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Les guides
fondamentaux
pour enseigner
La compréhension
au cours
moyen
Cet ouvrage a été coordonné par le service de linstruction
publique et de laction pédagogique et le service
de laccompagnement des politiques éducatives
de la direction générale de lenseignement scolaire
du ministère de lÉducation nationale, de la Jeunesse
et des Sports. Il a été rédigé, relu et coordonné avec
le concours de lInspection générale de léducation,
du sport et de la recherche (IGÉSR).
Ce document a fait lobjet dune relecture critique
de plusieurs membres du Conseil scientifique
de léducation nationale.
Questions fréquentes
sur lenseignement
de la compréhension
Pourquoi certains élèves
ne comprennent-ils pas
ce quils lisent, ni même parfois
ce quils entendent ?
La compréhension est très différente dun enfant à lautre. Elle repose, à loral et
à lécrit, sur lacquisition du langage, notamment sur létendue et la précision du
lexique, mais aussi sur laptitude à se repérer dans la phrase et dans le texte ou
le discours. Au-delà de la compréhension des mots, il sagit de se représenter la
situation qui est décrite. Accéder au niveau de représentation adéquat exige des
raisonnements (des inférences) qui sont, pour la plupart, tellement automatisés
chez un lecteur ou un auditeur expert quils nen sont plus conscients. Identifier
sa propre incompréhension et repérer ses causes supposent de la part de lélève
une forme de vigilance qui na rien de spontané, mais qui peut être entraînée
par des exercices particuliers. Le chapitre 1 développe la présentation de ces
habiletés fondamentales. À lécrit, ces principes de base de la compréhension
exigent que lélève soit capable didentifier les mots écrits de façon précise
et rapide. Le chapitre 3 développe cette notion.
Tous les textes se comprennent-ils
selon les mêmes stratégies ?
Si les mêmes habiletés fondamentales sont requises face à tous les types de textes,
il importe de tenir compte de certaines différences entre les textes narratifs et les textes
documentaires. Ces derniers présentent en effet, en général, une plus grande complexité
lexicale, voire syntaxique. En outre, le sujet quils traitent risque dêtre peu familier à lélève,
situation qui crée une difficulté supplémentaire. Le chapitre 3 aborde cette question.
Il convient également dêtre conscient de la diversité des tâches scolaires demandées
à lélève : les stratégies de lecture peuvent en être affectées, notamment dans le cas de
supports qui proposent plusieurs documents de natures différentes. Le chapitre 4 propose
un inventaire de ces tâches et une réflexion sur leur incidence sur les stratégies de lecture.
Faut-il bannir la lecture
sur écran ?
Non, la lecture sur écran, qui fait aujourdhui partie
du quotidien des enfants, ne doit pas être bannie.
Il convient toutefois de la proposer de manière
avertie, en étant informé et conscient de ses bénéfices
et de ses risques. Dans tous les cas, elle doit être
accompagnée par le professeur, de préférence sur
des textes courts et clairement lisibles. Le focus du
chapitre 4 expose très précisément les effets positifs
et négatifs de la lecture sur écran.
Certaines démarches pédagogiques
sont-elles plus efficaces que dautres ?
Oui, de nombreuses recherches attestent leffet positif de certaines
démarches. Elles soulignent notamment lefficacité pédagogique de :
— lalternance entre des pratiques de lecture ciblée qui
décomposent la difficulté et des temps de lecture qui abordent
le texte dans toute sa complexité ;
— lenseignement explicite qui repose sur la formulation claire
de lobjectif et des stratégies de compréhension applicables
au texte lu et propose une formalisation des apprentissages ;
— lassociation des activités de lecture et décriture.
Le chapitre 5 détaille ces démarches puis propose différents exemples
de mise en œuvre.
Sommaire
INTRODUCTION
6 Pourquoi enseigner la compréhension ?
CHAPITRES
I 9 Que signifie comprendre ?
10 Connaissances et habiletés sollicitées
dans la compréhension
14 Des connaissances et habiletés fondamentales
comme acquis préalables
19 Des connaissances et habiletés propres
au discours continu
II 25 Écouter pour comprendre un message
26 Quelles sont les situations de compréhension
de loral en classe ?
29 Quels sont les mécanismes à lœuvre
dans la compréhension de loral ?
32 Comment enseigner la compréhension
de loral ?
III 43 Lire pour comprendre un texte
44 Les habiletés propres au traitement
du texte continu
52 Comment favoriser lapprentissage
de la compréhension écrite au cours moyen ?
IV 57 Acquérir des stratégies de lecture
au service des apprentissages
58 Quest-ce que la lecture stratégique ?
Pourquoi est-ce un enjeu au cours moyen ?
66 Focus | Lire sur écran : bénéfices
et risques potentiels
69 Compétences à travailler pour une lecture
efficace en contexte dapprentissage
76 Le rôle de lautorégulation dans la lecture
fonctionnelle
V 79 Comment enseigner la compréhension ?
80 Des principes à respecter
81 Trois grandes familles dactivités
indissociables
84 Les différentes approches à privilégier
pour enseigner la compréhension
87 Conseils pour la mise en œuvre
dune séance de compréhension
91 Comprendre une œuvre intégrale
au cours moyen
93 Focus | Un exemple de lecture pas-à-pas
98 La place de lécriture dans la compréhension
103 Focus | Déroulement de la séance en classe
113 ANNEXE GLOSSAIRE
117 BIBLIOGRAPHIE ET OUTILS DE RÉFÉRENCE
Pourquoi enseigner
la compréhension ?
7 — Introduction
À la fin du cycle 2, lélève qui sait déchiffrer 1 naccède pas pour autant au sens de
tous les textes qui lui sont soumis. Il peut éprouver des difficultés de compréhension
face à un récit, un texte documentaire, une page de manuel scolaire. Or, si les
techniques dapprentissage de la lecture sont connues2 et si les progrès effectués
par lélève en ce domaine sont visibles et audibles, lenseignement des mécanismes
de la compréhension demeure source de questionnement et, plus encore, les
cheminements de la compréhension de lélève restent difficilement perceptibles.
Là réside pourtant lenjeu des apprentissages en classes de CM1 et CM2 : guider
lenfant, quel que soit son niveau didentification des mots écrits et quel que soit
le support choisi, vers la compréhension de ce quil lit.
Que signifie comprendre ? Létymologie latine du verbe (comprehendere : « saisir
ensemble ») suggère un mouvement de pensée que lon retrouve dans la définition du
CNRTL3 : « avoir, élaborer, recevoir dans son esprit la représentation nette dune chose,
dune personne ». Ainsi, comprendre consiste, à partir de diverses indications lexicales,
grammaticales ou perceptives, à se représenter clairement ce qui est écrit ou entendu,
à en saisir le concept afin de communiquer, de raisonner ou dagir. Comprendre une
phrase, cest tirer dune combinaison de mots et de propriétés la représentation dune
situation ou dun événement. Cest le contenu sémantique qui est lobjectif ultime de la
compréhension, mais il ne peut être atteint, en lecture, que si le texte a été correctement
déchiffré et si sa structure et son lexique ont été élucidés. Cest le cheminement, qui va
de lidentification des mots écrits à la construction du sens, qui est lobjet de ce guide.
De nombreuses recherches internationales se sont emparées de ce sujet et ont
démontré combien la compréhension langagière se fonde dabord sur la familiarité
avec la langue. Connaître le lexique, la syntaxe, les usages de la langue constitue
un puissant levier dans le processus de compréhension qui puise ses sources
dans la pratique orale de la langue, entendue et parlée. Cest sur la base de ces
compétences orales et dans la recherche dune complémentarité permanente avec
les compétences en compréhension de lécrit, que sélabore la compréhension du
texte. Celle-ci repose en outre sur des habiletés multiples qui seront tour à tour
décrites dans ce guide : sur lapprentissage du code et de son usage ; sur un niveau
adapté de fluence de lecture ; sur la capacité à se repérer dans un texte, à établir
un lien entre ce qui est lu et les connaissances culturelles dont lélève dispose,
à déduire ce que le texte ne dit pas explicitement, à prendre conscience de ses
propres stratégies de lecture, etc. Les multiples apports de la recherche expliquent
les raisons pour lesquelles lenseignement de la compréhension orale et écrite au
cours moyen nécessite un entraînement régulier, structuré, prenant appui sur tous
les types de textes et visant divers objectifs. Le guide informe aussi le professeur
sur les processus cognitifs à lœuvre dans la compréhension et sur les démarches
didactiques et pédagogiques à privilégier.
1— On entend par « déchiffrer » la capacité didentifier les mots écrits
avec précision et rapidité.
2 — Pour enseigner la lecture et lécriture au CP, ministère de
lÉducation nationale et de la Jeunesse, 2019 ; Pour enseigner la lecture
et lécriture au CE1, ministère de lÉducation nationale et de la Jeunesse,
2019 ; « Évaluer pour mieux aider : EvalAide », in Stanislas Dehaene (dir.),
La Science au service de lécole, Odile Jacob, 2019.
3 — Centre national de ressources textuelles et lexicales,
https://www.cnrtl.fr/lexicographie/comprendre
8 — Introduction
Lenseignement de la compréhension constitue le fondement dune voie daccès à la
lecture autonome et à la culture littéraire, humaniste, mais aussi scientifique, que
le système éducatif se doit de favoriser chez lélève, aussi bien dans la perspective
de sa poursuite détudes que dans celle de sa future vie dadulte et de citoyen.
Cet enseignement régulier, structuré, doit susciter le plaisir de la lecture, sans
lequel les efforts déployés risquent de cantonner la lecture à la sphère strictement
scolaire. Le plaisir de lire suppose en effet la compréhension de ce qui est lu :
lélève qui ne comprend pas ce quil lit éprouve, au contraire, un vif sentiment
dincompétence et daversion pour la tâche, aussi bien face à un texte littéraire
que face à un texte documentaire. Cest donc bien ce plaisir de lire, lié à la capacité
à se représenter ensemble ce qui est lu, qui doit être cultivé au fil des séances
consacrées à la compréhension, que celles-ci visent la construction dune habileté
spécifique ou quelles tendent à conjuguer lensemble des habiletés requises pour
mieux comprendre. Cet objectif implique un partage au sein de la classe : partage
des méthodes, des questionnements, des représentations et des reformulations qui
renvoient au vécu de chacun, sondent son rapport au réel, sollicitent sa sensibilité.
Lire est une activité qui lie et relie aux autres et au monde, dans la « flamboyance 4 »
ressentie par le lecteur lorsquil parvient à établir un lien entre les lettres déchiffrées
et le sens. Cest bien à ce partage informé autour de lintelligibilité, et donc du plaisir
de la lecture, que ce guide souhaite ici inviter.
4 — Alberto Manguel, Une histoire de la lecture,
traduction Christine Le Bœuf, Actes Sud, 1998, p. 19.
I
Que signifie
comprendre ?
10 — Que signifie comprendre ?
Gages dune lecture aisée qui favorise le plaisir de lire,
la compréhension et son enseignement sont des enjeux
majeurs du cours moyen. Le développement des habiletés
et la mise en œuvre de stratégies font lobjet dun
enseignement explicite et régulier tout au long des deux
années précédant lentrée en sixième. Cet enseignement,
guidé par le professeur, est nécessaire à la construction
effective de lautonomie en lecture requise à lentrée au
collège. La lecture littéraire est complétée par la lecture
au service des apprentissages dans toutes les disciplines.
Connaissances et habiletés
sollicitées dans la compréhension
Les leçons de lenquête Pirls
Des études à large échelle évaluent les habiletés des élèves ainsi que les pratiques
éducatives. Ces études permettent de situer les élèves sur un référentiel à la fois
large et précis, et de mettre en relation leurs acquis avec leurs pratiques de lecture,
tant dans le contexte scolaire quextrascolaire.
La dernière édition du Programme international de recherche en lecture scolaire
(Pirls5) disponible au moment de la rédaction de ce guide est celle de 2016. Les résultats
montrent une baisse des performances des élèves français depuis 2001, alors que
celles de la plupart des autres pays participants ont tendance à augmenter ou à
stagner. Cette baisse est davantage accentuée pour les tâches basées sur des
textes documentaires que sur des textes narratifs, et pour les questions demandant
linterprétation ou lévaluation du contenu du texte plutôt que le simple prélèvement
5 — Pirls est une étude internationale pilotée par lIEA (association
internationale pour lévaluation du rendement scolaire). Elle est menée
à intervalle régulier (tous les 5 ans) dans les pays participants.
En France, la direction de l'évaluation, de la prospective et de
la performance (Depp) participe à sa conception puis coordonne sa mise
en œuvre. La maîtrise de la lecture est évaluée en proposant à un large
échantillon d'élèves de CM1 (plus de 4 000 en 2016) des textes pour
moitié narratifs et pour moitié documentaires, chaque texte étant
accompagné de questions qui ciblent différents types de processus :
prélever des informations, faire des inférences, interpréter les idées,
évaluer le contenu et la forme du texte.
11 — Que signifie comprendre ?
dinformations. Létude révèle par ailleurs que, comparativement à leurs collègues
dautres pays européens, les professeurs français sont parmi ceux qui passent le
moins de temps, en moyenne, à travailler la compréhension en lecture dans le cadre
de la classe et proposent essentiellement des activités de prélèvement au détriment
dactivités dinterprétation, de synthèse ou danalyse critique.
Ensemble des habiletés et connaissances
sollicitées
Comprendre un texte consiste à élaborer une représentation cohérente et unifiée
de la situation décrite, appelée modèle de situation6. Cette construction est réalisée
de manière progressive et dynamique au fur et à mesure de la lecture du texte. Le
modèle de situation intègre lensemble des idées énoncées associées aux possibles
interprétations du lecteur, issues des connaissances qui lui sont propres et quil a
utilisées pour sa construction. La compréhension des idées et de leur cohérence nest
jamais la simple addition de la signification des mots composant le texte, ni de celle
des phrases successives. Elle suppose aussi de comprendre comment les idées sont
liées et se répondent dune phrase à lautre (cohérence locale) et comment les thèmes
et sous-thèmes, les idées essentielles, sorganisent logiquement (cohérence globale).
— La cohérence (ou cohésion) locale renvoie aux relations quentretiennent les
informations énoncées dune phrase à lautre. Cette cohésion permet de percevoir
la continuité et la progression du/des thème(s) abordé(s). La fonction référentielle
des déterminants, des pronoms, et plus généralement des substituts du nom
assure la continuité de lenchaînement des énoncés, tandis que les connecteurs
et les signes de ponctuation marquent la progression thématique. Ces marques
de cohésion sont des instructions qui indiquent au lecteur les relations à établir
entre les énoncés. Elles facilitent donc la compréhension, à condition que leur
fonctionnement et leur signification soient maîtrisés.
— La cohérence globale concerne la compréhension de lorganisation du texte dans
son ensemble : les thèmes et sous-thèmes développés, leur organisation logique,
leur relation aux conditions de lénonciation ainsi quaux connaissances du lecteur.
6 — Voir : Christophe Al-Saleh, Michel Charolles, Cohérence, cohésion
et pertinence Lajustement de la signification en contexte, p. 1-53, Iste,
2020 ; Bianco Maryse, « Vers un enseignement de la compréhension
des textes » in Alain Bentolila, Bruno Germain (dir.), LApprentissage de
la lecture, p. 129-143, Hachette, Paris, 2019 ; Liliane Sprenger-Charolles,
Johannes Ziegler, « Apprendre à lire : contrôle, automatismes et auto-
apprentissage », in Alain Bentolila, Bruno Germain (dir.), LApprentissage
de la lecture, p. 95-109, Les repères pédagogiques, Hachette, 2021
(seconde édition).
12 — Que signifie comprendre ?
Cette élaboration sollicite dans un temps bref, et souvent simultanément, des
connaissances et des mécanismes cognitifs nombreux et de natures différentes.
La figure 1 schématise ces habiletés et connaissances engagées dans la
compréhension dun texte écrit. Elle illustre la complémentarité des deux activités
lire et comprendre mais aussi la nécessité de les distinguer et de connaître les
mécanismes et connaissances impliquées dans chacune delles.
Comprendre un texte écrit
Construire un modèle de la situation
Habiletés de traitement du discours continu
Cohérence locale/globale
Automatismes et stratégies
Connaissance
des types de textes Auto-évaluation, Lecture fluide
Inférences
(narrations, régulation en contexte
documentaires, etc.)
Connaissances et habiletés fondamentales
Connaissances Connaissances langagières Décodage
culturelles et identification
« sur le monde » Morphologie Vocabulaire Phonologie des mots
Syntaxe
Efficience Structuration
cognitive du texte écrit
(pontuation, titres,
paragraphes, etc.)
Figure 1. Connaissances et habiletés de la compréhension des textes écrits.
Sur cette figure sont distinguées les habiletés propres à la lecture (en rose) et les
habiletés de compréhension communes à la compréhension orale et écrite (en violet
et blanc) qui détaillent ce que recouvre lexpression « compréhension du langage »
ou « compréhension orale » dans le modèle simple de la lecture. Sont différenciés
également deux niveaux. Au premier niveau se situent les habiletés et connaissances
fondamentales qui constituent le socle de lapprentissage de la lecture (dont la
compréhension fait partie). Au second niveau se situent les habiletés propres
au traitement des textes ou des discours. Une fois construites, ces habiletés de
second niveau expliquent, en grande partie, les performances de compréhension.
13 — Que signifie comprendre ?
Les habiletés et connaissances fondamentales représentent des acquis
préalables, et la plupart dentre elles relèvent des apprentissages des cycles 1 et 2.
Elles composent le socle sur lequel se fonde la construction des habiletés propres
au traitement des textes, dont la maîtrise constitue un enjeu majeur du cycle 3,
à savoir permettre aux élèves de lire et comprendre avec succès et en autonomie des
textes de longueur et de complexité conformes à leur âge, et dapprendre de leurs
lectures. Pour atteindre cet objectif, les élèves doivent avoir construit et maîtrisé
ces habiletés de traitement propres au texte. Ils doivent, en outre, être capables
de les utiliser de manière adaptée pour comprendre et interpréter les textes scolaires
à lissue du cours moyen.
Ce découpage ne doit cependant pas laisser croire quil existe un ordre de succession
strict dans les apprentissages. La compréhension des énoncés et des textes
commence à loral, dans la petite enfance, avec lacquisition du langage dans
ses deux dimensions (fondamentale et discursive) et se poursuit pendant toute
la scolarité. Les connaissances langagières et culturelles évoluent et se développent
tout au long de la vie en fonction des expériences de chacun, notamment lors
du parcours scolaire. La lecture et la compréhension des textes renforcent
et développent également le langage et les connaissances culturelles. De la même
manière, les habiletés de traitement des discours continus 7 (cohérence locale,
cohérence globale, inférences fondées sur le texte, stratégies dauto-évaluation
et de régulation8 , connaissances des types de textes) ont déjà été exercées avant
le cours moyen. Elles ont fait lobjet dun enseignement au cycle 2. Des inférences
et des comportements dauto-­évaluation et de régulation peuvent déjà être observés
à loral entre 3 et 5 ans. Ce qui change avec lâge et lavancée dans la scolarité, cest
la complexité et le niveau dintégration des mécanismes, la possibilité de les manipuler
consciemment, tout comme la complexité des matériaux sur lesquels ils sexercent.
Le développement de lensemble des connaissances et mécanismes mentionnés
dans la figure 1 sinscrit donc dans un mouvement continu, fait dinteractions
et de renforcement mutuel.
7 — Le guide utilise fréquemment cette expression de « discours/texte
continu » pour désigner tout texte ou discours cohérent, par opposition
aux listes, schémas, tableaux, etc. qui procèdent par juxtaposition
de groupes de mots.
8 — Ces notions sont abordées dans la suite de ce chapitre.
14 — Que signifie comprendre ?
Des connaissances et habiletés
fondamentales comme acquis
préalables
Décodage et identification des mots
Identifier les mots est un préalable à toute activité de compréhension, à loral
comme à lécrit. La majorité des élèves entrant en cours moyen maîtrise, en lecture,
le décodage et lidentification des mots quils ont suffisamment automatisés au cycle 2,
en construisant deux procédures daccès aux mots écrits :
— la procédure phonologique (ou décodage) qui permet de lire les mots en utilisant
les correspondances graphème-phonème. Elle permet de lire les mots nouveaux
ou rares (« palimpseste », par exemple) mais elle peut conduire à des erreurs pho-
nologiques en lecture de mots irréguliers, par exemple, sept lu comme septembre ;
— la procédure orthographique (ou directe) qui permet didentifier les mots connus
dont lindividu a mémorisé lorthographe. Elle peut être utilisée dès lors que
la mémorisation de lorthographe dun mot est fixée.
Tout lecteur expert dispose de ces deux procédures de lecture automatisées9, ce qui
donne à la lecture un caractère dévidence et lillusion que lidentification des mots
procède dune lecture globale. Cette automatisation doit être entretenue et renforcée
par la pratique quotidienne de la lecture (silencieuse et à voix haute) qui permet
à lélève de disposer dune rétroaction sur sa propre lecture, et au professeur
de percevoir les difficultés encore existantes pour les corriger. Bien entendu, tous
les élèves qui entrent au cours moyen nont pas atteint le même niveau de lecture.
Certains ont encore des difficultés dans la maîtrise des mécanismes de décodage
et didentification des mots ; dautres ont encore insuffisamment automatisé
ces mécanismes. Des activités de remédiation ou de consolidation particulières
doivent alors leur être proposées. Pour ce faire, il est important dévaluer précisément
lorigine des difficultés dun élève donné et de distinguer notamment si celles-ci
relèvent de lacquisition et/ou de lautomatisation du décodage, dun faible niveau
de langage ou encore dune faible capacité à comprendre un texte continu.
9 — Voir Johannes Ziegler, Conrad Perry, Marco Zorzi, “Learning to
Read and Dyslexia: From Theory to Intervention Through Personalized
Computational Models”, Current Directions in Psychological Science,
n° 29(3), p. 293-300, 2020 ; ainsi que, en français, Johannes Ziegler,
Liliane Sprenger-Charolles, « Apprendre à lire : contrôle, automatismes
et auto-apprentissage », in Alain Bentolila, Bruno Germain (dir.),
LApprentissage de la lecture, p. 95-109, les repères pédagogiques,
Hachette, 2021 (seconde édition).
15 — Que signifie comprendre ?
Connaissances langagières
Plus les connaissances langagières sont approfondies, plus elles facilitent
la compréhension en lecture et la construction des habiletés propres au traitement
des textes.
LE VOCABULAIRE
Il assure le lien entre lidentification des mots et la compréhension qui démarre
à partir du moment où les mots, entendus ou lus, sont identifiés et leurs significations
activées. Lorsquun individu, enfant ou adulte, se trouve confronté à un texte
contenant un trop grand nombre de mots inconnus, sa compréhension sen trouve
compromise.
Dans le lexique de chaque individu cohabitent des mots plus ou moins précisément
connus. La connaissance dun mot séchelonne sur un continuum quon peut
segmenter ainsi :
— la méconnaissance complète ;
— la connaissance de lexistence du mot : savoir quil fait partie de la langue sans
en connaître la signification ;
— la connaissance approximative de sa forme et de sa/ses significations : savoir
par exemple que le mot « bembex » est un nom masculin et que cest un animal ;
— la connaissance précise : savoir que le mot « bembex » est un nom masculin,
que cest un insecte de la famille des guêpes, dont la femelle creuse des nids dans
les sols sablonneux pour y pondre.
La relation entre la compréhension et le vocabulaire dépend donc à la fois de son
étendue (la quantité de mots connus, même partiellement) et de la qualité des
représentations lexicales, autrement dit de la précision de la connaissance. Certaines
difficultés sexpliquent en effet, non par la faible étendue du vocabulaire, mais par des
représentations imprécises qui peuvent conduire à des échecs dans linterprétation
des mots, polysémiques notamment.
Lusage dexpressions imagées, même avec du vocabulaire connu, nest pas clair
pour certains élèves, notamment pour ceux qui découvrent notre langue et nont
pas déquivalent dans la leur. Par exemple : « Le cycliste a pris la tête de la course. »
SYNTAXE ET MORPHOLOGIE
La phrase exprime une idée cohérente que la simple addition de la signification
de chacun des mots qui la compose ne permet pas dextraire. Pour cela, il faut affecter
des rôles (agent qui fait laction, patient qui la subit, etc.) aux différents constituants.
Cette attribution repose sur la connaissance de lorganisation syntaxique (ordre
des mots, segmentation des groupes nominaux) et morphologique de la langue.
On distingue traditionnellement la morphologie flexionnelle, qui concerne les accords
en genre et nombre, les marques des modes et temps verbaux, de la morphologie
dérivationnelle, qui concerne le mode de formation des mots par la combinaison
de bases lexicales et daffixes (monter, démonter, montage, etc.).
16 — Que signifie comprendre ?
Linterprétation dune phrase dépend donc de la capacité à intégrer la contribution
de ces différents paramètres dans une représentation densemble. Lors de
lacquisition du langage, au cours de la seconde année de vie, les compétences
syntaxiques et morphosyntaxiques émergent, mais leur acquisition se poursuit tout
au long de lenfance pour parvenir à un mode de fonctionnement achevé au milieu
de ladolescence. Les structures syntaxiques les plus complexes (formes relatives
et passives en particulier) restent longtemps difficiles à comprendre. Par exemple,
entre 2 et 4 ans, la compréhension des relatives saméliore mais les relatives en « qui »
(« Le chien qui poursuit le chat est noir. ») sont comprises plus tôt que les relatives en
« que » (« Le chien que poursuit le chat est noir. »).
Les contraintes sémantiques et pragmatiques peuvent rendre la compréhension
dune même structure syntaxique plus ou moins difficile. Par exemple, la plausibilité
des relations évoquées par rapport à la situation décrite rend la compréhension
dune phrase passive telle que « Le repas est préparé par le cuisinier. » plus facile et
plus précoce que celle de la phrase « Pierre est poursuivi par Léo. », dans laquelle
les deux personnages peuvent occuper indifféremment les fonctions sémantiques
dagent et de patient.
Les connaissances langagières sont enseignées dès le cycle 1, formellement à
travers létude de la langue dès le cycle 2. Cet enseignement se poursuit au cours
moyen. Il permet à lélève de passer dune utilisation implicite du langage à la com-
préhension explicite de son fonctionnement interne. Par cet enseignement, lélève
acquiert progressivement une posture réflexive métacognitive10 dans son rapport
à la langue. Toutefois, pour que ces connaissances explicites deviennent fonction-
nelles, la leçon de grammaire ou de vocabulaire est nécessaire mais non suffisante.
Il faut que les notions enseignées soient réinvesties fréquemment dans les activités
de production et de compréhension. Il sagit là dune constante de tout apprentissage,
valant aussi pour les autres habiletés de compréhension décrites dans les chapitres
suivants. Pour être intégrées au bagage cognitif de lélève, autrement dit pour que
les notions apprises puissent être utilisées de manière adaptée et flexible, celles-ci
doivent être rappelées et sollicitées de manière répétée dans des contextes variés,
chaque fois que la situation lexige. À ce titre, les activités de compréhension mais
aussi de production représentent des occasions privilégiées pour établir les liens
nécessaires entre les divers champs de lenseignement du français. Par exemple,
dans la phrase « Nous sommes parties randonner au bord de la mer. », laccord du
participe passé donne immédiatement au lecteur aguerri une indication de la com-
position du groupe désigné par le pronom « nous », groupe exclusivement composé
de personnes de sexe féminin.
De nombreux élèves font cependant peu usage de ces marques morphologiques
pour comprendre les textes quils lisent, alors que les règles daccord leur ont été
enseignées et quils les connaissent.
10 — Joëlle Proust, « La Métacognition. Les enjeux pédagogiques
de la recherche » 2019. https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/
user_upload/Projets/conseil_scientifique_education_nationale/
Metacognition_GT5.pdf
17 — Que signifie comprendre ?
STRUCTURATION DU TEXTE ÉCRIT
À lécrit, des indicateurs spécifiques signalent lorganisation du texte. Les titres,
les sous-titres, les paragraphes, les marques de ponctuation signalent au lecteur
les points de groupement et dintégration de linformation, cest-à-dire la manière
dont lauteur a structuré les idées. Dans les documents complexes, des indicateurs
globaux viennent sajouter à ces marques de structuration locale : tables des
matières, index, en-têtes et pieds de page.
La connaissance des indicateurs de structuration du texte présente à la fois un
caractère « déclaratif » (savoir que) et « procédural » (savoir faire avec). Par exemple,
il est important de connaître le sens du mot « paragraphe » pour pouvoir désigner
un paragraphe au sein dun texte et expliquer pourquoi lauteur le divise ainsi. Il est
important de faire une pause sur la fin des paragraphes pendant la lecture pour en
résumer mentalement le contenu et en extraire lidée principale.
Cette pause dite dintégration est presque systématique chez les lecteurs
expérimentés. Lexplication des notions liées à lorganisation du texte doit donc
impérativement être associée à des pratiques guidées pour que lélève parvienne à
sen saisir seul et à développer des stratégies de compréhension au fur et à mesure
quil découvre le texte.
Lorsquils sont connus, ces indicateurs guident et facilitent la compréhension du
texte. Ils jouent un rôle critique lorsque la lecture ou la relecture vise la localisation
dun passage spécifique au sein du texte. À lentrée au cours moyen, beaucoup
délèves nont quune représentation approximative de leur signification et de leur
usage. Ils ne peuvent alors pas déployer de stratégies efficaces pour rechercher
des informations au sein de textes longs et/ou multiples.
Connaissances culturelles
et efficience cognitive
LES CONNAISSANCES CULTURELLES
Souvent nommées « connaissances sur le monde », elles désignent les connaissances
des situations évoquées dans les textes narratifs et, plus largement, celles dont
dispose lindividu sur les thèmes traités dans les textes informatifs.
Disposer de connaissances relatives au thème du discours facilite la compréhension et
peut pallier un faible niveau de lecture. À niveau de lecture équivalent, les experts, qui
ont des connaissances, lisent plus vite les textes traitant de leur domaine dexpertise,
parce que les informations qui sont apportées par le texte leur sont déjà connues.
Ils passent plus de temps sur les informations de détail susceptibles denrichir leurs
connaissances. Les novices, au contraire, lisent à une vitesse comparable toutes les
informations parce quils doivent se forger, à partir de leur lecture, une première
représentation du domaine abordé. Les experts et les novices ne se distinguent pas
18 — Que signifie comprendre ?
dans leur capacité à comprendre et à retenir les informations explicites, mais les
experts font systématiquement plus dinférences : ils construisent des modèles de
situation plus élaborés tout en ayant une lecture en moyenne plus rapide11 .
