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Les guides
fondamentaux
pour enseigner
La grammaire
du français
Terminologie grammaticale
Avant-propos
Lélaboration de cet ouvrage a été coordonnée
par le service de linstruction publique
et de laction pédagogique de la direction
générale de lenseignement scolaire. Il a été
rédigé sous la direction de Philippe Monneret,
professeur des universités, et de Fabrice Poli,
inspecteur général de léducation, du sport
et de la recherche.
p. 1
Avant-propos
La présente terminologie grammaticale, destinée
prioritairement aux professeurs du premier degré
et aux professeurs de lettres, mais aussi à tous
les enseignants qui sont susceptibles davoir recours
à ces notions dans leur enseignement (notamment
les professeurs de langues), constitue un outil de
formation visant à donner aux enseignants les moyens
de sapproprier un savoir grammatical solide, fondé sur
les connaissances actuellement disponibles en linguistique
française. Elle a pour vocation dénumérer, de définir
et dillustrer dexemples simples un ensemble structuré
de notions grammaticales, dont la connaissance est requise
pour être en mesure denseigner la grammaire dans
les classes des premier et second degrés avec un recul
critique suffisant.
Cette terminologie est par ailleurs organisée
selon un certain nombre de principes danalyse,
dont les principaux sont les suivants :
• la phrase est considérée comme la structure
fondamentale, à partir de laquelle les autres structures
peuvent être définies ;
• comprendre lorganisation grammaticale
dune langue, et en particulier de la langue française,
cest principalement comprendre comment certaines
structures sont incluses ou imbriquées dans dautres.
Par exemple, une proposition subordonnée est incluse
dans une proposition principale, un complément
du nom est inclus dans un groupe nominal, etc.
p. 3
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Cette terminologie sattache donc à expliciter
soigneusement les relations dinclusion entre structures
grammaticales et à analyser non seulement les mots
mais aussi les groupes de mots (groupe nominal,
groupe verbal, etc.) ;
• toute structure grammaticale est composée
déléments en relation avec dautres éléments.
Les éléments (mots ou groupes de mots) sont
classés selon leur « nature » et les relations entre
éléments sont définies par des « fonctions ». Lessentiel
de lapprentissage de la grammaire scolaire consiste
donc à développer la capacité didentifier la nature
et la fonction de mots ou de groupes de mots, dont
la description constitue lessentiel de cette terminologie ;
• lanalyse se concentre sur les structures canoniques
de lécrit, cest-à-dire sur les structures les plus
simples ou les plus fréquentes dans les textes.
Cette terminologie est destinée à permettre un premier
niveau dappréhension du système de la langue française,
fondé sur la reconnaissance des structures les plus
simples et les plus régulières. Les élèves pourront,
plus tard, développer leur esprit critique à partir
de ce qui leur a été enseigné ;
• la terminologie est organisée selon deux niveaux
correspondant à deux niveaux de formation
complémentaires : un premier niveau fournit une
description densemble minimale de la terminologie
constitutive de la grammaire du français ; un second
niveau propose une description plus complète.
Le choix de cette présentation en deux niveaux est
fondé sur lidée quune compréhension satisfaisante
de la grammaire française (mais cela vaut aussi bien
pour dautres langues) requiert une vue densemble
p. 4
Avant-propos
du système. Le premier niveau de description de cette
terminologie se caractérise par une granularité moins
fine que le second, mais ces deux niveaux présentent
une terminologie permettant une description complète
du système. Au sein de la seconde partie, ont par
ailleurs été ménagés des encadrés « Pour aller plus
loin » qui proposent des développements théoriques
plus approfondis : les professeurs y trouveront des
exposés qui développent la terminologie grammaticale
en direction de la stylistique, de la pragmatique
et de la philosophie du langage ;
• afin de donner aux analyses proposées une perspective
diachronique, les faits grammaticaux ont été, chaque
fois que cela a semblé utile et nécessaire, rapprochés,
dans leur différence ou leur similitude, des faits latins
ou dancien français, approche qui permet dinscrire
les structures françaises soit dans un continuum
soit dans une rupture historique.
La terminologie grammaticale connaît des évolutions,
des tendances et parfois même des antagonismes :
le présent ouvrage se propose, à la lumière de travaux
scientifiques et universitaires récents et consensuels,
de définir une base terminologique de référence et
de la justifier par une description raisonnée du système
de la langue. Cette base terminologique est fondée
non pas sur une théorie linguistique particulière mais
sur une analyse des usages dans le discours grammatical
scolaire, que lon sest attaché à présenter dune manière
ordonnée tout en clarifiant ce qui semblait obscur,
en supprimant les doublons et en comblant quelques
lacunes lorsque cela paraissait nécessaire.
p. 5
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Sommaire
1 niveau I
1 La fonction des mots
et groupes de mots p. 12
1.1 La phrase p. 12
1.2 Le groupe sujet : la fonction sujet p. 14
1.3 Le groupe verbal : les fonctions complément dobjet et attribut p. 15
1.4 Le groupe circonstanciel : la fonction complément
circonstanciel p. 17
1.5 Les fonctions dans le groupe nominal : lexpansion du nom
(fonction épithète, fonction complément du nom) p. 19
1.6 Conclusion : la notion de « fonction » p. 20
2 Phrase et proposition p. 22
2.1 Phrase simple et phrase complexe p. 22
2.2 Phrase complexe par subordination p. 23
2.3 Phrase complexe par coordination et par juxtaposition p. 24
2.4 Les types de phrases p. 25
2.5 Les formes de phrases p. 26
3 Nature des mots
et des groupes de mots p. 28
3.1 Le nom et le déterminant p. 28
3.1.1 Le nom p. 28
3.1.2 Le déterminant p. 30
3.1.2.1 Larticle p. 30
3.1.2.2 Le déterminant possessif p. 31
3.1.2.3 Le déterminant démonstratif p. 32
3.2 Le verbe et le groupe verbal p. 33
3.2.1 La conjugaison du verbe (morphologie verbale) p. 33
3.2.1.1 Radical et désinence p. 33
3.2.1.2 Le classement des verbes en groupes p. 34
3.2.2 Les modes et les temps p. 36
3.2.2.1 Modes non personnels p. 36
p. 6
Sommaire
3.2.2.2 Mode indicatif p. 36
3.2.2.3 Mode subjonctif p. 37
3.2.2.4 Mode impératif p. 38
3.3 Ladjectif p. 38
3.4 Ladverbe p. 39
3.5 La préposition et le groupe prépositionnel p. 40
3.6 Le pronom p. 41
3.7 La conjonction p. 43
3.7.1 La conjonction de coordination p. 43
3.7.2 La conjonction de subordination p. 43
4 Le lexique p. 44
4.1 La formation des mots (morphologie lexicale) p. 44
4.1.1 Les mots dérivés : préfixes et suffixes p. 45
4.1.2 Les mots composés p. 46
4.2 Les relations entre les mots (sémantique lexicale) p. 47
4.2.1 Les familles de mots p. 47
4.2.2 Le champ lexical p. 48
4.2.3 La synonymie et lantonymie p. 48
4.2.4 Lhomonymie p. 49
4.3 Les relations entre les différents sens dun même mot :
la polysémie (sémantique lexicale) p. 50
2 niveau II
1 Phrase simple
et phrase complexe p. 52
1.1 La subordination p. 52
1.2 Les propositions subordonnées complétives p. 55
1.2.1 La proposition subordonnée conjonctive p. 55
1.2.2 La proposition subordonnée interrogative totale p. 56
1.3 Les propositions subordonnées circonstancielles p. 57
1.4 Les propositions subordonnées relatives p. 59
1.4.1 Les propositions subordonnées relatives adjectives p. 59
1.4.2 Les propositions subordonnées relatives substantives p. 60
1.5 Les subordonnées sans conjonction de subordination p. 62
1.5.1 La proposition subordonnée infinitive p. 62
p. 7
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
1.5.2 La proposition subordonnée participiale p. 63
1.5.3 La proposition subordonnée interrogative partielle p. 63
1.6 La coordination et la juxtaposition p. 65
1.7 Les types de phrases p. 66
1.7.1 Le type déclaratif p. 67
1.7.2 Le type interrogatif p. 68
1.7.2.1 Interrogation directe et interrogation indirecte p. 68
1.7.2.2 Interrogation totale et interrogation partielle p. 69
1.7.2.3 Portée de linterrogation p. 69
1.7.3 Le type impératif p. 71
1.8 Les formes de phrases p. 72
1.8.1 La forme négative p. 73
1.8.2 La forme passive p. 76
1.8.3 La forme exclamative p. 77
1.8.4 La forme emphatique p. 78
1.8.5 La forme impersonnelle p. 79
1.9 Les phrases atypiques (ou non verbales) p. 80
1.9.1 La phrase averbale p. 80
1.9.2 La phrase elliptique p. 81
1.9.3 Le mot-phrase p. 81
2 La fonction des mots
et groupes de mots p. 82
2.1 La phrase p. 82
2.2 Le groupe sujet : la fonction sujet p. 83
2.3 Le groupe verbal p. 84
2.3.1 La fonction complément dobjet p. 84
2.3.2 La fonction attribut p. 86
2.3.2.1 Lattribut du sujet p. 87
2.3.2.2 Lattribut du COD p. 89
2.4 Le groupe circonstanciel : la fonction complément
circonstanciel p. 89
2.5 Les fonctions dans le groupe nominal : lexpansion du nom
(fonction complément du nom, fonction épithète) et lexpansion
du groupe nominal (fonction apposition) p. 94
2.5.1 La fonction complément du nom p. 94
2.5.2 La fonction épithète p. 96
2.5.3 La fonction complément de ladjectif p. 97
2.6 La fonction apposition p. 97
2.7 Les fonctions énonciatives et textuelles p. 99
p. 8
Sommaire
3 La nature des mots
ou groupes de mots p. 101
3.1 Le nom p. 102
3.2 Ladjectif p. 104
3.3 Les déterminants p. 106
3.3.1 Larticle p. 107
3.3.2 Les déterminants possessifs p. 110
3.3.3 Les déterminants démonstratifs p. 111
3.3.4 Les déterminants interrogatifs p. 113
3.3.5 Les déterminants indéfinis p. 114
3.3.6 Les déterminants exclamatifs p. 116
3.3.7 Les déterminants numéraux p. 116
3.3.8 Les déterminants relatifs p. 117
3.4 Les pronoms p. 118
3.4.1 Les pronoms personnels p. 118
3.4.2 Les pronoms possessifs p. 121
3.4.3 Les pronoms démonstratifs p. 121
3.4.4 Les pronoms indéfinis p. 123
3.4.5 Les pronoms interrogatifs p. 124
3.4.6 Les pronoms relatifs p. 125
3.4.7 Les pronoms adverbiaux p. 127
3.5 Les adverbes p. 128
3.6 Les prépositions p. 130
3.7 Les conjonctions p. 131
3.7.1 Les conjonctions de coordination p. 131
3.7.2 Les conjonctions de subordination p. 132
3.8 Les interjections et les onomatopées p. 134
3.9 Le verbe p. 135
3.9.1 Radical et désinence p. 136
3.9.2 Classement morphologique des verbes p. 137
3.9.3 Auxiliaires et semi-auxiliaires p. 139
3.9.4 Les voix p. 141
3.9.5 Les modes p. 143
3.9.5.1 Les modes personnels p. 143
3.9.5.2 Les modes non personnels p. 150
p. 9
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
4 Le lexique p. 159
4.1 Le morphème p. 160
4.2 Point de vue diachronique : lhistoire des mots p. 161
4.3 La formation des mots (morphologie lexicale) p. 164
4.3.1 Les mots dérivés : préfixes et suffixes p. 165
4.3.2 Les mots composés p. 167
4.3.3 Les locutions p. 168
4.3.4 La conversion p. 169
4.3.5 Autres procédés de formation p. 170
4.4 Les relations entre les mots (sémantique lexicale) p. 171
4.4.1 Les familles de mots p. 171
4.4.2 Le champ lexical p. 172
4.4.3 Dénotation et connotation p. 172
4.4.4 Synonymie et antonymie p. 173
4.4.5 Hyperonymie et hyponymie p. 175
4.4.6 Homonymie p. 176
4.4.7 Polysémie p. 177
Conclusion générale p. 179
3 Annexes
Tableau 1 Les natures de mot (ou de groupe de mots)
pour chaque fonction p. 185
Tableau 2 Les fonctions possibles pour chaque nature de mot
(ou de groupe de mots) p. 193
4 Index p. 201
Liste des abréviations p. 211
p. 10
niveau I
Les
structures
élémentaires
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
1 La fonction des mots
et groupes de mots
Une partie importante de lanalyse grammaticale de la phrase consiste
à identifier la fonction des mots ou groupes de mots qui la constituent.
Ce sont en effet ces fonctions qui permettent dinterpréter les phrases
et de comprendre leur sens. Puisque la phrase est considérée comme
la structure fondamentale, la terminologie relative aux fonctions com-
mencera par une analyse de la phrase.
1.1 La phrase
La phrase type (P) est composée de deux éléments : un groupe sujet (GS) et un
groupe verbal (GV). On adoptera donc la formule : P = GS + GV.
La phrase (1)
P = GS + GV
P = Le facteur distribue le courrier.
GS = le facteur ; GV = distribue le courrier
Ces deux éléments sont obligatoires pour quon ait une phrase type : sauf cas
particulier, ni le facteur employé seul ni distribue le courrier employé seul ne
constituent une phrase. À titre dexemples, Sors ! et Excellent, ce rôti ! sont des
phrases mais ne sont pas des phrases types.
La phrase peut également comporter un élément apportant des informations
complémentaires, non obligatoires : le groupe circonstanciel (GC).
La phrase (2)
P = [GS + GV] + GC
P = Le facteur distribue le courrier à huit heures.
GS = le facteur ; GV = distribue le courrier ; GC = à huit heures
La formule complète de la phrase type (les parenthèses indiquant le caractère
facultatif du GC) est donc la suivante : P = [GS + GV] (+ GC).
p. 12
Les structures élémentaires I
Cette description indique bien que, entre les trois groupes majeurs qui consti-
tuent la phrase, seules deux fonctions peuvent être identifiées : la fonction sujet
et la fonction complément circonstanciel. Toutes les autres fonctions (com-
plément dobjet direct, épithète, etc.) nexistent quà lintérieur des groupes qui
forment la phrase. Par exemple, la fonction complément dobjet direct est une
fonction interne au GV et la fonction épithète une fonction interne au groupe
nominal (GN). Cette hiérarchie des fonctions est le fondement de la syntaxe
du français. Schématiquement1 :
P
Fonction sujet
GS GV GC
Le nouveau facteur distribue le courrier à midi.
Fonction épithète Fonction COD
Fonction complément
circonstanciel
Il convient donc de poursuivre lanalyse en examinant chacun des trois groupes
constitutifs de la phrase : GS, GV et GC.
HISTOIRE DE LA LANGUE Lordre, habituel mais non systématique, des mots
de la phrase latine plaçait généralement le sujet en tête, les différents com-
pléments en position centrale et le verbe à la fin de la phrase (Le professeur
félicite les élèves, Magister discipulos laudat). Toutefois, le système des
déclinaisons, qui indiquait la relation que les mots de la phrase entretenaient
entre eux, conférait à lordre des mots une importance secondaire (Discipu-
los magister laudat a la même signification que Magister discipulos laudat),
tandis que, en français, la disparition du système des déclinaisons a attribué
à lordre des mots un rôle essentiel (Alice félicite Paul na pas le même sens
que Paul félicite Alice).
NOTIONS GRAMMATICALES
PHRASE GROUPE SUJET
GROUPE VERBAL GROUPE CIRCONSTANCIEL
1 Dans le schéma qui suit, le GS a la forme dun GN.
p. 13
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
1.2 Le groupe sujet :
la fonction sujet
Le groupe sujet (GS) règle laccord du verbe (ou, inversement, le verbe saccorde
avec le groupe sujet) 2 : Le facteur distribue le courrier ; Les facteurs distribuent
le courrier.
Le GS peut avoir différentes natures :
• il peut être constitué dun groupe nominal (comme le facteur dans les phrases
précédentes). Un groupe nominal (GN) voir plus loin le chapitre « nature
des mots et des groupes de mots » est un groupe formé à partir dun nom
(facteur) et précédé, dans sa forme canonique, dun déterminant (le dans
le facteur). Dans la phrase Le facteur distribue le courrier, le GN le facteur
est sujet du verbe « distribuer » ;
• il peut être constitué dun pronom personnel. Par exemple, dans la phrase
Il distribue le courrier, le groupe sujet du verbe « distribuer » est le pronom
personnel Il. En dautres termes, il est sujet de distribue.
Remarque : de même quen mathématiques un ensemble peut être réduit à un
seul élément, on admettra par convention quen grammaire un groupe syn-
taxique puisse être réduit à un seul mot. Ainsi dans la phrase Il distribue le
courrier, le GS se réduit au seul pronom personnel Il. De même, le groupe verbal
(GV) peut être réduit au verbe (Alice travaille) et le GN peut être réduit au nom,
en particulier dans le cas des noms propres (Alice travaille).
Dautres types de groupes sujets (infinitif, subordonnée complétive, etc.) sont
abordés dans le deuxième niveau.
NOTIONS GRAMMATICALES GROUPE SUJET GROUPE NOMINAL
2 Dans le schéma qui précède, la flèche va du GS au GV pour indiquer que le GS est sujet du GV.
Mais si lon avait voulu indiquer que le GV dépend du GS, puisquil saccorde avec lui, la flèche aurait été
orientée dans lautre sens.
p. 14
Les structures élémentaires I
Le groupe verbal : les fonctions 1.3
complément dobjet et attribut
Le groupe verbal (GV) se compose dun verbe et dun ou plusieurs constituants,
qui peuvent à leur tour avoir une nature de groupe nominal (GN), de pronom ou
encore dadjectif dans le cas de lattribut.
Dans Le facteur distribue le courrier, le GV distribue le courrier est formé dun
verbe (distribue) et dun GN de fonction complément dobjet direct (le courrier).
On notera que ce groupe nominal complément dobjet direct (GN COD) peut être
remplacé par un pronom (Il le distribue). Lorsque le complément dobjet est un
groupe nominal prépositionnel (GNP), cest-à-dire un GN précédé dune pré-
position, on parle de complément dobjet indirect (dans Le facteur parle à la
voisine, le GNP à la voisine est COI de parle). Le groupe nominal prépositionnel
complément dobjet indirect (GNP COI) peut aussi être remplacé par un pronom
(Le facteur lui parle). Un GV peut comporter un ou deux compléments (Le fac-
teur distribue le courrier à ma voisine). Il peut également ne comporter aucun
complément, donc se réduire au verbe seul (Lenfant parle) 3 .
Les principaux types de GV sont donc les suivants (les GN COD et les GP COI pou-
vant être remplacés par des pronoms) :
Les différents types de groupes verbaux
GV = V : Le facteur travaille. Le facteur dort. Le facteur parle.
GV = V + GN : Le facteur distribue le courrier.
le courrier : GN COD de distribue
GV = V + GNP : Le facteur parle à sa collègue ; le facteur va à Paris.
à sa collègue : GNP COI de parle ;
à Paris, GNP COI de va
GV = V + GN + GNP : Le facteur donne une lettre à ma voisine.
une lettre : GN COD de donne ;
à ma voisine : GNP COI de donne
GV = V + GNP + GNP : Le facteur parle de ses vacances à sa collègue.
de ses vacances : GNP COI de parle ;
à sa collègue : GNP COI de parle
3 En Belgique et à Québec, le COD est nommé « CDV » (complément direct du verbe) et le COI
est nommé « CIV » (complément indirect du verbe).
p. 15
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Un complément dobjet est en rapport avec le sens du verbe. Plus précisément,
il est impliqué par le sens du verbe. Par exemple, le verbe boire implique des
compléments dont le sens est compatible avec le sens de boire : elle boit de
leau, elle boit du café, etc. Le verbe aller implique une destination (par consé-
quent à Paris est un COI dans Elle va à Paris). Si le complément dun verbe ne
respecte pas cette contrainte, le sens obtenu est généralement métaphorique
(Il boit ses paroles).
Dans le cas particulier où le sens du verbe se réduit à une idée didentification
(Alice est avocate) ou dattribution dune propriété (Alice est grande), le verbe
est dit de type « attributif ». Le principal verbe attributif est le verbe être (dautres
verbes attributifs sont évoqués en II.2.3.2). La fonction de lélément qui est asso-
cié au verbe attributif dans le GV est la fonction attribut du sujet. La fonction
attribut du sujet peut être assurée par un GN ou par un adjectif4 .
La fonction attribut du sujet
Alice est grande.
GS : Alice ; GV : est grande (est : verbe attributif ;
grande : adjectif attribut du sujet Alice)
Alice est une bonne avocate.
GS : Alice ; GV : est une bonne avocate (est : verbe attributif ;
une bonne avocate : GN attribut du sujet Alice)
Remarque : la fonction attribut du COD est traitée en II.2.3.2.2.
