travail de groupe, académie de Nantes
• Echanger, n°68, avril 2005, le travail en groupe.
• Cahiers pédagogiques, mai 2004, le travail de groupe.
• Barlow Michel, le travail en groupe des élèves, Paris, Bordas, 2000 (formation des ensei-
gnants, enseigner).
• Connac Sylvain, Apprendre avec les pédagogies coopérative, Démarches et outils pour
lécole, ESF, 2009.
• Donckèle Jean-Paul, Oser les pédagogies de groupe : enseigner autrement pour que les
élèves apprennent vraiment, Lyon, Chronique sociale ; Erasme, 2003 (Pédagogie formation).
• Meirieu Philippe, Itinéraire des pédagogies de groupe : apprendre en groupe 1, 6è éd, Chro-
nique sociale, 1996.
• Meirieu Philippe, Itinéraire des pédagogies de groupe : apprendre en groupe 2, 6è éd, Chro-
nique sociale, 1996.
• Peeters Luc, Méthode pour enseigner et apprendre en groupe, Bruxelles, De Boeck, collec-
tion action, 2009.
• Peyrat-Malaterre, Marie-France, Comment faire travailler efficacement des élèves en
groupe ? Tutorat et apprentissage coopératif, Bruxelles, De Boeck, 2011.
Retrouvez Éduscol sur
eduscol.education.fr/ressources-2016 - Ministère de lÉducation nationale, de lEnseignement supérieur et de la Recherche - Juin 2016 10