LES CAPACITÉS COGNITIVES GÉNÉRALES (OU EFFICIENCE COGNITIVE)
Elles comprennent les capacités de raisonnement et les fonctions exécutives
regroupant un ensemble de fonctions : la mémoire de travail, les capacités de pla­
nification et de flexibilité. Les fonctions exécutives interviennent notamment lorsque
les individus sont confrontés à des situations nouvelles pour lesquelles ils ne disposent
pas de modes daction stratégique déjà mémorisés. Elles sont impliquées dans la
compréhension, et particulièrement dans les traitements dinformations complexes.
Par exemple, la mémoire de travail permet de maintenir présentes à lesprit ou
disponibles les informations nécessaires au raisonnement quexige la lecture.
Elle constitue donc une capacité cognitive à travailler et à développer, par des
activités de lecture répétées. La planification désigne laptitude de lélève à choisir
une méthode de travail adaptée à la tâche à exécuter. La flexibilité regroupe toutes
les stratégies de lecture sollicitées pour appréhender toute situation de lecture
(relecture, retour en arrière, consultation dun glossaire, etc.). Ces deux capacités
sont au cœur de lenseignement de la compréhension et sont développées dans les
chapitres suivants12 .
La mémoire de travail, avec les capacités de planification, explique de manière
significative les performances des élèves de CM2 devant répondre à des questions
de lordre du raisonnement à lissue de la lecture dun texte. Les capacités cognitives
sont donc particulièrement impliquées dans la construction et la mise en œuvre des
habiletés de traitement du discours continu décrites au chapitre 3.
11 — Il est toutefois à signaler que de nombreux travaux ont montré
que les faibles décodeurs sont les lecteurs qui ont le plus fortement
recours au contexte pour pallier leurs difficultés de décodage
(voir Charles A. Perfetti, Susan R. Goldman, Thomas W. Hogaboam,
“Reading Skill and the Identification of Words in Discourse Context”,
Memory and Cognition, n° 7, p. 273-282, 1979 ; Charles A. Perfetti,
Reading Ability, Oxford University Press, 1985 ; Keith Stanovich,
Richard F. West, “The Effect of Sentence Context on Ongoing Word
Recognition: Tests of a Two-Process Theory”, Journal of Experimental
Psychology: Human Perception and Performance, n° 7 (3), p. 658, 1981 ;
Keith Stanovich, Richard F. West, Dorothy J. Feeman, “A Longitudinal
Study of Sentence Context Effects in Second-Grade Children:
Tests of an Interactive-Compensatory Model”, Journal of Experimental
Child Psychology, n° 32 (2), p. 185-199, 1981.)
12 — Les chapitres 2, 4 et 5 donnent des exemples concrets
de la manière dont lenseignement de la compréhension peut renforcer
la mémoire de travail et favoriser la planification et la flexibilité.
19 — Que signifie comprendre ?
Des connaissances et habiletés
propres au discours continu
Les inférences
Dans le domaine de la compréhension des textes, les inférences permettent
de saisir les relations laissées implicites parmi les informations énoncées.
Elles jouent un rôle fondamental dans la construction de la cohérence, et de
très nombreuses classifications ont été proposées pour rendre compte de leur
diversité. Une inférence peut être définie comme un raisonnement qui permet de
passer dun ou plusieurs éléments dinformation (les prémisses) à une conclusion
déduite ou induite. Les recherches relatives au développement des inférences en
lecture distinguent majoritairement celles qui sappuient sur des éléments du texte
(les inférences fondées sur le texte) ou celles qui font appel à des éléments externes
aux connaissances du lecteur (les inférences de connaissances).
LES INFÉRENCES FONDÉES SUR LE TEXTE
Les inférences fondées sur le texte permettent de saisir la continuité des informa-
tions exprimées dune phrase à lautre. Elles sont impliquées dans la construction
de la cohérence locale et sappuient souvent sur des unités linguistiques (pronoms,
connecteurs, adverbes, etc.) signalant la nécessité détablir une relation. Le suivi des
référents, de lenchaînement logique des arguments, en est une illustration courante.
Exemples :
— « Antoine et Noé sont de très bons amis. Ils jouent ensemble tous les samedis.
“Et si on invitait Anna à jouer avec nous ?” dit Antoine. »
Ce court exemple montre la nécessité de relier « ils » et « nous » à Antoine et Noé.
— « Samedi, après le goûter avec Anna, Noé a terminé tous les gâteaux qui restaient.
Il a été très malade le lendemain. »
Le nom « lendemain » est à mettre en relation avec « samedi » pour que le lecteur
comprenne quil sagit du dimanche.
Ces inférences sont plus ou moins difficiles à effectuer selon la structure linguistique
de lénoncé :
— aucun connecteur ne signale la relation causale ;
Par exemple : « Les ours blancs sont en voie de disparition. Leur environnement
naturel est menacé par la fonte des glaces. »
— les substituts du nom sont distants de leurs référents et/ou sont insérés dans
des chaînes référentielles complexes.
20 — Que signifie comprendre ?
Par exemple : « François voulait un petit chien. Ses parents ne voulaient pas.
Il navait pas pu discuter. À la place, il allait avoir un petit frère. Ses parents
voulaient lappeler Simon. Lui ça ne lintéressait pas, il voulait un chien et il lui
avait déjà trouvé un nom : Roxy. Quand le bébé était né…13 »
Lévocation de plusieurs personnages (François et ses parents) et le parallélisme
entre le désir de François (le petit chien) et larrivée du bébé peuvent rendre complexe
la compréhension de certains pronoms (l, lui, il).
LES INFÉRENCES DE CONNAISSANCES
Les inférences des connaissances préalablement acquises sont sollicitées lorsque
la compréhension fait appel à des informations externes au texte, cest-à-dire
à celles dont lindividu dispose pour comprendre la situation évoquée dans lénoncé.
Ces ­inférences sont souvent impliquées dans la compréhension de la causalité,
des intentions et buts des personnages, comme dans les deux exemples suivants.
La connaissance de la situation évoquée permet au lecteur de comprendre sans
difficulté pourquoi Laura devient blanche (exemple 1) et pourquoi Paul cherche du
travail (exemple 2). Ses connaissances laident à connecter les deux événements
comme le montrent les schémas ci-dessous.
Exemple 1 : « Laura entendit un bruit sourd venir de létage ; elle devint toute blanche. »
Laura est effrayée.
Laura entend un bruit sourd. Laura devient blanche.
Exemple 2 : « Paul veut acheter un nouveau vélo très cher. Il décide de chercher
du travail. »
Paul veut gagner de largent
pour acheter son vélo.
Paul veut acheter un vélo. Paul cherche du travail.
13 — Bernard Friot, Histoires pressées, Milan, 2020.
21 — Que signifie comprendre ?
Les inférences fondées sur les connaissances peuvent jouer deux rôles différents :
— permettre de comprendre les relations de causalité comme dans les exemples
ci-dessus ;
— enrichir la représentation achevée du texte sans être strictement nécessaires
à la construction de la cohérence. Ainsi, dans la phrase « Sophie traverse le pont
pour se rendre à son travail. », le lecteur qui comprend que son chemin passe
au-dessus dune rivière (dune route, dune voie ferrée, etc.) visualise la scène
et obtient un modèle de situation14 plus performant que le lecteur qui ne glisse
aucune image derrière la phrase.
AMÉLIORER LA CAPACITÉ À FAIRE DES INFÉRENCES
Les inférences qui enrichissent la représentation, nommées élaboratives, sont
moins souvent effectuées par les enfants de 10 ans que celles qui permettent de
comprendre les relations de causalité.
Il est important de préciser que la capacité à réaliser des inférences y compris
de connaissances ne dépend pas seulement de la disponibilité des connaissances
en mémoire. En effet, quelques recherches ont montré que, même lorsque les
enfants (entre 6 et 12 ans) ont les connaissances requises, ils ne réalisent pas tous
les inférences nécessaires à la bonne compréhension dun texte narratif. Les plus
faibles compreneurs, en particulier, sont moins susceptibles de sengager dans
ce processus. Autrement dit, les connaissances dont nous disposons sont une
condition facilitatrice, voire nécessaire, à la réalisation dune inférence mais elles
nen sont pas une condition suffisante. Encore faut-il accéder à cette connaissance
et savoir effectuer les opérations indispensables à sa mise en relation avec les
informations textuelles.
La capacité à effectuer des inférences représente lun des meilleurs prédicteurs
de la compréhension chez les enfants comme chez les adultes, indépendamment
du niveau intellectuel, des capacités de lecture (identification des mots) et du voca­
bulaire. Elle distingue de manière constante les meilleurs compreneurs des plus
faibles qui sont moins susceptibles deffectuer spontanément les inférences requises.
14 — Le modèle de situation est défini figure 1, voir page 12.
22 — Que signifie comprendre ?
Lauto-évaluation et la régulation
Saisir la cohérence des idées suppose dexercer un regard critique sur sa propre
compréhension, autrement dit dexercer une veille continue qui assure que les
interprétations correspondent bien à ce que dit le texte. Les habiletés fondamentales
(connaissances langagières et générales, capacités cognitives) forgent les capacités
dauto-évaluation et de régulation en situation de lecture :
— lauto-évaluation permet de détecter un éventuel défaut de compréhension,
cest une forme de vigilance qui se met en place lors de la lecture ;
— la régulation est destinée à surmonter la difficulté décelée (retour sur la lecture,
recours au dictionnaire, etc.).
Les régulations, comme les inférences, sont des formes de raisonnement.
Elles constituent des règles mentales (ou procédures), mobilisables de manière
délibérée et sous le contrôle de lattention, chaque fois quune difficulté est repérée.
Ces activités réfléchies sont davantage sollicitées quand les textes à comprendre
traitent de thèmes peu connus ou que leur structure linguistique est complexe.
Impliquées à tous les niveaux de traitement du texte, lauto-évaluation et la régulation
jouent un rôle particulier dans la saisie de la cohérence globale. Elles contribuent à
construire une représentation unifiée de lensemble des informations énoncées, en
rendant compréhensible au lecteur leur organisation. Elles lui permettent de repérer
et de se représenter logiquement, au fur et à mesure de la lecture, comment
sorganisent les intentions des personnages dans une narration, les thèmes dans
un texte documentaire, etc. À cette fin, le lecteur doit être attentif pour repérer
et distinguer les informations qui développent un même thème de celles traitant de
notions différentes. Il doit éventuellement réviser son modèle de situation, le préciser,
voire le transformer.
À cet égard, la distance qui sépare les informations est à prendre en considération,
car elle rend plus ou moins faciles lauto-évaluation et les régulations nécessaires.
Les deux exemples ci-dessous permettent dillustrer ce phénomène.
Exemple 1
« Sur le chantier, larchitecte discute avec les menuisiers. Elle leur demande
de terminer la pose des fenêtres pour la fin de la semaine. »
La première phrase induit chez de nombreux lecteurs la représentation dun groupe
masculin discutant ensemble. Le genre grammatical du mot « architecte » ainsi que
les stéréotypes sociaux qui lui sont associés évoquent une représentation masculine
de larchitecte comme des menuisiers. Le pronom « elle » dans la deuxième phrase
vient contredire cette interprétation initiale qui doit être transformée pour maintenir
la cohérence et percevoir ces deux phrases comme formant un tout et non comme
deux énoncés juxtaposés.
23 — Que signifie comprendre ?
Exemple 2
« La semaine dernière, Yann sest cassé la jambe en tombant de son skate. Son ami
Paul la invité chez lui pour le week-end. Le premier jour, il pleuvait et les garçons
ont regardé des films. Le lendemain, il faisait beau et Paul a eu envie daller nager
au lac. Les garçons adoraient plonger. »
Parmi ces 3 propositions, les élèves sont invités à trouver celle qui constitue
une conclusion adaptée au texte ci-dessus :
— Yann a plongé le premier et sest beaucoup amusé à nager.
— Yann a joué dans le sable et a regardé Paul plonger.
— Les garçons ont décidé de rentrer tôt pour terminer leurs devoirs.
Le choix de la réponse correcte suppose que les élèves puissent maintenir en mémoire
le scénario initial et comprendre que les deux dernières phrases respectent
ce scénario. Les résultats obtenus indiquent que les plus jeunes (CE1 et CE2)
font de nombreuses erreurs (2,80 et 2,87 réponses correctes en moyenne pour
un total de 6 textes lus). Seuls les élèves de sixième donnent en moyenne 5 réponses
correctes sur 6.
24 — Que signifie comprendre ?
En résumé
Comprendre un texte consiste à élaborer une représentation
cohérente et unifiée de la situation décrite (un modèle
de situation), de manière progressive et dynamique,
au fur et à mesure de la lecture.
La compréhension sollicite un ensemble complexe
de connaissances et dhabiletés qui peuvent être
distinguées et regroupées dans deux ensembles :
lensemble des connaissances et habiletés fondamentales
et lensemble des habiletés propres au traitement
du texte. Les premières représentent une fondation
pour la construction des secondes.
Lenseignement de la compréhension au cours moyen
doit permettre aux élèves dapprendre à comprendre
et à utiliser des textes de plus en plus divers et complexes,
au service dobjectifs et dans des contextes euxmêmes
de plus en plus diversifiés. Il sagit notamment de passer
de la compréhension du texte pour lui-même à la compréhension
du texte au service dapprentissages dans les disciplines.
II
Écouter
pour comprendre
un message
26 — Écouter pour comprendre un message
Pour entrer en communication avec lautre et acquérir
le statut dinterlocuteur, lélève apprend à développer
deux habiletés propres à la compréhension, étroitement
dépendantes lune de lautre : écouter pour comprendre,
et être compréhensible pour être entendu. Cette dimension
du langage oral nest pas si naturelle quil ny paraît,
y compris pour des élèves de cours moyen. Comprendre
à loral constitue donc une activité complexe qui conditionne
la maîtrise du langage oral. Cest pourquoi, même si lélève
possède des capacités innées qui le prédisposent à parler,
il est indispensable pour le professeur de lui apprendre
la manière de les utiliser efficacement pour comprendre
et être compris.
Quelles sont les situations
de compréhension de loral
en classe ?
Loral en classe frappe par sa variété. Lélève est en effet exposé à diverses pratiques
de la langue qui vont de la connivence familière propre aux échanges spontanés
à loralisation décrits, en passant par une forme plus scolaire de la langue,
calquée sur les codes de lécrit, bien que marquée par loralité, appelée parfois
« oral scriptural ». Durant sa scolarité, lélève est donc engagé à comprendre dans
des situations orales diverses.
Par exemple, comprendre lobjectif de lapprentissage ; comprendre la consigne
donnée par le professeur ; comprendre les propos dun camarade pour réagir ; com-
prendre un enregistrement monologué ou dialogué pour le reformuler, le résumer, le
commenter, lexpliquer ; comprendre un texte lu par un pair pour pouvoir participer
à un débat ou pour justifier ou argumenter la réponse apportée au questionnement
posé ; comprendre un reportage filmé pour être capable den restituer lessentiel, etc.
Toutes ces situations ne relèvent cependant pas dun même niveau de complexité.
Les situations orales qui permettent à lélève de prendre appui sur des éléments
inducteurs de sens autres que le langage entendu, tels que la gestuelle, le regard,
lexpressivité du locuteur ou les détails dun support-image, sont plus abordables
que celles qui nécessitent de comprendre en sappuyant uniquement sur le langage
entendu. Pour mieux se représenter cette variété langagière, il convient de carac-
tériser les différentes situations auxquelles lélève se retrouve confronté en classe.
27 — Écouter pour comprendre un message
Le langage en situation
Lié à linteraction au sein de la classe entre professeur et élèves, mais aussi entre
élèves, le langage en situation, ancré dans lici et le maintenant, offre à lélève de
nombreuses possibilités pour soutenir sa compréhension. Les ressources présentes
dans linterlocution (la prosodie, le regard, ladaptation des énoncés aux réactions
des locuteurs, la présence dun contexte partagé) et les nombreuses caractéristiques
de loralité (ruptures de construction syntaxique, répétitions…) sont autant de points
dappui pour comprendre ce qui est dit. La dimension pragmatique du langage qui
prend en compte ladéquation de lénoncé à la situation de communication y est plus
aisément perceptible quà lécrit. Cette dimension facilite laccès au lexique comme
à des constructions syntaxiques plus ou moins élaborées. En outre, lélève a la pos­
sibilité dinterpeller le locuteur pour réagir, de revenir sur ce qui vient dêtre dit en le
prenant en compte, ou de le questionner afin de clarifier le sens des propos entendus.
Cette situation de communication est coutumière de lactivité en classe. Cest le cas
notamment pour les passations de consignes formulées oralement par le professeur.
Lélève est amené à comprendre ce qui est attendu de lui pour pouvoir agir, réaliser
avec exactitude la tâche demandée. Formes usuelles du langage en situation scolaire,
les consignes orales revêtent un caractère éphémère : une fois formulées, elles se
volatilisent. Ainsi lélève doit-il non seulement les comprendre, saisir leur relation avec
lobjectif dapprentissage, mais aussi les mémoriser avant de se mettre au travail.
Ne pas perdre de vue ce quil doit faire durant lactivité lui permet aussi de revenir
sur celle-ci, une fois terminée, pour sassurer que sa réponse correspond à ce qui
lui était demandé initialement. Comprendre des consignes est étroitement lié à la
complexité induite par leur diversité même. Simples, elles ne proposent quune seule
tâche à réaliser ; multiples, elles laissent le soin à lélève dinterpréter ce quil doit
faire selon si les consignes se veulent ouvertes ou fermées.
En classe, lélève est également amené à comprendre ce que disent ses camarades au
cours dun travail collaboratif pour pouvoir le réaliser, par exemple. La compréhension
des intentions de chacun pour parvenir à un consensus durant les échanges
interpersonnels est indispensable pour mener à bien le projet.
Le langage décontextualisé
Très présent dans la forme scolaire, le langage décontextualisé introduit une distance
entre le locuteur et lobjet dont il parle. Cest le cas lorsque le professeur évoque en
classe le contenu de lectures, de leçons ou des actions passées ou à venir qui ne
se rattachent pas au vécu immédiat de lélève. Cette situation nécessite un langage
plus précis et plus construit du point de vue de la pensée que le langage en situation,
dans la mesure où il nest plus possible pour le locuteur de sappuyer sur un contexte
partagé qui soutiendrait la compréhension du message reçu. Ces séances dédiées
à la production et à la compréhension de loral décontextualisé sont, de ce fait,
par­ticulièrement opportunes pour introduire un lexique qui va en senrichissant,
mais aussi pour user dune syntaxe la plus proche possible de lécrit.
28 — Écouter pour comprendre un message
En classe, lélève est amené à écouter les autres pour les comprendre et acquérir
de nouvelles connaissances : écouter un exposé, un compte-rendu fait par un
camarade. Il peut mobiliser également, à la suite de cette écoute, les connaissances
quil possède sur le sujet pour réagir à ce qui vient dêtre dit, compléter, questionner,
en prenant en compte les éléments apportés par le locuteur.
Lélève est également soumis à des messages oraux issus denregistrements : écouter
une émission radiophonique, une histoire, mais aussi regarder une capsule vidéo
pour apprendre, réaliser une tâche ou reformuler ce quil a appris afin de le ­partager
avec dautres, etc. Enfin, il peut écouter un texte lu par le professeur ou par un
pair. Outre leur caractère décontextualisé, ces situations posent le problème du
temps de lécoute, le support oral se déroulant selon un rythme propre qui nest pas
nécessairement celui de lélève.
SE CONSTRUIRE PAR LORAL
« […] Cest bien en tant quinstrument psychologique, dans une visée de plus Extrait de larticle
grande égalité scolaire et sociale, quil est important de penser les usages dÉlisabeth ­Bautier,
du langage quil sagit de faire acquérir aux élèves. En effet, ces usages « Et si loral ­pouvait
correspondent à ce qui est moins familier et donc moins mobilisable permettre de ­réduire
par les jeunes et les élèves des familles les moins scolarisées, même les ­inégalités ? »,
si ces usages peuvent avoir trouvé leur fondement scolaire dans une Les dossiers
familiarité de plus en plus grande de la société avec des usages littératiés des sciences
du langage. […] Les usages littératiés se distinguent, voire sopposent aux de ­léducation,
usages spontanés, immédiats, liés au contexte qui les suscite dans loubli n° 36, 201615.
de son apprentissage et dans labsence de travail particulier (travail
qui permet justement la reconfiguration de lexpérience, sa ressaisie
hors de limmédiateté de la communication et de lexpression). Les milieux
sociaux populaires sont souvent plus familiers de ces usages référentiels
et communicatifs ou expressifs et leur accordent plus de valeur, exprimant
une vérité, une réalité quil nest pas possible de modifier. […]
La transformation du rapport au langage passe par le travail sur et durant
les situations dapprentissage qui portent en particulier sur les documents
disciplinaires. Elles permettent de mettre en évidence les différences
que certains élèves doivent apprendre entre “parler de” quelque chose
et “parler sur” quelque chose en convoquant non plus lexpérience,
les opinions, les informations ordinaires, mais en tentant de construire
quelque chose de nouveau qui nest pas déjà là comme possible linguistique
et langagier, pas “déjà là” non plus comme contenu. Mettre à distance,
transformer lexpérience en objet de réflexion et danalyse, scolariser
donc les objets du monde se construit dans le langage et par la langue
qui le réalise. »
15 — https://journals.openedition.org/dse/1397#tocfrom2n2
29 — Écouter pour comprendre un message
Le cas particulier de loralisation de textes
La lecture à voix haute propose de faire comprendre à loral un support de nature
écrite, choisi en fonction de ses qualités lexicales, syntaxiques et de son contenu.
Elle constitue en cela une excellente approche de la compréhension de lécrit, quelle
facilite par les caractéristiques de linteraction : la prosodie, lintonation, lexpressivité,
le regard, etc. En outre, cette activité permet aux faibles lecteurs, entravés dans
leur lecture par une lente identification des mots, de progresser en compréhension,
tout en continuant par ailleurs à améliorer leur fluence de lecture.
Lire en classe ou pour la classe un texte narratif ou documentaire à voix haute
suppose de réunir les élèves autour dun même objet : écouter pour comprendre
un texte. Le geste pédagogique rappelle ici, dune certaine manière, le principe
« dattention conjointe » 16 qui exige une concentration collective sur un même objet,
susceptible de devenir source denseignement. Cette concentration nexclut pas, bien
au contraire, le plaisir de découvrir une histoire ou tout autre texte lu, qui participe
à lattention générale.
Lorsque lélève écoute un texte qui lui est lu à des fins de compréhension, il est aussi
confronté à la langue écrite et développe, outre les habiletés nécessaires à la com-
préhension de loral, celles qui sont exigées par un texte (voir le chapitre 3). Il sagit
en effet ici de comprendre non pas un seul énoncé qui peut être précisé, clarifié
par linteraction, mais un ensemble cohérent dont lorganisation et le déroulement
conditionnent laccès au sens, médié par la lecture à voix haute qui en est donnée.
Quels sont les mécanismes
à lœuvre dans la compréhension
de loral ?
Un lien indispensable avec lexpression orale
Lécole forme des locuteurs capables dexprimer des énoncés oraux de plus
en plus complexes en se faisant comprendre, mais aussi dinterpréter ce quils
écoutent. Ces deux finalités de lenseignement du langage oral ne se conçoivent pas
16 — Lattention conjointe désigne le partage, par ladulte et le très
jeune enfant, de lattention fixée sur le même objet. Cette concentration
commune permet de nommer lobjet et est considérée, en psychologie
développementale, comme un précurseur non verbal du langage.
30 — Écouter pour comprendre un message
lune sans lautre et invitent à travailler le matériau de la langue à savoir le lexique
et la morphosyntaxe, abordés dans le chapitre 1. Apprendre à comprendre à loral
implique donc nécessairement de favoriser lexpression des élèves pour que ces
deux habiletés puissent se renforcer mutuellement : en sexprimant oralement,
ils font appel à leurs connaissances langagières et discursives et les consolident,
ce qui, en retour, améliore leur capacité de compréhension.
Les recherches effectuées depuis plus de vingt ans font en effet état dun large
consensus sur deux points saillants17 :
1. Les capacités de langage oral développées avant lentrée à lécole primaire
prédisent de manière significative les performances de compréhension en lecture
dès le cours préparatoire, mais aussi plusieurs années après, à niveau équivalent
en décodage.
2. Les différences précoces constatées dans le développement du langage oral
ne satténuent pas avec le temps en labsence dintervention particulière. En effet,
on constate, à partir de la troisième année décole primaire, que certains élèves
(les faibles compreneurs)18 se trouvent en difficulté pour comprendre ce quils lisent
alors même quils ont appris à décoder et identifier les mots sans difficulté majeure.
Ces difficultés sont très fortement corrélées à des difficultés dans la maîtrise
des différents aspects du langage (lexical, syntaxique et discursif) qui étaient
déjà présentes avant lentrée à lécole primaire.
Une adaptation à la fugacité du discours oral
La compréhension du discours oral implique une adaptation au caractère éphémère
de lénoncé. Si le lecteur peut interrompre sa lecture, la reprendre, revenir sur un
passage, en ignorer dautres, il ne peut en revanche exercer aucun contrôle sur
lénoncé entendu. À la stabilité de lécrit vient donc sopposer la fugacité du discours
entendu. Émis et reçu simultanément, il est le lieu de pouvoir de lémetteur sur son
récepteur par sa dimension unique et fugace qui exige, de la part de lauditeur,
une attitude de réception très différente de celle de la réception écrite.
Comprendre un message oral, quel quil soit, ne consiste nullement à recevoir
passivement de linflux sonore mais, bien au contraire, à sen saisir activement
pour lassocier volontairement à des connaissances et construire du sens, car on
ne « reçoit » pas le sens, on le construit. Lauditeur donne du sens au message en
le rendant cohérent, il le comprend parce quil met en relation des informations
successives, des inférences, parce quil établit des liens entre les termes du discours
et ceux stockés dans sa mémoire.
17 — Pour des synthèses : Michel Fayol, LAcquisition de lécrit,
Presses universitaires de France : Que sais-je, 2013 ; Maryse Bianco,
Du langage oral à la compréhension de lécrit, Presses universitaires
de Grenoble, 2015.
18 — Il faut rappeler que les faibles compreneurs qui nont pas de
difficultés de langage oral ou didentification des mots écrits sont très
peu nombreux (autour de 1 %). Voir pour une rapide synthèse Liliane
Sprenger-Charolles, Alain Desrochers, Édouard Gentaz, « Apprendre
à lire-écrire en français », Langue française, n° 199, p. 51-67, 2018.
31 — Écouter pour comprendre un message
Cette dimension essentielle de la « fluidité-fugacité » du discours oral est rarement
prise en compte dans lenseignement de la langue orale, à la hauteur du rôle quelle
joue sur les plans cognitif et communicatif. Et si, depuis lémergence de lapproche
communicative, la capacité à mobiliser rapidement les connaissances pour produire
un discours continu à un rythme adapté à la situation fait lobjet dune grande attention
en didactique des langues, cest davantage à lexpression quà la compréhension orale
que cette capacité est réservée. On sait pourtant combien les deux compétences
(comprendre/sexprimer) dépendent lune de lautre.
« De nombreuses expérimentations étudient cependant leffet positif de Stéphanie Roussel,
différentes variables sur la compréhension de loral des élèves. Vandergrift « À la recherche
et Tafaghodtari (2010) les rappellent et citent entre autres lactivation des du sens perdu :
connaissances préalables (Schmidt-Rinehart, 1994), le soutien visuel à comprendre
lécoute grâce à des images (Wilberschied et Berman, 2004) ou à des sous- la compréhension
titres (Stewart et Pertusa, 2004), la ré-écoute du document sonore (Elkafaifi, de loral en langue
2005). Il faut ajouter à cela que la régulation de lécoute grâce à loutil seconde », 201419.
numérique (Roussel et al., 2008) peut aussi aider les élèves à mieux maîtriser
la tâche découte et donc à mieux comprendre. Vandergrift et Tafaghodtari
(2010) montrent également que lenseignement de stratégies découte
globales (cognitives et métacognitives) permet aux apprenants daméliorer
leurs performances en compréhension. »
Une mobilisation constante de connaissances
Pour que la compréhension ait lieu, il est nécessaire que les élèves semparent
de la forme et du contenu de lénoncé :
— la compréhension de loral et celle de lécrit exigent des connaissances lin­
guistiques et des connaissances encyclopédiques ;
— les connaissances linguistiques comprennent les connaissances lexicales
et ­syntaxiques que lélève doit activer ;
— les connaissances encyclopédiques permettent à lélève de se référer au mes-
sage entendu dans sa globalité, en sappuyant à la fois sur ce quil connaît du fond
et de la forme du message. Pour cela, en fonction des situations de communication
orale, il active également des connaissances culturelles propres et prend appui
sur celles des autres, sur les codes, sur les normes du message entendu.
Ce nest donc pas spontanément ou par imitation que les élèves peuvent devenir
des « compreneurs » compétents. Cest pour cela quils doivent recevoir un ensei-
gnement planifié de la compréhension à loral, pour apprendre à sélectionner les infor-
mations importantes des messages entendus, à les décoder et à interpréter les effets
des éléments verbaux, non verbaux et paraverbaux (ton de la voix, intonation, rythme
dun énoncé, etc.) dans la communication. En effet, plus que lécrit qui fournit lappui dun
support visuel, loral possède des registres, des formes, des objectifs extrêmement
19 — http://cle.ens-lyon.fr/plurilangues/langue/acquisition-
du-langage/a-la-recherche-du-sens-perdu-comprendre-la-
comprehension-de-l-oral-en-langue-seconde
32 — Écouter pour comprendre un message
variables. Lélève doit donc adapter en permanence son écoute à la nature du propos
quil découvre. Selon les situations, il est par ailleurs invité à semparer des carac-
téristiques orales du discours, liées à linteraction : les signes verbaux (intonation,
changement de voix, changement de rythme, etc.) et non verbaux (regard, expression
du visage, etc.), lorsque lécoute est associée à la présence du locuteur. Ces variables
sont autant déléments à observer, à prendre en compte et à interpréter.
Comment enseigner
la compréhension de loral ?
Si comprendre un énoncé à loral est fortement travaillé à lécole maternelle et au
cycle 2, pour préparer et soutenir les premiers apprentissages techniques de la
lecture et de lécriture, cet enseignement a tendance à sestomper au cours moyen,
au profit dactivités de lecture et dinterprétation.