NOTIONS GRAMMATICALES
GROUPE VERBAL GROUPE NOMINAL PRÉPOSITIONNEL
COMPLÉMENT DOBJET DIRECT COMPLÉMENT DOBJET INDIRECT
VERBE ATTRIBUTIF ATTRIBUT DU SUJET
4 Lexpression « attribut du sujet » pose problème car elle relie au sujet de la phrase un élément
(le GN ou le GAdj. de fonction attribut) qui appartient au GV. On la conserve malgré tout, parce quelle appartient
à la tradition grammaticale scolaire.
p. 16
Les structures élémentaires I
Le groupe circonstanciel : 1.4
la fonction complément
circonstanciel
À la différence du complément dobjet du verbe (COD ou COI) qui est lié au sens
du verbe, le complément circonstanciel nentretient aucun rapport de sens
nécessaire avec le sens du verbe. Il donne des informations complémentaires au
sujet de lévénement décrit par lensemble du groupe sujet et du groupe verbal
[GS + GV] : lieu de lévénement, moment de lévénement, cause de lévénement,
etc. Cest pour cette raison que le complément circonstanciel est toujours facul-
tatif (il peut donc être supprimé sans que lintégrité de la phrase soit affectée) et
quil peut par ailleurs être déplacé dans la phrase, puisquil possède une auto-
nomie par rapport à lensemble [GS + GV].
Le groupe circonstanciel
Le facteur distribue le courrier à huit heures.
ou
À huit heures, le facteur distribue le courrier.
ou
Le facteur, à huit heures, distribue le courrier.
On remarquera que le complément dobjet, parce quil fait partie de la struc-
ture GV, ne peut pas être déplacé en tête de phrase : *Le courrier le facteur
distribue à huit heures ; *À Paris, le facteur va (mais à Paris est un groupe cir-
constanciel (GC) dans la phrase Le facteur travaille à Paris, qui se transforme
aisément en : À Paris, le facteur travaille 5).
Remarque : lastérisque (*) signale le caractère agrammatical dune phrase.
Une formule plus précise de la structure de la phrase serait donc : P = [GS + GV] (+ GC).
Dans cette formule, les crochets indiquent que lensemble formé par le GS et le
GV présente une solidarité indépendamment du GC et les parenthèses indiquent
le caractère facultatif du GC.
La fonction complément circonstanciel peut être assurée par des groupes nomi-
naux prépositionnels (GNP), par des groupes nominaux (GN), par des adverbes
ou par des propositions subordonnées.
5 Les deux phrases sont syntaxiquement correctes mais se distinguent par une nuance de sens :
la phrase À Paris, le facteur travaille répond à la question « Que fait le facteur à Paris ? » tandis que la phrase
Le facteur travaille à Paris répond à la question « Où le facteur travaille-t-il ? ».
p. 17
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
La fonction complément circonstanciel
Le GNP complément circonstanciel
à huit heures dans Le facteur distribue le courrier à huit heures.
Le GN complément circonstanciel
le matin dans Le facteur distribue le courrier le matin.
Ladverbe complément circonstanciel
aujourdhui dans Le facteur distribue le courrier aujourdhui.
La proposition subordonnée complément circonstanciel
quand le jour se lève dans Le facteur distribue
le courrier quand le jour se lève.
Lorsque la fonction circonstancielle est reconnue comme telle dans la structure
de la phrase, différents types de compléments circonstanciels peuvent être
distingués selon leur sens.
Les différents types de compléments circonstanciels
Complément circonstanciel de temps
GN : le matin dans Le facteur distribue le courrier le matin.
GNP : à huit heures dans Le facteur distribue le courrier à huit heures.
Adverbe : aujourdhui dans Le facteur distribue le courrier aujourdhui.
Proposition subordonnée : quand le jour se lève
dans Le facteur distribue le courrier quand le jour se lève.
Complément circonstanciel de lieu
GNP : dans le quartier dans Le facteur distribue
le courrier dans le quartier.
Adverbe : ici dans Ici, le facteur distribue le courrier.
Complément circonstanciel de cause
GNP : à cause des conditions météorologiques dans Le courrier
na pas été distribué à cause des conditions météorologiques.
Proposition subordonnée : parce que cest son métier
dans Le facteur distribue le courrier parce que cest son métier.
Remarque : dautres types de compléments circonstanciels (conséquence, but,
moyen, etc.) sont évoqués en II.2.4.
NOTIONS GRAMMATICALES
GROUPE CIRCONSTANCIEL COMPLÉMENT CIRCONSTANCIEL DE TEMPS
COMPLÉMENT CIRCONSTANCIEL DE LIEU COMPLÉMENT CIRCONSTANCIEL DE CAUSE
p. 18
Les structures élémentaires I
Les fonctions dans le groupe 1.5
nominal : lexpansion du nom
(fonction épithète, fonction
complément du nom)
De même que le groupe verbal (GV) est un groupe syntaxique dont le noyau est
un verbe (V), le groupe nominal (GN) est un groupe syntaxique dont le noyau
est un nom (N). Outre le nom, le GN comporte très souvent un déterminant (Dét)
et, facultativement, un adjectif (ou plusieurs adjectifs) ou un groupe préposi-
tionnel, qui constituent ce que lon nomme des « expansions du nom ».
Par exemple, le GN une bonne avocate comprend, outre le noyau N avocate, un
Dét (une) et un adjectif (bonne) de fonction épithète, et le GN la pharmacienne de
mon quartier comprend, outre le noyau N pharmacienne, un Dét (la) et un GNP
(de mon quartier) de fonction complément du nom.
Les fonctions épithète et complément du nom
Dans le GN une bonne avocate, lAdj bonne
a la fonction épithète du nom avocate.
Dans le GN la pharmacienne de mon quartier,
le groupe nominal prépositionnel de mon quartier a la fonction
complément du nom pharmacienne.
La formule générale du groupe nominal est donc la suivante : GN = Dét + N (+ Exp),
le constituant « expansion » (Exp), facultatif, pouvant être ou bien un Adj épithète
ou bien un GNP complément du nom. Le terme « expansion » est donc un terme
général de fonction, qui regroupe dune manière indistincte la fonction épithète
et la fonction complément du nom.
Remarque : dans le cas où le noyau du GN est un nom propre, le GN est souvent
réduit à un nom (GN = N).
Il existe différents types de déterminants, qui seront présentés ultérieurement.
NOTIONS GRAMMATICALES
FONCTION ÉPITHÈTE FONCTION COMPLÉMENT DU NOM EXPANSION DU NOM
p. 19
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
1.6 Conclusion : la notion de « fonction »
Compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, on notera que, dune
manière générale, le terme « fonction » désigne une relation entre des mots ou
des groupes de mots.
Dans la tradition grammaticale française, seuls les mots et groupes de mots lexi-
caux ont une fonction (à lexception du verbe et du groupe verbal (GV)), ainsi que
les pronoms ; les déterminants, les prépositions, les conjonctions sont des outils
grammaticaux qui nont pas de fonction par eux-mêmes mais font partie dun
groupe de mots qui a une fonction. Par exemple, dans Le château de ma mère,
la préposition de na pas de fonction mais le groupe nominal prépositionnel (GNP)
de ma mère quelle introduit est de fonction complément du nom. Quant au
verbe ou au groupe verbal, il est considéré comme le pivot de la phrase, par
rapport auquel les fonctions sujet et complément circonstanciel se définissent6 .
Cest pourquoi, dans notre tradition grammaticale, il nexiste pas de terme pour
définir sa fonction.
Dans la phrase, la fonction sujet désigne la relation entre un groupe nominal (GN)
ou un pronom dune part et un GV dautre part, tandis que la fonction complé-
ment circonstanciel désigne la relation entre lensemble [GS + GV] et un GNP,
un GN, un adverbe (Adv) ou une proposition subordonnée :
fonction complément circonstanciel
[ Le facteur distribue le courrier ] à huit heures.
fonction sujet
Dans le GV, la fonction complément dobjet direct (COD) désigne la relation entre
un GN et le V dont il est COD tandis que la fonction complément dobjet indirect
(COI) désigne la relation entre un GNP et le V dont il est COI :
Le facteur [ distribue le courrier. ]
fonction COD
Le facteur [ parle à sa collègue. ]
fonction COI
6 Lintérêt dintroduire un terme nouveau qui corresponde à la fonction du groupe verbal
(par exemple « prédicat ») est très limité car le groupe verbal a toujours la même fonction (tandis que les autres
groupes de mots ont des fonctions variables). Voir II.2.1.
p. 20
Les structures élémentaires I
Dans le cas particulier du GV ayant pour noyau un verbe attributif, la fonction
attribut du sujet désigne la relation entre un adjectif (Adj) ou un GN et le GS dont
ils sont attributs7 :
Alice [ est grande. ]
fonction attribut du sujet
Alice [ est une bonne avocate. ]
fonction attribut du sujet
Dans le GN, la fonction épithète désigne la relation entre ladjectif et le nom tandis
que la fonction complément du nom désigne la relation entre le GNP et le nom
dont il est complément :
[ Une bonne avocate ]
fonction épithète
[ La pharmacienne de mon quartier ]
fonction complément du nom
NOTIONS GRAMMATICALES
FONCTION SUJET FONCTION COMPLÉMENT CIRCONSTANCIEL
FONCTION COMPLÉMENT DOBJET DIRECT FONCTION COMPLÉMENT DOBJET INDIRECT
FONCTION ATTRIBUT DU SUJET FONCTION ÉPITHÈTE
FONCTION COMPLÉMENT DU NOM
7 La flèche indique donc la relation de sens qui unit lattribut au sujet et qui justifie la dénomination
« attribut du sujet ». Mais, du point de vue grammatical, lAdj ou le GN de fonction attribut du sujet sont liés
au verbe au sein du GV, ce quindiquent les crochets (voir note 4, page 16).
p. 21
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
2 Phrase et proposition
On parle de « phrase », selon sa définition graphique, pour désigner
toute unité de sens repérée à lécrit par le fait quelle commence par
une majuscule et sachève par un point (ou un point dinterrogation,
dexclamation ou des points de suspension).
Une phrase peut comporter une ou plusieurs propositions. Une pro-
position est toujours formée dun groupe sujet et dun groupe verbal
(voire également dun complément circonstanciel) : elle a toujours une
structure de phrase (P = [GS + GV] (+ GC)).
Remarque : les propositions ne sont pas totalement équivalentes à des phrases
puisquelles ne correspondent pas à la définition graphique de la phrase : si la
proposition est en début de phrase, elle ne se termine pas par un point et si elle
nest pas en début de phrase, elle ne commence pas par une majuscule.
NOTIONS GRAMMATICALES PHRASE PROPOSITION
2.1 Phrase simple et phrase complexe
Une phrase, au sens défini plus haut (P = [GS + GV] (+ GC)), peut être composée
de plusieurs propositions. On parle de « phrase simple » quand une phrase
ne comporte quune seule proposition (par exemple : Le facteur distribue le
courrier à huit heures) et de « phrase complexe » quand une phrase comporte
au moins deux propositions (par exemple : Le facteur distribue le courrier et
il aime son travail).
Deux principaux types de phrases complexes doivent être distingués :
• la phrase complexe par subordination, dans laquelle une proposition subor-
donnée est incluse dans la proposition principale ;
• la phrase complexe par coordination ou juxtaposition, qui est formée de deux
propositions situées sur le même plan et reliées par une conjonction de coor-
dination ou par une virgule (ou un point-virgule).
Par exemple, la phrase Le facteur distribue le courrier quand le jour se lève
est une phrase complexe par subordination parce quelle contient elle-même la
proposition subordonnée quand le jour se lève. La phrase Le facteur distribue
le courrier et il aime son travail est une phrase complexe par coordination
parce quelle est composée de deux propositions coordonnées : 1) Le facteur
distribue le courrier ; 2) il aime son travail.
p. 22
Les structures élémentaires I
Phrase simple et phrase complexe
Phrase simple
Le facteur distribue le courrier à huit heures.
Phrase complexe par subordination
Le facteur distribue le courrier quand le jour se lève.
Phrase complexe par coordination
Le facteur distribue le courrier et il aime son travail.
Phrase complexe par juxtaposition
Le facteur distribue le courrier ; il aime son travail.
NOTIONS GRAMMATICALES
PHRASE SIMPLE PHRASE COMPLEXE
COORDINATION JUXTAPOSITION SUBORDINATION
Phrase complexe 2.2
par subordination
Dans la tradition grammaticale française, lexpression « proposition subordon-
née » est utilisée pour désigner une proposition incluse dans une « proposition
principale ». Par exemple, quand le jour se lève (dans Le facteur distribue
le courrier quand le jour se lève) est une proposition subordonnée incluse dans
la proposition principale Le facteur distribue le courrier.
Ici, la proposition subordonnée est introduite par une conjonction de subor-
dination (quand). Cette conjonction de subordination est loutil qui permet linclu-
sion de la subordonnée dans la principale. Lanalyse de cette structure est donc
la suivante :
Proposition principale et proposition subordonnée
P = Le facteur distribue le courrier quand le jour se lève.
GS = le facteur
GV = distribue le courrier
GC = quand le jour se lève
p. 23
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Mais comme le groupe circonstanciel (GC) quand le jour se lève constitue lui-
même une proposition, son analyse se poursuit ainsi :
Analyse de la proposition complément circonstanciel
GC = Conjonction de subordination (= quand) + P
P = Le jour se lève.
GS = le jour
GV = se lève
NOTIONS GRAMMATICALES
PROPOSITION PRINCIPALE PROPOSITION SUBORDONNÉE
CONJONCTION DE SUBORDINATION
2.3 Phrase complexe par coordination
et par juxtaposition
À la différence de la subordination, qui suppose une relation dinclusion dune pro-
position dans une autre, les notions de coordination et de juxtaposition désignent
une relation entre deux propositions qui se situent sur le même plan et forment,
à elles deux, une nouvelle phrase. Ces deux phrases situées sur le même plan sont
nommées « propositions indépendantes ». Ainsi, la phrase complexe Le facteur
distribue le courrier et il aime son travail est formée de deux propositions indé-
pendantes : 1) la phrase Le facteur distribue le courrier (P = GS (le facteur) + GV
(distribue le courrier)) ; 2) la phrase Il aime son travail (P = GS (il) + GV (aime son
travail)). Ces deux propositions indépendantes sont ici reliées par le mot et que
lon nomme « conjonction de coordination ». Parmi les autres conjonctions de coor-
dination, on mentionnera la conjonction ou (Tu entres ou tu sors ?).
Conjonctions de coordination : et, ou
Le facteur distribue le courrier et il aime son travail.
Tu entres ou tu sors ?
Le terme « juxtaposition » est utilisé lorsque les propositions indépendantes
ne sont pas reliées par une conjonction de coordination, mais par une virgule,
un point-virgule ou les deux points (:) (Le facteur distribue le courrier ; il aime
son travail).
p. 24
Les structures élémentaires I
Remarque : très souvent, lorsquil est le même dans plusieurs propositions
juxtaposées ou coordonnées, le groupe sujet nest exprimé que dans la pre-
mière proposition. Par exemple, la phrase complexe Le facteur arrive, ouvre
la boîte aux lettres, distribue le colis et repart contient quatre propositions,
mais le groupe sujet Le facteur nest répété dans aucune des trois propositions
qui suivent la première : on observe donc dans ce cas une ellipse du sujet dans
ces propositions. En dépit de cette ellipse du sujet, ces trois propositions sont
tout de même considérées comme indépendantes.
NOTIONS GRAMMATICALES
PROPOSITION INDÉPENDANTE COORDINATION JUXTAPOSITION
CONJONCTION DE COORDINATION ELLIPSE DU SUJET
Les types de phrases 2.4
La phrase est dabord une structure grammaticale. Mais cette structure peut
être employée pour réaliser des types dactes (verbaux) distincts. On distingue
trois types dactes fondamentaux : le type déclaratif correspondant à lasser-
tion (affirmer quelque chose, donc présenter ce que lon dit comme vrai), le type
interrogatif correspondant à linterrogation (poser une question, demander une
information), le type impératif correspondant à linjonction (donner un ordre).
Toute phrase appartient nécessairement à lun de ces trois types dactes, qui
correspondent canoniquement à trois structures distinctes :
Les trois types de phrase
Type déclaratif
Cette chimiste travaille dans un laboratoire.
Type interrogatif
Avez-vous terminé ?
Est-ce que vous avez terminé ?
Vous avez terminé ?
Qui a parlé ?
Quelle femme était-elle ?
Type impératif
Ouvrez la fenêtre.
Mets le livre dans la bibliothèque.
Quil sorte.
p. 25
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Remarques
• Lexclamation nest pas un type dacte spécifique mais une nuance susceptible
de sajouter à lun des trois types dactes fondamentaux. Elle sera par consé-
quent classée parmi les formes de phrases.
• Dans certains cas, le type de phrase formel ne correspond pas au type dacte
auquel il est usuellement associé. Par exemple, la question Peux-tu me passer
le sel ? ne correspond pas à un acte dinterrogation mais à un ordre (atténué)
ou à une demande, donc au type impératif. Cest pourquoi la réponse atten-
due à cette question nest pas seulement verbale (« oui » ou « non ») mais com-
portementale (passer effectivement le sel). Pour plus de détails sur ce point,
voir le II.1.7.
NOTIONS GRAMMATICALES
TYPE DÉCLARATIF TYPE INTERROGATIF TYPE IMPÉRATIF
ASSERTION INTERROGATION INJONCTION
2.5 Les formes de phrases
Les types de phrases sont obligatoires au sens où une phrase est nécessai-
rement déclarative ou interrogative ou impérative. Mais la phrase peut aussi,
facultativement, être de forme négative, passive ou exclamative. Ainsi la phrase
déclarative Le facteur distribue le courrier se distingue de la phrase décla-
rative à la forme négative (Le facteur ne distribue pas le courrier), à la forme
passive (Le courrier est distribué par le facteur) ou à la forme exclamative
(Le facteur distribue le courrier !). Par ailleurs, les formes de phrases peuvent
être cumulées (Le facteur na pas distribué le courrier aujourdhui ! : forme
exclamative + forme négative).
Trois formes de phrases
Forme négative
Elles ne mangent pas de fraises. (type déclaratif)
Navez-vous pas terminé ? (type interrogatif)
Nouvrez pas la fenêtre. (type impératif)
Forme passive
La scène a été racontée par deux témoins. (type déclaratif)
La scène a-t-elle été racontée par deux témoins ? (type interrogatif)
Que les frais soient pris en charge par lagresseur. (type impératif)
p. 26
Les structures élémentaires I
Forme exclamative
Cest bon ! Que cest bon ! (type déclaratif)
Avez-vous enfin terminé ! (type interrogatif)
Ouvrez la fenêtre ! (type impératif)
La phrase Le facteur distribue le courrier est une phrase de type déclaratif.
Nétant ni à la forme négative, ni à la forme passive, ni à la forme exclamative,
elle est donc positive et active. On ne parlera toutefois pas de « forme positive »
ni de « forme active », car la phrase positive, active et non exclamative est consi-
dérée comme la phrase de base (Le facteur distribue le courrier).
Remarque : dautres formes de phrases (impersonnelle, emphatique) sont abor-
dées en II.1.8.4 et II.1.8.5.
NOTIONS GRAMMATICALES
FORME NÉGATIVE FORME PASSIVE FORME EXCLAMATIVE
p. 27
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3 Nature des mots
et des groupes de mots
Il existe huit natures ou classes de mots : les mots lexicaux sont le nom,
le verbe, ladjectif, ladverbe ; les mots grammaticaux sont le déter-
minant, le pronom, la conjonction, la préposition8. La nature dun mot
détermine son emploi dans la phrase. Par exemple, le nom est souvent
précédé dun déterminant, ladjectif se rapporte à un nom, etc. Les
mots de même nature ont des propriétés communes (les noms ont
majoritairement un pluriel en s, les verbes ont très souvent un pluriel
en -ent à la troisième personne, les adverbes sont invariables, etc.).
La nature dun mot est également nommée « classe (grammaticale) ».
NOTIONS GRAMMATICALES NATURE DE MOT CLASSE DE MOT
3.1 Le nom et le déterminant
3.1.1 Le nom
Les noms se répartissent en noms propres et noms communs. Le nom propre
désigne un être singulier ou une chose singulière, tandis que le nom commun
sapplique à des catégories dêtres, dobjets ou de concepts qui partagent des
caractéristiques communes.
Les noms propres peuvent désigner des personnes individuelles inconnues
(Jean Dupont) ou connues (Jean de La Fontaine), des personnages de fiction
(Cendrillon), des lieux géographiques (Bordeaux, la Seine, la Lune, Mer-
cure), des divinités (Jupiter, Junon, Dieu, le Tout-Puissant), des monuments
et œuvres artistiques (Le Panthéon, La Joconde), des moyens de transport
(Le Normandie, le Mirage IV ), des événements ou des périodes historiques
(la Renaissance, lEmpire), etc.