« Pour que les élèves gagnent en autonomie dans leurs capacités de lecteur, Extrait du programme
lapprentissage de la compréhension en lecture se poursuit au cycle 3 consolidé du cycle 3,
et accompagne la lecture et lécoute de textes et de documents dont la ministère de
complexité et la longueur sont croissantes. De ce point de vue, les œuvres lÉducation nationale,
du patrimoine et de littérature de jeunesse, les textes documentaires de la Jeunesse
constituent des supports de lecture privilégiés pour répondre à cette et des Sports,
exigence […] Les activités de lecture participent également au renforcement Bulletin Officiel n° 31
de loral, quil sagisse dentendre des textes lus ou racontés pour travailler du 30 juillet 202020.
la compréhension, de préparer une lecture expressive, de présenter
un livre oralement, de partager des impressions de lecture ou de débattre
de linterprétation de certains textes. »
Les attendus en langage oral, fixés pour la fin du CM2 21 , font apparaître les
compétences à développer au cours moyen. En situation découte, lélève :
— soutient une attention longue (15 minutes environ) en vue dune restitution orale
de lessentiel dun message ou dun texte entendu ;
— adapte son écoute de façon à prélever les informations importantes, repérer leurs
enchaînements et les mettre en relation avec les informations implicites, en fonction
des différents genres de discours entendus (récit, compte rendu, exposé, etc.) ;
— identifie les effets des éléments vocaux et gestuels dans un discours ;
— lève les difficultés de compréhension rencontrées dans le cadre dune seconde
écoute guidée par le professeur.
20 — https://eduscol.education.fr/87/j-enseigne-au-cycle-3
21 — Attendus de fin dannée de CM2 (français). https://cache.media.
eduscol.education.fr/file/Attendus_et_reperes_C2-3-4/73/9/09-
Francais-CM2-attendus-eduscol_1114739.pdf
33 — Écouter pour comprendre un message
Développer des compétences particulières
chez les élèves
LE CHOIX DES SUPPORTS
Le choix des supports doit être motivé. Leur sélection repose sur une prise en compte
des modes de communication : paroles authentiques (interviews, conversations,
débats, discours officiels, etc.) ; écrits oralisés (histoires, documentaires, dialogues,
chansons, témoignages lus par un tiers ou enregistrés) de plus en plus complexes.
Elle tient compte également des situations dénonciation (qui parle ? à qui ?),
des ­difficultés lexicales, syntaxiques, référentielles, mais aussi du rythme et du
débit, de la durée de lécoute, de la qualité du support. Le professeur veille également
à choisir des supports permettant aux élèves détablir des liens avec ce quils ont déjà
appris ou avec ce quils sont en train dapprendre, et ce, dans toutes les disciplines.
LA PRÉPARATION DE LÉCOUTE
Préparer lélève à écouter est essentiel.
Pour rendre efficace lécoute, le professeur organise matériellement la séance,
mobilise la concentration des élèves sur ce qui va être entendu. Il indique précisément
lobjectif de lécoute et en varie les modalités : écouter pour restituer des informations
précises, écouter pour répondre à une question plus globale, écouter pour prendre
part ensuite à un débat, exprimer un point de vue. Il cible un objectif à la fois après
avoir montré explicitement à lélève les procédés qui lui permettent de répondre au
questionnement proposé. Lorsquil a une idée précise de lobjet du travail, lélève est
en condition optimale et active découte : il sait pourquoi il écoute.
Par exemple, le professeur peut, avant laudition :
— introduire le document sonore : nature, thème, lien avec les écoutes précédentes ;
— présenter la situation ou le contexte ;
— recueillir ce que les élèves connaissent du sujet, collecter les connaissances ;
— discuter du thème, du sujet abordé ;
— introduire le vocabulaire éloigné des références culturelles des élèves.
Le professeur indique ensuite lobjectif de lactivité, par exemple : « Vous allez
­écouter pour :
— indiquer où se trouvent les personnages ;
— identifier tous les lieux dans lesquels se rend le personnage ;
— repérer les informations qui permettent de répondre aux questions “Que veut
chaque personnage ?”, “Que sait-il ?”
— répondre à la question “Pourquoi Robin ne répond-il pas ?” ;
— trouver dans quel contexte social se déroule lextrait ;
— dire qui sexprime dans le documentaire ;
— repérer les éléments nouveaux, introduits dans lextrait. »
34 — Écouter pour comprendre un message
LA RÉITÉRATION DES SITUATIONS DÉCOUTE
La réitération de lécoute ainsi structurée facilite le repérage progressif des éléments
significatifs pour répondre au questionnement posé. Lélève, sachant ce quil doit
discerner, concentre principalement son attention sur le passage qui lui permet de
vérifier les propositions émises à la suite de la première écoute. Cibler alors cette
nouvelle écoute sur les éléments qui lui font défaut pour comprendre lui permet
danticiper le moment où il devra porter son attention. La mémorisation des mots,
des segments de phrases pertinents sen voit dautant facilitée quelle concourt à
développer la justification, largumentation pour valider ou réfuter les réponses
apportées. Une nouvelle écoute permet en effet aux élèves de réviser, corriger
et compléter les interprétations, en prenant conscience des déplacements de
linterprétation et des procédures mises en œuvre.
La réitération dune situation découte, quelle soit identique ou partielle, entraîne
par ailleurs la nécessaire systématisation des procédures quil convient de mobiliser
pour comprendre loral.
LA PROGRESSIVITÉ DU TRAVAIL DÉCOUTE
Lapprentissage dune écoute de plus en plus experte nécessite dêtre progressif, car
il requiert des compétences solides en mémorisation et en compréhension. Lélève ne
peut parvenir seul à mémoriser, à restituer et à justifier sa compréhension en prenant
appui spontanément sur des éléments, notamment les éléments inférentiels.
Aussi le professeur analyse-t-il préalablement les supports proposés à lécoute
pour organiser la progressivité de lapprentissage. Il retient des supports pertinents
et suffisamment résistants pour développer des compétences en compréhension.
Il choisit ces supports selon la capacité des élèves, selon leur complexité en fonction
de différents critères22 .
22 — Voir le chapitre 5 qui fournit des éléments précis sur le choix
des textes.
35 — Écouter pour comprendre un message
EXEMPLES DE SITUATIONS DÉCOUTE
Situation
Type Exemples Ressources possibles
découte
En présence Propos Consignes Site Éduscol
dun ­locuteur monologué données par https://eduscol.education.
le professeur, fr/226/francais-cycle-3-le-
présentation langage-oral
dun travail,
Trois fiches pédagogiques :
lecture à voix
haute dun texte, « Que fait l'élève quand
récit dun il écoute une leçon ? »
moment vécu « Écouter peutil
par un élève être un objectif
(événement, d'apprentissage ? »
compte-rendu « Paroles d'enseignant,
dexpériences…), paroles d'élèves :
etc. paroles partagées ? »
En présence Propos Discussion France Info junior.
de plusieurs dialogué ou débat réglé, Interactions
locuteurs argumenté denfants et dadultes.
dans le cadre Durée : 5 minutes.
dune séance Fréquence : hebdomadaire.
dEMC, Direct et Podcast, public : CM.
de littérature, https://www.francetvinfo.
dhistoire, fr/replay-radio/france-info-
ou audition junior/
dune pièce
Salut linfo.
de théâtre,
Interactions denfants.
dune interview,
Durée moyenne : 10 minutes.
dun débat
Fréquence : hebdomadaire.
enregistré, etc.
Direct et podcast, public :
CE1-CM2
https://www.francetvinfo.
fr/replay-radio/salut-l-
info/
Olma. Podcast pour
les 8-12 ans pour
partir à la découverte
des sciences. Nombreuses
émissions en réécoute,
au choix de lenseignant…
https://www.franceinter.fr/
emissions/olma
36 — Écouter pour comprendre un message
Situation
Type Exemples Ressources possibles
découte
Enregistrements Propos Documents Un jour, une question,
accompagnés monologué sonores : sur Lumni, répond
dimages ou dialogué livre audio, aux questions denfants
capsule dans tous les domaines
vidéo dun du programme. Vidéo
documentaire, et verbatim, durée :
dun témoignage, 1 à 2 minutes.
dune leçon, https://www.lumni.fr/
dun fait divers, marque/1-jour-1-question
etc.
Actualités filmées :
https://enseignants.lumni.fr/
Leçons filmées :
https://www.lumni.fr/
article/la-maison-lumni-
le-programme-pour-les-
eleves-de-primaire
« Cardie Caen : un exemple
d'exposé ». Des élèves
du collège Grémillon
de Saint-Clair-sur-Elle (50)
réalisent un exposé
avec leur professeur de SVT
sous la forme d'une vidéo
à la manière d'une émission
célèbre.
https://www.dailymotion.
com/video/x36yzwc
Enregistrements Propos Discours, Les Odyssées.
audio monologué récit à plusieurs Pièce radiophonique.
ou dialogué voix, entretien, Durée moyenne :
interview, 17 minutes.
débat, émission Podcast, public :
radiophonique, du CE1 au CM2.
etc. https://www.franceinter.fr/
emissions/les-odyssees
Répertoire de documents
sonores ou vidéo autour
de la littérature française
http://flenet.unileon.es/
culturecours.htm
Bibliothèque de livres audio
gratuits et téléchargeables
http://www.litteratureaudio.
com/notre-bibliotheque-de-
livres-audio-gratuits
37 — Écouter pour comprendre un message
LE DÉVELOPPEMENT DE LA MÉMORISATION
Sentraîner à comprendre des messages oraux nécessite surtout et avant tout une
réelle capacité des élèves à garder en mémoire ce qui est entendu. Sans mémorisation
des informations, lécoute est vaine. Cette activité contribue donc à linstallation
des capacités fondamentales décrites dans le chapitre 1, notamment à celle de la
mémoire de travail (voir glossaire). Le professeur apprend aux élèves à organiser
les informations entendues à des fins de restitution. Il les engage régulièrement
dans des activités langagières qui soutiennent la mémorisation de lénoncé à court,
moyen et long termes, après le travail découte. Il leur demande par exemple de :
— raconter : cette activité induit une hiérarchisation des informations essentielles,
distincte de lénoncé. Lélève utilise ses propres mots et tournures syntaxiques.
Exemple : « De quoi parle cet extrait ? »
— reformuler : cette activité aide à structurer une pensée claire pour sexprimer,
clarifier ses propos, construire et intégrer ses connaissances. Lénoncé que
produit lélève devient pour lui modélisant et structurant, et contribue à développer
ses compétences langagières.
Exemple : « Quelles informations lartisan donne-t-il sur son métier ? Réponds
avec tes propres mots. »
— résumer : cette activité mobilise une activité cognitive plus complexe que les
précédentes. Lélève doit restituer lessentiel, sans détails ni superflu, en tenant
compte des informations inférentielles conceptualisées dans le respect du point
de vue de celui qui parle. Lénoncé peut être résumé dans son intégralité ou
partiellement : résumer, par exemple, un passage dont les informations portant
sur des inférences ont nécessité une explicitation collective.
Exemple : « Qui peut rappeler rapidement ce que nous apprend ce passage sur
le personnage ? »
Ces activités langagières concourent à développer le langage en situation tout comme
le langage décontextualisé.
PRINCIPES DE LA LECTURE INTERACTIVE23
Intégrer lélève à la lecture à haute voix et le rendre actif au cours de la lecture
permettent de pallier limpossibilité de lauto-évaluation et, plus encore, de la
régulation permise par la lecture autonome en silence. Il sagit de favoriser, au
cours de la lecture, ou lors dune relecture, au-delà de la compréhension du lexique
(compréhension superficielle), la construction dun modèle de situation, qui rend
possibles la compréhension profonde et lengagement du lecteur. On préférera à cet
égard poser aux élèves des questions ouvertes, plutôt que de simples questions de
restitution, qui ne sollicitent pas directement la compréhension profonde du texte
et ne permettent pas à lenseignant de savoir ce que lélève a compris. Aussi un
questionnement ouvert, engageant léchange voire le débat, doit-il être privilégié.
23 — Maryse Bianco, Laurent Lima, Comment enseigner
la compréhension en lecture ?, Hatier, p. 18-35, 2017.
38 — Écouter pour comprendre un message
Il permet à lélève de sexprimer librement, que ce soit pour construire avec les autres
le sens du texte ou pour les faire adhérer à sa propre représentation de lénoncé.
Il permet également au professeur didentifier les obstacles à la compréhension
rencontrés par lélève. Ce repérage doit orienter la suite du questionnement,
précisément sur les passages que lélève na pas compris ou sur lesquels son
attention ne sest pas portée, afin de laider à dépasser ces incompréhensions
ou ces manquements de lecteur-auditeur. Cest à cette condition que lélève peut
comprendre lénoncé dans sa globalité.
Les questions peuvent être de lordre du « qui ? quoi ? quand ? », mais aussi
« comment ? » et « pourquoi ? ». Elles peuvent interroger lélève sur sa réception
(« Quavez-vous pensé de ce texte ? Est-ce quil vous a plu ? Pourquoi ? »), sur le lien
quil opère entre ce qui lui est lu et son expérience personnelle ou dautres lectures
quil a menées. Elle peut le conduire à imaginer une suite à ce qui est lu. En fonction
du type de texte, il convient dintroduire ce questionnement dès la première lecture
ou de laisser intacte la découverte dun récit, par exemple, pour ne pas en perdre
le plaisir et recueillir une première compréhension en différant le questionnement
à une deuxième lecture. Lorsque le questionnement est conduit, il peut suivre les
étapes fondamentales de la compréhension du texte-support et mimer le travail
dauto-évaluation et de régulation que lélève mènerait seul, sil lisait lui-même le
texte. Ainsi le lecteur se fait-il médiateur entre lauditeur et le texte et laisse-t-il
entendre, dune certaine manière, le travail de compréhension à lœuvre bien que
silencieux lors dune activité de lecture autonome.
Létayage du professeur dans la construction de la pensée est indispensable pour
que les élèves soient amenés à démêler les zones dombre qui auraient pu échapper
à leur vigilance. Par ses questions et relances permanentes, le professeur invite les
élèves à aller au-delà de la surface et de la compréhension lexicale de lénoncé, pour
en construire activement le sens, en écartant les fausses pistes interprétatives.
UNE RÉFLEXIVITÉ CONSTANTE
Le langage oral constitue un vecteur essentiel pour entrer dans la culture de lécrit.
Quels que soient la stratégie, le support utilisé, le domaine denseignement dans lequel
la compréhension sexerce, il constitue le médiateur privilégié pour construire une
démarche réflexive permettant aux élèves de stabiliser les informations entendues.
Il est donc important pour le professeur de favoriser chez ses élèves un oral structuré
permettant de verbaliser les activités cognitives et métacognitives quils mobilisent.
Lune des étapes essentielles de la démarche réflexive est celle au cours de laquelle
lélève découvre quil avait seulement cru comprendre un contenu, lors dune phase
initiale de son travail, et quil a maintenant atteint la compréhension véritable du texte.
Pour lenseignant, le signe objectif en est la capacité délaborer, de généraliser ou de
contester les affirmations présentées dans le texte. Pour lélève, comprendre se
traduit par des possibilités nouvelles de réflexion individuelle et de communication.
En effet, exprimer sa compréhension au sein dun collectif ou dans le cadre dune
relation duelle nécessite de se faire comprendre des autres, ce qui sous-entend, pour
lélève, dapprendre à clarifier sa pensée. Le professeur de cours moyen soutient
39 — Écouter pour comprendre un message
lélève dans cette expression en instaurant un dialogue didactique. Le rôle des pairs
est tout aussi important pour aider lélève qui sexprime à clarifier ce quil naurait
pas compris, en le questionnant.
Dans le domaine de la lecture, le développement du langage et celui de la pensée vont
donc de pair. Cest pourquoi le professeur favorise la relation interlocutive entre les
élèves. En apprenant à structurer ses propos à loral, lélève apprend à exprimer une
pensée claire, cohérente et pertinente en employant une syntaxe et un vocabulaire
adaptés. En se faisant comprendre explicitement, il développe des habiletés qui lui
permettent dentrer plus aisément dans la compréhension à loral et à lécrit.
Mettre en place des modalités
denseignement
Par un enseignement explicite et des entraînements systématiques réguliers,
les élèves sont en mesure de porter leur attention sur lessentiel du message
et de retenir des indices éclairant leur compréhension.
UN ENSEIGNEMENT EXPLICITE
Une explicitation du professeur avant, pendant et après la séance est essentielle
pour permettre à lélève de progresser et de prendre conscience de ses progrès.
Le chapitre 5 détaille la démarche de lenseignement explicite, qui vaut pour la com-
préhension de loral et de lécrit.
UN ENSEIGNEMENT SYSTÉMATIQUE
Comme lenseignement de la compréhension de lécrit, lenseignement de la
compréhension de loral est rigoureusement programmé sur lannée et organisé
en séquences dapprentissage dont les objectifs sont clairement définis et
progressifs. Ces séances sont inscrites à lemploi du temps. Le professeur veille
à alterner les temps longs dédiés à lapprentissage et les temps courts dédiés aux
entraînements concourant à lautomatisation des procédures, en variant les contextes
et les supports. Des entraînements en autonomie, à partir denregistrements et dans
un espace dédié au sein de la classe, prolongent ces situations découte dirigées.
UN ENSEIGNEMENT PROGRESSIF ET STRUCTURÉ
Pour atteindre les objectifs attendus à la fin de chaque année du cours moyen,
les ­professeurs sappuient sur le travail engagé au cycle 2. Ils organisent le parcours
de lélève de manière progressive, cohérente et partagée avec les professeurs de 6e.
Les objectifs dapprentissage sont déclinés et répartis sur les différents niveaux.
Une réflexion partagée sur le type des messages à écouter et leur pertinence au
regard des objectifs retenus contribue fortement à la construction de compétences
solides chez les élèves.
40 — Écouter pour comprendre un message
UN TRAVAIL EN GROUPE
Travailler en groupe restreint, voire en binôme, favorise lengagement des élèves.
Les interactions sont plus nombreuses quen classe entière et contribuent de manière
significative à lamélioration des capacités de compréhension.
Le travail en groupe restreint est une modalité à investir autant que possible, car
il permet de :
— motiver la compréhension par la nécessité de transmettre un message à
un interlocuteur qui lignore, en proposant lécoute dextraits différents
dune même œuvre ;
— construire du sens à travers linteraction. Ainsi, lécoute multiple en petit groupe
est remplacée par les apports complémentaires des autres groupes.
UN ENSEIGNEMENT DIFFÉRENCIÉ
La verbalisation collective des activités cognitives mises en jeu pour comprendre
permet au professeur didentifier les obstacles rencontrés par les élèves. Il peut
immédiatement y remédier en dirigeant ou en redirigeant lattention des élèves sur
ce que lénoncé dit ou ne dit pas. Ce repérage lui permet dadapter, lors de la séance
suivante, le support proposé à lécoute aux capacités des élèves, selon les besoins
identifiés durant les interactions.
Le recours à des enregistrements, réalisés par le professeur de la classe ou issus
de maisons dédition, permet également de différencier le travail de compréhension
orale. Ces supports, par la possibilité quils offrent de contrôler lécoute par la
permanence du message (retour en arrière, pause, réécoute), constituent des aides
différenciées pour sentraîner à comprendre individuellement des messages oraux
adaptés à la progression des élèves, selon le type dénoncés, la longueur retenue.
42 — Écouter pour comprendre un message
En résumé
De nombreuses capacités sont acquises très précocement,
sans apprentissage explicite, bien avant lentrée
en CP aux niveaux phonologique, lexical, syntaxique,
morphologique, sémantique et pragmatique. À lécole,
cet apprentissage débute au cycle 1, se prolonge au cycle 2
et sintensifie au cycle 3.
Comprendre des énoncés oraux fait nécessairement
lobjet dun enseignement spécifique, explicite et régulier.
Cet enseignement peut être dissocié de celui conduit
en compréhension de lécrit.
Comprendre des énoncés oraux requiert lapprentissage
de stratégies mobilisables à toutes situations
de compréhension, quels que soient le domaine
denseignement et le support choisi (textes narratifs,
documentaires lus, textes racontés, interviews, etc.).
Les activités de compréhension orale sappuient
impérativement sur une participation active et réflexive
des élèves dans la quête et la reconstitution du sens.
Et en sixième ?
— Le professeur de français continue à organiser,
en petits groupes, des séances de compréhension
de loral quil articule étroitement à létude de la langue.
— Il continue à donner à entendre des textes littéraires,
notamment avec les petits déchiffreurs. Il a recours
à des livres audio.
— Il valorise la lecture oralisée des élèves, qui constitue
un moyen de continuer à travailler la compréhension
de lécrit.
III
Lire pour
comprendre
un texte
44 — Lire pour comprendre un texte
Tout au long du parcours de lélève, la compréhension
de lécrit joue un rôle central dans les apprentissages.
À ce titre, elle est travaillée en parallèle de la compréhension
de loral, aux cycles 1 et 2, puis consolidée durant les deux
années du cours moyen, principalement par la mise
en œuvre dactivités diverses de lecture. Il est ainsi
indispensable de poursuivre et dintensifier, par des
entraînements systématiques et réguliers, lenseignement
par lexplicitation des habiletés mobilisées pour comprendre
lécrit, en confrontant lélève à la lecture de textes narratifs
et documentaires de plus en plus longs et complexes.
Lenseignement par lexplicitation des habiletés
de compréhension, mené conjointement à létude
de la langue, permet dassurer aux élèves lautonomie
suffisante requise en lecture pour répondre
aux exigences du collège.
Les habiletés propres au
traitement du texte continu 24
Comme la montré le chapitre 1, les habiletés propres au traitement du texte continu
(ou du discours) reposent sur la capacité de lélève à en comprendre la cohérence
locale et globale, à réaliser des inférences fondées sur le texte, à mobiliser ses
connaissances sur la structure de lécrit et sur des stratégies dauto-évaluation
et de régulation. Une fois construites, ces habiletés de second niveau expliquent,
en grande partie, les performances de compréhension. Lorsquon lit un texte continu,
la cohérence du sens de ce dernier se construit aux niveaux local et global. Cest ainsi
que sélabore un modèle de situation adapté25.
Le fondement de ces habiletés, appliquées au texte continu, repose sur la capacité
de lélève à identifier les mots écrits avec précision et rapidité (voir chapitre 1).
24 — Voir note 7, chapitre 1, p. 13.
25 — Le modèle de situation (défini au chapitre 1, p. 11) consiste
à élaborer une représentation cohérente et unifiée de la situation
décrite, de manière progressive et dynamique, au fur et à mesure
de la lecture du texte.
45 — Lire pour comprendre un texte
La fluidité de lecture en contexte
La fluidité de lecture en contexte (ou fluence de texte) est définie comme la capacité à
lire un texte à haute voix, au rythme de la parole, avec une prosodie adaptée. Il sagit
dune lecture non seulement rapide, mais aussi expressive qui dépend de la bonne
maîtrise des mécanismes didentification des mots et de lintégration dautres
­capacités langagières.
La fluidité de lecture en contexte, quand elle répond aux critères de vitesse et de
prosodie, signe donc la bonne maîtrise de tous les aspects de la lecture. Elle évolue
tout au long de lécole élémentaire :
— à la fin du cours préparatoire, la lecture des mots et des textes est largement
équivalente. On observe que le NMCLM26 est équivalent à lépreuve de lecture
de mots et de texte. Il est en moyenne de 35 mots en France, avec une variation
dune dizaine de mots en fonction des mots ou textes donnés à lire.
— très vite, à partir de la fin du CE1, la fluidité de lecture en contexte se distingue
de la fluence de mots et de pseudo-mots parce que la lecture de texte intègre dès
ce moment dautres capacités langagières, et parce que les textes contiennent
de nombreux mots brefs et très familiers. Le NMCLM devient supérieur lors
de la lecture de texte par rapport au score observé lors de la lecture dune liste
de mots, qui lui-même est supérieur à celui de la lecture de pseudo-mots.
Évolution moyenne du nombre de mots lus par minute
140
120
100
80
60
40
20
0
Début CP Fin CP Fin CE1 Fin CE2 Fin CM1
Nombre de mots lus (1 minute)
Fluence de texte
Nombre de pseudomots lus (1 minute)
Figure 2. Évolution de la fluence de décodage, didentification de mots et de fluidité de lecture en contexte
pour un échantillon denviron 500 élèves français27.
26 — NMCLM : nombre de mots correctement lus à la minute.
27 — Pascal Bressoux, Carole Hanner, Maryse Bianco et al.,
Rapport final de la recherche LONGIT, Convention de recherche
n° 2014-DEPP-026, Université Grenoble-Alpes, 2020.
46 — Lire pour comprendre un texte
Développer et perfectionner la fluidité de la lecture, qui intègre, au-delà du NMCLM,
des éléments de prosodie 28 , représente un enjeu important de lenseignement
de la lecture au cours moyen, car cette capacité lie la compréhension des textes
aux strictes habiletés de décodage.
La connaissance des structures textuelles
Le chapitre 1 a rappelé combien lorganisation du texte (ponctuation, structure
des paragraphes, titres, intertitres, sommaires, etc.) offre autant de marques
qui concourent, quand elles sont connues, à la compréhension de la cohérence
du texte. Au-delà de ces organisateurs généraux, les différents types de textes ont
leurs propres caractéristiques. Une narration nest pas organisée comme un texte
documentaire et ne contient pas les mêmes catégories dinformations que lui.
LA STRUCTURE NARRATIVE
La structure narrative, de loin la structure la plus étudiée et la mieux connue
des jeunes enfants, est organisée autour des personnages, de leurs intentions
et des buts de leurs actions. Ceux-ci fondent lorganisation temporelle et causale des
­épisodes de lhistoire. Les narrations, inspirées de situations réelles ou imaginaires,
développent des récits faisant appel à des connaissances relatives, entre autres,
aux relations interpersonnelles, aux émotions qui motivent les comportements
et les buts des personnages.
LES TEXTES DOCUMENTAIRES
Les textes documentaires sont destinés à informer. Ils abordent des thèmes
variés parfois abstraits, relevant souvent des connaissances acquises lors
des enseignements, et renvoyant peu à lexpérience personnelle. Les idées sont
organisées logiquement et répondent rarement à une structure unique, car ces
écrits combinent différentes modalités typiques des textes explicatifs, telles que
la description, lénumération, la comparaison, lexposition de chaînes causales ou
de raisonnements visant à résoudre un problème. Ils intègrent également souvent
des schémas destinés à présenter les données. La connaissance de ces modalités,
la capacité à les distinguer les unes des autres sont des prédicteurs significatifs
de la compréhension et de la rédaction de paragraphes informatifs chez les élèves
de cours moyen.
Les textes documentaires se distinguent aussi par leurs caractéristiques lexicales
et morphosyntaxiques différentes de celles des narrations. Les documentaires
contiennent moins de mots familiers et plus de mots abstraits et conceptuellement
complexes. Les marques de cohésion référentielle (pronoms, expressions
répétées, etc.) sont plus fréquentes que dans les narrations.
28 — Maryse Bianco, conférence « La fluence en lecture au cycle 3 »,
2021. https://tube.ac-lyon.fr/w/4ViGrzLP3ZofTV8tPBgw5k
47 — Lire pour comprendre un texte
En fonction des textes proposés, les habiletés langagières qui concourent à la
compréhension sont donc sollicitées à des degrés divers. Un même individu atteindra
des niveaux de compréhension différents selon les textes quil doit traiter.
LES DIFFÉRENCES DE TRAITEMENT ENTRE LES TEXTES DOCUMENTAIRES
ET LES TEXTES NARRATIFS
Les textes documentaires se distinguent généralement des textes narratifs par :
— un lexique abstrait, souvent spécialisé, mais difficile à mémoriser, surtout lorsque
le lecteur ne dispose pas ou que très peu de connaissances préalables sur le thème
abordé. Cette fragilité gêne le recours au contexte pour c ­ omprendre les nouveaux
éléments lexicaux et effectuer les inférences nécessaires à la ­construction de la
cohérence ;
— une complexité syntaxique qui peut nuire à la compréhension de la construction
de la phrase ;
Par exemple, lidentification des antécédents des pronoms relatifs dans la
phrase suivante peut être malaisée pour un élève de cours moyen : « Le dérè-
glement du climat entraîne une recrudescence de catastrophes naturelles qui
se manifestent sous la forme de coups de vent, tempêtes, cyclones, tornades,
pluies diluviennes, ­inondations, éboulements, coulées de boue et sécheresses
qui népargnent pas les centres urbains… »
— des inférences de connaissances plus abstraites, moins familières que celles
présentes dans les narrations.
Le travail sur les textes documentaires, comparativement à celui qui est conduit
sur les textes narratifs, reste encore trop rare à lécole primaire, en France.
Cest probablement une des raisons qui expliquent les difficultés particulières des
élèves de cours moyen à comprendre ces textes, comme lindiquent les résultats
des enquêtes internationales, Pirls29 notamment.
Stratégies et automatismes
Un lecteur compétent lit de manière fluide et stratégique : fluide, parce quil a construit
des automatismes de lecture mais aussi de compréhension qui lui permettent
dadapter, au fur et à mesure de sa lecture, le modèle de situation ; stratégique,
parce quil peut, dans le même temps, autoévaluer sa compréhension et sengager
dans une activité délibérée et réfléchie pour résoudre les difficultés rencontrées.
29 — Létude internationale Pirls 2016 mesure les performances
en compréhension de lécrit des élèves en fin de quatrième année
de scolarité obligatoire (CM1 pour la France), voir chapitre 1, p. 10.
48 — Lire pour comprendre un texte
QUENTEND-ON PAR STRATÉGIES ?
Comme les inférences, les stratégies sont des modes de raisonnement mis en œuvre
dans deux circonstances distinctes et complémentaires :
— lorsque les automatismes sont défaillants, autrement dit chaque fois quune
difficulté est détectée ;
— lorsque le lecteur doit répondre aux objectifs quil se fixe ou qui lui sont fixés.
Les stratégies, définies comme un ensemble de règles mentales (ou procédures),
sont mobilisables de manière délibérée et sous le contrôle de lattention.
Elles nécessitent donc une prise de conscience. En tant que telles, elles dirigent le
comportement du lecteur et laident à garder une attitude dinterprétation active.
Ces comportements stratégiques émergent très tôt (dès 3 ans), dès que les enfants
commencent à se familiariser avec les textes (les histoires en majorité). Ils se
développent et deviennent cependant plus élaborés, de manière graduelle et continue,
au cours de la scolarité. Il sagit dun apprentissage de longue haleine qui se révèle
parfois difficile et nécessite un enseignement explicite.
On distingue les stratégies en fonction du moment de la lecture auquel elles
sappliquent :
identifier des objectifs de lecture ;
émettre des hypothèses de lecture en fonction
AVANT LA LECTURE des objectifs fixés ;
(stratégies de prélecture)
prendre des points de repère dans le texte
pour se familiariser avec sa structure.
faire des inférences afin délaborer un modèle
de situation pertinent ;
relire, paraphraser ;
visualiser, imaginer, etc. ;
PENDANT LA LECTURE auto-expliquer mentalement et à haute voix,
(stratégies de construction en se posant éventuellement des questions
des modèles de situation) (Qui ? Quoi ? Quand ?) ;
découper le texte et/ou les phrases complexes
pour se repérer dans leur structure ;
chercher le sens des mots inconnus
qui bloquent la compréhension.
effectuer une synthèse en identifiant les idées
APRÈS LA LECTURE principales (résumé, schéma, etc.) ;
(stratégies de compréhension
évaluer sa lecture (Quai-je appris ?
appliquée)
Aije atteint lobjectif fixé ?).
49 — Lire pour comprendre un texte
Les faibles compreneurs rencontrent des difficultés dans tous les aspects de la
lecture stratégique. Ils repèrent moins facilement les endroits du texte soulevant
un problème. Lorsquils les détectent, ils échouent généralement à utiliser une
stratégie adaptée pour y remédier. Ils sont donc démunis face à leurs difficultés,
soit parce quils ne disposent pas des raisonnements adaptés, soit parce quils ne
savent pas lesquels utiliser. La stratégie générale de relecture est par exemple
souvent proposée aux élèves qui éprouvent une difficulté de compréhension.
Or, Van den Broek et ses collaborateurs30 ont observé que, du CM1 à la 3e, les élèves
faibles compreneurs effectuent des relectures moins ciblées que leurs camarades
meilleurs lecteurs, quand ils sont confrontés à une difficulté. Ils relisent en effet
des paragraphes entiers peu pertinents pour interpréter le segment de texte
qui a provoqué la relecture, alors que les meilleurs lecteurs ciblent les passages
stratégiques utiles à la compréhension. Cette stratégie de relecture ciblée, lorsquelle
« nest pas spontanément mise en œuvre ou pas de manière opportune, doit faire
lobjet dune instruction stratégique associant la procédure, sa simulation et ses
conditions de mobilisation ».
Dune manière générale et tout comme pour lenseignement des procédures
dinférence, lenseignement direct de stratégies de lecture et de compréhension31
améliore les performances des élèves à tous les niveaux de la scolarité, primaire et
secondaire. Il est particulièrement adapté aux élèves les plus fragiles. La synthèse
de ces travaux a conduit certains organismes tels que lEducation Endowment
Foundation32 en Grande-Bretagne, à recommander lenseignement des stratégies
de ­compréhension par le modelage 33 et la pratique guidée, autrement dit, par
un enseignement direct, pour améliorer les capacités de compréhension des élèves
de lécole primaire. Les stratégies les plus efficaces sont celles qui proposent
dengager les élèves vers une compréhension approfondie des textes stratégies
« pendant la lecture » et celles qui proposent des activités dorganisation et de
synthèse de linformation après la lecture.
30 — Paul Van den Broek, Mary Jane White, Panayiota Kendeou,
Sarah Carlson, “Reading Between the Lines: Developmental
and Individual Differences in Cognitive Processes in Reading
Comprehension”, in Richard K. Wagner, Christopher Schatschneider,
Caroline Phythian-Sence (Eds.), Beyond Decoding: the Behavioral and
Biological Foundations of Reading Comprehension, The Guilford Press,
New York, p. 107-123, 2009.
31 — Voir le chapitre 4.
32 — “Improving Literacy in Key Stage 2”, Education Endowment
Foundation, Londres, 2017. https://educationendowmentfoundation.
org.uk/tools/guidance-reports/literacy-ks-2/
33 — Voir le chapitre 5 qui explicite la notion de modelage.
50 — Lire pour comprendre un texte
POURQUOI EST-IL IMPORTANT DE CONSTRUIRE DES AUTOMATISMES ?
Dans lenseignement de la lecture, lidée dautomatisme est la plupart du temps
réservée à la construction des procédures de décodage. Pourtant, de nombreux
traitements en compréhension, y compris inférentiels, relèvent dautomatismes.
Ces processus sont si fortement ancrés quils sont mis en œuvre sans que nous
y prêtions attention et sans que nous en prenions conscience, chaque fois que leur
mobilisation est requise. Ils se manifestent par la prise en compte de la prononciation
contextualisée des mots (ferment, couvent, notions, etc.), linterprétation des mots
polysémiques, la compréhension des substituts du nom, des relations causales,
temporelles et spatiales. De nombreuses inférences de connaissances relèvent
dautomatismes chez le lecteur-compreneur expert.
Cette automatisation fait de la compréhension des textes une activité cognitive
dans laquelle les mécanismes didentification et de construction du sens sont
­fortement intégrés chez le lecteur aguerri. Elle est à lorigine du sentiment dévidence
quéprouve ce dernier tant il élabore avec facilité le modèle de la situation décrite,
au fur et à mesure de sa lecture.
Par exemple : « Cétait un mardi matin, le jour de la gym. Je traversais le parc Alphonse
Bourdon en traînant mes baskets, pas pressé du tout darriver à lécole. Il faut dire
que le jour de la gym est le jour que je déteste le plus au monde parce que je ne suis
pas très bon en sport. Enfin… même pas bon du tout, si je veux être honnête34 . »
Tout lecteur entraîné, à mesure quil identifie les mots, élabore ici un scénario dans
lequel un écolier, lair peu enthousiaste, traverse un parc dun pas nonchalant.
Les lecteurs experts saccordent sur lessentiel de cette interprétation tandis que
les autres peuvent penser que le personnage sappelle Alphonse Bourdon, ou ne pas
avoir identifié que le narrateur est un garçon.
Lactivité de compréhension a donc pour particularité dimpliquer autant
dautomatismes que de traitements conscients, ce qui conduit à souligner deux
points dattention importants pour lenseignement.
— Premier point dattention : lanalyse anticipée, par le professeur, des habiletés
qui doivent être maîtrisées pour lire et comprendre un texte. Cette analyse est
difficile pour qui nest pas habitué à lexercice, dautant plus lorsque le texte
proposé semble simple et sa compréhension « évidente ». Elle est cependant
fondamentale pour prévoir et comprendre les difficultés possibles des élèves,
proposer les justifications et activités de régulations pertinentes pour les aider
à les surmonter. Dans lexemple donné, le professeur peut, par exemple, réfléchir à
lactivité qui pourrait être proposée si un élève pense que le personnage sappelle
Alphonse Bourdon ou que lenfant qui va à lécole est une fille.
34 — Anne Didier, Dans la peau dun lutin, Bayard, 2007.
51 — Lire pour comprendre un texte
— Deuxième point dattention : le statut des inférences et des stratégies
de compréhension, qui sont impliquées dans la construction des modèles
de situation, pendant la lecture notamment. Les inférences et stratégies,
en tant que procédures de raisonnement, sont presque toujours décrites
comme des processus délibérés faisant appel au raisonnement conscient.
Or, les inférences possèdent la particularité dêtre à la fois des automatismes
et des stratégies. Lorsquelles sont en cours dapprentissage et enseignées
explicitement ou utilisées intentionnellement pour résoudre une difficulté
(réviser une interprétation, comprendre le sens dun mot inconnu dans son
contexte ou une chaîne de référence complexe), elles constituent dauthentiques
stratégies. Lorsquelles sont suffisamment intégrées à lactivité de compréhension,
elles deviennent des automatismes dont on ne prend plus conscience, jusquà ce
quune difficulté émerge.
Certaines des stratégies mobilisables au cours de la lecture sautomatisent donc avec
lexpertise. Elles font appel à un raisonnement stratégique seulement lorsquelles
sont sollicitées pour la résolution consciente dun problème. Cest le cas notamment
lorsque le lecteur sappuie sur ses connaissances relatives à la structure des textes
pour se repérer dans un long récit.
Dautres gardent toujours un caractère intentionnel. Cest le cas des stratégies
préalables et postérieures à la lecture qui engagent invariablement une activité
délibérée35. Ce deuxième point met laccent sur cet enjeu majeur de lenseignement
de la compréhension en lecture : permettre aux élèves dacquérir des automatismes
de lecture et de compréhension tout en développant une attitude réflexive envers
les textes pour les comprendre (Quai-je retenu ? Quai-je appris ?). Ces automatismes
doivent être suffisamment intégrés à lactivité pour quune compréhension aisée soit
garantie. Cet enjeu vaut pour toute la scolarité, mais prend une place primordiale
en fin décole primaire où lon attend des élèves quils puissent lire, non seulement
pour comprendre mais aussi pour apprendre de leurs lectures.
Lacquisition de ces automatismes est étroitement dépendante de la répétition
des entraînements. Lutilisation répétée des habiletés et stratégies de compréhension,
dans des contextes variés, va permettre en effet leur intégration au bagage
cognitif du lecteur, autrement dit leur automatisation. Parallèlement, par le contact
répété avec les textes, oralisés ou écrits, lélève acquiert inconsciemment des
habiletés et connaissances bien plus nombreuses que celles qui lui sont strictement
enseignées, sans quil sen rende compte, du simple fait de lattention et de lexposition
répétée à une situation et à la langue.
La lecture régulière de textes variés renforce donc à la fois les apprentissages
explicites en permettant leur automatisation et provoque des apprentissages
implicites.
35 — Voir le tableau « Trois grands types de tâches de lecture »
au chapitre 4.
52 — Lire pour comprendre un texte
Comment favoriser
lapprentissage
de la compréhension écrite
au cours moyen ?
Par lentraînement dans toutes les disciplines
Les attendus de fin dannée de CM1 et CM2 fixent les objectifs suivants pour la com-
préhension de lécrit.
— Attendus de fin dannée de CM1 :
dans un texte, lélève repère les informations explicites et pointe les infor-
mations qui ne sont pas données ;
il distingue, par la mise en page, un extrait de théâtre, un poème et un texte
narratif ;
il met en relation le texte lu avec un autre texte étudié en classe.
— Attendus de fin dannée de CM2 :
lélève restitue lessentiel dun texte qui contient des informations explicites
et des informations implicites ;
il reconnaît et nomme les principaux genres littéraires à laide de critères
explicites donnés par le professeur ;
il met en relation le texte lu avec un autre texte ou une autre référence
culturelle ;
il lit des livres quil a choisis.
Pour atteindre ces objectifs, les élèves doivent avoir développé et maîtrisé lensemble
des habiletés de traitement des discours continus, décrites dans ce chapitre. Celles-ci
sont des habiletés générales qui sexercent, pour la plupart, au contact des textes
lus comme entendus dans toutes les matières.
EXEMPLE DUNE SITUATION DE COMPRÉHENSION EN RÉSOLUTION DE PROBLÈME36
Le cas de la compréhension des énoncés de problèmes mathématiques illustre
limportance de diversifier le champ disciplinaire des textes proposés à la
compréhension des élèves. Ces énoncés décrivent une situation que les élèves
doivent comprendre pour être en mesure dy associer un modèle mathématique
qui permet de répondre à la question posée. Comme dans toute situation de
compréhension textuelle, les élèves font appel à leurs connaissances préalables, par
36 — Voir le guide La Résolution de problèmes mathématiques
au cours moyen, ministère de lÉducation nationale, de la Jeunesse
et des Sports, 2022.
53 — Lire pour comprendre un texte
exemple un énoncé qui mentionne des tulipes et des vases évoque la connaissance
­préalable que les vases sont des contenants pour des fleurs et que les tulipes sont
des fleurs. Par contraste, un énoncé qui mentionne des tulipes et des roses invite
plutôt à un scénario qui donne un statut symétrique aux tulipes et aux roses, car
il sagit de deux sortes de fleurs. Ainsi les éléments présents dans lénoncé vont
créer des attentes quant aux opérations arithmétiques à mobiliser, par exemple le
couple de mots « tulipes, vases » conduit à évoquer préférentiellement une opération
de division ou de multiplication, alors que le couple de mots « tulipes, roses » conduit à
évoquer une addition ou une soustraction37. Lorsque lopération ainsi évoquée mène
à la solution, les connaissances préalables ont facilité la résolution du problème et,
à linverse, elles la rendent plus difficile dans le cas contraire, par exemple si lon
demande à un élève : « Combien y a-t-il de fois de plus de tulipes que de roses ? » Il y a
donc un enjeu dapprentissage important dans le fait que les élèves puissent mobiliser
des connaissances mathématiques qui ne soient pas complètement tributaires de
leurs connaissances générales sur le monde, sous peine de les voir échouer lorsque
la résolution cesse dêtre guidée par leurs connaissances préalables.
Considérons maintenant les trois énoncés de problème suivant, dont la réponse
appelle lutilisation dune soustraction :
— Énoncé 1 : « Paul a 30 €. Il dépense 17,30 € à la boucherie. Combien dargent
lui reste-t-il après son achat ? »
— Énoncé 2 : « Paul a 17,40 €. Zoé a 8,90 €. Combien dargent Paul a-t-il de plus
que Zoé ? »
— Énoncé 3 : « Paul a 37,60 €. Il a gagné de largent à un jeu et maintenant il a
70,30 €. Combien dargent Paul a-t-il gagné ? »
Le premier énoncé décrit une situation prototypique conduisant à lopération
de soustraction : une grandeur initiale est connue (ici les 30 € constituant la somme
dont Paul dispose), un événement conduit à faire décroître cette grandeur ­initiale
(ici le montant de 17,30 € dépensé à la boucherie), et la question porte sur la quantité
restante à lissue de cette diminution. On est donc dans le cas typique de la recherche
dune quantité restante une fois connues la quantité initiale et celle retranchée,
qui caractérise la conception intuitive de la soustraction38. Ici la ­situation décrite
concorde donc avec la conception prototypique de la soustraction et les connais-
sances préalables facilitent le choix de lopération qui mène au résultat.
Les deux autres énoncés sont très différents. En effet, le deuxième interroge
le résultat de la comparaison de deux grandeurs connues (les sommes respective-
ment possédées par Paul et Zoé), tandis que le troisième porte sur la quantification
de la transformation entre un état initial (la quantité dargent que possède Paul
avant davoir joué) et un état final (la quantité dargent que possède Paul à lissue
du jeu). Cest un objectif dapprentissage en mathématiques que ces situations
puissent être également envisagées par lélève comme pouvant se résoudre par
une soustraction, comme cela est développé dans le guide sur la résolution de
problèmes mathématiques au cours moyen. En effet, certains termes utilisés
37 — Miriam Bassok, Valerie Chase, Shirley Martin, “Adding Apples
and Oranges: Alignment of Semantic and Formal Knowledge”, Cognitive
psychology, n° 35, 1998.
38 — Efraim Fischbein, “Tacit Models and Mathematical Reasoning”,
For the Learning of Mathematics, Vol 9, n° 2, p. 9-14, 1989.
54 — Lire pour comprendre un texte
comme « de plus » dans lénoncé 2 et « gagner » dans lénoncé 3 font que, si lélève
se contente de ­sappuyer sur des mots clés inducteurs de telle ou telle opération, il
proposera une addition doù limportance déviter les activités de soulignement de
mots clés qui renforcent cette tendance à ne pas construire de modèle de situation.
Sil construit un modèle de situation, il comprendra que lon cherche dans lénoncé
2 à comparer les sommes respectivement possédées par Paul et Zoé et à calculer
lécart entre ces sommes et, dans lénoncé 3, que lon cherche combien a été gagné,
sachant ce quil y avait au début et ce quil y avait à la fin. Selon sa conception de la
soustraction, développée lors des activités de mathématiques, il saura ou non asso-
cier ces questionnements à lopération de soustraction.
Autrement dit, les obstacles à la résolution de ces deux derniers problèmes
ne relèvent pas seulement de la bonne compréhension de la situation décrite
(la construction du modèle de situation), mais également des conceptions des
notions mathématiques développées par les élèves. Pour parvenir à résoudre les
deux derniers problèmes, les élèves doivent aller au-delà dune compréhension
purement intuitive des opérations arithmétiques (« Soustraire, cest chercher
le résultat dun retrait », « Additionner, cest chercher le résultat dun ajout »,
« Multiplier, cest additionner plusieurs fois », « Diviser, cest chercher combien
chacun reçoit dans un contexte de partage »). Ils doivent contrôler et réguler leur
propre modèle de situation afin quil corresponde à la situation décrite et évoquer
les procédures arithmétiques adaptées liées aux notions mathématiques telles
quelles auront été travaillées en classe. Cela conduira, par exemple, à envisager
de mettre en œuvre une soustraction lorsque lon cherche combien a été gagné,
qui constitue lécart entre ce que lon avait au début et ce que lon a à la fin.
Cette activité réflexive danalyse et dinterprétation des situations-problèmes est
essentielle, car elle conduit à une meilleure abstraction des propriétés des modèles
mathématiques. Elle permet aux élèves de mieux comprendre les relations entre
les termes dune opération et de prendre conscience, par exemple, que linconnue
peut porter sur lun de ces termes et non seulement sur létat final.
Par loralisation des procédures
de compréhension39
La modalité orale est un vecteur privilégié et nécessaire pour enseigner la
compréhension des textes. Si, comme on la vu dans le chapitre 2, comprendre
à loral sollicite essentiellement les mêmes mécanismes que la compréhension à
lécrit, prendre appui sur le développement des capacités orales des élèves à des
fins dexpression, de justification, dargumentation sur ce qui est compris permet
au professeur de repérer lutilisation ou non de stratégies et de les identifier pour
poursuivre ou reprendre leur développement. Recourir à loral lors de séances
de compréhension est crucial pour soutenir cet apprentissage auprès des élèves
qui présentent des difficultés persistantes dans lapprentissage de la lecture.
39 — Voir chapitre 2.
55 — Lire pour comprendre un texte
En effet, sans oralisation, lactivité de compréhension nest pas directement
­perceptible. En observant simplement lactivité de lélève en train de lire ou écouter
un texte, le professeur ne perçoit pas quels processus sont mobilisés par lélève
pour comprendre ce quil est en train de lire ou dentendre. Lorsquune question
est posée, le professeur entend certes la réponse donnée, mais ne perçoit pas le
raisonnement suivi pour y parvenir. Or, amener lélève à devenir un lecteur autonome,
capable dévaluer et réguler sa compréhension, suppose pour le professeur
de connaître les stratégies les raisonnements mises en œuvre pour aider lélève
à surmonter les difficultés rencontrées et/ou à réviser les erreurs dinterprétation.
Par le dialogue pédagogique, il peut ainsi distinguer dans les explications des élèves
ce quils ont compris et ce qui doit être repris pour que la compréhension soit
intégrale. Lanalyse immédiate des propos formulés par les élèves est importante
pour les amener à comprendre ce que le texte ne dit pas et qui doit être compris.
En mobilisant les ­capacités langagières des élèves, en verbalisant ses propres
procédures, le professeur les guide afin quils dépassent les obstacles rencontrés
en mobilisant les stratégies requises. Les élèves, grâce à la verbalisation effectuée
par le professeur, sapproprient les raisonnements ou les stratégies présentés,
et apprennent à les utiliser sur des supports variés. Faire exprimer oralement les
stratégies mobilisées pour comprendre permet également au professeur de montrer
à lélève les raisonnements quil utilise pour répondre en mettant « un haut-parleur »
sur sa pensée.
Apprendre à expliquer sa démarche et à la justifier de manière argumentée implique
lacquisition de stratégies telles que lauto-explication, la construction de schémas
et de cartes cognitives liés au texte et la confrontation avec des interprétations
divergentes. Au cours de cet apprentissage, lélève est amené à évaluer de manière
concrète et procédurale la nature (superficielle ou profonde) de sa compréhension.
56 — Lire pour comprendre un texte
En résumé
La fluence de lecture est une condition de base
à la compréhension des textes continus.
Comprendre un texte continu nécessite des automatismes
que le professeur construit à partir de stratégies
mobilisables sur des textes de différents types,
relevant de chacune des disciplines enseignées.
Loralisation du processus de compréhension aide
lélève à prendre conscience des stratégies à lœuvre
et à les mémoriser.
Et en sixième ?
— Le professeur de français poursuit le travail
de compréhension sur des textes continus plus
longs et aux inférences plus complexes (logiques,
chronologiques, intentions des personnages, etc.).
— Il appuie la compréhension des textes littéraires
sur lidentification de leur genre (roman, conte,
théâtre, poésie, etc.).
— Il prolonge le travail de diversification des supports,
en sinscrivant éventuellement dans des projets
interdisciplinaires.
IV
Acquérir
des stratégies
de lecture au service
des apprentissages
58 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Si comprendre un texte pour lui-même est associé
au plaisir de lire, cest aussi un moyen de répondre
à un besoin : lire pour chercher, confirmer ou infirmer
une information, découvrir une notion, vérifier une théorie,
prendre une décision, etc.
Pour devenir un lecteur autonome, lélève doit apprendre
à lire de façon stratégique et faire preuve de flexibilité
cognitive. Il doit être en mesure de comprendre
les consignes et les questions qui lui sont adressées,
den déduire une manière daborder le ou les textes en jeu
en sappuyant sur les éléments organisateurs visuels
et linguistiques. Il doit pouvoir planifier, contrôler
et autoréguler sa lecture en fonction de sa progression
dans la tâche.
Quest-ce que la lecture
stratégique ? Pourquoi est-ce
un enjeu au cours moyen ?
À lentrée au cycle 3, lit-on différemment lorsque lon veut se distraire ou lorsquon se
prépare à une évaluation ? Si la réponse est évidente pour la plupart des ­étudiants
en licence universitaire, elle reste assez mystérieuse pour bon nombre délèves
qui quittent le CE2. On pourrait bien sûr arguer du fait que lélève sait faire, mais ne
sait pas expliquer ce quil fait. Des recherches ont pourtant montré quà 8-10 ans,
la lecture reste très peu stratégique. Beaucoup délèves, confrontés à un dossier
de documents historiques ou même à un simple texte assorti dune série de questions,
vont simplement entreprendre de tout lire du début jusquà la fin, quelle que soit la
nature de la question posée ou de lobjectif à atteindre. Beaucoup vont ségarer,
se décourager ou employer des stratégies de contournement comme deviner
ou répondre au hasard. La mise en correspondance des objets sur lesquels porte la
question et de tel ou tel parcours de lecture du ou des textes disponibles est un savoir-
faire à acquérir avant que la lecture puisse devenir stratégique.
Les auteurs dun rapport de consensus sur lenseignement de la lecture consta-
taient que « la lecture ne se déroule pas dans le vide 40 ». En effet, si elle comporte
40 — Conférence de consensus intitulée « Lire, comprendre,
apprendre : comment soutenir le développement de compétences en
lecture ? », Cnesco, mars 2016.
59 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
et doit comporter des automatismes, on lit toujours parce que lon a choisi de le faire
ou parce que lon en a besoin. Dans le cadre scolaire, professionnel ou personnel,
la lecture représente souvent un moyen au service de tâches et dactivités diverses41 .
Durant les deux années du cours moyen, lélève découvre toute létendue,
la puissance mais aussi la complexité de cette lecture « fonctionnelle » au service
des apprentissages. Les supports, contextes et tâches de lecture se diversifient
et la lecture peut devenir instrumentale dans toutes les disciplines : français,
histoire, géographie, sciences et techniques, sans oublier la lecture décrits
fonctionnels (règles, calendriers, notices, consignes, etc.). Le plus souvent, la lecture
saccompagne de consignes ou de questionnements, quil faut à leur tour déchiffrer
et comprendre pour pouvoir aborder le texte dans la perspective souhaitée par le
professeur, notamment lorsquil sagit de travaux réalisés en dehors de la classe
(travail à la maison). Un même texte peut être lu, puis revisité en fonction de différents
types dobjectifs. Réciproquement, un objectif peut mobiliser non plus un, mais
plusieurs textes au sein desquels lélève devra activement rechercher, comprendre,
interpréter et pondérer les informations nécessaires à ses apprentissages.
La lecture met en jeu un ensemble de processus cognitifs généralisés, cest-à-dire
mobilisables devant tous les textes et en toutes circonstances, qui ont été décrits
dans les chapitres précédents. Le répertoire de ces processus qui permettent
la compréhension est le même dans tous les contextes.
Toutefois, la flexibilité cognitive du lecteur expert sadapte à la fois à la nature du texte
et à lobjectif de sa lecture. Il peut ainsi sarrêter, voire relire le mot, la phrase ou
le passage problématique42 en fonction de la difficulté du texte. Il peut aussi choisir
le texte ou le passage à lire, et omettre délibérément les textes ou passages les
moins pertinents. Imaginons un élève de CM2 qui étudie un dossier de documents
concernant les croisades. Sagit-il pour lui de découvrir le nom de la ville dont
la conquête était lenjeu principal des croisades ? Didentifier les circonstances,
les causes qui ont conduit aux croisades ? De comparer différentes explications
données, par exemple selon un point de vue oriental ou occidental ? Ces types
de questionnements ont tous leur légitimité dans le cadre dune séquence dhistoire
au cours moyen, et on les trouve dailleurs régulièrement dans les fiches de travail
préparées par les professeurs. Elles requièrent pourtant des stratégies de lecture
extrêmement diverses, et la maîtrise de ces stratégies est un enjeu majeur au cycle 3.
41 — Une enquête nord-américaine montre par exemple que le temps
quotidien consacré à la lecture est légèrement plus élevé durant
les jours travaillés que pendant les week-ends et les vacances, et que
la lecture de fiction comme activité culturelle ou de loisir ne représente
que 9 % du temps de lecture quotidien d'un adulte. La plupart
des activités de lecture mentionnées par les participants sont intégrées
au déroulement d'activités intellectuelles et/ou pratiques. Ce qui ne
signifie pas qu'il s'agit d'activités négligeables ni qu'elles sont sans
difficulté. Sheida White, Jing Chen, Barbara Forsyth, “ReadingRelated
Literacy Activities of American Adults: Time Spent, Task Types,
and Cognitive Skills Used”, Journal of Literacy Research, n° 42 (3),
p. 276307, 2010.
42 — Voir aussi le chapitre 2.
60 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Limportance du contexte et des tâches
La consigne ou la question posée renvoie à la notion de « contexte de lecture ».
Le contexte comporte des dimensions physiques, sociales et psychologiques à partir
desquelles lélève interprète ses possibilités et les contraintes qui accompagnent son
activité. Les aspects physiques (nature du lieu, assise, posture, ambiance sonore,
éclairage), sans être négligeables, ne donnent que peu de prise à un travail péda­
gogique. Le contexte social, en revanche, joue un rôle fondamental dans les stratégies
de lecture. Il se définit comme lensemble des individus qui participent à lactivité
avec leurs rôles respectifs, leurs attentes et les règles qui régissent leur relation
au lecteur. Dans un cadre scolaire, le contexte social se compose sché­matiquement
du professeur, des pairs et éventuellement des parents ou tuteurs qui peuvent guider
et assister lactivité lorsque celle-ci comporte une composante péri ou extra-scolaire
(travail à la maison).
Le professeur détermine la finalité de lactivité au travers des consignes et
questionnements qui précèdent et accompagnent la lecture du texte. Dune discipline
à lautre, dune situation à lautre, ces consignes peuvent varier grandement
et souvent inclure des attentes non explicitées. Par exemple, le professeur qui prescrit
un travail à la maison sur « les conséquences des croisades », à partir dune double
page de manuel scolaire, demande implicitement une lecture sélective, centrée sur
les seuls éléments pertinents de la page. Cependant, cet élément-clé de la tâche
nest que rarement explicité, pas plus que ne le sont les techniques qui permettent
didentifier rapidement le ou les éléments en question.
TROIS GRANDS TYPES DE TÂCHES DE LECTURE
Quelles sont les principales tâches et consignes de lecture données aux élèves
au cours moyen ? En dépit de la très grande diversité des contenus et des mises
en œuvre pédagogiques43, il est possible den distinguer plusieurs grands types.
Type de tâches Définition, caractéristiques
Il s'agit de trouver au sein du texte un élément, souvent
un mot ou une expression verbale, qui répond à une
question de type « qui », « que », « quoi » ou « combien ».
La lecture comporte alors une phase de balayage visuel
Lire pour (lecture en diagonale) qui permet de localiser l'élément
localiser une au sein du texte. Habituellement simple, ce type de tâches
information peut devenir plus difficile lorsque le texte est long, que
l'information à trouver est noyée parmi d'autres informations
similaires, ou que la production de la réponse demande
une inférence à partir de l'information localisée.
Exemple : « Lis et indique précisément où cela se passe. »
43 — Synthèse, thèse de Julie Ayroles, 2020.
61 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Type de tâches Définition, caractéristiques
Lire pour comprendre constitue l'archétype de la tâche
de lecture scolaire, si ce n'est la plus fréquente. Cependant,
la compréhension ne porte pas nécessairement sur
le texte en tant qu'unité (comprendre l'histoire, le poème,
l'explication). Elle est régulièrement guidée par une question
ou un énoncé en rapport avec le texte (questions de type
« pourquoi » ou « comment »). La compréhension guidée
par des questions comporte donc une part de balayage
visuel et un raisonnement sur la pertinence de l'information
lue. Elle exige dautre part presque systématiquement
Lire pour la production dinférences fondées sur le texte et dinférences
comprendre de connaissances.
tout ou une Par ailleurs, la compréhension peut aussi sappuyer sur
partie du texte un ensemble de textes ou documents composites associant
textes, graphiques, tableaux, illustrations. Elle demande
alors la sélection et la mise en relation dinformations
parfois distantes visuellement et exprimées de façon
hétérogène. Cest le cas, par exemple, d'un dossier sur
la guerre de 1418 dans lequel un texte descriptif relatant
des batailles est accompagné d'un schéma des zones
de combat et de chiffres concernant les victimes.
Exemple : « Explique les raisons pour lesquelles la bataille
de Verdun fut lune des plus sanglantes de la Première
Guerre mondiale. »
Ces tâches de lecture, fréquentes dans l'enseignement
du français et particulièrement en compréhension de lécrit,
mais également en histoire ou en sciences, demandent
de considérer le texte en tant qu'acte de création,
de communication, et de raisonner sur son contenu selon
ses conditions de production : la personnalité, l'intention
Lire pour de l'auteur, les circonstances, lieux, temps de cette
réfléchir production, le style, la manière dont le texte est construit.
à partir Des questions d'élaboration invitent à la production de
du texte raisonnements et d'explications au-delà du contenu du texte.
Ces raisonnements peuvent conduire à adopter une posture
critique vis-à-vis du texte, voire à mettre en cause la qualité
ou la véracité du propos.
Exemples : « Qu'a voulu dire l'auteur ? », « Est-ce que
les raisons proposées te paraissent convaincantes ? »,
« Pourrait-on proposer une autre explication ? ».
62 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Le premier type de tâche, « lire pour localiser une information », suppose un enga-
gement actif vis-à-vis du texte, qui, le plus souvent, ne doit pas être traité de manière
exhaustive. Le balayage visuel est un élément central de la stratégie. Contrairement
à une croyance répandue, il ne sagit pas dun aspect trivial de la lecture, mais dune
conduite hautement stratégique et peu connue des élèves à lentrée du cycle 3.