8 Sur linterjection, parfois ajoutée à cette liste des natures de mots, voir II.3.8. Sur la distinction
entre mots lexicaux et mots grammaticaux, voir II.4.
p. 28
Les structures élémentaires I
Les noms communs comportent deux grandes catégories : les êtres animés
(homme, animal) ou inanimés (table, chaise). Ils se répartissent par ailleurs
en deux genres : masculin et féminin.
Noms propres et noms communs
Noms propres
Strasbourg, la Tour Eiffel, le Rhône, Cendrillon, etc.
Noms communs
êtres animés : homme, femme, cheval, etc.
êtres inanimés : voiture, échelle, vase, etc.
Remarque : les distinctions plus complexes entre noms concrets et noms abs-
traits et entre noms comptables et noms massifs sont abordées en II.3.1.
HISTOIRE DE LA LANGUE 1. La morphologie du latin possédait trois genres
(masculin, féminin, neutre) qui ont été, pour les noms, réduits à deux en fran-
çais (masculin et féminin). Cela ne signifie pas quil nexiste pas de genre neutre
en français mais que ce genre ne présente pas de marques spécifiques (cette
question sera reprise en II.3.1). Du latin au français, les genres des noms
ont parfois changé et ils se sont stabilisés au XVIIe siècle. 2. La distinction
en genre appliquée aux noms dêtres non animés nest guère susceptible
de véhiculer des représentations sociales chez les locuteurs (peu importe
que commode soit féminin et que bureau soit masculin : cette différence est
perçue comme arbitraire). Mais la question du genre grammatical présente
des enjeux sociaux qui peuvent être perçus comme importants dans le cas
des noms désignant des personnes. Cest pourquoi des propositions de fémi-
nisation de noms de métiers émergent à certaines périodes de lhistoire du
français, ainsi que dautres débats liés à la visibilité du genre féminin dans les
usages de la langue. Par exemple, le mot avocate désignait dabord lépouse
dun avocat général. Ce nest quau cours du XXe siècle que ce féminin sest
peu à peu généralisé pour désigner une personne de sexe féminin exerçant le
métier davocat. Cet exemple montre quil existe, dans certains secteurs de la
grammaire (mais aussi, bien évidemment, dans le lexique), des relations entre
lévolution des sociétés et les changements linguistiques.
NOTIONS GRAMMATICALES NOM COMMUN NOM PROPRE
p. 29
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.1.2 Le déterminant
Le déterminant est un mot grammatical placé avant le nom dans le groupe
nominal (GN) et qui contribue à son identification. Ainsi dans la phrase Jai aimé
ce livre, le déterminant démonstratif ce permet de savoir de quel livre il est
question (celui que je montre ou que jai dans la main, etc.).
3.1.2.1 Larticle
On distingue larticle défini et larticle indéfini :
Larticle
Article défini : le temps (article défini masculin le), la vie
(article défini féminin la), les hommes, les femmes (article défini
pluriel, masculin ou féminin, les), lécole, larbre (forme élidée
de larticle défini, masculin ou féminin, l, devant voyelle).
Article indéfini : un homme (article indéfini masculin un),
une femme (article indéfini féminin une), elle achète des fruits/
pommes (article indéfini pluriel, masculin ou féminin, des), elle mange
de délicieux fruits/délicieuses pommes (article indéfini pluriel,
masculin ou féminin, de, forme réduite de des).
Remarques
• Lorsque larticle indéfini pluriel est séparé du nom par un adjectif, il se change
souvent en de (elle mange des fruits délicieux/de délicieux fruits).
• Lorsque larticle indéfini pluriel est employé dans le complément dune phrase
négative, il se change le plus souvent en de (Elle mange des fruits ➨ Elle ne
mange pas de fruits).
Larticle défini comporte en outre des formes dites « contractées », qui résultent
de lamalgame dune préposition (à ou de) et dun article défini :
Formes contractées de larticle défini
à + le = au. Elle va au travail.
à + les = aux. Elle donne à manger aux animaux.
de + le = du. Elle revient du travail.
de + les = des. Lherbe des champs est verte.
p. 30
Les structures élémentaires I
Remarques
• Il existe un troisième type darticle en français, larticle partitif, qui semploie
généralement avec des noms massifs (noms concrets massifs Elle mange
du pain ou noms abstraits Il faut du courage pour faire cela). Il convien-
dra donc de ne pas confondre du partitif et du forme contractée de larticle.
Voir II.3.3.1.
• Il convient également de ne pas confondre des article indéfini pluriel (Elle
achète des fruits) et des (de + les) forme contractée de larticle défini pluriel
(Elle parle des fruits quelle a achetés).
HISTOIRE DE LA LANGUE Larticle nexiste pas en latin. Il sagit dune création
du français (que lon retrouve dans dautres langues romanes) à partir du
déterminant numéral unus pour larticle indéfini et à partir du démonstratif
ille pour larticle défini. En ancien français, lemploi de larticle devant les
noms nest pas encore généralisé, et il ne commencera à lêtre quà partir des
XVIe et XVIIe siècles.
NOTIONS GRAMMATICALES ARTICLE DÉFINI ARTICLE INDÉFINI
Le déterminant possessif 3.1.2.2
Le déterminant possessif contient, outre une valeur équivalente à celle dun
article défini, une information relative à la personne grammaticale : mon
chapeau inclut une référence à la première personne (littéralement « le chapeau
de moi »), ton chapeau inclut une référence à la deuxième personne, etc.
Bien quil se nomme « possessif », sa signification va au-delà de la simple pos-
session et est porteuse de multiples nuances : possession proprement dite
(Je te prête mon livre) ; habitude (Elle prend son train tous les matins à la
même heure) ; relation avec la personne (Jai échoué à mon examen) ; respect
(À vos ordres, mon colonel !).
Formes du déterminant possessif
Première personne : mon, ma, mes, notre, nos
Deuxième personne : ton, ta, tes, votre, vos
Troisième personne : son, sa, ses, leur, leurs
p. 31
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Remarques
• La forme leur est également une forme du pronom personnel : elle leur parle.
Cette forme ne peut être confondue avec celle du déterminant possessif
puisque ce dernier, en tant que déterminant, introduit toujours un GN tandis
que le pronom personnel leur est situé dans le groupe verbal, dont il constitue
un complément. Dune manière plus marginale, on se gardera du risque de
confusion possible avec les leurs, pronom possessif.
• Devant un nom féminin commençant par une voyelle, on utilise non pas la
forme féminine ma mais le masculin mon : ma femme ; mon amie (et non
*ma amie).
NOTION GRAMMATICALE DÉTERMINANT POSSESSIF
3.1.2.3 Le déterminant démonstratif
Le déterminant démonstratif est porteur de deux valeurs : dune part celle dun
article défini (comme dans le cas du déterminant possessif), dautre part une
information supplémentaire indispensable à son interprétation. En effet, le déter-
minant démonstratif sinterprète par renvoi à un antécédent (On voit beaucoup
de chênes dans les forêts. Ces arbres perdent leurs feuilles en hiver) ou par
référence à la situation dénonciation (Regarde ces arbres ! [= les arbres qui
sont ici]). Le démonstratif peut également annoncer ce qui va suivre (Elle pro-
nonça ces paroles : « Me voilà ») : dans ce cas, linformation est obtenue par
renvoi non pas à un antécédent mais à un subséquent, cest-à-dire un élément
qui suit.
Formes du déterminant démonstratif
Masculin singulier : ce (ce garçon), cet (cet élève)
Féminin singulier : cette (cette élève)
Pluriel : ces (ces élèves)
NOTIONS GRAMMATICALES
DÉTERMINANT DÉMONSTRATIF ANTÉCÉDENT SUBSÉQUENT
p. 32
Les structures élémentaires I
Le verbe et le groupe verbal 3.2
La conjugaison du verbe (morphologie verbale) 3.2.1
Radical et désinence 3.2.1.1
Conjuguer un verbe signifie produire lensemble des formes possibles dun
verbe en fonction de plusieurs variables : le mode, le temps et la personne.
Un verbe, comme tous les autres mots, se décompose en plusieurs éléments,
nommés « morphèmes ». Lanalyse des éléments constituants du verbe se situe
donc sur le plan morphologique.
Deux types de morphèmes doivent être distingués pour lanalyse morphologique
du verbe :
• le radical contient le sens lexical stable du verbe. Par exemple, pour le verbe
chanter, le radical est chant- ;
• la désinence est le morphème, placé à droite du radical, qui varie selon le
temps, le mode et la personne du verbe. Par exemple, dans chantais la dési-
nence est -ais, dans chanterons, la désinence est -erons. Dans la pratique
de classe, le terme « désinence » peut être remplacé par « terminaison ».
Beaucoup de verbes se conjuguent sur un seul radical (par exemple chanter)
mais, dans certains cas, la conjugaison du verbe mobilise plusieurs formes
du radical :
• verbes à un seul radical : par exemple, chanter ;
• verbes à deux radicaux : par exemple, lire (radical li- dans je lis, tu lis, etc. ;
radical lis- dans nous lisons, vous lisez, etc.) ;
• verbes à trois radicaux : par exemple, vivre (radical vi- dans je vis, tu vis, etc. ;
radical viv- dans je vivais, tu vivais, etc. ; radical véc- dans je vécus, tu vécus) ;
• verbes à plus de trois radicaux : auxiliaires être et avoir ; savoir, pouvoir,
aller, etc.
Enfin, la désinence du verbe conjugué se décompose elle-même en plusieurs
morphèmes flexionnels nommés « marques » : marque de temps et marque de
personne. Par exemple, dans ils chantaient, la désinence -aient comporte une
marque de temps -ai- (que lon retrouve dans je chantais, il chantait, etc.) et une
marque de personne -ent (que lon retrouve dans ils chantent, etc.).
p. 33
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Remarque : aux marques de temps et de personne sajoutent les marques de
mode (-ss- dans que je finisse) qui seront abordées dans le niveau II.
Décomposition de la forme verbale
Radical : chant- (verbe chanter), li- et lis- (verbe lire)
Désinence : -aient dans chantaient
Marque de temps : -ai- marque de limparfait dans chantaient
Marque de personne : -ent marque de troisième personne
du pluriel dans chantaient
HISTOIRE DE LA LANGUE Le système des radicaux qui caractérise les verbes du
français moderne est souvent plus complexe que celui du latin, qui présentait
une conjugaison assez régulière. Par exemple, le verbe habere (avoir) présente
une conjugaison sur un seul radical (hab-) beaucoup plus régulière que celle
du verbe français avoir (construit sur six radicaux). En raison dévolutions
phonétiques liées principalement à des facteurs accentuels, les radicaux se sont
multipliés en ancien français et ont parfois connu des simplifications au cours de
lévolution de lancien français au français moderne. Par exemple, le verbe parler,
issu du verbe latin parabolare, qui se conjuguait sur un seul radical, a abouti en
ancien français à une conjugaison sur deux radicaux, parl- et parol- : je parol,
tu paroles, il parole, nous parlons, vous parlez, ils parolent. Dans lévolution
de lancien français au français moderne, cette conjugaison sest régularisée
au bénéfice du radical parl-. Comprendre létablissement de la morphologie
du verbe français requiert donc la prise en compte du français médiéval.
NOTIONS GRAMMATICALES
MORPHÈME VERBAL MORPHOLOGIE VERBALE RADICAL
DÉSINENCE MARQUE DE TEMPS MARQUE DE PERSONNE
3.2.1.2 Le classement des verbes en groupes
Traditionnellement, les verbes français sont classés en trois groupes, qui cor-
respondent, au moins pour les deux premiers, à une homogénéité des formes
de conjugaison.
Les verbes du premier groupe sont ceux qui présentent un infinitif en -er. Ils se
conjuguent à partir dun seul radical, sur le modèle de chanter. Cest pour-
p. 34
Les structures élémentaires I
quoi, compte tenu du nombre de ses radicaux, le verbe aller nest pas classé
dans ce groupe, en dépit de sa forme dinfinitif. Généralement, les verbes nou-
veaux (néologismes) sont formés sur le modèle des verbes de ce groupe (liker,
tweeter, etc.).
Les verbes du deuxième groupe présentent un infinitif en -ir et plusieurs formes
de leur radical en -iss-, dont le participe présent (-issant). Par exemple, le
verbe finir, dont le participe présent est finissant, appartient à la catégorie des
verbes du deuxième groupe, à la différence de partir, dont linfinitif est en -ir
mais qui ne forme pas son participe présent au moyen de la désinence -issant
(partir, partant).
Les verbes du troisième groupe sont tous les verbes qui nappartiennent à aucun
des deux premiers groupes. Il sagit donc dune catégorie très hétérogène
au plan morphologique. On distingue néanmoins trois types : les verbes ayant un
infinitif en -ir (mais pas de participe présent en -issant) comme partir, les verbes
ayant un infinitif en -oir du type savoir, valoir, etc. et les verbes ayant un infinitif
en -re, du type dire, écrire, prendre, etc. On y rattache aussi les verbes être,
avoir et aller.
Les groupes de verbes
Verbes du premier groupe : chanter, parler, etc.
Verbes du deuxième groupe : finir, bondir, grossir, etc.
Verbes du troisième groupe :
ayant un infinitif en -ir : partir, servir, fuir, etc.
ayant un infinitif en -oir : savoir, apercevoir, devoir, etc.
ayant un infinitif en -re : écrire, dire, prendre, etc.
verbe aller
verbes être, avoir
HISTOIRE DE LA LANGUE Les trois groupes de verbes du français sont seule-
ment en partie issus des types latins de verbes, car on distingue cinq types
de verbes en latin. Les verbes français du premier groupe (aimer) sont issus
de verbes latins en -are (amare), les verbes du deuxième groupe sont notam-
ment issus de verbes latins en -ire (finire).
NOTIONS GRAMMATICALES
VERBE DU PREMIER GROUPE VERBE DU DEUXIÈME GROUPE VERBE DU TROISIÈME GROUPE
p. 35
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.2.2 Les modes et les temps
3.2.2.1 Modes non personnels
Les « modes non personnels » sont nommés ainsi parce quils ne varient pas
selon la personne et donc se conjuguent sans pronom personnel 9 . Les deux
modes non personnels sont linfinitif et le participe. Le mode participe comporte
lui-même deux temps, le participe présent et le participe passé.
Infinitif et participe
Infinitif : aimer
Participe présent : aimant
Participe passé : aimé
Remarque : linfinitif et le participe sont bien des formes de la conjugaison du
verbe. Il est donc erroné de les considérer comme « des formes non conju-
guées » du verbe. En réalité, elles sanalysent, au même titre que toutes autres
formes du verbe, comme étant formées dun radical et dune désinence.
NOTIONS GRAMMATICALES
INFINITIF PARTICIPE PRÉSENT PARTICIPE PASSÉ
3.2.2.2 Mode indicatif
Temps simples : présent, imparfait, futur, passé simple, conditionnel présent
Temps composés : passé composé, plus-que-parfait, futur antérieur, passé
antérieur, conditionnel passé
Remarque : le conditionnel, en dépit dune tradition encore vivace, doit bien être
considéré comme un temps de lindicatif. La symétrie qui existe dans la morpho-
logie des verbes du premier groupe est un argument majeur en faveur de cette
analyse du conditionnel comme temps et non pas comme mode : chanterai/
chanterais/chantai/chantais. Morphologiquement, pour les verbes du pre-
mier groupe (qui sont les plus fréquents), le conditionnel est au futur ce que
limparfait est au passé simple. Toutefois, dans lusage scolaire, le conditionnel
est parfois considéré comme un mode et enseigné comme tel.
9 Limpératif se conjugue sans pronom personnel mais varie selon la personne.
p. 36
Les structures élémentaires I
Temps de lindicatif
Temps simples
Présent : je chante
Passé simple : je chantai
Imparfait : je chantais
Futur : je chanterai
Conditionnel présent : je chanterais
Temps composés
Passé composé : jai chanté
Passé antérieur : jeus chanté
Plus-que-parfait : javais chanté
Futur antérieur : jaurai chanté
Conditionnel passé : jaurais chanté
NOTIONS GRAMMATICALES
INDICATIF TEMPS SIMPLES TEMPS COMPOSÉS
PRÉSENT IMPARFAIT FUTUR PASSÉ SIMPLE
CONDITIONNEL PRÉSENT PASSÉ COMPOSÉ PLUS-QUE-PARFAIT
PASSÉ ANTÉRIEUR FUTUR ANTÉRIEUR CONDITIONNEL PASSÉ
Mode subjonctif 3.2.2.3
Les temps du subjonctif
Temps simples
Présent : Il faut quelle fasse un effort.
Imparfait : Il fallait quelle fît un effort.
Temps composés
Passé : Je regrette quelle ait fait cette erreur.
Plus-que-parfait : Je regrettais quelle eût fait cette erreur.
p. 37
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.2.2.4 Mode impératif
Formes de limpératif
Présent : Chante ! Chantons ! Chantez !
Passé : Aie fini ! Ayons fini ! Ayez fini !
HISTOIRE DE LA LANGUE Une erreur fréquemment commise en français
consiste à ajouter un -s à la deuxième personne du singulier des verbes du
premier groupe conjugués à limpératif. Or, la forme latine était, pour les
verbes latins qui ont donné en français les verbes du premier groupe, la
suivante : ama ! (Aime !). Le -a final latin a évolué dès lancien français en -e,
ce qui explique la forme actuelle de limpératif des verbes du premier groupe :
Aime ! Chante ! Traverse !
NOTIONS GRAMMATICALES IMPÉRATIF PRÉSENT IMPÉRATIF PASSÉ
3.3 Ladjectif
Ladjectif exprime une qualité ou une propriété du nom auquel il se rapporte
(petit, grand, gentil, etc.). Il saccorde en genre et en nombre avec le nom auquel
il se rapporte.
Ladjectif épithète et attribut
Adjectif épithète : un beau cahier, un cahier à grands carreaux,
une grande trousse, mes anciennes trousses,
une voiture rapide, un travail parfait
Adjectif attribut : ce cahier est beau, cette trousse est belle.
NOTIONS GRAMMATICALES ADJECTIF ÉPITHÈTE ADJECTIF ATTRIBUT
p. 38
Les structures élémentaires I
Ladverbe 3.4
Ladverbe est un mot invariable qui peut se rapporter à un verbe (Elle agit
fermement), à un adjectif (Une écriture peu lisible) ou à un autre adverbe
(Elle travaille très sérieusement).
Les adverbes peuvent être classés en fonction de leur sens, qui peut être plutôt
de type lexical (comme les adverbes en -ment) ou plutôt de type grammatical
(adverbes dintensité du type si dans Elle est si grande !, adverbes de négation, etc.).
Les adverbes
Adverbes de temps : maintenant, hier, bientôt, etc.
Adverbes de lieu : ici, là, ailleurs, partout, etc.
Adverbes de manière : gentiment, rapidement, etc.
Adverbes interrogatifs : pourquoi ? quand ?, etc.
Adverbes dintensité : si (dans des constructions
du type Elle est si grande !), très, etc.
Adverbes de négation : ne…pas, ne…jamais, ne…que, etc.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le suffixe -ment des adverbes de manière est issu
de lablatif mente du nom latin féminin mens signifiant « esprit, disposition
desprit ». Dans les constructions formées dun adjectif suivi de mente, le nom
mente fut peu à peu compris au sens de « manière dêtre », puis perçu comme
un suffixe adverbial. Le fait que mens soit un nom féminin explique pourquoi
les adverbes en -ment sont souvent formés sur le féminin de ladjectif (fina-
lement, anciennement, etc.). La trace de cette formation a parfois disparu
au cours de lhistoire du français : par exemple, la forme vraiement est attes-
tée en ancien français, mais elle a été supplantée par vraiment.
NOTION GRAMMATICALE ADVERBE
p. 39
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.5 La préposition
et le groupe prépositionnel
La préposition est un mot invariable. Elle introduit un groupe prépositionnel qui
joue un rôle de complément. Elle se place devant un groupe nominal (à la mer,
pour Alice), un pronom (pour toi), un adverbe (Sors dici !) ou un infinitif (Je viens
pour travailler). Les prépositions peuvent être constituées dun mot (sur) ou
de plusieurs (au-dessus de).
Les prépositions les plus fréquentes du français sont, selon la base de données
Lexique (http://www.lexique.org) : de, à, en, dans, pour, sur, avec, par, sans.
Les prépositions de et à sont de très loin les plus fréquentes.
Les prépositions les plus fréquentes
de : Elle revient de lécole.
à : Elle va à lécole.
en : Elle reste en classe.
dans : Elle joue dans la cour.
pour : Elle travaille pour réussir.
sur : Elle sassoit sur un banc.
avec : Elle travaille avec courage.
par : Elle regarde par la fenêtre.
sans : Elle réussit sans difficulté.