Le deuxième type, « lire pour comprendre », est la tâche que lon associe le plus
souvent à la lecture, en partie parce quelle a fait lobjet du plus grand nombre
détudes et danalyses 44 . Il sagit dune catégorie faussement homogène, fondée
sur une représentation sociale traditionnelle de lélève seul face à un texte unique
qui doit être compris pour lui-même. En réalité, dans les activités scolaires, lobjet
de la ­compréhension est bien souvent extérieur au texte : une notion, une explication,
un raisonnement vis-à-vis duquel le texte représente un instrument. La difficulté
consiste alors précisément à « comprendre ce quil y a à comprendre », en répondant à
la question posée, surtout lorsque celle-ci comporte une part dimplicite. Ainsi, lélève
de CM2 qui a pour tâche détudier le témoignage dun croisé installé en Terre sainte,
afin de réfléchir aux conséquences politiques, économiques et culturelles des
croisades, devra non seulement lire chaque document pour lui-même mais encore
interpréter en quoi le texte contribue à la question posée.
Le troisième type, « lire pour réfléchir », constitue une catégorie largement ouverte
qui inclut la réflexion sur le contenu et la forme du texte, sur son auteur, sur les
circonstances de sa production et sur sa fonction. Les questions de réflexion font
aussi le lien entre lactivité de lecture et dautres activités pédagogiques. Lire un
texte peut, par exemple, représenter le point de départ dun débat en classe à
propos dun thème dactualité. Le professeur construit ce type de lien en proposant
des questions qui stimulent la prise de distance et la réflexion à partir du texte. Les
enquêtes (Pirls notamment) montrent que ces tâches sont souvent redoutables pour
les jeunes élèves, pour qui la prise de distance avec le texte est une posture cognitive
complexe et peu familière.
Une analyse complète des tâches et des objectifs de lecture doit prendre en compte
tous les autres éléments du contexte. Outre lintention du professeur décrite
ci-dessus, il convient dévoquer le statut scolaire de la lecture à mener (découverte,
plaisir, apprentissage dune notion, préparation dune évaluation, etc.) ainsi que ses
modalités en classe (collaboration avec les pairs exigée, optionnelle, ou prohibée).
Le temps alloué à lactivité peut être contraint, soit sous la forme dune consigne
explicite (« Vous avez 15 minutes. ») soit par la force des choses (tâches demandées
par le professeur, faites à la maison entre la fin de la journée scolaire et les autres
temps dactivités familiales). Les travaux prescrits laissent ainsi une grande part
dinterprétation à lélève, du fait du caractère le plus souvent implicite des attentes
(Faut-il réaliser lactivité entièrement ou bien simplement essayer ?). Ces interpré-
tations variables peuvent à elles seules déterminer la stratégie de lecture et lissue
de lactivité.
44 — Le chapitre 3 traite largement de cette situation.
63 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Enfin, le contexte de lecture revêt une dimension psychologique : létat interne
de lélève qui comporte des éléments relativement stables (représentation de soi
comme lecteur, intérêt pour la lecture) et dautres plus circonstanciels (état déveil,
émotions, fatigue, intérêt vis-à-vis du sujet traité). Leur incidence sur lengagement
dans lactivité proposée nest jamais à négliger et certaines pratiques pédagogiques
peuvent en pallier les effets délétères.
Textes multiples et documents composites
Dès le cours moyen, la lecture au service des apprentissages sexerce le plus
souvent non pas sur un texte isolé, mais sur deux ou plusieurs textes qui ont vocation
à contribuer, de façon complémentaire, à la communication des connaissances. Il faut
ici entendre le mot texte comme incluant les textes continus (narration, explication),
mais aussi les textes discontinus (listes, tableaux) et les documents composites
(photographies, cartes, schémas légendés). Comprendre nécessite alors la mise
en relation des informations au sein du texte, mais aussi la construction de liens
entre les différents textes, opérations qui ne manquent pas de poser des difficultés
supplémentaires. Cette activité commence dès que les consignes de lecture sont
exprimées par écrit, sous la forme, par exemple, de questionnements censés
­stimuler lengagement dans la lecture et la compréhension des textes. La consigne
(ou question) écrite constitue un texte en elle-même, qui peut engendrer des
­problèmes de compréhension.
Par exemple :
— « En quoi la photographie rend-elle compte des sentiments du personnage ? »
— « Décris le fonctionnement dun volcan en tappuyant sur le texte, le schéma
et la carte des coulées de lave du Piton de la Fournaise. »
Mettre en rapport la consigne et le texte nest pas toujours chose facile, surtout
lorsque la réponse nest pas énoncée de manière littérale dans le texte. Les recherches
suggèrent quau cycle 3, les difficultés de compréhension en lecture tiennent pour
partie à la compréhension des questions et à leur mise en relation avec le texte.
La présentation simultanée de deux ou plusieurs textes traitant dun même sujet
est typique de la plupart des manuels denseignement des disciplines au cours
moyen, et figure en bonne place dans les pratiques des professeurs. Elle entraîne
de fait le besoin de mettre en relation ces textes, de comprendre lapport de chacun
et larticulation entre eux. Or les textes et les documents entretiennent une grande
diversité de relations les uns par rapport aux autres. Les textes peuvent se répéter
(redondance), se compléter, mais aussi se contredire ou sopposer. Un texte peut
servir dexemple, dillustration, de source ou dargument pour un autre. Comprendre
le ou les textes demande de se représenter ces relations et dêtre capable de
les expliquer (voir figure 3).
64 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Texte B Texte A Texte C
Complète Contredit
Répète Illustre Soutient
Texte D Texte E Texte F
Figure 3. Différents types de relations « intertextuelles » qui participent à la compréhension en lecture. Les exemples
proviennent dun dossier documentaire tiré dun manuel pour le cycle 3. Les documents C et D ne font pas partie
du dossier, doù leur encadrement en pointillés45.
Ce schéma sappuie sur lexemple dun dossier documentaire concernant les
croisades tiré dun manuel dhistoire pour le CM2. Ce dossier occupe une double
page et présente en quelques paragraphes lorigine des croisades, leur déroulement
et leurs conséquences politiques, économiques et culturelles. Ces paragraphes sont
assortis de plusieurs documents : carte, dessin, photos, ainsi que des extraits de
textes dacteurs ou de témoins de lépoque. Lun des textes explique que les croisades
ont été loccasion déchanges commerciaux et culturels entre lOrient et lOccident
et quelles sont à lorigine de nouveaux ordres religieux (correspondant au Texte
A sur la figure 3). Ce point de vue est illustré par une photographie montrant une
forteresse de lordre des Hospitaliers de Syrie (Texte E) ; il est également soutenu
par le témoignage de Foucher de Chartres, un chrétien installé en Terre sainte
(Texte F). Il complète la présentation du dossier qui évoquait sans les développer
les conséquences des croisades (Texte B). On peut imaginer que le texte répète un
propos tenu en classe par lenseignant (Texte D), et que celui-ci donne à lire à ses
élèves, en plus du dossier présenté dans le manuel, un point de vue contradictoire
tiré par exemple de louvrage dAmin Maalouf, Les Croisades vues par les Arabes
(Texte C). Dans ce schéma simplifié, seules les relations entre le texte A et les autres
textes sont représentées. En réalité, les relations entre les différents textes sont
multiples. Par ailleurs, la relation entre deux textes nest pas toujours univoque.
Un texte peut à la fois en compléter et en illustrer un autre, tout en introduisant des
divergences de vue.
45 — Jean-François Rouet, Anna Potocki, « De la compréhension
à lusage des textes en contexte : accéder à linformation, évaluer
et mettre en relation les textes », in Enseigner la compréhension
en lecture, Hatier, 2017.
65 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Par exemple :
— « Si la biographie officielle dAlfred Nobel mentionne quil a créé le célèbre prix
qui porte son nom par générosité, pourquoi un journaliste affirme-t-il que cétait
en fait par sentiment de culpabilité ? »
— « Que doit-on conclure lorsquun avis publié par le ministère de la Santé ­déconseille
la consommation de snacks en dehors des repas alors quune notice sur un paquet
de barres chocolatées la recommande ? »
Ainsi, une approche explicite de la lecture « multidocumentaire » doit être favorisée
au cours moyen, car linterprétation de perspectives multiples deviendra une
facette incontournable de lapprentissage une fois franchi le seuil du collège.
Cet ­apprentissage prend tout son sens dans la perspective de léducation aux médias
et à linformation.
La lecture « multidocumentaire » inclut un travail de compréhension sur des documents
composites qui associent le langage verbal à dautres types de représentations :
photographies, œuvres dart, schémas, diagrammes, etc. Il revient au professeur
daccompagner la lecture de ces documents non verbaux (Que faut-il regarder,
Comment interpréter ce que lon voit ?), de même que la mise en correspondance des
éléments verbaux et non-verbaux (reconnaissance déléments visuels correspondant
au mot « vitrail », par exemple), et la compréhension des éléments textuels qui
complètent et enrichissent limage : annotations, légendes, étiquettes.
Lentrée au cours moyen se caractérise donc par une augmentation des activités
de lecture qui sinscrivent dans des scénarios et des finalités de plus en plus diver-
sifiés. Ces activités mettent en jeu aussi bien des textes uniques que des ensembles
parfois complexes associant consignes, paratexte et documents multiples. La lecture
devient alors une activité hautement stratégique, dont la maîtrise demande à lélève
lapprentissage dun répertoire de compétences considérablement élargi.
66 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Focus | Lire sur écran :
bénéfices et risques potentiels
Plus de 80 % des élèves de cours moyen grandissent dans des foyers équipés
­dordinateurs, de tablettes et/ou de téléphones connectés à Internet46. De leur
côté, les établissements se sont progressivement dotés doutils dinformation et de
communication, tels que des sites Web et des environnements numériques de travail
(ENT). Les pratiques denseignement mobilisant ces technologies se répandent
rapidement, depuis lusage du vidéoprojecteur en classe jusquà la prescription
dactivités à effectuer en autonomie (révisions, recherche dinformations, exercices).
La pratique numérique contribue à accroître la fréquence et la durée des activités
mettant en jeu la lecture et la compréhension de textes sur écran par les élèves
de cours moyen. Or les textes sur écran présentent des différences marquées avec
la lecture sur support imprimé, avec des conséquences positives comme négatives.
CONSÉQUENCES POSITIVES
— Les textes présentés sur écran peuvent contenir des liens hypertextes
permettant daccéder à des définitions ou des informations complémentaires
(comme dans lencyclopédie Wikipédia, par exemple), ce qui peut favoriser la
compréhension.
— Les textes au format numérique peuvent également saccompagner
dillustrations animées voire dinsertions vidéo qui enrichissent lexpérience
de lecture. Ces fonctionnalités nont guère déquivalent dans les textes imprimés.
Ces incrustations multimédias sont néanmoins à utiliser avec prudence, de
façon à ne pas remplacer trop systématiquement les mots du texte par des
images en mouvement qui séduisent davantage le lecteur mais qui peuvent
changer la lecture.
— Un certain nombre de logiciels dentraînement à la lecture ont fait leurs
preuves, du moins lorsque leur usage est accompagné par ladulte.
Ces logiciels sajoutent à la palette doutils pédagogiques permettant de
soutenir les apprentissages des élèves les plus en difficulté, voire à besoins
éducatifs particuliers, à lentrée au cours moyen. Il a été montré que la
possibilité de grossir le texte, décarter les caractères dans les mots ou les
espaces entre les lignes peut faciliter la lecture de certains dyslexiques qui
voient les lettres se superposer dans un texte imprimé ordinaire47.
46 — Insee, 2021.
47 — Manuel Perea, Victoria Panadero, Carmen Moret-Tatay, Pablo
Gómez, “The Effects of Inter-Letter Spacing in Visual-Word Recognition:
Evidence with Young Normal Readers and Developmental Dyslexics”,
Learning and Instruction, n° 22 (6), p. 420430, 2012.
Marco Zorzi, Chiara Barbiero, Andrea Facoetti, Isabella Lonciari,
Marco Carrozzi, Marcella Montico, Laura Bravar, Florence George,
Catherine Pech-Georgel, Johannes C. Ziegler, “Extra-Large Letter Spacing
Improves Reading in Dyslexia”, Proceedings of the National Academy of
Sciences of the United States of America, n° 109, p. 1145511459, 2012.
67 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
CONSÉQUENCES NÉGATIVES
— Les textes présentés sur écran sont, de manière générale, lus plus super­
ficiellement que les mêmes textes imprimés sur papier de bonne qualité.
La consultation sur écran augmente en effet beaucoup la sur-confiance du
lecteur, en particulier quand il détermine lui-même librement le temps détude.
Cest parce que les lecteurs sur écran sont systématiquement sur-confiants
quils nélèvent pas leur niveau deffort de manière suffisante quand ils ont à lire
sur écran. Cette sur-confiance est liée au traitement superficiel de linformation
numérique. Les travaux expérimentaux le démontrent : le traitement superficiel
du support numérique nest lié ni à la fréquence de la lecture sur écran, ni
au niveau individuel de compétence en lecture des élèves48. Il résulte dune
habitude cognitive implicite liée aux écrans. Les interactions rapides de la
lecture numérique avec ses récompenses immédiates ont créé des habitudes
numériques de lecture rapide et superficielle. Sengager sur écran dans des
tâches nécessitant une attention soutenue, comme le demande la lecture
profonde, suppose de changer stratégiquement de type de régulation de
laction49. Changer ses habitudes de lecture à lécran est possible, mais cela
demande un entraînement stratégique de leffort de lecture à lécran.
— Si les bénéfices des liens hypertextes pour les lecteurs expérimentés sont
généralement avérés (doù leur présence quasi universelle dans les documents
électroniques), leurs effets sur les stratégies de lecture des élèves de cours
moyen sont plus ambigus. Les liens hypertextes augmentent le risque que
lattention soit captée par une information non pertinente, simplement parce
quelle se trouve mise en saillance. Jusquà la fin du cycle 4, les élèves ont
en effet tendance à sappuyer sur des indices superficiels comme la taille
apparente, la position dans la liste ou lemphase typographique dans leurs
parcours de navigation dans les réseaux de textes numériques. Leur décision
de « cliquer » est souvent impulsive, ce qui augmente le risque de « noyade
dans linformation ». Un autre risque avec la multiplication de ces liens
hypertextes est celui de perdre le lecteur dans des « emboîtements » de textes.
Cest un phénomène dégarement qui est bien connu dans les recherches
sur navigateur, en particulier chez les lecteurs non experts. Les éditeurs de
manuels numériques ont dailleurs commencé à prendre en compte ce risque
en reconstituant la présentation et la structure des manuels imprimés, tout en
conservant le bénéfice des outils de navigation plus neutres.
48 — Vered Halamish, Elysia Elbaz, « Children's Reading Comprehension
and Metacomprehension on Screen Versus on Paper », Computers &
Education, n° 145, 2020, https://www.sciencedirect.com/science/
article/abs/pii/S0360131519302908
49 — Pablo Delgado, Christina Vargas, Rafeket Ackerman, Ladislao
Salmerón, « Don't Throw Away Your Printed Books: A Meta-Analysis
on The Effects of Reading Media on Reading Comprehension »,
Educational Research Review, n° 25, p. 23-38, 2018.
68 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
— Dans la prescription dactivités autonomes à partir des ENT ou dautres
ressources numériques, il faut aussi prendre en compte lexistence dune
fracture numérique qui demeure problématique50. Cette fracture comporte
une dimension matérielle (accès aux équipements et aux services informatiques)
et une dimension culturelle (savoir-faire nécessaires pour accéder à
Internet, localiser les informations, communiquer en ligne). En mai 2019,
environ 15 % des personnes interrogées nutilisaient pas Internet de façon
régulière (Médiamétrie). Une proportion voisine dadultes, dont de nombreux
parents délèves, ont une maîtrise de la lecture insuffisante pour mener à bien
des activités de recherche dinformations (étude Piaac51 de lOCDE). Ils ne sont
a fortiori pas en mesure daccompagner leurs enfants dans la réalisation des
activités prescrites par les enseignants. Les élèves de milieux défavorisés
sont donc doublement pénalisés lorsquil sagit de prolonger le travail scolaire
par des activités autonomes, surtout en période denseignement à distance.
En conclusion, sil est parfois bénéfique et souvent inévitable davoir recours
à des ressources documentaires numériques dans lenseignement au cours
moyen, la prescription dactivités de lecture sur écran doit reposer sur des textes
courts (une page maximum) assortis dexercices rapides (quiz) pour permettre aux
­lecteurs de vérifier leur compréhension profonde. Il faut, chaque fois que cest
possible, proposer à lécran des textes exposant un savoir à travers la réfutation
didées préconçues52. Dans tous les cas, la qualité de la lecture numérique béné­
ficiera dun accompagnement pédagogique, proposant aux élèves des stratégies
de lecture et dexercices sur papier (schémas, cartes conceptuelles, résumés
­partiels) pour améliorer la qualité des apprentissages.
50 — Insee, 2021.
51 — Piaac : programme pour l'évaluation internationale
des compétences des adultes.
52 — Irene Anna N.Diakidoy, Thalia Mouskounti, Christos Loannides,
“Comprehension and Learning from Refutation and Expository
Texts”, Reading Research Quarterly, vol. 46, n° 1, p. 22-38, 2011.
69 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Compétences à travailler
pour une lecture efficace
en contexte dapprentissage
Les différents objectifs et la dimension intertextuelle de la compréhension écrite
déterminent un certain nombre de compétences stratégiques à acquérir au cours
du cycle 3. La figure 4 représente, dune façon simplifiée, les étapes de lactivité de
lélève. Chacune de ces étapes sollicite des compétences spécifiques dont les
recherches indiquent quelles sont, pour la plupart, peu ou mal maîtrisées à lentrée
en CM1. Avec lenseignement continué de la compréhension telle que définie au
chapitre 3, ces compétences constituent autant dobjectifs à travailler en classe 53.
Contexte, consigne,
questionnement
Interpréter
les demandes
Source,
de la tâche.
paratexte
Rechercher, Déchiffrage, Évaluer,
localiser Texte compréhension réfléchir sur
le texte littérale et le texte et à
ou le passage inférentielle partir du texte
pertinent.
Produire, communiquer Mettre en relation
à partir de sa lecture plusieurs textes
Figure 4. Les compétences stratégiques mises en jeu dans la lecture stratégique54.
Pour mener de façon autonome une activité de lecture guidée par des consignes ou
des questions énoncées par le professeur, lélève doit être en mesure deffectuer
au moins cinq types dopérations, en dehors du déchiffrage et de la compréhension
du ou des textes en jeu dans la situation. Ces opérations renvoient à la planification
évoquée au chapitre 1. Les rendre explicites, œuvrer à leur automatisation, permet
de construire et renforcer les capacités cognitives générales nécessaires dans
toutes les tâches scolaires liées à la compréhension des textes :
53 — Voir le chapitre 5.
54 — D'après Jean-François Rouet et Anna Potocki, 2018, op. cit.
Les flèches en pointillés représentent des voies de traitement
optionnelles pouvant poser des difficultés spécifiques aux élèves
de cycle 3.
70 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
— interpréter les demandes de la tâche. Il sagit ici découter ou de lire les consignes
ou questions, puis de se représenter les demandes liées à ces consignes en
termes de stratégie de lecture à mettre en place (par exemple, reconnaître que
telle question demande le simple prélèvement dun indice alors que telle autre
demande une lecture exhaustive du texte) ;
— rechercher, localiser le texte ou passage pertinent au sein dun texte.
Pour rechercher, il sagit de consulter les textes et sélectionner le texte ou
passage pertinent. Localiser revient à balayer plus ou moins superficiellement
un texte pour y repérer le passage pertinent ;
— évaluer, réfléchir sur le texte et à partir du texte, en se demandant par exemple
si le texte ou le passage lu répond partiellement, entièrement, ou pas du tout
à la question posée ; si linformation est suffisante en quantité ou en qualité ;
— mettre en relation plusieurs textes. Il sagit, à partir de ce qui est compris, d­ établir
un lien avec un autre texte ou document relevant de lactivité ;
— produire, communiquer à partir de sa lecture. Il sagit de communiquer le résultat
de lactivité : exprimer sa compréhension, répondre à la question, éventuellement
préparer la réponse par des notes, la modifier, la compléter au fil des cycles.
Cest un aspect souvent négligé de lactivité de lecture, qui relève, elle, de lécriture.
Ces étapes se déroulent sous la forme dun cycle pouvant comporter plusieurs
­répétitions et retours en arrière. Pour les questions ou les objectifs les plus complexes,
lélève devra revenir à la question de départ pour sengager dans un nouveau travail
de sélection, compréhension, réflexion et dintégration intertextuelle. Le passage
dune étape à lautre est soumis au contrôle de processus dautorégulation55.
Interprétation des tâches à effectuer
pour répondre à la question posée
Linterprétation dune tâche de lecture est une compétence acquise tout au long de
la scolarité, comme lont montré des recherches menées auprès détudiants. Si, au
terme de plus dune dizaine dannées de scolarité et détudes supérieures, ceux-ci
parviennent à analyser finement les demandes qui leur sont adressées et à y adapter
leurs stratégies de lecture, quen est-il délèves de 8 à 10 ans ? Quels sont les obstacles
qui empêchent la mise en place, au cours moyen, de stratégies différenciées selon le
contexte, les consignes ou la nature des questions posées ? Il semble que les enfants
de 8-9 ans nélaborent pas spontanément de plan lorsquils écoutent ou lisent des
questions avant de lire un texte 56 . Le fait de leur demander ce quil faut trouver pour
répondre à cette question (une façon de leur faire expliciter la demande) augmente
considérablement la production de réponses pertinentes, selon une expérience
55 — Voir le chapitre 1, p. 22.
56 — Ce constat renvoie aux difficultés de compréhension observées
chez les élèves de cours moyen face à un problème mathématique
à résoudre. Le chapitre 2 du guide Pour enseigner la résolution
de problèmes mathématiques au cours moyen expose combien la saisie
de la question posée, et donc de la tâche à effectuer, est centrale et
mérite une attention forte de la part du professeur.
71 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
réalisée par Julie Ayroles dans le cadre de sa thèse de d­ octorat57. À partir de ce
constat, Ayroles a mis au point un programme dintervention en CM2, sur quelques
semaines, avec des effets bénéfiques sur les stratégies de lecture des élèves 58 .
QUELQUES TECHNIQUES POUR TRAVAILLER SUR LES QUESTIONS
DANS LES ACTIVITÉS DE LECTURE FONCTIONNELLE
Dans le cadre de sa thèse de doctorat, Julie Ayroles a mis en place, avec
le concours dun groupe de professeurs décole primaire de lacadémie de Poitiers,
un programme pédagogique expérimental visant à entraîner les stratégies
de recherche dinformations par les élèves de CM2 (10 ans). Le programme
comportait cinq ateliers dont le premier était centré sur lanalyse des questions
posées aux élèves et sur les tâches quelles impliquaient. Les tâches suivantes
étaient proposées aux élèves.
Exemple de question posée Tâches impliquées par la question
Repérer les mots thématiques
de la question.
Identifier ce quil faut trouver
pour répondre à la question
« Entourer le mot interrogatif et dire
Où est-ce que l'avion solaire a atterri ? si ce quil faut trouver est :
 une quantité ;
 une période ;
 un lieu ;
 une cause. »
Lintervention suivait les principes dun enseignement explicite59. Chacune de ces
tâches était dabord expliquée, puis les élèves travaillaient en autonomie. Enfin, leurs
réponses étaient systématiquement discutées et les réponses attendues étaient
explicitées et justifiées.
Dans les séances suivantes, les tâches danalyse de la question étaient reprises,
à mesure que de nouveaux aspects de la recherche étaient présentés et travaillés
(par exemple, analyser les titres et les sous-titres pour localiser la partie importante
dun texte).
Létude a conclu à une amélioration significative de la compréhension chez les élèves
entraînés, lorsque les tâches présentaient une similitude avec celles qui avaient été
travaillées dans les ateliers. Le transfert à des tâches de lecture documentaire
­différentes sest toutefois avéré limité, sans doute, en partie, du fait de la durée
assez brève de lintervention.
57 — Julie Ayroles, Apprentissage de la lecture fonctionnelle chez
l'enfant : des processus impliqués au développement de ressources
pédagogiques, 2020.
58 — Sur ce sujet, on peut également consulter Jocelyn Giasson,
La Compréhension en lecture, De Boeck Université, Bruxelles, 1990.
59 — Voir le chapitre 5 pour la notion denseignement explicite.
72 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
La recherche et la localisation
du texte ou du passage pertinent
La lecture en diagonale (ou balayage visuel) vise à repérer, au sein dun ensemble,
le texte ou le paragraphe sur lequel lattention va se concentrer. Cest laspect
de la lecture stratégique à la fois le plus pratiqué et le moins systématiquement
enseigné au cours moyen. De nombreux professeurs y voient dailleurs une
­tendance fâcheuse quil convient de corriger en exigeant une lecture plus attentive,
cest-à-dire exhaustive. Néanmoins, ces professeurs prescrivent de manière
quotidienne des activités de lecture qui exigent de lélève la recherche et la localisation
dinformations dans le texte.
Par exemple, dans une séquence de CM2 consacrée à la lecture de La Chèvre
de M. Seguin, le professeur demande par écrit : « Quel est le nom de la chèvre ?
Combien de chèvres M. Seguin a-t-il déjà perdues avant elle ? La chèvre réussit-elle
à séchapper ? »
Il sensuit un va-et-vient entre le texte et les questions, lélève devant à chaque fois
apparier la demande contenue dans la question avec le ou les passages pertinents
du texte.
Lors dune séance consacrée au vivant, en sciences et technologie, les élèves sont
invités à lire un document comportant un texte et des photographies. Ils doivent
répondre à des questions très précises comme : « Quels sont les trois stades de la vie
dune mouche ? », « Quappelle-t-on “croissance” des animaux ? », « Quelle différence
repères-tu entre croissance continue et croissance discontinue ? ».
Ces questions obligent lélève à passer dun document à lautre, la réponse se trouvant
tantôt dans la légende des photographies, tantôt dans le texte, tantôt dans le lien
entre photos et texte.
En comparaison avec la lecture soutenue, les mécanismes qui guident le regard
du jeune lecteur au cours de la recherche visuelle dans un texte nont été que
peu étudiés. Il semble quà partir de ladolescence, les lecteurs accomplis aient la
possibilité de capter rapidement au sein du champ visuel des indices orthographiques
qui attirent leur regard vers les termes en rapport avec la question, même lorsque
ceux-ci ne figurent pas explicitement dans lénoncé de départ. Surtout, les lecteurs
matures possèdent une connaissance de la structure des textes et des indices qui
peuvent les guider vers le contenu pertinent : titres, sous-titres, paragraphes, débuts
et fins de phrases. Lenregistrement de leurs parcours oculaires montre un balayage
fortement appuyé sur ces indices, ce qui nest pas le cas des enfants de 10 ans.
73 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Les organisateurs du texte et leur rôle
dans la lecture stratégique
Les textes et les documents à caractère informatif possèdent une structure visuelle
et des éléments graphiques et linguistiques qui guident le regard du lecteur lors
dactivités de lecture sélective. On peut en distinguer trois types60 :
— organisateurs textuels : éléments linguistiques et typographiques insérés dans
le texte écrit. On peut citer les phrases et paragraphes introductifs et conclusifs
mais également les enrichissements typographiques comme litalique, le souligné
ou le gras, voire les marques de paragraphe ;
— organisateurs paratextuels : éléments linguistiques et graphiques qui se
­rapportent à un élément textuel proche. Les en-têtes, titres, sous-titres, puces
et filets typographiques en font partie, tout comme les légendes et les glossaires
lorsquils sont insérés dans les pages concernées ;
— représentations de contenu : éléments linguistiques qui décrivent lorganisation
et le contenu dun ensemble de textes. Les sommaires, tables des matières, plans
de chapitres, index en font partie, au même titre que les glossaires et les thesaurii
placés en fin douvrage.
Une étude réalisée auprès délèves de CE2, CM2 et détudiants en licence a montré
quà lâge de 8-10 ans, beaucoup délèves ignorent encore la fonction précise des
paragraphes ou des tables des matières. Dans une tâche de recherche dinformations
au sein dune encyclopédie, ces mêmes élèves nutilisent que peu le sommaire ou lindex
alphabétique, préférant feuilleter louvrage ce qui entraîne de nombreuses difficultés…
dont loubli de la question à laquelle la recherche devait permettre de répondre !
Évaluation, réflexion sur le texte
ou à partir du texte
La compréhension est traditionnellement définie comme la capacité à se repré-
senter la signification du texte, cest-à-dire le contenu de lhistoire, lexplication,
largumentaire, etc. Depuis quelques années, cette définition tend à sélargir pour
inclure la « validation », cest-à-dire le fait daccepter le contenu du texte comme
une représentation crédible, acceptable, ou au contraire douteuse, fallacieuse.
La ­validation est parfois rapide et automatique, notamment lorsque lénoncé renvoie
à des connaissances familières. Ainsi un adulte peut-il rapidement rejeter un énoncé
comme « Le savon est comestible » ou encore « La tour Eiffel est située à Moscou ».
La validation peut parfois demander un raisonnement plus complexe, notamment
lorsque les connaissances ne permettent pas de valider ou de rejeter avec certitude
laffirmation (« Le savon contient de lhydroxyde de sodium », « La tour Eiffel est située
dans le 15e arrondissement de Paris »). Un mécanisme alternatif consiste alors à
60 — Elsa Eme, Jean-François Rouet, « Les connaissances
métacognitives en lecture-compréhension chez lenfant et ladulte »,
Enfance, n° 53 (4), p. 309-328, 2001.
74 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
évaluer la source de linformation. Ainsi un auteur perçu comme compétent et animé
par de bonnes intentions sera-t-il plus facilement cru quun auteur jugé incompétent
ou de mauvaise foi. Ces processus ne sont toutefois pas automatiques et ils dépendent
largement du contexte de la tâche et de lexpertise du lecteur.
Bien que les processus de validation aient encore été peu étudiés chez les enfants,
il existe de nombreux arguments permettant de penser que ni la validation par les
connaissances préalables ni la validation par la source ne sont disponibles demblée
à lentrée au cours moyen, pour des raisons qui ont trait à la fois au développement
des compétences cognitives nécessaires à la compréhension (voir les chapitres 1
et 3) et à labsence dun enseignement explicite de ces processus.
Tout dabord, évaluer la validité dun propos nécessite dactiver ses connaissances
afin de juger la plausibilité, la qualité de lexplication ou des arguments. Or lon sait que,
chez lenfant, lappel aux connaissances antérieures nest pas automatique, il peut
dailleurs être efficacement stimulé par des activités de pré-lecture. Par ­ailleurs,
évaluer la source demande de localiser les informations pertinentes, souvent
placées à la périphérie du texte : doù vient ce texte ? qui la écrit ? que peut-on dire
de son auteur ? Il faut ensuite, à partir des informations disponibles, sinterroger sur
la compétence et lintention de lauteur : peut-on le croire, lui faire confiance ? Les
expériences menées par Macedo-Rouet et ses collègues au CM1 et au CM2 montrent
quil sagit de stratégies difficiles daccès, qui peuvent être entraînées au moyen
dexplications courtes, dillustrations, et de pratique guidée. La connaissance et la
capacité à raisonner sur les sources continuent toutefois à se développer tout au long
de ladolescence.