Le groupe nominal prépositionnel (GNP) est un groupe nominal introduit par une
préposition. Ses fonctions possibles sont :
• complément du nom (La voiture de mes parents) ;
• complément dobjet indirect (Elle parle de ses vacances ; Elle va à Paris ;
Elle va à lécole) ;
• complément circonstanciel (À lécole, on apprend à lire).
Le terme « groupe prépositionnel » est donc un terme général qui regroupe les
différents types de groupes prépositionnels : non seulement le GNP mais aussi
dautres structures qui seront introduites plus loin : le groupe infinitif préposi-
tionnel (GIP), le groupe adverbial prépositionnel (GAP) et le groupe pronominal
prépositionnel (GPP).
NOTIONS GRAMMATICALES
PRÉPOSITION GROUPE PRÉPOSITIONNEL GROUPE NOMINAL PRÉPOSITIONNEL
p. 40
Les structures élémentaires I
Le pronom 3.6
On se limite, dans ce premier niveau, à lidentification du pronom personnel. Ce
type de pronom comporte de nombreuses formes qui varient selon la personne,
le genre, le nombre et la fonction. Certaines formes de pronoms sont assignées
à une fonction spécifique, dautres peuvent avoir plusieurs fonctions :
• pronoms personnels de fonction sujet : je, tu, il(s), elle(s)10, on.
• pronoms personnels de fonction sujet ou complément (direct ou indirect) :
nous, vous :
sujet : Nous parlons. Vous parlez.
COD : Alice nous dérange. Alice vous dérange.
COI : Alice nous parle. Alice vous parle.
• pronoms personnels de fonction complément dobjet (direct ou indirect) : me,
te, se (se est un pronom personnel réfléchi)
COD : Alice me/te dérange./Alice se regarde.
COI : Alice me/te parle./Alice se parle (à elle-même).
• pronoms personnels de fonction complément dobjet direct : le, la, les dans
des emplois du type : Alice le/la/les voit.
• pronoms personnels de fonction complément dobjet indirect : lui11 , leur dans
des emplois du type : Alice lui/leur parle.
Pronoms Pronoms Pronoms
personnels personnels personnels
sujets COD COI
je me me
tu te te
il, elle le, la lui
nous nous nous
vous vous vous
les leur
ils, elles, on
se se
Remarque : le pronom on est un pronom indéfini qui peut être employé à la place
dun pronom personnel sujet (Nous y allons ➨ On y va).
10 Le pronom elle(s) semploie également comme forme disjointe (Cest à elle que je parle).
11 Le pronom lui semploie également comme forme disjointe (Cest à lui que je parle).
p. 41
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Emploi des pronoms personnels
Pronom personnels sujets : Je veux venir.
Pronoms personnels COD : Ma mère me regarde.
Pronoms personnels COI : Ma mère me parle.
Remarque : les formes dites « disjointes », qui peuvent être employées après une
préposition (moi, toi, soi, lui, eux), sont abordées en II.3.4.1, ainsi que les pro-
noms adverbiaux en et y (Elle en parle12 ; Elle y pense).
Le pronom personnel semploie ou bien pour représenter un acteur de linter-
locution ( je, tu, nous, vous et on lorsquil est employé comme équivalent de
nous) ou bien comme substitut dun groupe nominal (GN), qui est nommé « anté-
cédent » du pronom personnel (Alice voit une maison ➨ Alice la voit : le pronom
la a pour antécédent le GN une maison). Il est donc préférable, dans ce dernier
cas, de considérer que le pronom tient lieu dun GN plutôt que de considérer quil
« remplace un nom ».
HISTOIRE DE LA LANGUE Le pronom indéfini on et le nom commun homme
tirent leur origine du même nom latin. On provient en effet du nominatif homo,
tandis que homme procède de laccusatif hominem. Homo, hominis, nom
masculin ou féminin, désignait en latin « lêtre humain » et pouvait indifférem-
ment désigner « lhomme » ou « la femme ». Le mot va ensuite se spécialiser dans
le sens d« être humain de sexe masculin ». Cf. aussi ci-dessous II.3.4.4.
NOTIONS GRAMMATICALES PRONOM PERSONNEL ANTÉCÉDENT
12 À distinguer de la préposition en dans des constructions du type Elle travaille en Espagne.
p. 42
Les structures élémentaires I
La conjonction 3.7
La conjonction est un mot invariable. Deux types de conjonctions doivent être
distingués : la conjonction de coordination et la conjonction de subordination.
La conjonction de coordination 3.7.1
La conjonction de coordination est un mot invariable reliant entre eux des
mots (Pierre et Marie), des groupes de mots (la directrice de lentreprise et
la responsable du recrutement) et des propositions (Elle ne sait pas lire mais
elle regarde les images) de même fonction et souvent de même nature13 .
Conjonctions de coordination
mais, ou, et, or, ni, car
Remarque : le mot donc gagne à être considéré comme un adverbe, au même
titre que pourtant, cependant, etc. Il peut en effet apparaître dans des posi-
tions impossibles pour les conjonctions de coordination (par exemple, en fin
de phrase : « Tu pars, donc. ». Voir aussi II.3.7.1.).
NOTION GRAMMATICALE CONJONCTION DE COORDINATION
La conjonction de subordination 3.7.2
La conjonction de subordination est un mot invariable qui permet à une pro-
position subordonnée dêtre incluse dans la proposition dite « principale » (Elle
travaille quand il fait jour). Les conjonctions de subordination peuvent exprimer
le temps (quand, lorsque, dès que), la cause (parce que, sous prétexte que), etc.
NOTION GRAMMATICALE CONJONCTION DE SUBORDINATION
13 Cette seconde condition nest pas toujours vérifiée : Jaime le son de sa voix et comme
elle argumente.
p. 43
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
4 Le lexique
Létude du lexique est limitée dans cette première partie à lanalyse
ponctuelle des principaux types de formation des mots, à lexamen
de relations entre mots ou entre différents sens dun même mot.
4.1 La formation des mots
(morphologie lexicale)
On distingue les mots simples et les mots complexes. Les mots simples com-
prennent un seul morphème lexical et ne comportent ni préfixe, ni suffixe (souris,
table, maison), tandis que les mots complexes contiennent plusieurs mor-
phèmes (soit deux morphèmes lexicaux, soit un morphème lexical et un ou
plusieurs préfixes ou suffixes). Les mots complexes peuvent eux-mêmes être
divisés en trois catégories :
• les mots dérivés (un morphème lexical et au moins un préfixe ou un suffixe) :
dérivés par préfixation (refaire, impossible) ;
dérivés par suffixation (embarquement, national) ;
• les mots composés (deux morphèmes lexicaux. Par exemple, portefeuille,
chou-fleur, pomme de terre).
Mots simples et mots complexes
Mots simples
faire, nation, pomme, terre, rouge, gorge
Mots complexes
Mots dérivés par préfixation : refaire
Mots dérivés par suffixation : national
Mots composés : rouge-gorge, pomme de terre
NOTIONS GRAMMATICALES
MOT SIMPLE MOT COMPLEXE MOT DÉRIVÉ PAR PRÉFIXATION
MOT DÉRIVÉ PAR SUFFIXATION MOT COMPOSÉ
p. 44
Les structures élémentaires I
Les mots dérivés : préfixes et suffixes 4.1.1
Les mots dérivés sont formés de deux types déléments : à un radical porteur
du sens principal et souvent susceptible dun usage autonome, sajoutent un ou
plusieurs éléments non autonomes qui viennent modifier le sens du dérivé ainsi
formé. Les éléments ajoutés sont les préfixes et les suffixes.
Les éléments placés avant le radical sont les préfixes, ceux placés après le radi-
cal sont les suffixes. Les préfixes ne modifient pas la classe grammaticale de la
base (faire [V] ➨ défaire [V]). Les suffixes peuvent en revanche changer la classe
grammaticale de la base (président [N] ➨ présidentiel [Adj.]).
Ainsi ladjectif utile précédé du préfixe in-, non autonome, devient ladjectif
inutile. Le nom président, quand il est augmenté du suffixe -iel, non autonome,
change de classe grammaticale pour devenir ladjectif présidentiel.
Un mot peut connaître plusieurs dérivations : intolérable est un dérivé à partir
du radical tolérer par suffixation (tolérable), puis par préfixation (intolérable).
Mots dérivés : les préfixes et les suffixes
Mots formés à laide dun préfixe
capable ➨ incapable
porter ➨ importer
Mots formés à laide dun suffixe
président ➨ présidentiel
Mots formés à laide dun préfixe et dun suffixe
tolérer ➨ intolérable
Remarque : les marques de genre (-e dans président ➨ présidente), de nombre
(-s dans présidente ➨ présidentes), de temps, de mode et de personne (-ait dans
elle marchait ; -er dans marcher) ne sont pas des suffixes mais des morphèmes
flexionnels (voir II.4.1).
NOTIONS GRAMMATICALES RADICAL PRÉFIXE SUFFIXE
p. 45
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
4.1.2 Les mots composés
Les mots composés sont des mots complexes formés de deux unités lexicales (ou
mots, au sens graphique) qui sont susceptibles dun usage autonome et qui sont
ou bien soudées graphiquement (portefeuille) ou bien unies par un trait dunion
(porte-clés, poisson-chat) ou enfin simplement juxtaposées (pomme de terre,
château fort). Ainsi les deux éléments formant le nom composé poisson-chat
sont susceptibles dune utilisation indépendante (Le poisson est dans leau
et le chat essaie de lattraper).
Les mots composés : quelques formations courantes
[nom + nom] : poisson-chat, porte-fenêtre
[nom + préposition + nom] : pomme de terre
[nom + adjectif] : coffre-fort, château fort
[adjectif + nom] : rouge-gorge
[verbe + nom] : portefeuille, porte-clés
[adjectif + adjectif] : aigre-doux
[adverbe + adjectif] : tout-puissant
[préposition + nom] : avant-projet
[préposition + verbe] : sous-entendre
NOTION GRAMMATICALE MOT COMPOSÉ
p. 46
Les structures élémentaires I
Les relations entre les mots 4.2
(sémantique lexicale)
Après avoir examiné la formation des mots, dont létude relève de la morphologie
lexicale, on adoptera le point de vue de la sémantique lexicale, qui sintéresse
aux relations de sens entre les mots et aux relations entre les différents sens
dun même mot.
Les familles de mots 4.2.1
Une famille de mots est un ensemble de mots ayant en commun un même radical.
Famille de mots
Les mots cœur, cardiaque, cordial, cordialité, cordialement
sont de la même famille parce quils ont en commun un radical
issu des formes latine (cœur, cordial, cordialité)
ou grecque (cardiaque) du mot cœur.
HISTOIRE DE LA LANGUE La connaissance des familles de mots repose évi-
demment sur des connaissances étymologiques. Par exemple, la connais-
sance de létymon latin cor, cordis (cœur) est utile à létablissement de la
famille du mot cœur.
NOTION GRAMMATICALE FAMILLE DE MOTS
p. 47
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
4.2.2 Le champ lexical
Le terme « champ lexical » est utilisé pour désigner un ensemble de mots qui,
dans un texte, se rapportent à un même thème, à une même notion.
Champ lexical
Champ lexical de la nature : prairie, herbe, forêt,
branche, feuille, bouleau, nid, oiseau, etc.
Champ lexical de la navigation : hommes déquipage,
mer, navire, aviron, tempête, etc.
NOTION GRAMMATICALE CHAMP LEXICAL
4.2.3 La synonymie et lantonymie
La synonymie et lantonymie sont des relations entre les mots fondées sur
leur sens. Les mots dont les sens sont proches et qui peuvent, dans certains
contextes, être interchangeables, sont des synonymes.
Synonymie
Les enfants jouent/les enfants samusent
(jouer et samuser sont ici synonymes)
Elle sest dissimulée derrière une porte/Elle sest cachée derrière
une porte (se dissimuler et se cacher sont ici synonymes)
Une assurance logement/une assurance habitation
(logement et habitation sont ici synonymes)
La synonymie est relative à un contexte. Par exemple, jouer ne se substitue plus
à samuser dans Elles jouent aux cartes.
On notera par ailleurs que des synonymes peuvent également se distinguer
en termes de registres de langue (livre/bouquin, voiture/bagnole). On dis-
tingue généralement trois registres de langue : un registre familier (canasson),
un registre courant (cheval), un registre soutenu (destrier).
p. 48
Les structures élémentaires I
La synonymie est usuellement distinguée de lantonymie : les mots de sens simi-
laires sont des synonymes et, inversement, les mots qui ont des sens opposés
sont des antonymes.
Remarque : le registre de langue peut aussi être nommé dans lusage scolaire
« niveau de langue ».
Antonymie
vivant/mort ; mâle/femelle
chaud/froid ; grand/petit ; riche/pauvre
NOTIONS GRAMMATICALES
SYNONYMIE SYNONYME REGISTRE DE LANGUE
ANTONYMIE ANTONYME
Lhomonymie 4.2.4
Lhomonymie est une relation entre des mots de significations différentes fondée
sur lidentité de leur forme, orale ou écrite. Les homonymes sont rangés en
deux catégories.
• Ils peuvent être des mots qui sécrivent de la même façon mais nont pas le
même sens (la mousse des arbres, le mousse du bateau). On les nomme
« homonymes homographes ». Parfois, les homonymes homographes nont
pas la même prononciation (les fils de mon frère, les fils de laine).
• Ils peuvent aussi être des mots qui se prononcent de la même façon mais
sécrivent de façon différente et nont pas le même sens (vers, vert, verre).
On les nomme « homonymes homophones ».
Les homonymes
Homonymes homographes : la mousse des arbres,
le mousse du bateau ; les fils de mon frère, les fils de laine.
Homonymes homophones : un compte en banque,
les contes de Charles Perrault, le comte et la comtesse.
NOTIONS GRAMMATICALES HOMONYME HOMOPHONE HOMONYME HOMOGRAPHE
p. 49
I La grammaire du français • Terminologie grammaticale
4.3 Les relations entre les différents
sens dun même mot : la polysémie
(sémantique lexicale)
La polysémie désigne le fait quun mot soit pourvu de plusieurs sens différents
mais qui présentent une certaine similarité. Ainsi, une souris peut notam-
ment désigner un petit mammifère rongeur (cest le sens premier du mot), mais
il désigne aussi aujourdhui un élément dun ordinateur, par analogie avec
la forme de la souris (corps + queue).
La polysémie ne concerne pas seulement les noms mais toutes les classes
de mots, dont notamment les verbes (Une tuile est tombée du toit. La nuit
tombe de bonne heure).
Remarque : la polysémie dun mot est parfois nommée « champ sémantique ».
Polysémie
souris
sens premier : « rongeur » ;
autre sens : « souris dordinateur » ;
fleur
sens premier : « partie de végétal » ;
autres sens : « la fleur de lâge », « faire une fleur à quelquun ».
HISTOIRE DE LA LANGUE Tous les sens dun mot ne sont pas apparus en
même temps et certains mots peuvent gagner ou perdre des sens au cours
de leur histoire. De même que les mots souris ou bureau ont vu leur poly-
sémie saccroître avec le développement du vocabulaire de linformatique,
le mot ami a désormais intégré dans beaucoup de dictionnaires le sens « ami
sur un réseau social ».
NOTIONS GRAMMATICALES POLYSÉMIE SENS PREMIER
p. 50
niveau II
Le système
de la langue
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
1 Phrase simple
et phrase complexe
La phrase se définit à la fois dun point de vue graphique, comme suite de
mots qui commence par une majuscule et se termine par une ponctua-
tion forte (point final, point dinterrogation, point dexclamation, points
de suspension), et, du point de vue de sa construction, comme suite
de mots décomposable en un groupe sujet (GS), un groupe verbal (GV)
et, éventuellement, un groupe circonstanciel (GC) : P = [GS + GV] (+ GC).
La phrase simple est formée dune seule proposition tandis que la phrase com-
plexe est formée de plusieurs propositions.
Deux principaux types de phrases complexes doivent être distingués :
• la phrase complexe par subordination, dans laquelle une proposition subor-
donnée est incluse dans la proposition principale ;
• la phrase complexe par coordination ou juxtaposition, qui est formée de deux
propositions situées sur le même plan et reliées par une conjonction de coor-
dination ou par un signe de ponctuation.
1.1 La subordination
Létude de la subordination consiste essentiellement en létude des propositions
subordonnées. Une proposition subordonnée se définit comme une proposition
incluse dans une autre proposition, dite « principale » et dépendant de celle-ci14 .
En français, la subordination requiert généralement la présence dun mot
subordonnant (conjonction de subordination ou pronom relatif) 15 . Il existe tou-
tefois trois cas de subordination sans conjonction : la proposition subordonnée
infinitive (Jentends loiseau chanter), la proposition subordonnée participiale
(Le chat parti, les souris dansent) et la proposition subordonnée interrogative
partielle (Je me demande qui chante) 16 .
14 La subordonnée dépend de la principale au sens où elle tient lieu dun constituant de la principale.
Par exemple, comme on le verra plus loin, la proposition subordonnée conjonctive peut occuper la position
du COD dans le GV de la principale (Je crois quil va faire beau/Je crois cela), la proposition subordonnée
relative adjective peut occuper la fonction dépithète dans un GN de la principale (Un sportif qui est fatigué
doit se reposer/Un sportif fatigué doit se reposer), etc.
15 Ce nest pas le cas dans toutes les langues. Par exemple, en anglais, la présence du mot
subordonnant nest pas aussi indispensable quen français : I hope you will come back (« Jespère
que tu reviendras ») se rencontre aussi bien que I hope that you will come back (avec la conjonction
de subordination that). Léquivalent français de cette construction se trouve aussi en français,
mais uniquement à loral et dans un registre très relâché : Jespère il reviendra.
16 Dans Je me demande qui chante, le mot qui nest pas un mot subordonnant puisquon le trouve
aussi bien en labsence de subordination, dans linterrogation directe Qui chante ? Voir II.1.5.3. Le cas
de la juxtaposition à valeur subordonnante est examiné plus bas, au II.1.6.
p. 52
Le système de la langue II
Quatre grands types de propositions subordonnées peuvent être distingués :
• les propositions subordonnées complétives ;
• les propositions subordonnées circonstancielles ;
• les propositions subordonnées relatives ;
• les propositions subordonnées sans conjonction de subordination.
Ces types de subordonnées se distinguent dabord en fonction de la présence
ou de labsence dun mot subordonnant : les propositions subordonnées com-
plétives, circonstancielles et relatives se distinguent des autres en raison du fait
quelles sont introduites par un mot subordonnant. Elles se distinguent ensuite
selon les propriétés de ce mot subordonnant :
• dans les propositions subordonnées complétives, le mot subordonnant est
une conjonction de subordination qui joue un rôle de pur outil grammatical
(que dans Je crois quil va faire beau ou si dans Je me demande sil va faire
beau) napportant aucune information spécifique sur la relation entre la pro-
position subordonnée et la proposition principale ;
• dans les propositions subordonnées circonstancielles, le mot subordonnant
est également une conjonction de subordination, mais qui nest pas seule-
ment un outil grammatical de subordination parce quil apporte en outre des
informations sur la relation entre la proposition subordonnée et la propo-
sition principale. Par exemple, quand indique que cette relation est de nature
temporelle (Je sortirai quand tu auras fini : la conjonction de subordination
quand indique une relation temporelle entre tu auras fini et je sortirai),
parce que indique que cette relation est de nature causale (Je sors parce
que jai envie de prendre lair : avoir envie de prendre lair est la cause de
je sors), etc. ;
• dans les propositions subordonnées relatives, le mot subordonnant joue non
seulement un rôle doutil de subordination mais aussi un autre rôle, pronomi-
nal. Cest ce qui justifie que cet outil de subordination soit nommé « pronom ».
Le pronom relatif joue donc simultanément deux rôles : celui dun outil subor-
donnant (au même titre que les conjonctions de subordination) et celui dun
pronom. Par exemple, dans Lhomme que tu as vu est un ami, le pronom
relatif que joue un rôle subordonnant (comme dans une proposition subor-
donnée complétive), mais il joue également un rôle de pronom, qui a un anté-
cédent (lhomme) et une fonction (COD de voir ; littéralement : tu as vu QUE
(= lhomme) ). En revanche, dans une proposition subordonnée complétive
ou circonstancielle, la conjonction de subordination na pas de fonction : elle
est limitée à un pur et simple rôle doutil subordonnant, éventuellement por-
teur, dans le cas des circonstancielles, dinformations sur la relation entre la
subordonnée et la principale.
p. 53
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Les types de propositions subordonnées
Propositions subordonnées introduites par un mot subordonnant
• Le mot subordonnant est un pur outil grammatical ;
il na pas de fonction dans la subordonnée :
propositions subordonnées complétives
- conjonction de subordination que :
proposition subordonnée conjonctive
Je crois quil va faire beau.
- conjonction de subordination si :
proposition subordonnée interrogative totale
Je me demande sil va faire beau.
• Le mot subordonnant est une conjonction de subordination indiquant
la relation de la principale à la subordonnée ; il na pas de fonction dans
la subordonnée :
propositions subordonnées circonstancielles
Je sortirai quand tu auras fini.
Je sors parce que jai envie de prendre lair.
• Le mot subordonnant est un pronom relatif, jouant à la fois
un rôle subordonnant et un rôle pronominal ; il a une fonction
dans la subordonnée :
propositions subordonnées relatives
Lhomme que tu as vu est un ami.
Lhomme qui te parlait est un ami.
Propositions subordonnées sans mot subordonnant
Proposition subordonnée infinitive
Jentends loiseau chanter.
Proposition subordonnée participiale
Le chat parti, les souris dansent.
Proposition subordonnée interrogative partielle
Je me demande qui chante.
Remarque : la proposition subordonnée inclut le mot subordonnant. Par exemple,
dans Je crois quil va faire beau, la proposition subordonnée conjonctive est
quil va faire beau. Mais la structure de phrase (de type P = GS + GV (+GC)) que
contient cette proposition subordonnée est il va faire beau (GS = il ; GV = va faire
beau). Par conséquent, cette structure de phrase incluse dans la proposition
subordonnée ne contient pas le mot subordonnant que. Quant à la délimitation
de la proposition principale, la tradition scolaire la fait parfois apparaître par
effacement de la subordonnée. Par exemple, dans Je crois quil va faire beau,
la proposition principale serait Je crois. Mais Je crois nest pas une phrase com-
plète car croire exige (sauf à changer de sens) un complément dobjet. Il serait
donc plus juste de considérer que, dans cette phrase, la proposition principale
est Je crois X, où X indique un complément dobjet indéterminé. On comprend
mieux ainsi en quoi consiste le phénomène de subordination : il consiste en lin-
clusion dune phrase P2 (il va faire beau) dans une phrase P1 (Je crois X ) au
p. 54
Le système de la langue II
moyen dun outil de subordination (la conjonction de subordination que) et dans
une certaine position (ici à la place du COD de croire, notée par X). La phrase P1
est nommée « proposition principale », la phrase P2 précédée de loutil de subor-
dination est nommée « proposition subordonnée » et lensemble formé par P1 et
P2 est une phrase, au sens graphique du terme.
Lexposé ci-dessous présentera dabord les propositions subordonnées intro-
duites par un mot subordonnant (1.2, 1.3 et 1.4) puis les propositions subor-
données sans mot subordonnant (1.5).
Les propositions subordonnées 1.2
complétives
Les propositions subordonnées complétives17 sont équivalentes à des groupes
nominaux (Je souhaite quelle réussisse = Je souhaite sa réussite). Elles ont
donc des fonctions de groupes nominaux (GN) et, très souvent, la fonction
complément dobjet direct (COD). Elles sont introduites par une conjonction de
subordination dont le rôle est celui dun pur outil de subordination.
Deux types de propositions subordonnées complétives peuvent être distin-
guées : la proposition subordonnée conjonctive, introduite par la conjonction de
subordination que et la proposition subordonnée interrogative totale introduite
par la conjonction de subordination si.
La proposition subordonnée conjonctive 1.2.1
La proposition subordonnée conjonctive est introduite par la conjonction de
subordination que. Elle peut avoir les fonctions suivantes :
Fonctions de la proposition subordonnée conjonctive
Sujet : Quelle nait pas compris me surprend.
Attribut du sujet : Mon souhait est que vous réussissiez.
COD : Je crois que vous avez raison.
Complément du verbe impersonnel : Il faut que tu partes.
Complément du nom : La crainte quelle parte menvahit.
Apposition : Je ne souhaite quune chose : que vous réussissiez.
17 Compte tenu de la définition adoptée, la dénomination « complétive » ne signifie pas
que ces subordonnées ont nécessairement une fonction de complément.
p. 55
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin possédait des propositions subordonnées
conjonctives complétives introduites par quod + indicatif ou par ut + subjonctif.
Les propositions introduites par quod pouvaient être sujet, attribut du sujet ou
apposées à un pronom neutre. Les propositions introduites par ut étaient la
plupart du temps COD. Dun point de vue fonctionnel, les structures latines, où
une proposition subordonnée conjonctive complétive peut remplir différentes
fonctions syntaxiques, se retrouvent donc en français. Toutefois, les conjonc-
tions de subordination quod et ut ont été en français remplacées par quia,
initialement conjonction de subordination de cause (« parce que »), qui a évolué
en qui puis en que. La structure la plus usitée, du type Je crois que vous avez
raison (où la proposition subordonnée est de fonction COD), était en latin ren-
due, non par une subordonnée complétive, mais par une subordonnée infinitive.
NOTION GRAMMATICALE PROPOSITION SUBORDONNÉE CONJONCTIVE
1.2.2 La proposition subordonnée
interrogative totale
La proposition subordonnée interrogative totale est introduite par la conjonction de
subordination si. Elle constitue une interrogation totale, cest-à-dire qui porte sur
lensemble de la phrase, et à laquelle il est possible de répondre par « oui » ou par
« non » (voir plus loin le chapitre consacré à linterrogation). Puisquil sagit dune
proposition subordonnée, elle constitue également une interrogation indirecte.
Ainsi, dans la phrase Je me demande sil fera beau, la proposition subordonnée
interrogative sil fera beau équivaut à linterrogation directe Fera-t-il beau ?, ques-
tion à laquelle il est possible de répondre par « oui » ou par « non ».
La proposition subordonnée interrogative totale est le plus souvent de fonction
COD : dans Je me demande sil fera beau la proposition subordonnée sil fera
beau est COD de demander.
HISTOIRE DE LA LANGUE Les propositions subordonnées interrogatives
totales du latin fonctionnaient comme celles du français à deux exceptions
près : les particules interrogatives utilisées (-ne, num, nonne, an) servaient
à la fois pour linterrogation directe et linterrogation indirecte ; le mode
employé était systématiquement le subjonctif. Le français a remplacé les
conjonctions de subordination latines par si (du latin si), substitution qui
sobserve déjà dans les textes latins tardifs.
NOTION GRAMMATICALE
PROPOSITION SUBORDONNÉE INTERROGATIVE TOTALE
p. 56
Le système de la langue II
Les propositions subordonnées 1.3
circonstancielles
Les propositions subordonnées circonstancielles sont introduites par une
conjonction de subordination, qui joue un rôle doutil de subordination mais qui,
en outre, indique par son sens la relation quentretient la subordonnée avec la
principale. Elles ont toujours, comme lindique leur nom, la fonction complément
circonstanciel. On peut les classer selon le sens de la conjonction de subordina-
tion, bien que ce classement soit nécessairement partiel en raison de la variété
très grande des relations sémantiques concevables entre la proposition prin-
cipale et la proposition subordonnée.
Les propositions subordonnées circonstancielles
Proposition subordonnée circonstancielle de temps
(conjonctions quand, lorsque, après que, etc.) :
Quand vous aurez fini, vous me préviendrez.
Proposition subordonnée circonstancielle de cause
(conjonctions parce que, puisque, etc.) :
La rivière ne coule plus parce que lété a été très sec.
Proposition subordonnée circonstancielle de conséquence
(conjonctions si bien que, au point que, etc.) :
Lété a été très sec, si bien que la rivière ne coule plus.
Proposition subordonnée circonstancielle de but
(conjonctions pour que, afin que, de peur que, etc.) :
Je vous lai donné pour que vous lutilisiez.
Proposition subordonnée circonstancielle dhypothèse
(conjonction si principalement) :
Si vous venez, nous irons à la plage.
Proposition subordonnée circonstancielle de concession
(conjonctions bien que, quoique, encore que, etc.) :
Je déménagerai demain, bien que la maison ne soit pas achevée.
Proposition subordonnée circonstancielle de comparaison
(conjonctions comme, ainsi que, de même que, etc.) :
Alice sen alla comme elle était venue.
Proposition subordonnée circonstancielle
de comparaison hypothétique (conjonction comme si) :
Je la connais comme si je lavais toujours côtoyée.
p. 57
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Dans certains cas, la subordonnée est liée à la principale non seulement par
la conjonction de subordination mais aussi par un mot qui, dans la principale,
annonce la subordonnée. On parle dans ce cas de proposition subordonnée
« corrélative » (ou, pour désigner lensemble formé par la principale et la subordon-
née, de « système corrélatif »). Ce type de construction se rencontre notamment :
• dans les propositions circonstancielles consécutives : Il a tant plu que la
rivière a débordé. Cette phrase équivaut à Il a beaucoup plu, si bien que
la rivière a débordé. Mais, à la différence de la subordonnée consécutive
sans corrélation, la proposition subordonnée corrélative est annoncée dans
la principale par tant.
• dans les propositions circonstancielles comparatives : Elle est aussi intelli-
gente que sa mère létait contient une proposition subordonnée compara-
tive corrélative, équivalente à la proposition subordonnée comparative sans
corrélation Elle est intelligente comme sa mère létait.
• dans les propositions subordonnées causales : Elle est dautant plus déçue
quelle avait beaucoup travaillé contient une proposition subordonnée cau-
sale corrélative qui équivaut à la proposition subordonnée causale sans
corrélation Elle est déçue parce quelle avait beaucoup travaillé.
La notion de corrélation indique que, dans le cas où une phrase comporte un
système corrélatif, la proposition principale perd son autonomie par rapport
à la subordonnée. Par exemple, dans la phrase Elle est aussi intelligente que
sa mère létait la principale *Elle est aussi intelligente nest pas une phrase
autonome, à la différence de Elle est intelligente dans la construction non corré-
lative Elle est intelligente comme sa mère létait.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin possédait, dun point de vue sémantique,
les mêmes propositions subordonnées circonstancielles que celles que lon
observe en français. Dun point de vue fonctionnel, lon relève en revanche
deux différences majeures : le latin usait plus volontiers que le français
du subjonctif qui, en latin, était par exemple systématique dans les propo-
sitions subordonnées de conséquence et de condition ; le français a renou-
velé la quasi-totalité des conjonctions de subordination latines, leur préférant
généralement des conjonctions majoritairement composées dun premier
mot et de la conjonction que (par exemple : bien que).
NOTION GRAMMATICALE
PROPOSITION SUBORDONNÉE CIRCONSTANCIELLE (TEMPS, CAUSE, CONSÉQUENCE,
BUT, HYPOTHÈSE, CONCESSION, COMPARAISON, COMPARAISON HYPOTHÉTIQUE)
p. 58
Le système de la langue II
Les propositions 1.4
subordonnées relatives
Les propositions subordonnées relatives présentent cette particularité dêtre
introduites par un pronom relatif. Ce pronom a un antécédent dans la proposition
où sinsère la proposition subordonnée relative (sauf dans le cas des relatives
substantives, voir II.1.4.2) et une fonction dans celle-ci. À la différence des pro-
positions subordonnées complétives et circonstancielles, pour lesquelles une
seule fonction est impliquée (celle de la subordonnée, puisque la conjonction de
subordination na pas de fonction), lanalyse de la proposition subordonnée relative
requiert lidentification de deux fonctions : la fonction de la proposition subordon-
née relative et la fonction du pronom relatif. Par exemple, dans la phrase La femme
que tu as vue est une amie, la proposition subordonnée relative que tu as vue est
de fonction épithète du nom femme et le pronom relatif de fonction COD de voir.
Deux principaux types de propositions subordonnées relatives doivent être
distingués selon les fonctions quelles peuvent avoir. Les propositions subor-
données relatives adjectives ont des fonctions adjectivales (épithète, apposition),
tandis que les propositions subordonnées substantives ont des fonctions nomi-
nales (sujet, COD, etc.).
Les propositions subordonnées 1.4.1
relatives adjectives
Les deux principales fonctions des propositions subordonnées relatives adjec-
tives sont la fonction épithète et la fonction apposition.
Au plan sémantique, la proposition subordonnée
relative adjective de fonction épithète permet,
généralement, de construire un sous-ensemble Élèves
à partir du nom antécédent du pronom relatif. Par Élèves qui avaient
exemple, dans la phrase Les élèves qui avaient bien révisé
bien révisé ont obtenu dexcellentes notes,
la relative qui avaient bien révisé construit un
sous-ensemble de lensemble des élèves.
En revanche, la subordonnée relative adjective
apposée ne permet pas de construire un sous-en- Élèves
semble et laisse inchangé lensemble désigné par Élèves = qui avaient
le nom. Cest pourquoi, à la différence de la subor- bien révisé
donnée relative adjective épithète, on peut la sup-
primer sans changer le sens de la phrase. Ainsi,
p. 59
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
la phrase Les élèves, qui avaient bien révisé, ont obtenu dexcellentes notes
présuppose, en raison des virgules qui encadrent la relative et lui donnent la
fonction dapposition, que tous les élèves avaient bien révisé.
Quelles soient de fonction épithète ou apposée, les propositions subordonnées
relatives se caractérisent également par la fonction du pronom relatif qui les
introduit.
Fonctions du pronom relatif
dans la proposition subordonnée relative adjective
Pronom relatif de fonction sujet
Lhomme qui te parlait est un ami.
Pronom relatif de fonction COD
Lhomme que tu as vu est un ami.
Pronom relatif de fonction COI
Lhomme à qui tu parlais est un ami ;
lhomme à qui tu as donné ce livre est un ami ;
lhomme dont tu parlais est un ami ;
lhomme auquel tu parlais est un ami ;
la ville où tu vas est toute proche.
Pronom relatif de fonction complément du nom
Jai aimé le livre dont cet homme est lauteur.
Pronom relatif de fonction complément circonstanciel
La ville où je suis né est près dici.
1.4.2 Les propositions subordonnées
relatives substantives
Les propositions subordonnées relatives substantives présentent deux carac-
téristiques :
• elles ont des fonctions nominales (sujet, COD, COI, etc.) ;
• le pronom relatif qui les introduit na pas un nom comme antécédent mais il
renvoie à un ensemble indéterminé, et saccompagne parfois dun pronom
démonstratif dont il est solidaire.
Par exemple, dans le proverbe Qui veut voyager loin ménage sa monture, la
proposition subordonnée relative substantive qui veut voyager loin est de fonc-
tion sujet de ménage et le pronom relatif qui renvoie à un être animé quelconque
p. 60
Le système de la langue II
ou indéterminé. On remarquera que le sens de la phrase est maintenu lorsque
le pronom relatif est précédé dun pronom démonstratif : Celui qui veut voyager
loin ménage sa monture. Les deux phrases peuvent donc être traitées de la
même façon, comme des relatives substantives.
Les propositions subordonnées relatives substantives sont des équivalents de
GN et peuvent, par conséquent, avoir les fonctions du GN.
Fonctions des propositions relatives substantives
Proposition subordonnée relative substantive de fonction sujet
Qui veut voyager loin ménage sa monture ; celui qui veut voyager
loin ménage sa monture.
Proposition subordonnée relative substantive de fonction COD
Jaime qui maime ; jaime celui qui maime.
Proposition subordonnée relative substantive de fonction COI
Donne-le à qui tu voudras ; donne-le à celui/celle que tu voudras.
Proposition subordonnée relative substantive de fonction attribut
Je ne suis pas qui vous croyez ; je ne suis pas celui que vous croyez.
Dune manière générale, lanalyse dune relative requiert donc :
• sa délimitation ;
• lidentification de sa fonction ;
• lidentification du pronom relatif et de son antécédent ;
• lidentification de la fonction du pronom relatif.
HISTOIRE DE LA LANGUE Les propositions subordonnées relatives latines,
majoritairement introduites par le relatif qui, quae, quod, fonctionnaient
globalement comme en français et étaient au mode indicatif. Lon peut par
exemple citer le cas des relatives substantives du type Qui bene amat bene
castigat (Qui aime bien châtie bien). Par ailleurs, les propositions relatives
au subjonctif, très fréquentes, sont, en latin, porteuses dune valeur circons-
tancielle (Nemo est qui uelit uenire. Il ny a personne qui veuille venir) qui
se retrouve aussi en français.
NOTIONS GRAMMATICALES
PROPOSITIONS SUBORDONNÉES RELATIVES
PROPOSITIONS SUBORDONNÉES RELATIVES ADJECTIVES
PROPOSITIONS SUBORDONNÉES RELATIVES SUBSTANTIVES
p. 61
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
1.5 Les subordonnées sans
conjonction de subordination
Trois types de subordonnées se construisent sans aucun outil de subordination :
la proposition subordonnée infinitive, la proposition subordonnée participiale et
la proposition subordonnée interrogative partielle.
1.5.1 La proposition subordonnée infinitive
La proposition subordonnée infinitive est un groupe infinitif (GInf) qui comporte
un sujet propre, cest-à-dire distinct du sujet de la proposition principale. Dans
la phrase Jentends loiseau chanter, le sujet de la proposition principale est le
pronom personnel J(e) (sujet de entendre) et le sujet de la proposition subordon-
née infinitive est le GN loiseau (sujet de chanter). En revanche, dans la phrase
Jaimerais partir en vacances les verbes aimer et partir ont le même sujet :
le pronom personnel J(e). Par conséquent, partir en vacances nest pas une
proposition infinitive dans cette phrase, mais un groupe infinitif de fonction COD
de aimer.
Remarque : considérer que, dans la phrase précédente, loiseau est le sujet de
chanter est une simplification, qui nest valide quà condition dentendre « sujet »
au sens sémantique dagent (celui qui fait laction). En effet, la pronominalisation
fait apparaître que loiseau a une fonction de COD : jentends loiseau chanter
➨ je lentends chanter (et non pas *jentends il chanter, ce qui serait le cas si
loiseau avait un statut syntaxique de sujet).
La proposition infinitive apparaît principalement après des verbes de perception
(voir, entendre, sentir, etc.). Elle est léquivalent syntaxique dun GN et occupe la
fonction COD du verbe de la proposition principale. Elle est parfois léquivalent
dune complétive : Jentends loiseau chanter = Jentends que loiseau chante.
HISTOIRE DE LA LANGUE La proposition subordonnée infinitive constituait en
latin la structure par excellence de la subordination. Elle nentretient cepen-
dant aucun rapport avec son équivalent sémantique français car une struc-
ture du type Je lentends chanter était rendue en latin par une proposition
subordonnée participiale (Audio eum cantantem). Léquivalent fonctionnel
de la subordonnée infinitive latine (Credo te esse beatum) est, en français,
la subordonnée complétive introduite par que (Je crois que tu es heureux).
NOTION GRAMMATICALE PROPOSITION SUBORDONNÉE INFINITIVE
p. 62
Le système de la langue II
La proposition subordonnée participiale 1.5.2
La proposition subordonnée participiale requiert également un sujet (ou un
agent) distinct de celui de la proposition principale. Le verbe de la proposition
participiale peut être conjugué au participe présent ou au participe passé.
Propositions subordonnées participiales
Proposition subordonnée participiale au participe présent
Le temps saméliorant, ils décidèrent de sortir.
Proposition subordonnée participiale au participe passé
Le chat parti, les souris dansent.
La proposition subordonnée participiale est de fonction complément circons-
tanciel. Ainsi, dans la phrase Le temps saméliorant, ils décidèrent de sortir,
la participiale équivaut à une proposition subordonnée circonstancielle causale
(Puisque le temps saméliore, ils décident de sortir) et dans la phrase Le chat
parti, les souris dansent, la participiale équivaut à une proposition subordon-
née circonstancielle temporelle (Quand le chat est parti, les souris dansent) ou
causale (Puisque le chat est parti, les souris dansent).
HISTOIRE DE LA LANGUE Lablatif absolu, doté dun sujet propre et dun attri-
but du sujet (Cicerone consule, Cicéron étant consul) ou dun participe
(His uerbis dictis, Ces paroles ayant été prononcées), était, en latin, lun des
équivalents fonctionnels de la proposition participiale française.
NOTION GRAMMATICALE PROPOSITION SUBORDONNÉE PARTICIPIALE
La proposition subordonnée 1.5.3
interrogative partielle
La proposition subordonnée interrogative partielle est une interrogation indi-
recte, puisquil sagit dune subordonnée, et qui porte non pas sur lensemble
de la phrase (comme dans le cas de linterrogation totale) mais sur un de ses
constituants. Par exemple, dans la phrase Je demande à qui ce livre appar-
tient, linterrogation porte sur le COI de appartenir. En effet, le verbe appar-
tenir se construit avec un COI (X appartient à Y) et linterrogation porte bien sur
p. 63
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
la personne (Y) à laquelle appartient le livre (X). En outre, on remarquera que
à qui nest pas un outil subordonnant puisque cet élément est maintenu dans
linterrogation directe : À qui appartient ce livre ?
La proposition subordonnée interrogative partielle est léquivalent syntaxique
dun GN et peut avoir une fonction sujet ou COD :
• sujet : Comment cela est arrivé ne nous regarde pas.
• COD : Je demande à qui ce livre appartient ; Jignore où je suis.
Remarque : malgré la préposition à, la subordonné interrogative à qui ce livre
appartient est bien de fonction COD puisque le verbe demander est transitif
(demander quelque chose).