Mise en relation de plusieurs textes
La mise en relation de textes pose en partie les mêmes problèmes que la mise
en relation dinformations à lintérieur dun texte. Cependant, dans le cas de
documents multiples, lélève fait souvent face à différents styles décriture, différentes
dénominations pour les mêmes référents, ce qui ajoute à la difficulté dintégrer
les informations en un tout cohérent. De plus, les différents textes en présence
ne se situent pas nécessairement dans un bon rapport de complémentarité
(voir figure 3, p. 64). Il peut exister des lacunes, des divergences, voire des conflits
dans linformation proposée par lun ou par lautre. Des recherches menées auprès
dadolescents montrent que la compréhension de documents multiples est un défi
très difficile à relever, ce qui doit inciter à la prudence dans lemploi de dossiers
multidocumentaires avec des élèves en début de cycle 3. Il en va de même des
prescriptions de recherche sur Internet qui conduisent quasi inévitablement les
élèves vers des sources inadéquates, inadaptées, voire inappropriées, sans que
ces élèves ne disposent des outils cognitifs et métacognitifs pour évaluer la qualité
du support de linformation lue.
75 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Parmi les objectifs plus raisonnables au cours moyen, on peut citer lapprentissage
des relations de complémentarité entre deux textes (A-B, A-E et A-F dans la figure 3,
p. 64). Par exemple, lors dune séquence de géographie en CM1, dans le cadre
du thème 1, « Découvrir les lieux où jhabite », les élèves peuvent être amenés
à réfléchir à la façon dont une leçon sur les Pyrénées, illustrée par une carte, permet
de préciser les contours géographiques du massif montagneux, den visualiser
clairement les plus hauts sommets et de situer la frontière entre la France et
lEspagne. Des allers et retours entre le texte et la carte aident les élèves à préciser
la leçon et à se représenter plus clairement la région en question.
La compréhension de documents composites, associant éléments textuels
et ­g raphiques, est à enseigner nécessairement : lire une carte géographique
ou un diagramme de flux, mettre en relation la légende et limage, trouver les unités
représentées sur les axes dun graphique, extraire une valeur dun diagramme
de type » camembert », etc. Cet enseignement doit être conçu de façon progressive,
en mesurant le niveau de complexité suscité par les liens entre les documents.
Production, communication
à partir de la lecture du texte
Comme indiqué dans la figure 4 (voir p. 69), la production de réponses ou de décisions
fait partie intégrante de la plupart des activités de lecture lorsque celles-ci sinsèrent
dans un contexte dapprentissage. Il peut sagir de répondre par écrit à la question
posée par le professeur, mais aussi de prendre des notes ou de choisir une réponse
parmi un questionnaire à choix multiple.
La production de réponses pose problème dès lors que la réponse nest pas
représentée littéralement dans le texte : déduire, reformuler sont des activités
coûteuses dont lélève ne perçoit pas toujours la nécessité. Doù limportance
de faire travailler les élèves sur des questionnements qui nécessitent la mise en
relation dinfor­mations, linterprétation et la réflexion. Ce travail est à distinguer de la
production libre, par exemple donner son propre avis après avoir pris connaissance
de celui de lauteur du texte. Dans tous les cas, les tâches demandant une production
écrite doivent être soigneusement définies en tenant compte de leffort et du temps
que demande lécriture pour les élèves de 8 à 10 ans.
76 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Le rôle de lautorégulation
dans la lecture fonctionnelle
Si la lecture au sens classique peut être qualifiée de linéaire (lire entièrement le texte
de manière soutenue de sorte à le comprendre), la lecture stratégique telle quelle
est définie dans ce chapitre prend la forme de cycles qui se répètent jusquà ce que
lélève estime avoir atteint lobjectif fixé. Au cours de chaque cycle sont prises des
décisions importantes : sur quel texte, sur quelle partie de texte poser son regard ?
Lire en diagonale ou lire attentivement ? Linformation semble-t-elle utile au regard de
la question posée ? Doit-on poursuivre ou sinterrompre et chercher ailleurs ? A-t-on
acquis suffisamment dinformations pour répondre ? Peut-on considérer lactivité
comme terminée ? Toutes ces décisions nécessitent la connaissance par lélève de
ses propres processus cognitifs ainsi quune capacité à les organiser. En dautres
termes, la lecture stratégique comporte une importante composante métacognitive.
Appliquée à la lecture comme à dautres domaines, la métacognition prend deux
formes, lune dite déclarative et lautre procédurale.
Sur le plan déclaratif, la métacognition concerne la connaissance des mécanismes
et stratégies de lecture (« Pourquoi certains textes sont-ils difficiles à comprendre ? » ;
« Si vous avez 2 minutes pour lire un long texte, comment faites-vous ? » 61 ).
Les connaissances déclaratives sont dites explicites en cela quelles peuvent être
communiquées de manière claire par le langage. Ces connaissances sont mises au
service des comportements dans les mêmes conditions que les autres connaissances
nécessaires à la compréhension (voir le chapitre 1), à condition dêtre disponibles
et activées au moment opportun. Ainsi, savoir à quoi sert la table des matières dans
un livre ne garantit pas que le lecteur saura sen servir à bon escient.
Sur le plan procédural, la métacognition comporte trois types dévaluation :
— lévaluation liée à la planification de lactivité (la représentation du but, de leffort
demandé pour latteindre, et lauto-évaluation de sa propre capacité à latteindre)
(« Comment allez-vous aborder la lecture de tel texte pour répondre à telle
question ? ») ;
— lauto-évaluation de processus (« Avez-vous bien compris la phrase que vous
venez de lire ? ») ; (« Devez-vous prendre le temps de relire cette phrase avant
de continuer ? ») ;
— lauto-évaluation de résultat (« Relisez votre résumé du texte : reflète-t-il le texte
lu dans ses grands axes ? »).
Les processus métacognitifs nont pas toujours une traduction fidèle dans le langage.
Ce sont des savoir-faire que lon peut acquérir par la pratique guidée. Lexplication
verbale y joue certainement un rôle mais elle ne peut suffire, seule, à leur acquisition
(de la même façon quexpliquer à un enfant comment faire du vélo ne garantit pas
la maîtrise au premier essai).
61 — Ibid., voir note 60, p. 73.
77 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
Prendre en considération la dimension métacognitive de la lecture demande donc
de sinterroger sur les ressorts qui modulent lengagement actif de lélève dans
les activités qui lui sont proposées. Ces aspects sont parmi les plus mal connus et les
plus complexes de lapprentissage de la lecture, car ils touchent toutes les facettes
du développement de lenfant, son environnement socioculturel, et les stratégies
pédagogiques du professeur. Quoi quil en soit, lintérêt et la motivation pour
la lecture jouent un grand rôle dans lacquisition des capacités de compréhension
de lécrit. Lintérêt pour la lecture est lui-même sous-tendu par les représentations
que les enfants ont deux-mêmes en tant que lecteurs. Certains enfants perçoivent
la lecture comme quelque chose de difficile qui leur pose problème, ce qui diminue
leur engagement (refus de la lecture comme activité de temps libre, par exemple)
et leur motivation pour les tâches qui leur sont proposées. Les stratégies des pro-
fesseurs jouent un rôle important pour corriger ces représentations en stimulant
le développement et le maintien de lintérêt pour la lecture.
78 — Acquérir des stratégies de lecture au service des apprentissages
En résumé
À lentrée au cours moyen, lélève apprend à utiliser la lecture
comme moyen de réaliser toutes sortes dactivités. Pour
cela, il apprend à mettre le texte au service dautres objectifs
dapprentissage. Cela passe par lacquisition de stratégies
qui vont au-delà de la compréhension du texte pour lui-même.
Lélève doit apprendre, en classe, à analyser les objets sur
lesquels portent les questions qui accompagnent la lecture
dans les différents contextes et disciplines scolaires.
Pour effectuer les tâches demandées, lélève doit pouvoir
évaluer lorganisation des textes qui lui sont proposés
et procéder par balayage visuel en alternant les phases
de recherche et les phases de lecture soutenue.
Ces compétences demandent des interventions spécifiques
du professeur, fondées sur lexplicitation et la pratique
guidée. La prise de conscience et le contrôle des processus
cognitifs jouent alors un grand rôle, tout comme lintérêt
et la motivation pour la lecture.
Et en sixième ?
— Dans différentes disciplines, le professeur prolonge,
de façon structurée et explicite, lenseignement
de la lecture de textes composites.
— Il augmente progressivement le nombre de documents
afin dentraîner les élèves à identifier les sources,
leur fiabilité et la nature de la lecture quelles entraînent.
Il les habitue à la mise en relation des informations
(texte, image, schéma, tableau, graphique, etc.).
— Il automatise lappui sur les éléments textuels et paratextuels
pour construire la pratique du balayage visuel.
V
Comment enseigner
la compréhension ?
80 — Comment enseigner la compréhension ?
Tant les observations menées en classe que les entretiens
avec les professeurs ou les résultats issus de recherches
collaboratives62 mettent en évidence des démarches plus
efficientes que dautres pour enseigner la compréhension
de loral et de lécrit aux élèves de cours moyen.
Ces démarches incluent un principe de collaboration
entre élèves associé à un guidage explicite du professeur.
Les élèves peuvent ainsi se consacrer à lacquisition
de stratégies et dhabiletés ciblées.
Le développement de ces démarches nest véritablement
efficace que sil sinscrit dans un parcours, qui correspond
à une progression des apprentissages élaborée
pour un cycle et à une harmonisation des pratiques.
Des principes à respecter
Les chapitres précédents ont expliqué les raisons pour lesquelles lenseignement
de la compréhension, que celle-ci porte sur des supports oraux ou écrits, doit être
explicite, stratégique et actif.
Pour répondre à ces trois recommandations, plusieurs principes guident
les démarches et activités préconisées :
— proposer des contextes motivants pour la lecture à partir de textes et dobjectifs
variés ;
— enseigner des structures de texte ;
— enseigner les stratégies multiples de compréhension ;
— encourager les élèves à discuter de ce quils ont compris du texte ;
— développer et mobiliser leurs connaissances : vocabulaire, morphosyntaxe,
culture ;
— observer, évaluer ;
— différencier lenseignement ;
— intégrer lécriture à la lecture.
62 — http://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/CAS/LECTURE-
ECRITURE/pp-comprehension
81 — Comment enseigner la compréhension ?
Trois grandes familles
dactivités indissociables
Le programme de cycle 3 invite le professeur à mettre en œuvre différentes moda-
lités dapprentissage spécifiques selon lobjectif retenu pour la séance. En fonction
de lobjectif visé, du niveau des élèves et de la programmation, trois types dactivités
peuvent être mis en place, de façon complémentaire.
Des activités modulaires
Ces activités visent lentraînement de stratégies spécifiques qui permettent de
développer des habiletés ciblées. Fortement guidées, ces séances répondent
aux principes de lenseignement direct des stratégies pour traiter une difficulté
clairement identifiée et circonscrite : comprendre à quoi renvoient les substituts,
résoudre une inférence, découvrir le sens dun mot, extraire les idées principales,
résumer, auto-expliquer, etc. Le professeur montre aux élèves comment mettre
en œuvre les stratégies qui permettent de surmonter une difficulté, puis les engage
à se saisir de ces stratégies en les exerçant dans une activité similaire.
EXEMPLE DACTIVITÉ MODULAIRE AUTOUR DU LEXIQUE
Le professeur fait réfléchir aux mots susceptibles de ne pas être compris, à partir
du travail conduit en classe (appui sur la formation, létymologie, etc.) en utilisant
les éléments du texte qui permettent de les situer dun point de vue sémantique.
EXEMPLE DACTIVITÉ MODULAIRE SUR LA COMPRÉHENSION DE LIMPLICITE
Le professeur, à loral ou à lécrit, entraîne au repérage de :
— limplicite sur des supports très brefs, composés de deux ou trois phrases ;
— différents types dinférences :
sur la base des anaphores : repérage de relations entre personnages
(par exemple : « Pierre est arrivé avec Marie. Il… ; Pierre est arrivé avec Marie
qui… ») ou entre lieux (« Paris, la capitale de la France ») ;
sur la base de différents types de relations, le plus souvent introduites par
des mots outils : relations de succession (et, ensuite, etc.) ; relations causales
(car, parce que, puisque, en conséquence, etc.) ; relations dopposition
(mais, ­pourtant, cependant, etc.) ;
82 — Comment enseigner la compréhension ?
sur la base de connaissances dites du monde (pour aller rapidement de Paris
à Marseille, il vaut mieux prendre le TGV) ;
sur la base de connaissances de la langue : outre les relations anaphoriques
et celles marquées par différents mots outils (voir ci-dessus), emploi des temps
des verbes pour mieux comprendre la chronologie.
Au cours moyen, ces séances peuvent être ponctuelles pour travailler une difficulté
repérée lors des lectures en classe.
Des activités intégratives
Les activités modulaires précédemment décrites sont complémentaires des
activités de lecture intégrées, littéraires ou fonctionnelles, notamment avec les
élèves en difficulté, pour les doter « dun répertoire de stratégies pour comprendre ».
Lors des séances de lecture intégrées, le professeur rappelle ce qui a été appris
au cours des activités modulaires et fait le lien avec lobjet de la séance. Il facilite
ainsi la mise en contexte des habiletés nouvellement travaillées et sassure de leur
mobilisation dans lactivité de lecture proposée. Il sagit dapprendre aux élèves
à gérer des situations de lecture complexes, en les impliquant dans la mobilisation
des compétences nécessaires à la compréhension. Ces activités prennent appui
sur des supports courts (nouvelle, extrait de chapitre, etc.).
Au cours des séances, le professeur :
— prend en charge une partie de lactivité pour que les élèves puissent se concentrer
uniquement sur les tâches qui répondent à lobjectif de séance ;
Par exemple, il assure lui-même la lecture du passage qui fournit le contexte
nécessaire à la compréhension de lextrait ciblé.
— explicite et fait expliciter les stratégies sollicitées au fur et à mesure que
les échanges progressent ;
Par exemple, il souligne comment les différentes habiletés sont mobilisées simul­
tanément pour comprendre.
— engage systématiquement les élèves à réutiliser les stratégies apprises
lors des activités modulaires de sorte à articuler les différents temps dédiés
à la compréhension (enseignement, entraînements) et à rendre explicite la
complémentarité du travail engagé dans lune ou lautre forme de travail,
intégrative ou modulaire ;
— favorise la mémorisation de ce qui a été lu.
Par exemple, il implique et guide les élèves dans le rappel de récit collectif,
les schématisations, les résumés, etc., il les invite à mettre en scène les textes,
à les jouer, à les interpréter.
83 — Comment enseigner la compréhension ?
La démarche de compréhension relevant de lactivité intégrative est fondée sur le
principe de la découverte assistée et de lengagement actif des élèves. Essentielles
au cours moyen, ces séances permettent de travailler lensemble des stratégies
requises pour asseoir une lecture qui associe plaisir de lire et de découvrir des
textes, des auteurs, des idées.
Des activités à visée culturelle
Associées à des lectures suivies dœuvres de littérature de jeunesse (romans,
albums, etc.), de supports informatifs ou documentaires, ces activités se déroulent
sur un temps plus long. Elles visent des connaissances multiples qui éveillent
et ­nourrissent la curiosité comme limaginaire des élèves.
Elles reposent sur une mise en réseau des différents textes lus qui permet aux élèves
de mobiliser les habiletés travaillées lors dactivités modulaires. Elles les conduisent
à porter un regard actif et critique sur leurs lectures par linstauration de débats
délibératifs (visant la compréhension) et interprétatifs menés par le professeur.
Pour les élèves les plus éloignés de la lecture, ces activités présentent de nombreuses
difficultés. Il est donc nécessaire de les guider pour quils saisissent les tâches
à accomplir et quils sen emparent pour sacheminer progressivement vers
la réussite dune compréhension autonome.
3 familles dactivités
Activités Activités
Activités
à visée intégratives
modulaires
culturelle transfert
Textes longs Phrases
Textes courts
Albums/romans Supports variés
Nouvelles
Documentaires courts
Lectures
Lectures Vocabulaire,
pas-à-pas
par épisodes Fluence,
Visibiléos
Mises en réseaux Syntaxe,
Rappels de récits
Débats Stratégies, etc.
Mises en scène
Tâche complexe Tâche complexe Tâche simplifiée
Autonomie Accompagnement Guidage fort
Figure 5. Trois familles dactivités63.
63 — Daprès Marie-France Bishop, « Quelle didactique de la littérature
dans les manuels de lenseignement primaire en France, de 1880
à nos jours ? », in Nathalie Denizot, Jean-Louis Dufays, Brigitte Louichon
(dir.), Approches didactiques de la littérature, Presses universitaires de
Namur, p. 33-48, 2019.
84 — Comment enseigner la compréhension ?
Les différentes approches
à privilégier pour enseigner
la compréhension
De nombreuses recherches se sont attachées à lanalyse des méthodes et pratiques
denseignement les plus efficaces. On observe que lenseignement explicite, dont
linstruction directe et lapproche par résolution guidée sont deux modalités, fait
particulièrement progresser les élèves en compréhension.
Lenseignement explicite repose sur un ensemble de principes dont les plus impor-
tants sont les suivants :
— lobjectif de lactivité doit être défini et expliqué ;
— les élèves doivent être actifs (engagés) dans des situations dapprentissage ;
— lengagement des élèves est soutenu par le professeur qui guide lactivité64.
En cela, lenseignement explicite soppose aux situations dans lesquelles les tâches
ne sont que sommairement décrites et dans lesquelles lactivité des élèves est
réduite à des réponses aux questions posées oralement ou par écrit. Dautre part,
il soppose à un enseignement fondé sur la découverte du sens par les élèves, sans
aide, cest-à-dire en mettant en œuvre un tâtonnement non accompagné. Dans ce cas,
lapprentissage repose essentiellement sur les connaissances déjà acquises et sur la
mémoire des élèves, ce qui ne garantit pas lacquisition de nouvelles connaissances
par tous, ni la compréhension de la tâche. Ces modalités denseignement très
faiblement guidées représentent une charge cognitive importante pour les élèves
ce qui risque à terme de renforcer les inégalités.
La modalité denseignement actif et explicite dans le domaine de la compréhension
a pour objet lensemble des stratégies de compréhension, ce qui peut aller de la
compréhension des mots en contexte à lélaboration de la représentation mentale.
Dans son acception actuelle, il sagit de décrire la manière dont lenseignant va
accompagner lapprentissage des élèves.
Si le principe dun enseignement explicite est lobjet dun consensus, plusieurs
approches sont présentées dans les recherches. Elles divergent sur le degré de
cadrage du professeur, et sur la démarche dapprentissage, modulaire ou intégrée,
de lactivité de compréhension. On peut ainsi distinguer linstruction directe et
lapproche par résolution guidée. Ces différentes approches sont complémentaires
et doivent être utilisées en fonction des objectifs poursuivis, des notions à travailler,
des besoins des élèves, de lorganisation de lenseignement et des différentes
variables propres à chaque situation. Il est nécessaire den connaître les principales
caractéristiques.
64 — Barak Rosenshine, “The Empirical Support for Direct Instruction”
in Sigmund Tobias, Thomas M. Duffy (Eds.), Constructivist Instruction.
Success or Failure, p. 201-220, Routledge, New York, 2009.
85 — Comment enseigner la compréhension ?
Linstruction directe
Les activités modulaires décrites ci-dessus relèvent de linstruction directe.
Dans un tel dispositif, le professeur endosse tout dabord la responsabilité de
réduire la complexité de la tâche pour aborder une notion nouvelle. Pour cela,
il affiche clairement lobjectif de lapprentissage et segmente lactivité en sous-tâches
accessibles à lélève. La maîtrise dune activité complexe est donc une construction
progressive où est abordée tour à tour chacune des habiletés impliquées, avant
dexiger leur mise en œuvre intégrée dans lactivité elle-même. Le cas des inférences
est un bon exemple de lusage de linstruction directe : plusieurs recherches ont
montré quun enseignement spécifique, centré sur lentraînement à effectuer des
inférences, améliore significativement les capacités des enfants de fin décole
primaire et leur compréhension des textes narratifs comme documentaires 65 .
Une récente méta-analyse66 évaluant 25 études dinstruction directe de la réalisation
dinférences de la maternelle au lycée montre que cet enseignement améliore
significativement la compréhension générale comme la compréhension inférentielle
et littérale. Ces entraînements permettent notamment aux plus faibles lecteurs
daméliorer aussi leur compréhension littérale. Les résultats de cette méta-analyse
montrent aussi que cet enseignement est dautant plus bénéfique quil est prodigué
en petits groupes67. Les habiletés de compréhension telles quelles ont été décrites
aux chapitres précédents sont donc enseignées pour elles-mêmes avant dêtre
mobilisées dans la lecture ou lécoute de textes complexes, chaque fois quelles sont
nécessaires à la résolution dune difficulté.
Le professeur guide ensuite lélève dans sa pratique initiale en fournissant les
étayages nécessaires. Il démontre les stratégies à utiliser pour réaliser tel ou tel
exercice ; il donne à voir son expertise en « pensant à haute voix ». Le professeur
sassure aussi de la compréhension des élèves et suscite leur participation en
cherchant à obtenir des réponses de chacun deux. Ce guidage consiste également à
fournir des corrections et des retours systématiques, et à motiver la participation de
lélève en organisant des discussions permettant la confrontation des points de vue
et la construction collective des stratégies optimales. Le professeur conduit donc les
élèves à prendre progressivement en charge lactivité et à conquérir leur autonomie.
65 — Carsten Elbro, Ida Buch-Iversen, “Activation of Background
Knowledge for Inference Making: Effects on Reading Comprehension”,
Scientific Studies of Reading, n° 17 (6), p. 435-452, 2013.
Nicola Yuill, Jane Oakhill, “Understanding of Anaphoric Relations in
Skilled and Less Skilled Comprehenders”, British Journal of Psychology,
n° 79 (2), p. 173-186, 1998.
66 — Amy M. Elleman, “Examining the Impact of Inference Instruction
on the Literal and Inferential Comprehension of Skilled and Less Skilled
Readers: A Meta-Analytic Review”, Journal of Educational Psychology,
n° 109 (6), 2017.
67 — Laurent Lima, Maryse Bianco, 11 stratégies pour apprendre
à comprendre, Hatier, Paris, 2016.
86 — Comment enseigner la compréhension ?
Lapproche par résolution guidée
Lapproche par résolution guidée est rigoureusement structurée. Le professeur
accompagne les élèves dans la résolution dune tâche de compréhension complexe,
au contraire de linstruction directe qui décompose la tâche. La notion daccompa-
gnement est au centre de cette manière denseigner, qui vise à la fois un apprentissage
explicite des habiletés décrites aux chapitres 1 et 3 et la mise en activité et en réflexion
des élèves. Louverture de lespace de réflexion est indispensable, car cest dans
cet espace que lélève va pouvoir effectuer des tâches complexes tout en analysant
les procédés de résolution mis en jeu. Les phases de réflexion et daction alternent.
AU DÉPART
Le professeur explicite les apprentissages visés et signale les habiletés qui seront la
cible des apprentissages. Il rappelle les connaissances disponibles, mobilise celles
qui vont être nécessaires. La tâche nest pas simplifiée mais le professeur détermine
quels sont les éléments sur lesquels il veut voir porter lattention des élèves ; par
exemple, effectuer des inférences, modifier sa représentation mentale au cours de
la lecture, sélectionner les informations importantes et les formuler, etc. Pour cela, il
organise lactivité et présente le texte de manière à rendre visibles les habiletés sur
lesquelles il souhaite travailler et à soutenir leffort déployé au cours de la lecture.
Par exemple, le texte peut être présenté en dévoilement progressif, par épisodes ;
il est également possible den signaler les « blancs » ou de matérialiser certains
liens, etc. Le professeur désigne régulièrement ce qui est en cours de réalisation :
il attire lattention des élèves sur la manière deffectuer lactivité. Pour cela, il réduit
les difficultés en apportant lui-même les éléments qui seront nécessaires selon les
besoins des élèves. Par exemple, il définit les termes importants avant de commencer
si lexplicitation du lexique ne constitue pas lobjectif de la séance ; il relit un passage
important sur lequel il souhaite attirer lattention. Autrement dit, le professeur prend
en charge une partie des difficultés pour centrer lattention sur ce qui constitue son
objectif dapprentissage.
AU COURS DE LACTIVITÉ
Le professeur ne montre pas directement ce quil faut faire mais utilise les différents
cheminements pour en faire des objets de réflexion. Par exemple, en sarrêtant sur
une réponse et en reconstruisant avec les élèves le fil de la réflexion qui a abouti
à cette réponse. Lanalyse des réponses délèves peut être un outil denseignement
efficace. Les échanges jouent un rôle important car ils permettent laccompagnement
des élèves et mettent en lumière les mouvements de pensée ainsi que les apprentis-
sages effectués. Les rétroactions du professeur nont pas pour fonction de valider
une bonne réponse ou den écarter une mauvaise, elles stimulent la réflexion et
poussent à justifier une hypothèse ou à approfondir une démarche qui sélabore.
Lerreur est considérée comme une étape de réflexion, comme la manifestation dun
parcours intellectuel en cours délaboration. Toutefois, le professeur réduit le champ
des possibilités et conduit vers la résolution du ­problème soulevé par la tâche.
87 — Comment enseigner la compréhension ?
LA DERNIÈRE ÉTAPE
Cest le moment où les stratégies découvertes et expérimentées sont rappelées.
Grâce aux échanges, la tâche a été collectivement résolue et le professeur en a guidé
la résolution. Pour que cet acquis reste dans les mémoires et soit réutilisable, un point
final est nécessaire au cours duquel les procédures utilisées sont explicitement
désignées. Il sagit dalimenter la mémoire didactique de la classe qui sera rappelée
régulièrement. Grâce à la démarche de résolution guidée, les élèves apprennent de
manière explicite à gérer une tâche complexe. Ce format de séance est régulièrement
répété, il favorise lapprentissage de la compréhension dans toutes les disciplines,
à loral comme à lécrit.
Conseils pour la mise en œuvre
dune séance de compréhension
Pour installer de solides compétences chez les élèves, il est indispensable de prendre
en compte la progression construite collectivement sur le cycle et de préparer avec
soin la programmation des séances dans sa classe.
Un travail en amont en plusieurs étapes
LA DÉFINITION CLAIRE DE LOBJECTIF
Déterminer un objectif spécifique permet dassurer la cohérence de la séance
en ciblant les habiletés à solliciter pour y répondre.
LANALYSE DU SUPPORT CHOISI
Certes choisi en fonction de la progression de la classe et de lobjectif dapprentissage
poursuivi, le texte ne doit pas pour autant être dépourvu dintérêt pour les élèves.
Aussi, dans le cadre des activités intégratives, les extraits décontextualisés du
travail de la classe, les textes trop complexes ou contenant trop de mots inconnus
ou rares sont écartés.
88 — Comment enseigner la compréhension ?
Il convient au contraire de privilégier :
— des textes littéraires courts, des nouvelles, des extraits significatifs, pour
développer les procédures de compréhension spécifiques aux textes littéraires ;
— des documents (textes, tableaux, graphiques, schémas, diagrammes, images)
pour développer les procédures de compréhension spécifiques aux textes
­documentaires et informatifs ;
— des textes littéraires longs, lus dans leur intégralité, pour réinvestir les habiletés
mobilisées sur des textes courts.
Une étude attentive du support est essentielle pour anticiper ce quil y a à comprendre
en fonction du type de texte.
Texte narratif Texte informatif
Quel est lenjeu de ce texte ? de ce support ?
Quelles sont les intentions de lauteur ?
Quelles sont les principales
Quels sont les moments importants ?
informations ?
Quels sont les personnages ? Quels sont les thèmes abordés ?
Quels sont les liens entre eux ? Comment apparaissent-ils ?
Quelles sont les différentes sources
Que veulent-ils ? dinformation ? (dessins, schémas,
Quelles sont leurs raisons dagir ?68 photos, texte, etc.)
Quels sont les liens entre elles ?
Les lieux et le temps jouent-ils
Quel rôle joue la mise en page ?
un rôle particulier ?
Quels sont les éléments implicites nécessaires à la compréhension
de ce texte ou document ?
Quelles activités décriture proposer pour soutenir la compréhension ?
Le professeur anticipe lactivité de lecture des élèves, repère les éléments à
comprendre, les éventuelles difficultés qui devront être levées pour que le document
soit compris.
LE CHOIX DES AIDES ET DES OUTILS
Pour soutenir lactivité des élèves durant la séance, le professeur anticipe des aides
et met à disposition des outils.
— Pour lappropriation de connaissances
Il apporte, si nécessaire, en amont de la lecture, les connaissances nécessaires
à la compréhension du texte. Ces informations peuvent porter sur les personnages,
le thème abordé ou le sujet de lhistoire, la période historique, etc.
68 — Le travail sur les états mentaux des personnages constitue
lune des meilleures entrées dans la compréhension inférentielle,
comme en attestent de nombreuses études (par exemple, Arthur C.
Graesser, Murray Singer et Tom Trabasso, “Constructing Inferences
During Narrative Text Comprehension”, Psychological Review, n° 101 (3),
p. 371395, 1994.
89 — Comment enseigner la compréhension ?
Par exemple, pour un texte narratif long, il peut mettre à la disposition des élèves des
(re)présentations des personnages principaux, des images des lieux où se déroule
laction, etc.
Pour un texte documentaire ou fonctionnel, il peut présenter les informations
contenues dans le texte sous forme de cartes, de graphiques ou de schémas.
— Pour lappropriation du lexique
Comme vu dans le chapitre 1, une méconnaissance du lexique peut gêner le processus
de compréhension. Le professeur permet aux élèves de se représenter lunivers
de référence désigné par des mots susceptibles de ne pas être compris, en les clarifiant
avec eux. Développées avant la lecture, ces connaissances lexicales sont mobilisées
en contexte au cours de la lecture, et réinvesties régulièrement par la suite.
— Pour la mobilisation des procédures
Les élèves ont la possibilité de se référer aux habiletés précédemment travaillées,
conservées collectivement sur des affiches ou consignées dans des cahiers
individuels.
UNE ANTICIPATION DU QUESTIONNEMENT
DANS UNE DÉMARCHE DE TYPE INTÉGRATIF
Lorganisation anticipée du questionnement est étroitement liée à lobjectif de la séance,
afin douvrir lespace déchange et de réflexion au sein du groupe et de permettre
à chacun de construire un modèle de situation adapté. Dans une démarche dite
intégrative, le professeur amène les élèves à résoudre seuls une partie de lactivité
de compréhension. Préparé par le professeur en tenant compte de lanalyse fine
des difficultés du texte, le questionnement constitue une aide importante dans la
construction des compétences de compréhension et notamment dans le renforcement
des capacités cognitives fondamentales (planification, flexibilité). Il est toutefois
nécessaire que son déroulement nentrave pas les réactions personnelles des élèves.