Lélément introducteur de la proposition subordonnée interrogative partielle
peut être :
• un pronom interrogatif, qui ou que : Je me demande qui a fait cela ; Je me
demande que faire ;
• un GN introduit par le déterminant interrogatif quel(le) : Je me demande
quelle étudiante a fait cela ;
• un adverbe interrogatif : où, quand, pourquoi, comment, etc. : Je me demande
où/quand/pourquoi/comment cela sest passé.
• un groupe pronominal prépositionnel : Je me demande à qui ce livre appartient.
Propositions subordonnées interrogatives partielles
Proposition subordonnée interrogative partielle de fonction sujet
Pourquoi elle a voulu partir si vite demeure inexpliqué.
Proposition subordonnée interrogative partielle de fonction COD
Je me demande qui a fait cela.
Linterrogation peut porter sur différents constituants de la phrase (voir II.1.7.2
le chapitre consacré à linterrogation).
HISTOIRE DE LA LANGUE Les propositions subordonnées interrogatives par-
tielles avaient, en latin, un fonctionnement assez voisin de celui observé en
français. À la différence toutefois du français, le latin y employait systémati-
quement le subjonctif et ces propositions ne pouvaient être de fonction sujet
mais étaient seulement de fonction COD.
NOTION GRAMMATICALE PROPOSITION SUBORDONNÉE INTERROGATIVE PARTIELLE
p. 64
Le système de la langue II
La coordination et la juxtaposition 1.6
Dans la phrase complexe, les notions de coordination et de juxtaposition
désignent une relation entre deux propositions qui se situent sur le même plan
et forment, à elles deux, une nouvelle phrase. Ces deux propositions situées sur
le même plan sont nommées « propositions indépendantes ».
Remarques
• Indépendamment de la phrase complexe, la juxtaposition et la coordination
permettent détablir une relation entre des mots ou des groupes de mots.
• Lorsquelle na pas une valeur énumérative, la juxtaposition a une valeur
subordonnante (voir « Pour aller plus loin »).
Le terme « juxtaposition » est utilisé lorsque les propositions indépendantes
ne sont pas reliées par une conjonction de coordination, mais par une virgule,
un point-virgule ou par les deux points (:).
Les relations de coordination et de juxtaposition peuvent sétablir entre plus
de deux propositions.
POUR ALLER PLUS LOIN
La relation établie entre plusieurs propositions par juxtaposition est séman-
tiquement implicite. Il peut sagir :
• dune idée de succession : Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. (Racine) ;
• dune idée de concomitance : Le Canadien appelait, il criait, mais en vain.
(J. Verne) ;
• dune idée de causalité : Le vent se lève, il va pleuvoir ;
• dune idée dopposition : Les pauvres ont la santé, les riches ont les
remèdes (proverbe).
Dans certains cas, la juxtaposition équivaut à une subordination. On parle
dans ce cas de « subordination implicite ». Par exemple, la juxtaposition dans
la phrase Tu aurais travaillé, tu aurais eu de meilleurs résultats équivaut
à une subordination de type hypothétique (« Si tu avais travaillé, tu aurais eu
de meilleurs résultats »).
La relation établie entre plusieurs propositions par coordination se prête
à diverses interprétations, du même type que celles qui caractérisent la juxta-
position. Cette relation demeure implicite dans le cas de la conjonction de
coordination et mais elle est explicite dans les autres cas. Les relations de
coordination sétablissent au moyen de conjonctions de coordination mais
aussi de connecteurs qui expriment ou bien des liens argumentatifs (ainsi,
dailleurs, en effet, etc.) ou bien des liens assurant la cohésion textuelle
(dabord, premièrement, enfin, etc.). Les connecteurs qui expriment une rela-
tion argumentative sont nommés « connecteurs argumentatifs », les connec-
teurs qui assurent la cohésion textuelle sont nommés « connecteurs textuels ».
p. 65
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Remarque : il existe un cas dinsertion de phrase qui nest généralement pas
inclus dans la catégorie de la subordination et qui ne se réduit pas à une simple
juxtaposition : je comprends, dit-elle, il faut partir. La proposition dit-elle est
nommée proposition « incise ».
HISTOIRE DE LA LANGUE Cf. II.3.7.2.
NOTIONS GRAMMATICALES
COORDINATION JUXTAPOSITION PROPOSITION INCISE
1.7 Les types de phrases
On distingue trois types dactes fondamentaux : le type déclaratif correspondant
à lassertion (affirmer quelque chose, donc présenter ce que lon dit comme vrai),
le type interrogatif correspondant à linterrogation (poser une question, deman-
der une information), le type impératif correspondant à linjonction (donner un
ordre). Toute phrase appartient nécessairement à lun de ces trois types dactes,
qui correspondent canoniquement à trois structures syntaxiques distinctes.
POUR ALLER PLUS LOIN
On distinguera donc clairement le plan morphosyntaxique de la structure
grammaticale de la phrase et le plan pragmatique du type dacte effectué par
lénonciation de la phrase :
Plan morphosyntaxique Plan pragmatique
Phrase déclarative ➨ Valeur dassertion
Phrase interrogative ➨ Valeur dinterrogation
Phrase impérative ➨ Valeur dinjonction
La prise en compte de la dimension pragmatique du langage (la parole na pas
seulement pour fonction de décrire le monde ou dexprimer ses pensées pour
les communiquer mais aussi de réaliser des actes) est issue dun domaine de
la philosophie du langage, la pragmatique, qui est par la suite devenue égale-
ment un domaine des sciences du langage. Lœuvre de référence est le livre
de John Austin (1911-1960), How to do Things With Words (1962), traduit
en 1970 sous le titre Quand dire, cest faire. Austin a notamment introduit la
notion de « performatif » : un énoncé performatif accomplit lacte quil énonce.
Par exemple, lorsque le président dun tribunal dit La séance est ouverte,
p. 66
Le système de la langue II
il ouvre effectivement la séance par la seule énonciation de cette phrase (mais
si un individu qui na pas le statut exigé par le contexte ici, dêtre président du
tribunal prononce la même phrase, lénoncé ne peut pas avoir cette valeur
performative). Austin sest également intéressé à la question des excuses,
puisque les excuses sont également des performatifs : dire « Je mexcuse »,
cest réaliser lacte de sexcuser. Plus généralement, son analyse des excuses
nous interroge sur ce que sont les actions : quest-ce au juste quune action si
un acte peut être effectué par la simple profération de mots ? Tout acte aurait-il
une dimension langagière ?
Le type déclaratif 1.7.1
Le type de phrase déclaratif se présente généralement sous la forme canonique
de la phrase.
Phrase de type déclaratif
P = [GS + GV] (+ GC)
Aujourdhui, Alice va à la plage.
Elle est partie travailler à létranger pour six mois.
POUR ALLER PLUS LOIN
Bien quelle ait fondamentalement une valeur pragmatique dassertion, la
phrase déclarative sutilise souvent dans des énoncés qui ne se limitent pas,
au plan pragmatique, à une pure et simple assertion. Par exemple, la phrase
déclarative Jai froid peut signifier implicitement, dans un contexte déterminé :
Ferme la fenêtre ! Dans ce cas, la phrase de type assertif aura une valeur
pragmatique injonctive. Plus généralement, une phrase déclarative est très
souvent interprétable dans un contexte plus large que ce quelle asserte stric-
tement. Par exemple, dans une phrase du type Il y a beaucoup de bruit ici,
même si son énonciateur prétend à la neutralité de lassertion pure et simple
(« Je ne fais que décrire une situation objective »), lassertion sera naturelle-
ment interprétée comme un reproche ou une demande (de faire le silence). Par
conséquent, lénonciateur dune phrase de ce type est presque toujours de
mauvaise foi sil prétend ne faire que décrire une situation objective. De même,
la phrase déclarative Les élèves de cette classe ont un niveau très faible en
français peut être interprétée, au-delà de la pure et simple assertion, comme
un reproche au professeur, comme une allusion à la composition sociologique
du quartier où se situe lécole, etc. Lassertion de la phrase déclarative vaut
donc non seulement pour le contenu asserté (présenté comme vrai) mais
aussi pour les motivations de lassertion (pourquoi lénonciateur produit-il cet
énoncé dans ce contexte ?).
p. 67
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
1.7.2 Le type interrogatif
La phrase de type interrogatif se caractérise grammaticalement par lune des
caractéristiques suivantes :
Phrase de type interrogatif : ses différents marqueurs
Inversion du sujet simple : Vas-tu à la plage ?
Inversion du sujet complexe : Alice va-t-elle à la plage ?
Utilisation de la locution interrogative est-ce que :
Est-ce que tu vas à la plage ?
Utilisation dun pronom interrogatif simple :
Qui va à la plage aujourdhui ?
Utilisation dun pronom interrogatif complexe :
Qui est-ce qui va à la plage aujourdhui ?
Utilisation dun adverbe interrogatif et inversion du sujet :
Quand vas-tu à la plage ? Pourquoi vas-tu à la plage ?
Utilisation dune intonation interrogative : Tu vas à la plage ?
Remarques
• Dans le cas dune interrogation au moyen dun adverbe interrogatif, labsence
dinversion du sujet est caractéristique dun registre de langue familier ou de
loral (Pourquoi tu vas à la plage ?).
• Linterrogation peut être combinée à une négation ; on parle dans ce cas de
phrase interro-négative (Ne vas-tu pas à la plage aujourdhui ? question
à laquelle on répond par « si » ou par « non »).
1.7.2.1 Interrogation directe et interrogation indirecte
Le type de phrase interrogatif désigne uniquement linterrogation directe, qui
sobserve dans les propositions principales ou indépendantes, et qui est mar-
quée par un point dinterrogation. Linterrogation indirecte est une construction
interrogative en proposition subordonnée, qui nest jamais marquée ni par un
point dinterrogation ni par linversion du sujet.
Interrogation directe et interrogation indirecte
Vas-tu à la plage ?
Interrogation directe : phrase de type interrogatif
Je te demande si tu vas à la plage.
Interrogation indirecte : phrase de type déclaratif
p. 68
Le système de la langue II
À quelle heure vas-tu à la plage ?
Interrogation directe : phrase de type interrogatif
Je te demande à quelle heure tu vas à la plage.
Interrogation indirecte : phrase de type déclaratif
Interrogation totale et interrogation partielle 1.7.2.2
Linterrogation totale porte sur lensemble de la phrase et suscite par consé-
quent une réponse généralement affirmative (oui, si) ou négative (non). Linterro-
gation partielle porte uniquement sur lun de ses constituants.
Interrogation totale et interrogation partielle
Interrogation totale (réponses possibles : oui/non/si)
Vas-tu à la plage ? Interrogation directe totale
Je te demande si tu vas à la plage. Interrogation indirecte totale
Ne vas-tu pas à la plage aujourdhui ? Interro-négation directe totale
Interrogation partielle (réponse par oui/non impossible)
À quelle heure vas-tu à la plage ? Interrogation directe partielle
Je te demande à quelle heure tu vas à la plage.
Interrogation indirecte partielle
Portée de linterrogation 1.7.2.3
Linterrogation partielle est une interrogation qui porte sur un constituant parti-
culier de la phrase. La forme de linterrogation varie selon sa portée. Les portées
possibles de linterrogation partielle sont diverses.
Portée de linterrogation partielle
Linterrogation porte sur le groupe sujet de la phrase :
• au moyen du pronom interrogatif :
Qui va à la plage ? Lesquels vont à la plage ?
• au moyen dun déterminant interrogatif :
Quels invités vont à la plage ?
Linterrogation porte sur lattribut :
• au moyen dun pronom interrogatif : Qui est ce personnage ?
Que deviens-tu ? Quelle est la réponse ?
• au moyen dun déterminant interrogatif :
Quelle réponse est la meilleure ?
p. 69
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Linterrogation porte sur le COD :
• au moyen dun pronom interrogatif : Que veux-tu ? Qui aimes-tu ?
• au moyen dun déterminant interrogatif : Quelle réponse préfères-tu ?
• au moyen de ladverbe interrogatif combien dans le cas particulier
des compléments de mesure18 : Combien cela coûte-t-il ?
Combien cela pèse-t-il ? Combien cela mesure-t-il ?
Linterrogation porte sur le COI :
• au moyen dun pronom interrogatif :
À qui parles-tu ? À quoi penses-tu ? Où vas-tu ?
• au moyen dun déterminant interrogatif :
À quelle personne penses-tu ?
Linterrogation porte sur le groupe circonstanciel :
• au moyen de ladverbe interrogatif quand pour le complément
circonstanciel de temps : Quand vas-tu à la plage ?
• au moyen de ladverbe interrogatif comment pour le complément
circonstanciel de moyen : Comment vas-tu à la plage ?
• au moyen de ladverbe interrogatif pourquoi pour le complément
circonstanciel de cause : Pourquoi vas-tu à la plage ?
POUR ALLER PLUS LOIN
Valeur pragmatique de linterrogation
Si la valeur fondamentale du type de phrase interrogatif est la demande
dinformation, il nest pas rare que, au plan pragmatique, linterrogation ait
une autre valeur.
• Linterrogation a une valeur injonctive dordre (ou dordre atténué, cest-à-
dire de demande) : Peux-tu me passer le sel ? signifie « passe-moi le sel » ;
Peux-tu ouvrir la porte ? signifie « ouvre la porte ».
• Linterrogation a une valeur pragmatique dassertion dans le cas de linter-
rogation rhétorique : Ne sont-ils pas extraordinaires, ces enfants ? équi-
vaut à lassertion Ces enfants sont extraordinaires (avec une nuance
exclamative).
Le principe qui explique quun type de phrase puisse être interprété comme
ayant une valeur pragmatique différente de sa valeur pragmatique canonique
est le principe de pertinence. Ce principe peut se définir de la façon suivante :
un énoncé est toujours interprété selon sa pertinence maximale. Ainsi, dans le
cas de lénoncé Peux-tu me passer le sel ?, il ne serait pas pertinent dinter-
préter que lénoncé possède une valeur pragmatique interrogative si la per-
sonne à qui il sadresse a visiblement accès à lobjet dont il est question, le sel
(si tel nest pas le cas, par exemple si linterlocuteur se situe à distance de la
salière, lénoncé conservera sa valeur interrogative et on pourra répondre :
« non, je ne peux pas, je suis trop loin »). Par conséquent, le destinataire de
lénoncé, comprenant que la valeur pragmatique dinterrogation nest pas per-
18 Sur lanalyse des compléments de verbes de poids, de prix, de mesure, voir II.2.3.1.
p. 70
Le système de la langue II
tinente, réinterprète lénoncé de telle sorte quil soit pertinent dans la situation
en lui conférant une valeur injonctive. Le principe pragmatique de pertinence
a été développé par Dan Sperber et Deirdre Wilson dans un ouvrage intitulé
La Pertinence (1989), à partir des travaux du philosophe du langage et lin-
guiste britannique Paul Grice (1913-1988).
Le type impératif 1.7.3
La phrase de type impératif correspond à une valeur pragmatique dordre. Dans
sa configuration canonique, elle peut se présenter selon deux formes : au mode
impératif ou au mode subjonctif.
Phrase de type impératif
Au mode impératif, pour la deuxième personne
du singulier, la première personne et la deuxième personne
du pluriel : sors, sortons, sortez.
Au mode subjonctif à la troisième personne du singulier
et du pluriel : quil(s) sorte(nt).
POUR ALLER PLUS LOIN
La valeur pragmatique dordre peut être exprimée, dune manière indirecte, par
une phrase de type déclaratif ou interrogatif : Tu fermes la fenêtre (ou, avec
exclamation, Tu fermes la fenêtre !)/Tu fermes la fenêtre ? Lusage du futur
(Tu fermeras la porte) et de linfinitif (Frapper avant dentrer) sont des moyens
usuels dexprimer un ordre au moyen dune phrase de type déclaratif. Lordre
exprimé indirectement au moyen dune phrase de type interrogatif se présente
sous une forme atténuée, moins injonctive que lorsquil est exprimé au moyen
dune phrase de type déclaratif ou impératif. Latténuation de linjonction peut
en outre être soulignée par divers moyens, dont les formules de politesse :
Pourriez-vous fermer la fenêtre sil vous plaît ? Enfin, la valeur pragmatique
dordre peut être exprimée par des phrases non verbales : Silence ! Chut !
On notera que la phrase de type impératif nexclut pas complètement la pre-
mière personne. Sil est peu usuel de se donner un ordre à soi-même à limpé-
ratif, cette situation se rencontre malgré tout, en particulier dans le monologue
théâtral : « Il faut prendre parti, lon mattend. Faisons mieux./Sur tout ce
que jai vu fermons plutôt les yeux./Laissons [Roxane sadresse ici à elle-
même] de leur amour la recherche importune […] » (Racine, Bajazet, IV, 4).
p. 71
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Remarques
• Lordre négatif est aussi nommé « défense » (en particulier dans la grammaire
latine). Par exemple : Ne te penche pas à la fenêtre ; Ne pas se pencher à la
fenêtre.
• La fonction apostrophe (Alice dans Alice, ferme la porte !) nest pas une fonc-
tion appartenant à la grammaire de la phrase. Un GN de fonction apostrophe est
un apport qui se situe au plan de lénonciation (donc une fonction de lénoncia-
tion et non pas de la phrase), et qui sert à identifier linterlocuteur. Son absence
dintégration à la phrase se traduit par le fait quil peut en être séparé : Alice,
ferme la porte ! pourrait aussi bien sécrire Alice ! Ferme la porte !
HISTOIRE DE LA LANGUE Linterrogation rhétorique (ou oratoire) joue un rôle
majeur dans la langue latine où la place de lart oratoire, au sein dune société
cultivant la joute verbale, est prépondérante. Ainsi, dans le célèbre début
du premier discours de Cicéron contre Catilina Quo usque tandem abutere,
Catilina, patientia nostra (« Jusques à quand enfin, Catilina, abuseras-tu de
notre patience ? »), la question posée nen est pas une et ne sollicite pas une
véritable réponse. Bien que limpératif soit relativement peu attesté en latin,
ce mode présentait trois formes distinctes, un impératif positif (Lege ! « Lis ! »)
et deux impératifs négatifs, ces deux dernières formes étant pourvues dune
nuance sémantique. Ainsi, Ne abieritis (« Ne partez pas ! ») semployait pour
un ordre énoncé dune manière impérieuse, tandis que Nolite abire (« Veuillez
ne pas partir ») exprimait un ordre adouci (cf. en français : Asseyez-vous !
et Veuillez vous asseoir).
NOTIONS GRAMMATICALES PHRASE DE TYPE DÉCLARATIF/INTERROGATIF/IMPÉRATIF
1.8 Les formes de phrases
Les types de phrases sont obligatoires au sens où une phrase est nécessaire-
ment déclarative ou interrogative ou impérative, et par conséquent possède
obligatoirement une valeur pragmatique dassertion, dinterrogation ou din-
jonction. Mais la phrase peut aussi, facultativement, être de forme négative,
passive, exclamative, emphatique ou impersonnelle. Ainsi, la phrase Le facteur
distribue le courrier est une phrase de type déclaratif. Nétant ni à la forme
négative, ni à la forme passive, ni à la forme exclamative, elle est donc positive et
active. On ne parlera toutefois pas de « forme positive » et de « forme active », car
la phrase positive, active, non exclamative, non emphatique, non impersonnelle,
est considérée comme la phrase de base (Le facteur distribue le courrier).
p. 72
Le système de la langue II
La forme négative 1.8.1
La phrase de forme négative se caractérise par la présence dadverbes de néga-
tion, du type ne…pas, ne… plus, ne…jamais, etc. : Elle viendra (forme positive) ➨
Elle ne viendra pas (forme négative).
La négation est fondamentalement un opérateur logique qui inverse la valeur de
vérité de la proposition : si une proposition est vraie, sa négation est fausse et si
une proposition est fausse, sa négation est vraie. Ainsi, puisque la proposition
Marie Curie a obtenu le prix Nobel est vraie, la négation de cette proposition
(Marie Curie na pas obtenu le prix Nobel) est fausse ; de même, puisque la pro-
position Londres est la capitale de la France est fausse, sa négation Londres
nest pas la capitale de la France est vraie. Cependant, le fonctionnement de la
négation dans les langues ne se réduit pas à celui dun simple opérateur logique.
On peut distinguer trois types de négations : la négation totale, la négation par-
tielle et la négation exceptive.
Négation totale, négation partielle, négation exceptive
Négation totale
Elle se construit avec les adverbes ne… pas (ou les variantes
ne… nullement ; ne… aucunement ; ne… point) et porte sur lensemble
de lénoncé : Elle aime le cinéma français ➨ Elle naime pas
le cinéma français ; Elle a besoin de vos conseils ➨ Elle na pas/
aucunement/nullement besoin de vos conseils.
Négation partielle
Ses formes sont plus variées, selon le constituant
particulier de lénoncé sur lequel elle porte :
• la négation porte sur un pronom :
Personne ne la écoutée (négation de Quelquun la écoutée
ou Certains lont écoutée au moyen du pronom personne,
antonyme de quelquun, certains, tous, etc.)
Rien ne changera (négation de Quelque chose changera
au moyen du pronom rien, antonyme de quelque chose)
Nul nest censé ignorer la loi (négation de Certains sont censés
ignorer la loi au moyen du pronom nul, antonyme de certains) ;
• la négation porte sur un déterminant :
Aucun/nul détail ne lui échappe (négation de
Certains détails lui échappent au moyen du déterminant aucun/nul,
antonyme de certains, tous, etc.) ;
p. 73
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
• la négation porte sur un adverbe :
Elle ne travaille guère (négation de Elle travaille beaucoup
au moyen de ladverbe guère, antonyme de beaucoup)
Elle ne travaille jamais (négation de Elle travaille toujours
(au sens de « sans cesse ») au moyen de ladverbe jamais,
antonyme de toujours) 19 .
Elle ne travaille plus (négation de Elle travaille encore
(ou toujours au sens de « encore ») au moyen de ladverbe plus,
antonyme de encore (ou toujours).
Négation exceptive
Elle se construit avec les adverbes ne… que, et véhicule
une négation implicite : Je naime que les films français
signifie à la fois Jaime les films français (valeur positive explicite)
et je naime pas les films qui ne sont pas français
(valeur négative implicite sous la forme dune double négation).
Remarques
• À la négation de phrase, soppose la négation lexicale au moyen de préfixes
(possible ➨ impossible).
• Le ne dit « explétif » semploie dans certains cas supposant un contexte néga-
tif : Je crains quAlice ne parte (= le départ dAlice est redouté). Le ne explétif
ne doit pas être confondu avec lemploi de la négation : Je crains quAlice ne
parte pas (= le départ dAlice est souhaité). Lemploi du ne explétif est facul-
tatif : Je crains quAlice parte. La phrase contenant un ne explétif nest donc
pas une phrase négative.
• On parle parfois de double négation pour désigner ou bien deux négations
juxta posées (Je ne veux ni fromage ni dessert) ou bien deux négations
en relation de dépendance, qui sannulent pour donner une phrase posi-
tive : Nous ne pouvons pas ne pas répondre (= Nous devons répondre).
La véritable double négation, qui équivaudrait à une double négation logique,
nest pas réalisable en français (*Il nest pas pas malade au sens de « Il est
malade »). En revanche, une forme de double négation est envisageable lors-
quelle combine une négation lexicale et une négation grammaticale (*Il nest
pas inactif au sens de « Il est actif »).
• Dans la négation exceptive, la négation implicite est partielle si elle est
construite avec ladverbe plus : Je naime plus que les films français (valeur
positive explicite : Jaime les films français ; valeur négative implicite :
Je naime plus les films qui ne sont pas français).
19 Dautres interprétations sont possibles : Elle ne travaille jamais peut être la négation
de Elle travaille souvent, Elle travaille un jour, etc.
p. 74
Le système de la langue II
POUR ALLER PLUS LOIN
Si la négation linguistique ne se réduit pas à un opérateur logique, cest que
son fonctionnement pragmatique met en jeu des énonciations implicites.
La négation peut tout dabord avoir un simple rôle descriptif : lénoncé affirme
un contenu négatif ; il décrit, sous une forme négative, un état de choses
qui aurait pu aussi bien être formulé sous une forme positive. Par exemple,
lénoncé Elle na pas réussi son examen affirme un contenu négatif (ne pas
réussir) et peut être interprété comme équivalent à Elle a échoué à son exa-
men. De même, Elle nest pas grande peut être équivalent à Elle est petite.
On parle dans ce cas de « négation descriptive ».
La négation peut dautre part se présenter comme la réfutation dun énoncé
positif antérieur. Par exemple, lénoncé Le Misanthrope de Molière na pas
été représenté la première fois en 1665 (mais en 1666) est la réfutation dune
énonciation antérieure du type Le Misanthrope de Molière a été représenté
la première fois en 1665. Il sagit dans ce cas dune négation polémique20.
Enfin, la négation peut avoir pour rôle de nier le fait même quon puisse énon-
cer la phrase négative. Par exemple, lénoncé Elle nest pas grande, elle
est immense, ne nie pas la grandeur (si elle est immense, elle est a fortiori
grande) mais la légitimité de lemploi de ladjectif grande, jugé insuffisant.
On parle, dans de tels cas, de « négation métalinguistique ».
On notera par ailleurs que la négation au moyen des adverbes ne… pas nest pas
nécessairement une négation totale. Ces adverbes peuvent en effet permettre
de construire une négation partielle. On obtient souvent dans ce cas des phrases
ambiguës : Lavocate na pas convaincu les jurés avec cet argument peut
se comprendre au sens « en utilisant cet argument, elle na pas convaincu les
jurés » (négation totale) ou au sens « elle a convaincu les jurés, mais pas avec
cet argument » (négation partielle portant sur le GNP avec cet argument).
HISTOIRE DE LA LANGUE La syntaxe de la négation constitue en latin lun
des points les plus complexes de la langue. Dun point de vue morphologique,
le principe de deux négations principales, ne et non, dont lusage variait sui-
vant le mode employé, a été aboli en français. Par ailleurs, le principe latin
qui interdisait quune conjonction de coordination soit suivie dun mot à sens
négatif (Il est parti et jamais ne revint. Abiit neque umquam rediit où neque
umquam remplace *et numquam), principe qui obligeait à des manipulations
lexicales compliquées, na pas survécu en français. En outre, la succession
immédiate de deux négations (Nemo non uenit. Il ny eut personne pour ne
pas venir ➨ Tout le monde est venu et Non nemo uenit. Il nest pas vrai que
personne ne soit venu ➨ Quelquun est venu), système là encore complexe
20 La distinction entre négation descriptive et négation polémique est de nature pragmatique.
Elle dépend donc du contexte. Par conséquent, selon le contexte, une même phrase peut produire un énoncé
contenant une négation qui aura une valeur descriptive ou polémique. Ainsi, la phrase Elle nest pas grande,
dont on a vu quelle pouvait véhiculer une négation descriptive, peut aussi bien, dans un contexte approprié,
avoir une valeur de négation polémique : Alice est grande ! Non, elle nest pas grande, elle mesure 75 cm,
ce qui est la moyenne pour un enfant de 12 mois.
p. 75
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
et générateur derreurs, na pas non plus survécu tel quel en français. Lon
notera enfin que, dans le cadre de linterrogation totale, le latin, qui ne connais-
sait pas les mots oui et non, lesquels nous semblent pourtant si familiers dans
notre usage quotidien, les remplaçait par la reprise du mot introduisant linter-
rogation (Visne abire ? Volo/Nolo. Veux-tu ten aller ? Je le veux (= oui))
ou, pour traduire « oui », par ladverbe etiam ; Je ne le veux pas (Nolo).
NOTIONS GRAMMATICALES
FORME NÉGATIVE NÉGATION TOTALE NÉGATION PARTIELLE NÉGATION EXCEPTIVE
NÉGATION DESCRIPTIVE NÉGATION POLÉMIQUE NÉGATION MÉTALINGUISTIQUE
1.8.2 La forme passive
La phrase de forme passive est une phrase dont le verbe principal est employé
à la voix passive. Par exemple, la phrase active Bérénice aime Titus peut être
présentée sous la forme passive Titus est aimé par (ou de) Bérénice. Le groupe
nominal prépositionnel (GNP) par/de Bérénice est le complément dagent
du verbe aimer, et il correspond au sujet de la phrase active correspondante.
La phrase nest pas de forme passive si le verbe employé à la voix passive se
situe dans une proposition subordonnée. Par exemple, la phrase Je sais que
Titus est aimé par Bérénice nest pas de forme passive, car le verbe savoir est
à la voix active.
Forme passive
Phrase active
Titus aime Bérénice.
Phrase de forme passive
Bérénice est aimée par (de) Titus.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin évitait quun verbe daction ait pour sujet un
nom abstrait. Ainsi, la phrase La détermination me pousse à agir était plus
volontiers rendue en latin par Je suis poussé à agir par la détermination.
En conséquence, la forme passive est bien plus présente en latin quelle ne
lest en français. Par ailleurs, le complément dagent (par Titus) était suscep-
tible de connaître en latin trois formes syntaxiques en fonction de la nature
p. 76
Le système de la langue II
du mot (animé/inanimé) ou du temps du verbe. Ces différentes constructions
nont pas survécu en français. Le latin possédait enfin des verbes dit dépo-
nents (littéralement qui ont déposé [la voix active]) dotés dune morphologie
passive mais dun sens actif : pati, patior, passus sum.
NOTION GRAMMATICALE FORME PASSIVE
La forme exclamative 1.8.3
La phrase de forme exclamative se reconnaît à lécrit par la présence, en fin
de phrase, dun point dexclamation (et à loral par une intonation spécifique).
Elle vise à exprimer une émotion du locuteur relative au contenu de lénoncé.
Le point dexclamation est parfois la seule marque de la forme exclamative, quel
que soit le type de phrase :
Forme exclamative
Jai mal dormi aujourdhui !
(phrase de type déclaratif et de forme exclamative)
Vas-tu cesser de faire du bruit !
(phrase de type interrogatif et de forme exclamative)
Ferme la fenêtre !
(phrase de type impératif et de forme exclamative)
Mais la forme exclamative présente aussi des formes spécifiques, notamment
lorsque lexclamation est introduite par un mot exclamatif :
• adverbes exclamatifs que ou comme : Que vous êtes joli ! Que vous me
semblez beau ! Comme vous êtes joli ! Comme vous me semblez beau !
Ces phrases sont de type déclaratif (vous êtes joli, vous me semblez beau) et
de forme exclamative (au moyen des adverbes que ou comme) ;
• déterminant exclamatif quel : Avec quelle appréhension jattendais la fin de
la classe ! (Gide). Cette phrase est également de type déclaratif (jattendais
la fin de la classe avec appréhension) et de forme exclamative (au moyen
du déterminant exclamatif quel).
p. 77
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
HISTOIRE DE LA LANGUE Le goût très prononcé des Romains pour lart oratoire
implique que la forme exclamative était très souvent usitée en latin, notam-
ment dans les discours et plaidoyers politiques et juridiques. Lhistoire a aussi
transmis quelques paroles à la forme exclamative prêtées à des personnages
célèbres (Néron : Qualis artifex pereo ! « Quel artiste périt avec moi ! », Caligula :
Oderint dum metuant ! « Quils me haïssent, pourvu quils me craignent ! »).
NOTION GRAMMATICALE FORME EXCLAMATIVE
1.8.4 La forme emphatique
La forme emphatique permet dinsister sur lun des constituants de la phrase en
le mettant en relief par lun des trois moyens grammaticaux suivants : lextrac-
tion, le détachement ou une combinaison de ces deux moyens.
Lextraction dun constituant de la phrase est un procédé 21 consistant à enca-
drer ce constituant par cest… que : Cest ta vie que tu joues (extraction du COD
ta vie de la phrase Tu joues ta vie) ; Cest ton avocate qui pourra te conseiller
(extraction du sujet ton avocate de la phrase Ton avocate pourra te conseil-
ler) ; À sa sœur, il aimait raconter des histoires (extraction du COI à sa sœur
de la phrase Il aimait raconter des histoires à sa sœur).
Le détachement dun constituant de la phrase consiste à placer en tête de phrase
ou en fin de phrase le constituant que lon souhaite mettre en relief et à le déta-
cher par une virgule du reste de la phrase. Par exemple, à partir de la phrase
Le problème est que nous ne sommes pas assez nombreux, le détachement
du sujet (le problème) permet dobtenir la phrase Le problème, cest que nous
ne sommes pas assez nombreux. De même, à partir de Ton avocate pourra
te conseiller, le détachement du sujet permet dobtenir la phrase Ton avocate,
elle pourra te conseiller. La combinaison de lextraction et du détachement per-
met dobtenir des phrases de forme emphatique du type : Ce que tu joues, cest
ta vie ; celle qui pourra te conseiller, cest ton avocate.
Forme emphatique
Par extraction
Cest toi qui dois parler le premier.
Par détachement
Tes amis, je suis certain quils comprendront ta décision.
Par extraction et détachement
Ton travail, cest ce qui doit être ta priorité.
21 Également nommé « clivage » ou « focalisation ».
p. 78
Le système de la langue II
Pour décrire une phrase de forme emphatique, il convient donc, dune part, de
préciser si la forme emphatique est obtenue par extraction, par détachement ou
par extraction et détachement, dautre part didentifier le constituant sur lequel
porte lemphase en donnant sa nature et sa fonction.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin ne possédait pas de présentatif du type
Cest… qui/que. Du point de vue latin, la tournure est appelée un « gallicisme »,
cest-à-dire une tournure propre au français impossible à rendre telle quelle
en latin. Cest lordre des mots qui permet en latin de mettre en valeur un mot.
NOTION GRAMMATICALE FORME EMPHATIQUE
La forme impersonnelle 1.8.5
Une phrase est à la forme impersonnelle lorsque son verbe principal est à la voix
impersonnelle et si elle peut être considérée comme équivalente à une phrase
non impersonnelle. Par exemple, la phrase Il soufflait un vent de panique
est une phrase de forme impersonnelle parce quelle équivaut à la phrase
Un vent de panique soufflait, malgré le changement de la voix du verbe souffler.
En revanche, Il pleuvait nest pas une phrase de forme impersonnelle parce quil
nexiste pas de phrase non impersonnelle correspondante : on a simplement dans
ce cas une phrase déclarative comportant un verbe à la voix impersonnelle.
Comme dans le cas de la forme passive, une phrase nest pas une phrase de
forme impersonnelle si le verbe à la voix impersonnelle quelle comporte est situé
dans une proposition subordonnée. Par exemple, la phrase Alice redoutait quil
souffle un vent de panique est une phrase de type déclaratif qui nest pas de
forme impersonnelle puisque son verbe principal (redoutait) nest pas conjugué à
la voix impersonnelle. Le verbe à la voix impersonnelle quelle comporte (il souffle
un vent de panique) étant situé dans la proposition subordonnée conjonctive
COD (quil souffle un vent de panique), la forme de la phrase nest pas affectée.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin ne possédait pas de tournure du type
Il soufflait un vent de panique, mais utilisait fréquemment des verbes
impersonnels (decet, « il convient » ; oportet, « il faut », etc.) et des tournures
impersonnelles du type humanum est « Il est humain de ».
NOTION GRAMMATICALE FORME IMPERSONNELLE
p. 79
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
1.9 Les phrases atypiques
(ou non verbales)
La phrase type (cf. II.2.1) sanalyse, au sens de sa construction, en groupe sujet
(GS) et groupe verbal (GV), auquel peut sajouter facultativement un groupe cir-
constanciel (GC). Si ce schéma est canonique, il existe cependant dautres types
de phrases, que lon nommera « atypiques », et qui sont dun usage assez fré-
quent dans la langue, notamment orale, dialoguée ou expressive. Ces phrases
atypiques se caractérisent généralement par le fait quelles ne comportent pas
de verbe conjugué à un mode personnel.
1.9.1 La phrase averbale
La phrase averbale, quelle soit simple ou complexe, est un cas particulier de
phrase non verbale. Elle comporte toujours deux constituants, un sujet 22 et un
prédicat (ce que lon dit du sujet), même si le sujet est parfois implicite car restitué
par la situation dénonciation. Ainsi, dans la phrase averbale Excellent, ce rôti !
le prédicat excellent donne une information à propos du sujet ce rôti. Lappel-
lation « phrase nominale » parfois utilisée pour désigner la phrase averbale est
par ailleurs impropre, car cette dernière nest pas nécessairement composée
dun groupe nominal. Ainsi, dans lénoncé Alice a démissionné. Incroyable !,
Incroyable ! est une phrase averbale dont seul le prédicat est exprimé, ici un
adjectif (incroyable), et dont le sujet, implicite, peut être restitué de la manière
suivante : Cela est incroyable ! (cela sujet, est incroyable prédicat). De la même
façon, un énoncé du type Quelle sottise ! est une phrase averbale à un seul
constituant, le prédicat, dont le sujet est implicite (Cela est une sottise !).
La phrase averbale peut être de type déclaratif, interrogatif ou impératif.
Phrase averbale simple
À deux constituants (sujet et prédicat) :
• type déclaratif : Excellent (prédicat), ce rôti (sujet) ! ;
• type interrogatif : Prêts (prédicat) les enfants (sujet) ?
À un seul constituant (prédicat) :
• type déclaratif : Fermé le dimanche et les jours fériés ;
• type impératif : Dehors !
22 Dans ce cas, le terme « sujet » nest plus entendu au sens grammatical comme désignant la fonction
du constituant qui règle laccord du verbe, mais au sens logique comme support du prédicat (le X dont
le prédicat dit quelque chose).
p. 80
Le système de la langue II
La phrase elliptique 1.9.2
Lorsquun énoncé dépend très étroitement du contexte antérieur, on ne parle pas
de « phrase averbale » mais de « phrase elliptique ». Ainsi, dans le dialogue — Mais
où donc est Pierre ? — À létage !, lénoncé À létage nest pas une phrase averbale
mais une phrase elliptique ([Pierre est] à létage !) où le GS (Pierre) et le verbe (est)
ont été omis comme le style oral et expressif lautorise. Les constituants effacés
peuvent donc être récupérés dans le contexte. De la même façon dans lénoncé
— Qui a une réponse ? — Moi, le pronom Moi est une phrase elliptique qui, comme
À létage, na pas de signification à elle seule et sans son contexte.
Phrase elliptique
— Où est le dessert ? — Dans le réfrigérateur.
— Que manque-t-il ? — Le dessert.
Le mot-phrase 1.9.3
Le mot-phrase se distingue des phrases averbales à un seul constituant
(— Incroyable ! ) et des phrases elliptiques réduites à un seul mot (— Moi )
parce quil ne requiert aucun autre élément pour former une phrase. Ainsi, les
adverbes daffirmation (Oui, si), de négation (Non, pas du tout), les formules de
politesse (bonjour, bonsoir, bonne nuit, bon appétit, bienvenue), les interjec-
tions (merci, oh ! ah !) 23 , etc., constituent des phrases réduites à un mot quon
nommera « mots-phrases ».
Mot-phrase (phrase réduite à un mot)
Oui, non, si, pas du tout, etc.
Bonjour, bonsoir, bonne nuit, bienvenue, enchanté, etc.
Merci ! Diable ! Ciel ! Oh ! Ah ! Seigneur ! etc.
NOTIONS GRAMMATICALES
PHRASE ATYPIQUE PHRASE NON VERBALE PHRASE ELLIPTIQUE MOT-PHRASE
23 Les interjections sont une classe de mots marginale, qui ne se situe pas sur le même plan
que le nom, le verbe, etc. Voir II.3.8.
p. 81
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
2 La fonction des mots
et groupes de mots
2.1 La phrase
La phrase type (P) est composée de deux ou trois éléments : un groupe sujet (GS),
un groupe verbal (GV) et, facultativement, un groupe circonstanciel (GC) : P = [GS +
GV] (+ GC).
La phrase type
P = [GS + GV] (+ GC)
P = Le facteur distribue le courrier à huit heures.
GS = le facteur ; GV = distribue le courrier ; GC = à huit heures
Remarque : cette définition de la phrase est hétérogène puisque les consti-
tuants GS et GC renvoient à des fonctions (fonction sujet et fonction complément
circonstanciel) tandis que le GV renvoie à une nature de mot (le verbe). Cette
hétérogénéité permet dobtenir une description simple et aisément accessible
de la structure densemble de la phrase. Une solution plus homogène implique
lintroduction dune nouvelle fonction, la fonction prédicat (ce terme se substi-
tuant alors à « groupe verbal »), qui nest pas encore stabilisée dans la termino-
logie grammaticale usuelle en milieu scolaire. Cependant, comme le groupe
verbal est nécessairement de fonction prédicat (à la différence du groupe nomi-
nal (GN), du groupe nominal prépositionnel (GNP), etc., qui peuvent occuper
diverses fonctions), lintérêt de ce terme est très limité : il se limite aux cas où
la fonction prédicat est assurée par un constituant autre quun groupe verbal
(par exemple dans une phrase non verbale du type Excellent, ce rôti !, où la
fonction prédicat est assurée par ladjectif excellent). Au plan de la description
de la structure de la phrase type, le fait dutiliser « groupe verbal » ou « prédicat »
ne change absolument rien. Pour éviter toute complication inutile, on préconise
donc lemploi de « groupe verbal ».
À la phrase type, sopposent les phrases atypiques. Trois sortes de phrases aty-
piques peuvent être relevées :
• la phrase averbale : Excellent, ce rôti !
• la phrase elliptique : Où est le dessert ? - Dans le réfrigérateur.