Il est indispensable de distinguer les questions portant sur la compréhension du texte
de celles qui facilitent le développement des habiletés pour le comprendre.
Les questions pour comprendre le texte portent sur :
— le sens général : que nous apprend ce texte ? De quoi nous parle-t-il ? Où et quand
cela se passe-t-il ?
— les personnages et leurs intentions : quels sont les personnages principaux ?
Que savons-nous deux ? Que veut obtenir tel personnage ? Pourquoi agit-il
de la sorte ?
— les connaissances à mobiliser : que sait-on déjà sur ce sujet ? Que doit-on aller
chercher ?
— la structure du texte : comment ce texte est-il organisé ? Est-ce quil y a plusieurs
parties ? Sont-elles repérées par des intertitres, des connecteurs logiques,
chronologiques ?
— le déroulement du texte : quel événement est à lorigine de toute cette histoire ?
Quelles informations montrent que lhistoire progresse ?
— les causes et conséquences : pourquoi tel événement sest-il produit ? Quest-ce
qui explique tel phénomène ?
90 — Comment enseigner la compréhension ?
— lavancée des informations : que va-t-il se passer ? Quelles informations vont
suivre ? Sont-elles toutes données ? Doit-on en rechercher dautres ?
— la localisation des informations : où trouvons-nous les informations sur tel
ou tel sujet ?
— lavis du lecteur : que pensez-vous de tel personnage ? À la place de ce personnage,
quauriez-vous fait ? Aimeriez-vous avoir ce personnage comme ami ? Ce texte
a-t-il répondu à vos attentes ?
Les questions pour prendre conscience des processus de compréhension mobilisés
portent sur :
— la définition du projet de lecture : quel est lobjectif de cette lecture ? Quelles
informations cherche-t-on ? Par où commencer la lecture (dans le cas des textes
documentaires et des documents composites) ?
— lidentification du passage qui a permis de comprendre : quest-ce qui vous a aidé
à comprendre ? Comment vous y êtes-vous pris pour le comprendre ?
— lidentification des difficultés rencontrées : quest-ce vous navez pas compris ?
Et pourquoi ? Quest-ce qui vous a gêné pour comprendre ? À quel moment navez-
vous plus compris ?
— la formulation de ce qui peut faciliter la compréhension : quest-ce que vous savez
déjà et qui peut aider à comprendre ? Que peut-on faire quand on ne comprend
pas un passage du texte ?
— la précision du cheminement suivi : comment avez-vous fait pour trouver
la réponse ? Comment avez-vous réussi à surmonter les obstacles rencontrés ?
Ces questions permettent aux élèves de prendre conscience de leur cheminement
intellectuel en exprimant leur questionnement. Elles témoignent collectivement
des processus auxquels ils ne peuvent avoir facilement accès.
Une prise en compte des élèves
et de leurs capacités
Les tâches proposées sont adaptées aux différents niveaux de maîtrise des habiletés
par les élèves, afin datteindre lobjectif que se fixe le professeur.
Pour les élèves les plus en difficulté, il peut ainsi être nécessaire de rendre plus lisible
le texte en lagrandissant ou en aérant sa mise en page ; de simplifier le lexique, sans
rompre la cohérence permettant un échange de tous les élèves ; ou encore de lire à
voix haute le texte ou une partie pour alléger la charge de lecture précédant le travail
de compréhension. Lorsque le support est oral, on peut renouveler davantage
les relectures, totales ou partielles.
91 — Comment enseigner la compréhension ?
Comprendre une œuvre intégrale
au cours moyen 69
Apprendre à comprendre nest pas une finalité en soi. La maîtrise du décodage et
celle des stratégies de compréhension sont avant tout des leviers pour permettre
à lélève dapprécier les œuvres littéraires et déprouver le plaisir de lire. Le cycle 3
voit apparaître un programme de culture littéraire et artistique, qui propose
la découverte dœuvres plus longues et plus complexes que celles qui ont pu
être abordées au cours des années précédentes. Le roman daventure, le récit
dapprentissage, par exemple, peuvent surprendre voire dérouter de jeunes lecteurs
par leur construction temporelle et la complexité de leurs personnages.
Laccompagnement de la lecture par le professeur savère nécessaire : que faut-il
faire pour aider le lecteur à rester actif et concentré tout au long de sa lecture ?
COMMENT RENDRE LE LECTEUR ACTIF
Le professeur aide lélève à :
— distinguer lessentiel de laccessoire ;
— garder en mémoire les personnages et leurs relations ; à intégrer de nouveaux
personnages au fil de la lecture ;
— suivre leur évolution psychologique, à se mettre à leur place et comprendre,
à un moment précis, ce quils savent de la situation et ce quils ne savent pas,
quelles sont leurs raisons dagir ;
— suivre le déroulement chronologique, à être attentif aux retours en arrière ou
aux anticipations ;
— garder en mémoire le contexte géographique du récit pour le préciser en fonc-
tion des nouvelles informations ;
— se rappeler les éléments éloignés dans le récit et à les mettre en lien ;
— suivre des récits parallèles à lintérieur de lœuvre.
69 — Patrick Joole, Lire des récits longs, cycle 3/collège, Retz,
CRDP de Versailles, 2005.
Et sur Éduscol, « Des modalités pour lire une œuvre longue en prenant
en compte lhétérogénéité des classes », 2016. https://cache.media.
eduscol.education.fr/file/Culture_litteraire_/00/9/5-RA16_C3_
FRA_5_heterogeneite_classe_591009.pdf
92 — Comment enseigner la compréhension ?
Quels sont les points de vigilance du côté
du professeur ?
— Développer lacculturation autour de lœuvre pour faciliter la compréhension
et renforcer le plaisir de lire.
— Imposer un rythme suffisamment soutenu pour limiter les problèmes de mémoire
et maintenir le plaisir de la découverte de lintrigue (lire un roman en moins
dun mois).
— Prendre en compte lhétérogénéité du groupe classe et les besoins de chacun,
tout en conservant à lœuvre son statut dobjet partagé afin que tous puissent
ensemble découvrir sa richesse.
— Programmer des temps en « classe entière » de lectures collectives « pas-à-pas »
(exemple de lapproche par résolution guidée) conduites par le professeur,
pour développer et entraîner les stratégies de compréhension travaillées sur
des textes plus courts.
Comment répondre aux besoins de chacun
sans perdre la dimension de découverte
collective ?
— Concevoir des itinéraires différenciés pour que chacun chemine dans lœuvre
en prévoyant des points de rencontre collective, selon des modes divers
dappropriation de lœuvre :
lecture autonome par lélève ;
lecture oralisée, extraits enregistrés ou résumés par le professeur ;
lectures « pas-à-pas » en groupe classe conduites par le professeur ;
lectures « pas-à-pas » en groupe restreint conduites par le professeur.
— Les passages clés doivent être lus et compris. Ils font lobjet de séances spécifiques.
Comment décider des passages les plus
adaptés aux différentes modalités ?
— Les passages qui ne présentent pas de complexité lexicale ou syntaxique majeure,
qui offrent une complexité inférentielle limitée et une chaîne anaphorique simple
à suivre, sont les plus adaptés à la lecture autonome.
— Les passages complexes ou comportant un nœud sémantique du récit sont
particulièrement adaptés à une lecture « pas-à-pas » conduite par le professeur.
— Les passages riches en informations secondaires qui peuvent faire perdre le fil
de la trame narrative aux lecteurs fragiles sont résumés.
— Les passages à très forte complexité sont oralisés par le professeur.
93 — Comment enseigner la compréhension ?
Focus | Un exemple
de lecture pas-à-pas
Texte support « Le lion et le vieux lièvre70 »
« Il était une fois un lion tyrannique qui vivait dans la brousse. Il terrorisait tous
les animaux, car il les dévorait, les uns après les autres. Jusquau jour où ceux qui
restaient lui proposèrent un pacte : le lion toujours affamé se contenterait dun seul
animal par jour. En retour, la victime se présenterait à lui tous les matins pour lui
éviter daller à la chasse.
Le lion accepta très volontiers ce marché.
Il en fut ainsi un certain temps. Puis, un jour, ce fut le tour dun vieux lièvre rusé.
Comme le voulait la coutume, il alla voir le lion de bon matin.
Il arriva essoufflé, lair fatigué, épuisé.
— Hou ! Quest-ce que jai couru ! Je viens dêtre poursuivi par un lion. Heureu­
sement que jai de longues pattes, car autrement, cen était fait de moi !
— Quoi ? Un autre lion, rugit le féroce animal, très en colère : ce nest pas possible.
Ainsi, jaurais un rival, un rival qui chasserait sur mon propre territoire ? Ah !
Cela ne va pas se passer comme ça… Où est-il ? Où est-il ?
— Près de létang, répondit le lièvre. Il est très grand, très fort, plus jeune et plus
courageux que toi. Méfie-toi.
— Je nai peur de rien ni de personne. Plus fort que moi ? Cest ce quon va voir.
Mène-moi jusquà lui.
Le roi des animaux à la crinière majestueuse suivit le lièvre jusquà létang. En se
penchant au-dessus de leau, le lion vit un autre lion. Fort courroucé, il lui sauta
dessus. Ne sachant pas nager, il se noya.
Et cest ainsi quun lièvre malin débarrassa le pays dun terrible tyran. »
La professeure71 lit le texte à haute voix en procédant à une lecture fragmentaire.
Elle fait apparaître une seule question à chaque arrêt. Le texte découvert est toujours
visible afin que les élèves puissent sy référer et questionner les informations tout
en affinant leurs réponses par ce que le texte dit et ce que le texte ne dit pas. Tout au
long de la séance, la professeure encourage les élèves à faire des liens entre
les informations, à mobiliser leurs connaissances et à effectuer les inférences
nécessaires à la compréhension de lensemble.
70 — Mille ans de contes, tome 2, Milan jeunesse, 2015.
71 — Cette séance a été conduite par Anne Pacca dans une classe
de CM1-CM2 située en REP à lécole Langevin 1 à Vallauris.
94 — Comment enseigner la compréhension ?
Découpage du texte et hypothèses des élèves72
« Il était une fois un lion tyrannique qui vivait dans la brousse. Il terrorisait tous
les animaux, car il les dévorait, les uns après les autres. Jusquau jour où ceux qui
restaient lui proposèrent un pacte : le lion toujours affamé se contenterait dun seul
animal par jour. En retour, la victime se présenterait à lui tous les matins pour lui
éviter daller à la chasse. »
LE LION VA-T-IL ACCEPTER CE PACTE ?
Non, car le lion aime manger des animaux et un animal par jour ne lui suffira pas.
Il ne va pas accepter le pacte car il est trop affamé.
Oui, car il na pas besoin de chasser, les victimes viennent à lui.
Oui, parce quen fait il nest pas obligé daller à la chasse et aussi les autres
animaux peuvent le piéger.
« Le lion accepta très volontiers ce marché.
Il en fut ainsi un certain temps. Puis, un jour, ce fut le tour dun vieux lièvre rusé.
Comme le voulait la coutume, il alla voir le lion de bon matin. »
QUE VA FAIRE LE LIÈVRE ?
Le lièvre vient pour le lion au moins comme cela il va se faire manger.
Le lièvre va arriver devant le lion et au moment où il va le tuer, le lièvre va senfuir.
Non, car il est rusé (sans autre explication).
« Il arriva essoufflé, lair fatigué, épuisé.
— Hou ! Quest-ce que jai couru ! Je viens dêtre poursuivi par un lion. Heureusement
que jai de longues pattes, car autrement, cen était fait de moi ! »
QUE PRÉPARE LE LIÈVRE ?
Le lièvre prépare un piège car le lièvre ne veut pas que le lion le mange.
Le lion a couru derrière le lièvre pour le manger mais il y a un piège sur
le ­chemin par lequel le lièvre va passer.
Cétait faux quil y avait un lion.
« — Quoi ? Un autre lion, rugit le féroce animal, très en colère : ce nest pas possible.
Ainsi, jaurais un rival, un rival qui chasserait sur mon propre territoire ? Ah ! Cela
ne va pas se passer comme ça… »
72 — Chaque passage du texte « découpé » est suivi de la question
formulée par lenseignante, elle-même suivie des hypothèses
formulées par les élèves. Ce sont des verbatim. On peut aussi
donner aux élèves une première lecture intégrale, recueillir leurs
réactions, puis reprendre la lecture pas-à-pas.
95 — Comment enseigner la compréhension ?
QUE VA FAIRE LE LION ?
Ils vont se battre et le lion qui vient darriver va gagner son territoire.
Le lion tyrannique est très en colère et il va peut-être aller voir le lion
qui nexiste peut-être pas et il va tomber dans le piège.
Oui, cest vrai quil ny a pas un autre lion. Du coup, il va se faire piéger.
« Où est-il ? Où est-il ?
— Près de létang, répondit le lièvre. Il est très grand, très fort, plus jeune et plus
courageux que toi. Méfie-toi.
— Je nai peur de rien ni de personne. Plus fort que moi ? Cest ce quon va voir. »
QUE VA FAIRE LE LION ?
Il va amener un autre lion avec lui encore plus fort.
Il va aller voir lautre lion pour faire un marché pour avoir la moitié de son
territoire.
Le lion va pousser lautre lion dans létang.
Le lion féroce va aller près de létang pour voir sil ny a pas un autre lion.
Il ny en aura pas et le lièvre va pouvoir senfuir.
« Mène-moi jusquà lui.
Le roi des animaux à la crinière majestueuse suivit le lièvre jusquà létang. En se
penchant au-dessus de leau, le lion vit un autre lion. Fort courroucé, il lui sauta
dessus. Ne sachant pas nager »
QUE VA-T-IL SE PASSER ?
Vu quil est bête, il est en train de regarder son reflet dans leau. Et du coup
il va sauter sur son reflet et comme il ne sait pas nager il va se noyer.
Comme elle a dit mais juste, comme il ne sait pas nager, il va demander de laide
au lièvre et il va le tuer.
Ce nest pas logique car le lièvre est en haut et il va sauter.
Le lion a demandé au lièvre de lemmener vers lautre lion donc ils sont à côté.
Non, il sest regardé dans le reflet. Le reflet cest comme quand tu te regardes
dans un miroir, cest la même chose sauf que cest dans leau.
Mais il ny a pas dautre lion. Il sest juste regardé dans son reflet.
« il se noya. »
ET FINALEMENT QUE SEST-IL PASSÉ ?
Le lion a dit quil fallait regarder dans leau et le lièvre la poussé et il ne la
pas sauvé.
Il savait que le lion tyrannique ne savait pas nager donc il la amené auprès
du marais.
Il savait quil pouvait toujours être le plus fort et quil terrorisait tout le monde
donc il fallait sen débarrasser.
Il savait quil détestait être détrôné et comme il lui a dit quil y avait un autre
lion plus fort, plus jeune, le lion est allé voir.
96 — Comment enseigner la compréhension ?
À la fin de la séance
Le professeur récapitule ce quon a compris et ce que lon a fait pour y arriver,
les obstacles rencontrés et la manière de les surmonter.
Une prise de notes au tableau peut également se construire au fur et à mesure de
la lecture pas-à-pas, pour accompagner la représentation cohérente de lhistoire
par les élèves.
Cette prise de notes mérite de prendre appui sur les états mentaux des person-
nages, leurs traits de personnalité, leurs intentions, les rôles, les liens entre les
personnages, les lieux et les moments importants de lhistoire.
Après la séance
Le rappel de récit individuel permet à chaque élève de maintenir en mémoire
sa représentation tout en permettant lévaluation de la compréhension de cette
­histoire. Les élèves racontent, en utilisant leurs propres mots, ce quils ont retenu
et compris de lhistoire.
Ces rappels de récits peuvent être filmés non seulement pour garder trace de ce que
les élèves ont déjà intégré mais aussi évaluer les difficultés et prévoir ­lélaboration
de nouveaux outils favorisant une compréhension plus précise encore.
Lécriture des pensées du lion et du lièvre lors de la scène de létang peut é
­ galement
engager les élèves dans la résolution dun problème de compréhension : que
peuvent-ils penser et pourquoi ? Que ne peuvent-ils pas penser et pourquoi ?
97 — Comment enseigner la compréhension ?
Exemple à partir du visibiléo73 :
73 — À la suite des constats issus de la recherche Lire-écrire au CP,
un type de schématisation a été proposé sous le nom de Visibiléo.
Il sagit dune sorte dorganigramme destiné à rendre visible le
cheminement du lecteur et à faire apparaître les liens de causalité.
(Marie France Bishop, Former à la compréhension, Conférence IFÉ/
Centre Alain Savary, 2018. http://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/
CAS/education-prioritaire/ressources/theme-1-perspectives-
pedagogiques-et-educatives/lire-ecrire-parler-pour-apprendre-dans-
toutes-les-disciplines/dossier-lire-ecrire/de-la-recherche-lire-ecrire-
aux-ressources-pour-la-formation/former-a-la-comprehension.)
Le visibiléo est une représentation graphique organisée qui soutient
« la mémorisation au service de la compréhension, articule les
événements et les intentions des personnages », matérialise les liens
logiques. Cet outil permet dun seul regard dappréhender à la fois
la structure de lhistoire dans son déroulement, mais aussi le parcours
du lecteur qui doit combler les « blancs » du texte. Par la mise en forme
de ce visibiléo, les élèves ont questionné ce qui est essentiel, matérialisé
les éléments retenus et rendu visibles les liens entre les informations
tout en clarifiant les états mentaux des personnages.
98 — Comment enseigner la compréhension ?
La place de lécriture
dans la compréhension
Au cours moyen, les activités de lecture sont indissociables des activités décriture.
Écrits accompagnant la lecture (cahiers ou carnets de lecture pour noter ses
réactions, copier des poèmes, des extraits de texte, etc.), écrits liés au travail de
compréhension (réception personnelle, reformulation, réponses à des questions,
notes, schémas, etc.) ou encore écriture libre et autonome qui sappuie sur la lecture
des textes littéraires, les activités décriture sont pratiquées très régulièrement.
Les écrits de travail
Au cours moyen, lécriture reste trop rarement associée à lenseignement de la
compréhension. Lefficacité du lien entre les deux activités est cependant plébiscitée
par de nombreuses recherches. Lune des plus récentes 74 souligne la fonction
que peut avoir lécriture en tant quaide à la réflexion au cours des activités de
compréhension. Elle rend visibles, pour les professeurs, les procédures utilisées
par les élèves, et pourquoi ces derniers rencontrent des difficultés pour écrire.
Les écrits de travail ou écrits liés aux activités de compréhension sont alors conservés
comme ressources et outils de travail pour les élèves. Ces écrits qui accompagnent
la lecture leur permettent de manifester leur compréhension, de formuler leurs
réactions, ou plus généralement de garder des traces de leur activité de lecteur.
Les écrits de travail sont de natures très variées : fragments de textes réécrits,
listes, carnets décrivain, journaux de lecture, etc., et, contrairement aux écrits
institutionnalisés, ils peuvent demeurer inachevés. Ils permettent de sapproprier
le contenu du texte ou du support et de résoudre des problèmes de compréhension.
Ils peuvent être produits à trois moments de lactivité de lecture :
— Avant de commencer la lecture et en fonction de son objectif, les élèves peuvent
noter les connaissances dont ils disposent et ce quil leur faut connaître sur
le sujet traité. Ils peuvent émettre des hypothèses sur ce quils vont lire à partir
des premiers éléments fournis par le support et par le professeur.
— En cours de lecture ou découte, des pistes de réflexion peuvent être rédigées
pour noter des hypothèses, formuler un avis sur ce que lon est en train de lire,
écrire ce qui nest pas compris, faire des schémas, etc. ou simplement noter
des éléments pour les mémoriser75.
74 — Catherine Brissaud, Laurence Pasa, Serge Ragano,
Corinne Totereau, « Effets des pratiques denseignement de
lécriture en cours préparatoire », Revue française de Pédagogie,
2016. https://journals.openedition.org/rfp/5079#xd_co
f=MmMxMjA1MTMtMzUzZi00NWVjLTgyNDgtODRlOGQ1YWU3Nzhj~
75 — Voir la séquence « Restitution du récit », Réseau Canopé, 2004.
https://www.reseau-canope.fr/BSD/sequence.aspx?bloc=844
99 — Comment enseigner la compréhension ?
— En fin de lecture, lécriture accompagne léclaircissement des procédures.
Il peut être envisagé décrire des suites, dajouter des informations, dinventer
des épisodes, etc. Au cours de ce dernier temps de la séance, lécriture peut être
collective, le professeur relevant les procédures utilisées pour les séances
suivantes.
Écrire pour comprendre
AVANT PENDANT APRÈS
Planifier Résoudre
ses stratégies des problèmes Garder trace
de compréhension
Mobiliser Partager sa lecture
ses connaissances Prendre des notes
Inventer,
Évoquer lunivers Noter des hypothèses imiter, créer
de référence ou des questions
Carnet de lecteur Croquis, dessins Carnet de lecteur
Journal de travail Notes, tableaux Carnet de citations
notes, post-it, etc. schémas Affiches
Liste de mots-clés Fiches personnages Visibiléo
Questions Visibiléo Écrits dimagination
Etc. Etc. Etc.
Figure 7. Écrire pour mieux comprendre76.
Les schématisations, sous la forme de cartes, schémas, diagrammes, visibiléos,
figures de lhistoire, apportent une aide notable à la compréhension des textes car
elles matérialisent les liens que doit effectuer le lecteur entre tous les éléments77.
Elles aident à la mémorisation des informations essentielles en permettant aux
élèves de séloigner de la linéarité du texte écrit pour replacer les informations selon
une organisation spatiale qui rend compte des liens entre les éléments importants.
De même, construire avec les élèves des réseaux de structures à partir de textes
fictionnels facilite grandement la lecture de nouveaux textes, car lélève peut sy
référer pour mieux comprendre.
Ainsi, au fil de la lecture du texte de lalbum Cœur de bois de Régis Lejonc et Thierry
Meunier, les élèves rendent explicite une information implicite et linscrivent dans la
marge du texte, matérialisée ici par des phylactères.
76 — Schéma organisé à partir des travaux figurant sur le site de lIFÉ :
http://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/CAS/LECTURE-ECRITURE/pp-
comprehension
2016. https://journals.openedition.org/rfp/5079#xd_co
f=MmMxMjA1MTMtMzUzZi00NWVjLTgyNDgtODRlOGQ1YWU3Nzhj~
77 — Catherine Snow, Reading for Understanding: Toward a R&D
Program in Reading Comprehension, RAND Corporation, Santa Monica,
2002. https://www.rand.org/pubs/monograph_reports/MR1465.html
100 — Comment enseigner la compréhension ?
Sous forme de schéma ou de carte mentale, ils réalisent linventaire des lieux
­mentionnés dans un extrait du roman de Jean-Claude Mourlevat, La Rivière
à lenvers 1. Tomek.
101 — Comment enseigner la compréhension ?
Pour mieux comprendre les péripéties du jeune Nasreddine envoyé un matin vendre
œufs et abricots à dos dâne, ils réalisent le plan du récit en saidant de dessins.
Les écrits dappropriation
Le principe des écrits dappropriation est décrire à propos de, autour de, dans, sur
un texte, une œuvre de façon à se lapproprier. Ils font partie intégrante des moyens
donnés aux élèves pour se saisir dun texte78 .
Ces écrits peuvent être produits pendant la lecture, notamment celle dun texte long,
ou à lissue de celle-ci.
78 — Voir les programmes de lycée pour les classes de seconde
et première et https://www.fabula.org/actualites/les-ecrits-d-
appropriation-en-question-s_100549.php
102 — Comment enseigner la compréhension ?
Ainsi, les élèves résument un passage, par exemple une des rencontres entre
Aurore et le loup de lalbum Cœur de Bois, ou bien ils écrivent un texte dun autre
type : présenter à la manière dune plaquette touristique le village des Parfumeurs
où est accueilli le jeune Tomek. Ces deux propositions décriture leur permettent de
simpliquer dans le texte tout en rendant compte de leur compréhension de celui-ci.
Ils peuvent aussi imaginer une mise en scène du récit Nasreddine et son âne
et rédiger une note dintention de mise en scène, ou encore imaginer un autre
personnage intervenant dans lhistoire de lâne disparu.
Les élèves peuvent aussi noter dans un carnet de lecteur/de lecture leurs impressions
sur les différents textes lus ou entendus en signalant ce quils ont particulièrement
aimé ou, au contraire, ce qui ne leur a pas plu. Ils peuvent mettre en relation le texte
lu avec leurs lectures antérieures, leur expérience vécue et leurs connaissances
culturelles. Ils peuvent également recopier des passages, voire des expressions
quils souhaitent conserver comme trace de leur rencontre avec le texte.
103 — Comment enseigner la compréhension ?
Focus | Déroulement
de la séance en classe
Une séance de compréhension en classe sorganise nécessairement en trois
moments distincts79. Le premier est celui où sont présentés les éléments per­
mettant de clarifier la tâche avec les élèves. Le deuxième concerne la lecture
en elle-même et lactivité de compréhension. Le troisième correspond à linsti
tutionnalisation des savoirs acquis.
Canevas denseignement explicite en 3 temps
Préparation
Mise en œuvre Bilan
Supports
en 3 temps Prolongements
Outils
Clarification Pendant la lecture Explicitation
Définir la tâche et mémoire
Rendre le texte
didactique
Mobiliser la mémoire accessible
didactique Qua-t-on compris?
Aider à faire
Mobiliser des liens Comment a-t-on
les connaissances compris?
Aider à élaborer
lexicales
une représentation Quelles procédures
et référentielles
mentale peut-on réutiliser?
Commencer cohérente (transfert)
à élaborer
Apporter
une représentation
des outils
mentale
si nécessaires
Daprès Giasson, 1999
Figure 6. Les trois temps de la séance de compréhension, daprès Giasson, 199980
79 — Ces trois moments sont évoqués dans “National Reading Panel.
Teaching Children to Read: An Evidence-Based Assessment of the
Scientific Research Literature on Reading and its Implications for
Reading Instruction”, NIH Publication n° 00-4769, National Institute
of Child Health & Development, 2000.
https://www1.nichd.nih.gov/publications/pubs/nrp/Documents/report.pdf
80 — Schéma accessible sur le site de lIFÉ : http://centre-alain-savary.
ens-lyon.fr/CAS/LECTURE-ECRITURE/pp-comprehension
104 — Comment enseigner la compréhension ?
Temps 1 : préparation à la lecture
ou à lécoute
Avant de commencer la lecture ou lécoute du texte, le professeur choisit atten­
tivement son support et prépare sa séance. En classe, il énonce lobjectif du travail
et apporte les éléments nécessaires pour que les élèves puissent se représenter
ce qui va être lu, anticiper la manière de procéder et mobiliser ce quils savent déjà
faire. Collectif, ce temps de mise en contexte est plus ou moins développé et peut
être dédié à la différenciation des aides à apporter aux plus faibles compreneurs.
Ce travail danticipation des difficultés de compréhension conduit par le professeur
permet un questionnement attentif des élèves durant la séance.
EXEMPLE DE TRAVAIL DANTICIPATION POUR UN TEXTE NARRATIF
Le professeur choisit avec minutie le texte qui sera lu :
— il tient compte des textes précédemment lus ou entendus en classe ;
— il tient compte de lunivers de référence convoqué ;
— il retient un extrait propice au développement dhabiletés en compréhension ;
— il adapte la longueur du texte lu à la capacité des élèves participant à la séance.
Le professeur anticipe les obstacles posés par le texte :
— il identifie les connaissances dont pourraient avoir besoin les élèves (par exemple,
le vocabulaire qui pourrait leur faire défaut) ;
— il repère les sources de difficultés possibles pour comprendre ;
— il surligne, pour lui, les indices dans le texte qui permettent de lever ces ­obstacles
(inférences, connecteurs, substituts en jeu, accords grammaticaux, etc.) ;
— il élabore un questionnement ouvert qui, au moment voulu, lui permettra
de recentrer lattention des élèves sur les difficultés qui nauraient pas été
levées, et que le professeur aurait repérées lors du débat délibératif, ou qui
auraient échappé à la vigilance des élèves en nétant pas traitées.
EXEMPLE DANALYSE DES OBSTACLES POSSIBLES À LA COMPRÉHENSION
DU TEXTE, À PARTIR DUN EXTRAIT DES MISÉRABLES DE VICTOR HUGO
1 Comme lauberge Thénardier était dans cette partie du village qui est près
2 de léglise, cétait à la source du bois du côté de Chelles que Cosette devait
3 aller puiser de leau. […]
4 Tant quelle fut dans la ruelle du Boulanger et dans les environs de léglise,
5 les boutiques illuminées éclairaient le chemin, mais bientôt la dernière
6 lueur de la dernière baraque disparut. La pauvre enfant se trouva dans
7 lobscurité. Elle sy enfonça. Seulement, comme une certaine émotion
8 la gagnait, tout en marchant elle agitait le plus quelle pouvait lanse
9 du seau. Cela faisait un bruit qui lui tenait compagnie.
10 Plus elle cheminait, plus les ténèbres devenaient épaisses. Il ny avait
11 plus personne dans les rues. […]
105 — Comment enseigner la compréhension ?
12 Cosette traversa ainsi le labyrinthe de rues tortueuses et désertes
13 qui termine du côté de Chelles le village de Montfermeil. Tant quelle eut
14 des maisons et même seulement des murs des deux côtés de son chemin,
15 elle alla assez hardiment. De temps en temps, elle voyait le rayonnement
16 dune chandelle à travers la fente dun volet, cétait de la lumière
17 et de la vie, il y avait là des gens, cela la rassurait. […]
18 Lespace noir et désert était devant elle. Elle regarda avec désespoir cette
19 obscurité où il ny avait plus personne, où il y avait des bêtes, où il y avait
20 peut-être des revenants. Elle regarda bien, et elle entendit les bêtes qui
21 marchaient dans lherbe, et elle vit distinctement les revenants qui remuaient
22 dans les arbres. Alors elle ressaisit le seau, la peur lui donna de laudace.
23 Bah ! dit-elle, je lui dirai quil ny avait plus deau ! Et elle rentra
24 résolument dans Montfermeil. À peine eut-elle fait cent pas quelle
25 sarrêta encore, et se remit à se gratter la tête. Maintenant, cétait
26 la Thénardier qui lui apparaissait ; la Thénardier hideuse avec sa bouche
27 dhyène et la colère flamboyante dans les yeux. Lenfant jeta un regard
28 lamentable en avant et en arrière. Que faire ? Que devenir ? Où aller ?
29 Devant elle le spectre de la Thénardier ; derrière elle tous les fantômes
30 de la nuit et des bois. Ce fut devant la Thénardier quelle recula. Elle reprit
31 le chemin de la source et se mit à courir. Elle sortit du village en courant,
32 elle entra dans le bois en courant, ne regardant plus rien, nécoutant
33 plus rien. Elle narrêta sa course que lorsque la respiration lui manqua,
34 mais elle ninterrompit point sa marche. Elle allait devant elle, éperdue.
Obstacles éventuels quant à lidentification des personnages
— À propos du personnage principal, Cosette :
Est-elle une fille ou un garçon ? Il sagit de comprendre que le pronom personnel
« elle » à la ligne 4 désigne Cosette.
Quel est lâge de Cosette ? Lâge nest pas mentionné mais comprendre que Cosette
est « la pauvre enfant » évoquée à la ligne 6 et que « pauvre enfant » ne renvoie pas à
Thénardier, laubergiste, est nécessaire.
— À propos du personnage secondaire, la Thénardier :
Qui est la Thénardier ? Cet implicite est à lever : le nom du propriétaire est attribué
au nom de lauberge, à la ligne 1 « lauberge Thénardier », il faut donc en déduire que
la Thénardier est laubergiste et que cest une femme.
Quels sont ses traits de caractère ? Ce personnage est décrit comme une personne
mauvaise, antipathique, terrifiante. Plus effrayante encore que lobscurité de la
nuit. Relever ces éléments de comparaison concourt à qualifier le caractère de
laubergiste.
Quels liens entretient-elle avec Cosette ? Les liens de parenté ne sont pas évoqués.
Il est surtout nécessaire de comprendre que les liens quentretiennent la ­Thénardier
et Cosette relèvent avant tout de liens de subordination. Cosette va chercher de
leau pour lauberge que tient la Thénardier parce quelle en a peur. Elle ne souhaite
pas lui désobéir sous peine den subir les conséquences. Si le texte ne le mentionne
pas explicitement, des éléments éclairant de manière implicite cette relation
duelle permettent aux élèves de saisir que le quotidien de ces deux personnages
est intimement lié.
106 — Comment enseigner la compréhension ?
— À propos du nombre de personnages :
Combien sont-ils ? Plusieurs personnages sont évoqués : Thénardier, le Boulanger,
Cosette, les revenants. Sassurer donc que les élèves ont bien perçu quels sont
les personnages principaux dans ce texte car ils peuvent percevoir le Boulanger,
les revenants comme tels.
— À propos des revenants :
Est-ce que Cosette croise des revenants sur son chemin ? Il peut ne pas être aisé
de comprendre que la peur éprouvée par Cosette dans lobscurité se traduit, entre
autres, par des projections personnelles, imaginaires, comme le rappelle ladverbe
« peut-être » à la ligne 20. Il est donc opportun de sassurer que les élèves lont bien
compris en les questionnant : Qui sont les revenants, les fantômes de la nuit, des
bois ? Les voit-elle réellement ? Pourquoi ? Quest-ce qui provoque ces projections ?
— À propos de lénonciation :
De qui parle Cosette dans la phrase « Bah ! dit-elle, je lui dirai quil ny avait plus
deau ! » ? Les élèves ont à comprendre que cest à la Thénardier que Cosette souhaite
apporter cette réponse. En élucidant le référent des reprises anaphoriques, les
élèves peuvent déduire que cest pour la Thénardier que Cosette se rend à la
source puiser de leau.
Obstacles éventuels quant à lidentification des lieux
— Dans quel village se trouve lauberge Thénardier ? Où se trouve le puits ?
La mention de « Chelles » dès le début de lextrait, à la ligne 2, peut induire les élèves
en erreur dans la mesure où une autre indication est donnée plus bas, à la ligne 13
« Chelles, le village de Montfermeil », puis à la ligne 24, « elle rentra résolument dans
Montfermeil ». Le lieu de départ de Cosette reste donc à éclaircir, de même que le
lieu où se trouve le puits dans lequel Cosette doit prendre de leau. Demander aux
élèves de retracer litinéraire de cette enfant peut soutenir la compréhension.
— Où se trouve la source ?
Il peut être compris que la source se trouve à Chelles, bien que le texte mentionne
quelle se situe dans le bois du côté de Chelles. Les élèves doivent donc saisir que
la localisation de la source est approximative, que cette dernière se situe dans la
direction de Chelles, et donc à proximité de ce village, non au sein de ce dernier.
Cosette doit traverser Montfermeil, sortir du village et emprunter le chemin qui
mène au bois à proximité du village de Chelles.
— Quel chemin emprunte-t-elle ?
Le texte ne dit pas ouvertement que Cosette doit sortir de Montfermeil pour se rendre
à la source du bois à côté de Chelles et que, pour y parvenir, elle doit traverser tout le
village, en sortir, suivre une route isolée qui la mène à la source. Le professeur aura
à sassurer que les élèves ont une représentation juste du déplacement de Cosette, et
de son éloignement progressif au regard de son point de départ.
107 — Comment enseigner la compréhension ?
Obstacles éventuels quant à la situation de lhistoire dans le temps
— À quel moment de la journée se déroule la scène ?
Le mot nuit napparaît quà la ligne 30, mais la notion dobscurité parcourt le texte.
Faire relever tous les indices qui permettent de comprendre quil fait nuit.
— Quand se passe lhistoire ? À quelle époque ?
Le texte ne donne pas cette information explicitement. Faire des inférences est
donc nécessaire pour comprendre que lhistoire se passe à une époque passée.
Ce temps est antérieur à celui que connaissent les élèves. Les élèves doivent
déduire que la distribution de leau courante à domicile na pas encore lieu dans ce
village et que lhistoire se situe donc avant le xxe siècle. Les indices sont à prélever
et à mettre en relation les uns avec les autres.
Obstacles éventuels quant à la compréhension de ce que ressent le personnage
Que ressent Cosette durant son trajet ? La peur grandissante, la solitude de
­lenfant ne sont pas exprimées explicitement. Seuls le prélèvement et la confron­
tation d
­ indices permettent aux élèves délucider cette question. Le professeur peut
guider la réflexion des élèves par ce questionnement : Quest-ce qui la rassure ?
Quest-ce qui justifie sa perte dassurance ? Pourquoi regardait-elle lobscurité
avec désespoir ? Quelles sont les sources des peurs ressenties par Cosette ?
Laquelle va prendre le dessus et pourquoi ?
PRÉPARATION DE LINTRODUCTION DU TEXTE EN CLASSE PAR LE PROFESSEUR
Le professeur sapproprie pleinement le texte en sentraînant à le lire à voix haute
ou fait le choix dun livre audio : il recherche une juste expressivité et respecte les
liaisons, les groupes de souffle et les pauses.
Il prépare limmersion des élèves dans le contexte de lhistoire :
— il peut donner un avant-goût de lhistoire (sujet, atmosphère, genre, etc.) ;
— il peut introduire le vocabulaire identifié comme difficile lors de sa préparation
au travers dautres activités ou lors de séances dédiées. Le lexique enseigné
sera ainsi réactivé lors de la séance de lecture/écoute. Il peut aussi choisir de
traiter le vocabulaire pendant la séance ;
— il donne accès aux connaissances culturelles qui pourraient faire défaut lors
de la lecture/écoute ;
— il réactive les stratégies nécessaires à la compréhension en prenant appui sur
les textes précédemment étudiés.
Dans le cas de textes fonctionnels ou documentaires, le professeur sassure que
les élèves :
— disposent de connaissances culturelles suffisantes pour pouvoir traiter
les nouvelles informations, les concepts mis en jeu dans le document ;
— maîtrisent une ou plusieurs habiletés nécessaires à la recherche dinfor­
mations (par exemple les connaissances sur lorganisation textuelle, sur le sens
des connecteurs, etc.).
108 — Comment enseigner la compréhension ?
Temps 2 : découverte du support
et de lactivité de compréhension
DES MODALITÉS DIVERSES DE LECTURE
La découverte du texte, ou des textes dans le cas de supports composites, peut se
faire en alternant lecture individuelle et lecture à voix haute par le professeur ou un
groupe délèves après préparation.
Il existe différentes manières de lire un texte :
— en une seule fois, dans sa globalité, notamment si le texte est court ;
— par épisodes si le texte ou le support est long. Les épisodes, qui constituent
des unités sémantiques, sont ensuite résumés par les élèves pour assurer leur
mémorisation ;
— par fragments, cest-à-dire en sarrêtant aux moments importants pour
mettre en relation les éléments, anticiper la suite ou résoudre un problème
de compréhension. Une question posée à chaque arrêt favorise la mise en
réflexion des élèves. Cette démarche de lecture par dévoilement progressif81
ou pas-à-pas82 permet de rendre visible lactivité intellectuelle que met en
œuvre le lecteur pour comprendre.
Que la découverte du texte soit silencieuse ou oralisée, le professeur énonce
­clairement lobjectif de la lecture : prélever des informations pour réaliser quelque
chose (un objet, une expérience, une recette, etc.), repérer les lieux dans lesquels
évolue le personnage principal, identifier ce que le texte ne dit pas…
UNE EXPLICITATION CONSTANTE
Trois niveaux dexplication sont attendus tout au long de la séance : celui de la
­compréhension du texte ou du support de lecture, celui de lexplicitation des
procédures utilisées et celui de la généralisation de ces procédures pour toutes les
activités de compréhension.
Ainsi, durant la séance, le professeur :
— invite les élèves à partager leurs impressions sur lhistoire ou le thème abordé,
leur jugement esthétique et les émotions nées de lécoute ;
— crée un échange au sein de la classe autour du premier niveau de compré­
hension des élèves (« Quavez-vous compris ? ») ;
— recherche, favorise, relance en permanence les interactions entre élèves pour
quils expriment ce quils ont compris (cadre spatio-temporel, chronologie des
événements, personnages : leurs actions, leurs résultats, leurs conséquences,
leurs motivations et buts) ;
— amène les élèves à justifier leurs réponses avec des éléments du texte entendu,
évite de donner des réponses. Pour départager les interprétations divergentes,
le professeur relit le passage qui permet de vérifier ce que dit le texte ;
81 — Catherine Tauveron, Lire la littérature à lécole, Hatier, Paris, 2002
82 — LIFÉ : http://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/CAS/LECTURE-
ECRITURE/pp-comprehension
109 — Comment enseigner la compréhension ?
— questionne les élèves pour favoriser la récapitulation de ce qui a été collec­
tivement et progressivement élaboré (Pour linstant, quavons-nous compris ?
De quoi sommes-nous certains ? Quels sont les éléments du texte sur lesquels
nous pouvons prendre appui ? Quelles sont les questions que nous nous posons
à ce stade de notre lecture ?) ;
— encourage les élèves à faire des liens entre les informations, à mobiliser leurs
connaissances et à effectuer les inférences nécessaires à la compréhension
de lensemble en explicitant la manière dont ils sy sont pris pour répondre ;
— soutient lactivité des élèves en soulignant régulièrement lavancée de la
compréhension du texte ;
— pose dautres questions qui invitent les élèves à clarifier explicitement les
procédures utilisées pour les résoudre ;
— fait expliciter certains problèmes de compréhension (Comment as-tu fait
pour comprendre cela ? Quest-ce qui nous permet daffirmer cela ? Comment
peut-on vérifier ce qui a été proposé ? etc.) ;
— fournit le sens de certains mots ou aide les élèves à le décrypter (contexte,
­formation du mot) pour mieux comprendre ce qui est lu.
EXEMPLE DE CONDUITE DUN DÉBAT DÉLIBÉRATIF
Échanges qui émanent des élèves pour Analyse de la conduite discursive
déterminer le nombre de personnages menée par le professeur
Revenons-en aux personnages. Attentif aux propos tenus lors
Quels seraient-ils ? des premiers échanges, le professeur
Il y a Cosette, le boulanger. a pu déceler des incompréhensions
Non, on ne parle pas de boulanger quant à lidentification des personnages :
dans le texte. sont-ils deux ou trois ?
Moi je nai pas vu. Il prend en compte cette source
Mais non, on dit quelle part de difficulté et amène les élèves à
de lauberge. Le boulanger, la résoudre. Il recentre la négociation
il nest pas dans une auberge. du sens, sur cet aspect, en posant
une question ciblée.
Cest la rue du Boulanger
mais pas le Boulanger. Il nintervient pas tout de suite
et laisse un temps suffisant afin
Oui, on dit « Tant quelle fut dans
de déceler ce que les élèves ont
la ruelle du boulanger » à la ligne 4.
compris. Ils expriment ce quils ont
Ce nest pas le boulanger compris, entendent ce qui est compris
mais ça nous dit quelle passe par les autres, réagissent (justifient,
devant le Boulanger. expliquent, complètent en prenant appui
Cest un endroit, pas un personnage. sur les éléments extraits du texte).
Il ne perd pas de vue lobjectif
des échanges qui est didentifier
les personnages et analyse in situ
le cheminement réflexif poursuivi.
Et quel serait le troisième ? Il relance les échanges en invitant
La femme de lauberge ou la revenante. les élèves à aller au terme
En fait, il y a Cosette et la Thénardier, de la réflexion jusqualors inaboutie,
pas le Boulanger car cest un endroit, afin quils puissent saccorder
ce nest pas un personnage. sur une réponse ferme et définitive.
110 — Comment enseigner la compréhension ?
Donc je résume, les personnages Il prend en compte et reprend
sont : Cosette, la Thénardier, la femme les éléments de réponse des élèves,
de lauberge ou une revenante ? les éléments de compréhension justes
Il dit « lauberge Thénardier » ; comme les éléments de compréhension
cest le nom de lauberge. erronés pour pouvoir les remettre
Moi jai compris que lauberge en débat.
Thénardier, cest un endroit Il résume, tout en le questionnant, le fil
mais je ne sais plus ce que de la discussion en cours pour que
cest vraiment une auberge. les élèves puissent garder en mémoire
les réponses apportées à ce stade.
Il ne perd pas de vue ce qui doit être
résolu. Il contraint progressivement
les élèves à se mettre daccord sur
LA réponse qui doit faire consensus.
Est-ce que quelquun peut expliquer Il prend en compte immédiatement
ce quest une auberge ? un besoin de connaissances lexicales,
Cest où il y a dautres gens, clairement exprimé, qui permettra
où il y a quelquun qui auberge. à lélève de mieux comprendre.
Cest comme un hôtel. Il favorise la résolution du problème
lexical par les élèves eux-mêmes.
Cest un peu comme un hôtel en effet, Il sappuie sur les éléments de réponse
on y vient pour dormir et on y mange. apportés et complète les propos.
La Thénardier, cest le même Il laisse les échanges se poursuivre
nom que lauberge, donc cest le sans intervenir tout en les écoutant
même personnage, la Thénardier attentivement afin de vérifier que
et la femme de lauberge. la représentation des élèves a évolué.
Non, cest laubergiste le Thénardier Il nélude pas les difficultés repérées :
qui tient lauberge des Thénardier. il conduit les élèves à les résoudre
Le Thénardier ou la Thénardier. systématiquement.
Que dit le texte ?
Lauberge, cest un lieu et le
Thénardier, cest une personne.
À la première phrase « comme
lauberge Thénardier était dans
cette partie du village… »
Le texte dit que Cosette a peur
de la Thénardier, donc cest lauberge
de la Thénardier.
Donc quen déduisez-vous par rapport Il repère le cheminement suivi pour
aux personnages ? répondre à la question de départ,
Il y a Cosette et laubergiste qui et sassure que les élèves ont collecté
sappelle la Thénardier. suffisamment déléments en appui
sur le texte pour répondre, à la suite
des échanges. Il repère ainsi le moment
opportun pour clore le sujet désormais
compris par le plus grand nombre.
Il engage les élèves à conclure
en se positionnant sur LA réponse
à apporter, avant de les engager
à résoudre dautres sources
de difficultés, en procédant
de la même façon.
111 — Comment enseigner la compréhension ?
Le travail danticipation a identifié avec pertinence une difficulté sur la compré­
hension du nom « La Thénardier » : le professeur nhésite pas à consacrer du temps
à cette difficulté, à solliciter lappui sur le texte, ni à y revenir par la suite.
En fin de séance, le professeur :
— saccorde un temps pour répondre aux questions que les élèves se posent
sur le texte et auxquelles il na pas été répondu ;
— encourage les élèves à mobiliser leurs connaissances en suscitant une
discussion relative au thème abordé, à la forme et à lorganisation de lécrit ;
— invite à rapprocher lextrait dautres textes déjà connus, étudiés, lus ou entendus.
Temps 3 : institutionnalisation des savoirs acquis
Le professeur :
— amène les élèves à caractériser lévolution de leur compréhension ;
— fait exprimer les difficultés rencontrées ; aide à prendre conscience des erreurs ;
— fait expliquer, rappeler les procédures efficaces mises en œuvre pour y remédier.
Après la séance
À la fin de la séance, ou lors dune séance ultérieure, le professeur propose des
tâches qui permettent de soutenir, dapprofondir la compréhension (relevés,
schémas, comparaisons), de prendre conscience des stratégies qui ont été mises
en œuvre pour comprendre.
Par exemple, le professeur :
— invite les élèves à raconter lhistoire à un groupe qui ne la pas encore entendue.
Ils complètent mutuellement le récit pour parvenir à une restitution la plus
fidèle possible du texte entendu83 ;
— schématise les informations explicites et implicites, pour les organiser et les
mettre en relation, devant et avec les élèves concernés ;
— les exerce à raconter en prenant appui sur le schéma réalisé ;
— propose une restitution du texte par jeu scénique ;
— verbalise avec les élèves lensemble des stratégies de compréhension qui ont
été nécessaires et en propose une formalisation, qui peut être construite avec
les élèves, sous forme de schéma, liste, points de vigilance, à placer dans le
cahier ou sur une affiche.
83 — On peut évoquer ici le rappel de récit défini par Mireille Brigaudiot
(Apprentissages progressifs de lécrit à lécole maternelle, Hachette
Éducation, 2002) comme la restitution de ce qua compris un élève, en
utilisant ses propres mots. Il peut être organisé tout au long de la lecture,
pour garder progressivement en mémoire les éléments principaux. Situé
à la fin de la lecture, il peut être élaboré collectivement et guidé par le
professeur : il permet alors de retracer le fil de la lecture, de combler les
blancs du texte et de soutenir lélaboration dun modèle de situation adapté.
112 — Comment enseigner la compréhension ?
En résumé
Lapprentissage de la compréhension, fondé sur un dialogue
partagé, engage les élèves vers le plaisir de lire en autonomie.
Un enseignement explicite rend perceptibles les stratégies
mises en œuvre pour parvenir à une compréhension
autonome. Il développe également chez les élèves faibles
compreneurs les habiletés nécessaires pour comprendre
tous les types de textes.
Les séances consacrées à lenseignement de la compréhension
sont programmées et structurées.
Les séances mobilisant lensemble des habiletés qui
permettent de comprendre un texte sont systématiquement
précédées et suivies dentraînements spécifiques dédiés
à lautomatisation des habiletés travaillées.
Trois catégories dactivités sont menées en fonction
des besoins des élèves et des objectifs poursuivis :
— intégratives, elles ont pour objectif dapprendre à gérer
des situations de lecture complexes, en mobilisant toutes
les compétences nécessaires à la compréhension ;
— modulaires, elles permettent denseigner des stratégies
pour traiter une difficulté clairement délimitée ;
— à dimension littéraire, elles se déroulent sur un temps
plus long.
Et en sixième ?
— Le professeur privilégie de plus en plus les activités
intégrées et la résolution guidée.
— Il nhésite pas à recourir à des activités modulaires
ou à lenseignement direct sil considère que certaines
habiletés ne sont pas suffisamment installées.
— Il veille à formaliser les démarches de compréhension
auxquelles il recourt en vue de développer lautonomie
des élèves qui pourront sy référer.
Annexe Glossaire
114 — Annexe Glossaire
— Auto-évaluation : aptitude du lecteur à prendre conscience, en cours de lecture,
de ses éventuelles difficultés de compréhension (repérage dune incohérence, etc.).
— Cohérence globale : construction du texte dans son ensemble, qui repose sur
lagencement de ses différentes parties et la progression thématique. La cohérence
globale intègre aussi la prise en compte des conditions de lénonciation (identité
de lémetteur, situation de communication, modalisation, etc.).
— Cohérence locale : lien entre les phrases, exprimé par les substituts du nom,
la ponctuation, les connecteurs logiques et temporels. Le lecteur expert saisit
cette cohérence pour donner du sens à ce quil lit.
— Connaissances du monde (non linguistiques)84 : elles concernent toutes les
connaissances personnelles, propres à un individu (tels que les souvenirs épi-
sodiques), ou les connaissances partagées par une vaste communauté (connais-
sances dordre culturel).
— Connaissances linguistiques : ensemble de connaissances articulées (phonolo-
giques, orthographiques, sémantiques, syntaxiques), stockées dans la mémoire à
long terme, mobilisées lors du traitement du langage écrit. Les différents niveaux
darticulation du langage reposent sur :
la phonologie : infralexicale (phonème, syllabe…), lexicale (mot) et supra­
lexicale (prosodie) ;
le vocabulaire (lexique) : forme des mots (phonologie et orthographe), caté-
gorie grammaticale (nom, verbe…) et sens ;
la morphologie lexicale (ou dérivationnelle) : familles de mots, par exemple
invisible = <in> + <vis> (vision) + <ible> (cf. lisible) ;
la morphologie grammaticale (ou flexionnelle) : flexion des noms (genre,
nombre) et des verbes (personne, temps, etc.) ;
la syntaxe : ordre des mots, catégorie (nom, verbe…), fonction (sujet, objet…) ;
la sémantique : sens (littéral et en contexte) dun mot, du mot au texte (séman-
tique lexicale et supralexicale) ; relations entre les éléments : anaphores
(Luc => il) et connecteurs (et, mais, etc.) ;
la pragmatique : deixis (je/tu, ici, maintenant) et référence (« Victor Hugo est
sur létagère de gauche. ») ; actes indirects (« Peux-tu me passer le sel ? »), etc.
— Efficience cognitive (ou capacités cognitives générales) : ensemble des capa-
cités qui permettent lengagement dans une tâche, comme la mémoire de travail
et laptitude à planifier.
— Inférence : raisonnement, le plus souvent inconscient, qui permet dinterpréter
les éléments implicites du texte. On observe deux types dinférences : fondées
sur le texte, elles concernent la compréhension de la chaîne anaphorique ou
de relations logiques inexprimées ; fondées sur les connaissances du lecteur,
elles mettent en relation le texte lu et lexpérience, affinant ainsi la construction
du modèle de situation.
84 — Stanislas Dehaene, « Pourquoi des évaluations en CP-CE1 ? ».
https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/user_upload/Projets/
conseil_scientifique_education_nationale/Pourquoi_des_
evaluations_nationales_en_CP_et_CE1.pdf
115 — Annexe Glossaire
— Mémoire à long terme : maintien durable des informations contenues dans
la mémoire de travail grâce à leur répétition. La mémoire à long terme contient
ainsi les connaissances linguistiques et non linguistiques (les connaissances dites
« du monde ») qui sont nécessaires pour mettre en relation plusieurs phrases et com-
prendre les inférences dun texte. Ces connaissances sont dites « flexibles » : elles
évoluent en fonction du temps qui passe, de lindividu, de la construction de sa culture.
Plusieurs types de mémoire à long terme sont distingués : la mémoire déclarative qui
engrange les connaissances explicites (par exemple, celle des faits et des événements)
et la mémoire « procédurale », dans laquelle sont stockés les connaissances impli-
cites, les automatismes relevant du domaine du langage tout comme ceux relevant
du domaine du calcul, entre autres (cas des savoir-faire et habiletés).
— Mémoire de travail (ou mémoire à court terme)85 : maintien temporaire et
traitement automatique des informations, sans que lon en soit conscient,
pendant la réalisation dune tâche (par exemple, lors de la lecture de chaque
phrase dun texte, de lécoute de chaque énoncé dun discours). La mémoire de
travail est une source possible de difficultés en compréhension du langage pour
les élèves qui nont pas automatisé les procédures didentification des mots écrits :
ceux qui ne lisent pas plus de 20 mots par minute ont oublié le début dun texte
de 60 mots quand ils arrivent à sa fin.
— Modèle de situation : représentation mentale construite par le lecteur au fil
de sa lecture. Le lecteur expert parvient à la modifier en fonction des nouvelles
informations quil reçoit.
— Organisateurs du texte : structure visuelle, éléments graphiques et linguistiques
des textes et des documents à caractère informatif qui guident le regard du
lecteur lors dactivités de lecture sélective. On peut en distinguer trois types86 :
organisateurs textuels : éléments linguistiques et typographiques insérés
dans le texte écrit. On peut citer les phrases et paragraphes introductifs
et conclusifs, les enrichissements typographiques comme litalique, le
souligné ou le gras, voire les marques de paragraphe, mais également :
• les anaphores : procédé de la langue consistant à utiliser un élément
discursif (pronom, adverbe, adjectif, etc.) renvoyant à un constituant qui
précède et qui est nécessaire à son identification et à son interprétation,
tel que les reprises des personnages (Pierre, il, le frère de X…), de lieux
(Paris, la capitale de la France, cette métropole…).
• les « connecteurs » : mot (adverbe, conjonction, etc.) qui permet de faire le
lien entre deux énoncés dans une même phrase ou entre deux phrases.
Ils peuvent être dordre :
temporels : marqués par un adverbe ou une conjonction (avant,
après, alors, soudain, et…) mais aussi par le temps du verbe ;
spatiaux : position (devant, derrière, etc.), éloignement (ici, là…), etc. ;
addition (et, de plus…) ;
cause ou conséquence (parce que, puisque…)/opposition (mais,
pourtant…).
85 — CSEN, Évaluer pour mieux aider : EvalAide, Canopé, 2019.
https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/user_upload/Projets/
conseil_scientifique_education_nationale/15._EvalAide_CSEN.pdf
86 — Ibid., voir note 60, p. 73.
116 — Annexe Glossaire
organisateurs paratextuels : éléments linguistiques et graphiques qui se
rapportent à un élément textuel proche. Les en-têtes, titres, sous-titres,
puces et filets typographiques en font partie, tout comme les légendes et les
glossaires lorsquils sont insérés dans les pages concernées.
représentations de contenu : éléments linguistiques qui décrivent
lorganisation et le contenu dun ensemble de textes. Les sommaires, tables
des matières, plans de chapitres, index en font partie, au même titre que les
glossaires et les thesaurii placés en fin douvrage.
vocabulaire87 : sous-ensemble du lexique dune langue, connu à un moment
donné par un locuteur. Sil est difficile à identifier exhaustivement, le
vocabulaire, à la différence dun lexique particulier, est nécessairement
fini. Il senrichit par lapprentissage et les pratiques discursives spontanées
(par exemple, vocabulaire du sport, dun enfant de quatre ans, etc.).
— Planification : activité cognitive qui consiste à élaborer une méthode de travail
qui convient à la tâche à effectuer.
— Régulation : réaction du lecteur lorsquil est confronté à une difficulté de
compréhension (retour en arrière, recours à un dictionnaire…). La régulation
suscite le recours à des stratégies de lecture.
87 — Éduscol, Grammaire du français. Terminologie grammaticale,
ministère de lÉducation nationale, de la Jeunesse et des Sports,
nouvelle édition, 2021. https://eduscol.education.fr/document/1872/
download
Bibliographie
et outils de référence
118 — Bibliographie et outils de référence
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— Attendus de fin dannée — CSEN, Pédagogies et manuels
de CM1 (Français), Éduscol. pour lapprentissage de
Îhttps://cache.media.eduscol. la lecture : Comment choisir ?,
education.fr/file/Attendus_ Canopé, 2019.
et_reperes_C2-3-4/73/7/07- Îhttps://www.reseau-
Francais-CM1-attendus- canope.fr/fileadmin/user_
eduscol_1114737.pdf upload/Projets/conference_
role_experimentation_
— Attendus de fin dannée
domaine_educatif/
de CM2 (Français), Éduscol.
MANUELS_CSEN_VDEF.pdf
Îhttps://cache.media.eduscol.
education.fr/file/Attendus_ — Des modalités pour lire
et_reperes_C2-3-4/73/9/09- une œuvre longue en prenant
Francais-CM2-attendus- en compte lhétérogénéité
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didactiques : Restitution
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du récit, cycle 2, CE1, CE2,
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— La compréhension des textes
— CSEN, Évaluer pour mieux narratifs (récits et romans),
aider : EvalAide Canopé, 2019. Éduscol, 2016.
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119 — Bibliographie et outils de référence
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et technologique. file/31/88/7/ensel714_
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en français, Éduscol. eduscol.education.fr/file/
Îhttps://eduscol.education. Attendus_et_reperes_C2-
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— Pour enseigner la lecture
et lécriture au CE1,
Éduscol, 2019.
Îhttps://eduscol.education.
fr/1486/apprentissages-au-
cp-et-au-ce1
OUVRAGES ET ARTICLES
— Al-Saleh Christophe — Ayroles Julie, Potocki Anna,
et Charolles Michel, Macedo-Rouet Monica, Rouet
Cohérence, cohésion Jean-François, « De nombreux
et pertinence Lajustement alpinistes ont gravi lEverest »,
de la signification en contexte, Actualité de la métacognition,
p. 1-53, Iste, 2020. Cahiers Pédagogiques,
n° 563, p. 2830, 2020.
— Alvermann Donna E., Smith
Lynn C., Readence John E.,
“Prior Knowledge Activation
and the Comprehension of
Compatible and Incompatible
Text”, Reading Research
Quarterly, p. 420-436, 1985.
120 — Bibliographie et outils de référence
— Barnes Marcia A., — Bianco Maryse,
Dennis Maureen, Lima Laurent, Sylvestre
HaefeleKalvaitis Jennifer, Emmanuel, « Comment
“The Effects of Knowledge enseigner les stratégies
Availability and Knowledge de compréhension »
Accessibility on Coherence in Gentaz Edouard,
and Elaborative Inferencing Dessus Philippe (dir.),
in Children From Six Comprendre
to Fifteen Years of Age”, les apprentissages
Journal of Experimental et enseigner : apports
Child Psychology, n° 61 (3), des sciences cognitives
p. 216241, 1996. p. 4868, Dunod, Paris, 2004.
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University Press, 1932. enseigner la compréhension
en lecture ? Hatier,
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Paris, 2017.
Nele, Kortenbruck Marthe
(2010), “Intrinsic and — Bishop Marie-France,
Extrinsic Reading Motivation « Aider à comprendre : deux
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Conception graphique et éditoriale
Délégation à la communication
Suivi éditorial
Julie Mege
Exécution graphique
Opixido
Suivi de fabrication
Janvier 2022 Service de laction administrative et des moyens
ISBN 978-2-11-162851-9 Impression
ISSN 2647-4786 DEJA LINK