• la phrase réduite à un mot (ou mot-phrase) : Oui ; Bonjour ; Merci !
p. 82
Le système de la langue II
NOTIONS GRAMMATICALES
PHRASE PHRASE TYPE PHRASE ATYPIQUE PHRASE AVERBALE
MOT-PHRASE GROUPE SUJET GROUPE VERBAL GROUPE CIRCONSTANCIEL
Le groupe sujet : 2.2
la fonction sujet
Le groupe sujet (GS) règle laccord du verbe (ou, en dautres termes, le verbe
saccorde avec le GS) : le facteur distribue le courrier ; les facteurs distribuent
le courrier.
Le GS peut avoir différentes natures. Dans tous les cas, il est léquivalent syn-
taxique dun groupe nominal (GN) et peut être remplacé par il, elle ou cela 24 .
Le GS peut avoir une nature de GN, de pronom, de groupe infinitif, de proposition
subordonnée complétive ou de proposition subordonnée relative substantive.
Nature du groupe sujet
Groupe nominal
Le facteur distribue le courrier (le GS du verbe distribuer
est le GN le facteur, qui peut être remplacé par le pronom personnel Il).
Alice distribue le courrier (le GS du verbe distribuer est le GN réduit
au nom propre Alice, qui peut être remplacé par le pronom personnel Elle).
Pronom
Pronom personnel : Elle distribue le courrier
(le GS du verbe distribuer est le pronom personnel Elle).
Pronom démonstratif : Cela sera très utile
(le GS du verbe être est le pronom démonstratif cela).
Pronom possessif : Le mien est en panne
(le GS du verbe être est le pronom possessif le mien).
Pronom indéfini : Chacun fait son travail
(le GS du verbe faire est le pronom indéfini chacun).
Pronom interrogatif : Qui a fait cela ?
(le GS du verbe faire est le pronom interrogatif qui).
Pronom relatif : Un livre qui a été publié en France
(le GS du verbe publier est le pronom relatif qui).
24 Il existe divers critères didentification du GS. Dans cette terminologie, on se limite à un critère
de délimitation du GS, indiquant que le GS équivaut à un élément simple (un pronom personnel, un pronom
démonstratif ou un nom propre).
p. 83
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Groupe infinitif
Jouer du piano me repose
(le GS du verbe reposer est le groupe infinitif jouer du piano,
qui peut être remplacé par cela).
Proposition subordonnée complétive
Quelle soit en retard me surprend beaucoup
(le GS du verbe surprendre est la proposition subordonnée complétive
quelle soit en retard, qui peut être remplacée par cela).
Proposition subordonnée relative substantive
Qui se ressemble sassemble (le GS du verbe sassembler est
la proposition subordonnée relative substantive Qui se ressemble).
NOTIONS GRAMMATICALES GROUPE SUJET GROUPE NOMINAL
2.3 Le groupe verbal
Deux grands types de groupes verbaux (GV) doivent être distingués :
• dune part, les GV comprenant un verbe et son complément dobjet (direct
dans le cas du verbe transitif direct : Le facteur distribue le courrier ; ou indi-
rect dans le cas du verbe transitif indirect : Le facteur parle à sa collègue)
ou réduits au verbe seul (Le facteur dort ; le facteur parle). On les nommera
« groupes verbaux transitifs ou intransitifs » ;
• dautre part, les GV comprenant un verbe attributif et un attribut du sujet
obligatoire (Alice est grande ; Alice est avocate). On les nommera « groupes
verbaux attributifs ».
NOTION GRAMMATICALE GROUPE VERBAL
2.3.1 La fonction complément dobjet
Le GV transitif ou intransitif se compose dun verbe à un mode personnel et, le
plus souvent, dun ou plusieurs constituants, qui peuvent à leur tour avoir diffé-
rentes natures.
Lorsque le complément dobjet nest introduit par aucune préposition (Je vois
les enfants), le complément est dit « complément dobjet direct » (COD) et le verbe
p. 84
Le système de la langue II
est dit « transitif direct ». Lorsque le complément dobjet est introduit par une
préposition (Je parle à quelquun), le complément est dit « complément dobjet
indirect » (COI) et le verbe est dit « transitif indirect » 25 . Les verbes qui nadmettent
ni COD ni COI sont appelés « verbes intransitifs » (Les chevaux galopent).
Les différents types de groupes verbaux
GV = V : Le facteur travaille. Le facteur dort. Le facteur parle.
GV = V + GN : Le facteur distribue le courrier.
le courrier : GN COD de distribue
GV = V + GNP : Le facteur parle à sa collègue.
à sa collègue : GNP COI de parle
GV = V + GN + GNP : Le facteur donne une lettre à ma voisine.
une lettre : GN COD de donne
à ma voisine : GNP COI de donne
GV = V + GNP + GNP : Le facteur parle de ses vacances à sa collègue.
de ses vacances : GNP COI de parle
à sa collègue : GNP COI de parle
Le COD et le COI peuvent avoir les natures suivantes :
• GN COD : Le facteur distribue le courrier ;
• GNP COI : Elle parle de mon facteur ;
• pronom : Le facteur le distribue (COD) ; le facteur lui parle (COI) ;
• groupe infinitif : Elle souhaite réussir sa vie (COD) ; groupe infinitif préposi-
tionnel : Elle parle de réussir sa vie (COI) ;
• proposition subordonnée complétive : Je sais que vous avez raison (COD) ;
je mattends à ce que vous ayez raison (COI) ; Je métonne que vous soyez en
retard (COI malgré leffacement de la préposition [sétonner de quelque chose]) ;
• proposition subordonnée interrogative : on vous a demandé si vous vouliez
vous inscrire (COD) ;
• proposition subordonnée relative substantive : Embrassez qui vous voudrez
(COD) ; je pense à ce que vous mavez dit (COI) ;
• proposition infinitive : Jentends les enfants jouer dans la cour (COD).
Les éléments de fonction COD ou COI sont toujours léquivalent syntaxique dun
GN et peuvent être remplacés par un pronom (de fonction COD ou COI).
Remarques
• Dans le cas du GV réduit au verbe, deux cas doivent être distingués : le cas du
verbe intransitif qui ne peut pas avoir de complément dobjet (Le soleil brille) et
le cas du verbe transitif qui, puisquil est transitif, peut avoir un complément,
mais dont le complément dobjet nest pas exprimé (Elle mange). On parle dans
ce dernier cas d« emploi absolu » du verbe transitif.
25 Dans le cas où le COI est un pronom, la préposition napparaît pas toujours : Il lui parle, le pronom
lui est bien un COI puisque le verbe se construit avec une préposition (parler à quelquun).
p. 85
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
• Les GV construits sur un verbe de mesure (coûter, peser, mesurer, valoir)
ont des compléments dobjet dont les propriétés sont différentes des complé-
ments dobjet types. Notamment, ils ne peuvent pas être mis à la forme pas-
sive : Cette maison coûte une fortune ➨ *une fortune est coûtée par cette
maison. En dépit de cette particularité, le complément des verbes de mesure
sera analysé comme un COD, au même titre que les COD types : le GN quatre
kilos dans Il pèse quatre kilos sera analysé comme un COD au même titre
que le GN le bébé dans la phrase Il pèse le bébé, bien que ces deux emplois
du verbe peser soient différents.
• Le terme « complément dobjet interne » sapplique notamment à des cas de
compléments de verbes habituellement intransitifs, compléments qui se
caractérisent par le fait quils redoublent le sens du verbe : Elle vit sa vie,
Dormez votre sommeil, riches de la terre, et demeurez dans votre pous-
sière (Bossuet). Puisquil nexiste pas encore de consensus, chez les linguistes,
sur la délimitation de cette catégorie, il est préconisé de considérer les complé-
ments dobjet internes comme de simples COD, donc de ne pas utiliser le terme
« complément dobjet interne », qui surcharge inutilement la terminologie.
• On appelle « construction factitive » les constructions du type Ils font
construire une maison. Cette construction pourra être analysée de la façon
suivante : lensemble formé par le semi-auxiliaire factitif faire et linfinitif
équivaut au noyau V du GV (V = font construire). Par conséquent, le GN une
maison dans la phrase Ils font construire une maison est analysé comme
COD de font construire.
• Dans le cas de verbes à la voix impersonelle, on parle de « complément du
verbe impersonnel » (Il faut partir ; Il faut que tu partes).
NOTIONS GRAMMATICALES
FONCTION COMPLÉMENT DOBJET (DIRECT, INDIRECT)
FONCTION COMPLÉMENT DU VERBE IMPERSONNEL
2.3.2 La fonction attribut
La fonction attribut concerne deux types de constructions du GV :
• dans le cas de lattribut du sujet, le groupe verbal est constitué dun verbe
dit « attributif » (en premier lieu le verbe être) et dun GN ou groupe adjectival
(GAdj.) de fonction attribut du sujet de ce verbe : Alice est une bonne avocate
(une bonne avocate est le GN attribut du sujet Alice) ; Alice est très grande
(très grande est le GAdj. attribut du sujet Alice) ;
• dans le cas de lattribut du COD, le GV est composé de trois éléments : un verbe
transitif (qui, donc, nest pas attributif), un GN COD et un troisième élément (GN
ou GAdj.), qui entretient avec le GN COD une relation similaire à celle qui existe
entre lattribut du sujet et le sujet. Par exemple : On a élu Alice présidente (le
p. 86
Le système de la langue II
GN présidente est attribut du COD Alice car la relation entre ces deux GN peut
être exprimée sous une forme attributive : Alice est présidente [à la suite de
lélection]) ; Elles estiment Alice suffisamment compétente (le GAdj. suffi-
samment compétente est attribut du COD Alice car la relation entre ce GAjd.
et le COD Alice peut également être exprimée sous une forme attributive :
Alice est suffisamment compétente [selon elles]).
Lattribut du sujet 2.3.2.1
Lattribut du sujet est un constituant obligatoire du GV dont le noyau est un
verbe attributif. Le premier des verbes attributifs est le verbe être, qui permet
lexpression dune propriété du sujet (Alice est grande), dun état du sujet (Alice
est malade) ou deffectuer une catégorisation du sujet (Alice est avocate).
Dautres verbes attributifs ajoutent des nuances aspectuelles (rester, devenir :
Elle reste/devient/heureuse) ou modales 26 (sembler, paraître, avoir lair :
Elle semble/paraît/a lair heureuse).
Remarques
• Les GV dont le noyau est le verbe être peuvent comporter des compléments
de forme GNP qui ne doivent pas être analysés comme des attributs. Par
exemple, le GNP à Alice dans Ce tableau est à Alice ne peut pas être ana-
lysé sur le même plan que ladjectif attribut magnifique dans Ce tableau est
magnifique (notamment parce que ladjectif attribut se pronominalise en
Il lest tandis que cela est impossible pour à Alice dans la phrase Ce tableau
est à Alice. Or, la réponse à ce problème nest pas encore stabilisée dans
notre tradition grammaticale. Une solution simple consiste à considérer que
le verbe être signifie ici « appartenir » (Ce tableau est à Alice = Ce tableau
appartient à Alice) et par conséquent que le GNP à Alice est de fonction
COI. De même, dans des phrases du type Alice est dans la voiture, Alice est
de Bordeaux, Ce tableau est de Mondrian, les GNP peuvent être analysés
comme des COI (au même titre que à Paris dans Alice va à Paris) puisque le
verbe être ne fonctionne plus, dans de tels emplois, comme un verbe attribu-
tif mais comme un verbe général apte à se substituer à dautres verbes plus
précis : Alice est dans la voiture = Alice se trouve dans la voiture ; Alice est
de Bordeaux = Alice vit/est née à Bordeaux ; Ce tableau est de Mondrian =
Ce tableau provient de/a été réalisé par Mondrian ; Ce tableau est à Alice =
Ce tableau appartient à Alice. Notons que ces GNP ne peuvent être ni dépla-
cés, ni supprimés : on ne peut donc les analyser comme des compléments
circonstanciels. Notons enfin que, dans certains cas particuliers où lemploi
du GNP avec le verbe être équivaut à un emploi nominal ou adjectival, le GNP
peut être analysé comme un attribut du sujet : dans Alice est à lécole au sens
de « est écolière », à lécole est attribut du sujet Alice ; en revanche, si Alice
est à lécole signifie « Alice se trouve à lécole » (ou « Alice est dans lécole »),
26 Les notions de mode et daspect sont définies ci-dessous en II.3.9.
p. 87
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
le GNP à lécole sanalyse comme un COI (au même titre que dans la voiture
dans Alice est dans la voiture). De même, dans Alice est en avance, le GNP
en avance sanalyse comme attribut du sujet Alice car il équivaut à un adjectif
attribut (par exemple ponctuelle : Alice est ponctuelle).
• On utilise couramment lexpression « verbe attributif » pour désigner le verbe
être. Cet usage est commode mais il convient de préciser que être nest pas
intrinsèquement un verbe attributif : il connaît des emplois attributifs, mais
peut aussi être employé dans dautres emplois, par exemple comme auxiliaire
dans la formation des temps composés du verbe (Alice est sortie). En résumé :
Alice est grande = emploi attributif du verbe être ; Alice est sortie = emploi
non attributif du verbe être (emploi de être comme auxiliaire).
La fonction attribut du sujet
Groupe adjectival
Alice est très grande.
GS : Alice ; GV : est très grande (est : verbe attributif ; très grande :
GAdj. attribut du sujet Alice).
Groupe nominal
Alice est une bonne avocate.
GS : Alice ; GV : est une bonne avocate (est : verbe attributif ;
une bonne avocate : GN attribut du sujet Alice)
Groupe prépositionnel
Alice est en retard.
GS : Alice ; GV : est en retard (est : verbe attributif ;
en retard : GNP attribut du sujet Alice)
Pronom
Qui est Alice ?
GS : Alice ; GV : est qui (est : verbe attributif ;
qui : pronom interrogatif attribut du sujet Alice)
Avocate, elle lest depuis deux ans.
GS : pronom Elle ; GV : lest (est : verbe attributif ;
l : pronom personnel attribut du sujet elle)
Infinitif (parfois précédé de la préposition de)
Souffler nest pas jouer ; limportant est de participer.
GS : infinitif souffler ; GV : nest pas jouer (est : verbe attributif ;
jouer : infinitif attribut du sujet souffler + négation ne…pas)
Proposition subordonnée conjonctive
Le problème est quelle ne comprend pas la question.
GS : Le problème ; GV : est quelle ne comprend pas la question
(est : verbe attributif ; quelle ne comprend pas la question :
proposition subordonnée conjonctive attribut du sujet le problème)
p. 88
Le système de la langue II
Lattribut du COD 2.3.2.2
Lattribut du COD se présente dans un GV comprenant au moins trois consti-
tuants : le verbe, un GN COD et un troisième constituant, de type nominal ou
adjectival, ayant la fonction dattribut du COD : On a élu Alice présidente
(V : a élu, GN COD : Alice, GN attribut du COD : présidente) ; Elles estiment Alice
suffisamment compétente (V : estiment, GN COD : Alice, GAdj. attribut du COD :
suffisamment compétente).
Remarque : dans le cas de lattribut du COD adjectival, il peut exister une ambi-
guïté liée à la confusion de cette structure avec la fonction épithète. Par exemple,
la phrase Ils ont cru cet enfant malade est ambiguë :
• soit on analyse malade comme un adjectif attribut du COD enfant ; dans ce
cas, la phrase signifie « ils ont cru que cet enfant était malade » et la prono-
minalisation du GN COD seffectue sous la forme ils lont cru malade (lanté-
cédent du pronom l étant cet enfant) ;
• soit on analyse malade comme un adjectif épithète de enfant ; dans ce cas,
la phrase signifie « ils ont cru cet enfant, qui se trouvait être malade » et la pro-
nominalisation du GN COD se réalise sous la forme : ils lont cru (lantécédent
du pronom l étant cet enfant malade).
NOTION GRAMMATICALE FONCTION ATTRIBUT (DU SUJET, DU COD)
Le groupe circonstanciel : 2.4
la fonction complément
circonstanciel
À la différence du complément dobjet du verbe (COD ou COI) qui est lié au sens
du verbe, le complément circonstanciel nentretient aucun rapport de sens
nécessaire avec le sens du verbe. Il donne des informations complémentaires
au sujet de lévénement décrit par lensemble groupe sujet et groupe verbal
[GS + GV] : lieu de lévénement, moment de lévénement, cause de lévénement,
etc. Cest pour cette raison que le complément circonstanciel est toujours facul-
tatif (il peut donc être supprimé sans que lintégrité grammaticale de la phrase
soit affectée) et quil peut par ailleurs être déplacé dans la phrase, puisquil pos-
sède une autonomie par rapport à lensemble [GS + GV].
La fonction complément circonstanciel peut être assurée par des groupes pré-
positionnels (GP), par des groupes nominaux (GN), par des adverbes ou par des
propositions subordonnées. On peut avoir plusieurs GC dans une même phrase :
p. 89
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Chaque jour, le facteur distribue le courrier à huit heures (GC1 : chaque jour ;
GC2 : à huit heures).
La fonction complément circonstanciel
Le groupe prépositionnel complément circonstanciel
Groupe nominal prépositionnel : à huit heures dans
Le facteur distribue le courrier à huit heures.
Groupe pronominal prépositionnel : devant moi dans
Le facteur distribue le courrier devant moi.
Groupe infinitif prépositionnel : avant de partir dans
Le facteur distribue le courrier avant de partir.
Gérondif : en se dépêchant dans Le facteur distribue le courrier
en se dépêchant.
Le groupe nominal complément circonstanciel
le matin dans Le facteur distribue le courrier le matin.
Ladverbe complément circonstanciel
aujourdhui dans Le facteur distribue le courrier aujourdhui.
La proposition subordonnée complément circonstanciel
Proposition subordonnée circonstancielle : quand le jour se lève
dans Le facteur distribue le courrier quand le jour se lève.
Proposition subordonnée participiale : le travail achevé dans
Le travail achevé, le facteur rentre chez lui ; le temps aidant dans
Le temps aidant, le facteur connaîtra les habitants du quartier.
Lorsque la fonction circonstancielle est reconnue comme telle dans la structure
de la phrase, différents types de compléments circonstanciels peuvent être dis-
tingués selon leur sens. Cette identification sémantique du complément circons-
tanciel reste secondaire, pour lanalyse grammaticale de la phrase, par rapport
à lidentification syntaxique de la fonction circonstancielle. Le tableau suivant
récapitule les types les plus courants de compléments circonstanciels, selon
leur valeur sémantique et leur nature.
Les différents types de compléments circonstanciels
Complément circonstanciel de temps
GN : le matin dans Le facteur distribue le courrier le matin.
GNP : à huit heures dans Le facteur distribue
le courrier à huit heures.
Adverbe : aujourdhui dans Le facteur distribue
le courrier aujourdhui.
Proposition subordonnée de temps : quand le jour se lève
dans Le facteur distribue le courrier quand le jour se lève.
p. 90
Le système de la langue II
Proposition subordonnée participiale : Le jour levé dans
Le jour levé, le facteur distribue le courrier.
Complément circonstanciel de lieu
GNP : dans le quartier dans
Le facteur distribue le courrier dans le quartier.
Adverbe : ici dans Ici, le facteur distribue le courrier.
Complément circonstanciel de cause
GNP : par nécessité dans
Le facteur distribue le courrier par nécessité.
Proposition subordonnée : parce que cest son métier dans
Le facteur distribue le courrier parce que cest son métier.
Gérondif : en roulant trop vite dans
Il a provoqué un accident en roulant trop vite.
Groupe infinitif prépositionnel (GIP) : pour avoir trop mangé dans
Il sest rendu malade pour avoir trop mangé.
Complément circonstanciel de conséquence
GP : au point de nuire à la qualité de son travail dans
Le facteur se presse au point de nuire à la qualité de son travail.
Proposition subordonnée : de sorte quil termine sa tournée
plus tôt aujourdhui dans
Le facteur distribue le courrier rapidement de sorte
quil termine sa tournée plus tôt aujourdhui.
Complément circonstanciel de manière
GNP : avec patience dans
Le facteur distribue le courrier avec patience.
GIP : sans attendre dans
Le facteur distribue le courrier sans attendre.
Gérondif : en se dépêchant dans
Le facteur distribue le courrier en se dépêchant.
Adverbe : patiemment dans
Le facteur distribue le courrier patiemment.
Complément circonstanciel de moyen (êtres inanimés)
GNP : avec un stylo plume dans
Le facteur signe le document avec un stylo plume.
Complément circonstanciel daccompagnement (êtres animés)
GNP : avec une collègue dans
Le facteur travaille avec une collègue.
Complément circonstanciel de but
GIP : pour gagner sa vie dans
Le facteur distribue le courrier pour gagner sa vie.
Proposition subordonnée : pour que le courrier soit distribué
dans Le facteur travaille pour que le courrier soit distribué.
GNP : pour cette cause dans Elle se bat pour cette cause.
p. 91
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Complément circonstanciel dhypothèse
GNP : en cas de besoin dans
Le facteur distribuera le courrier en cas de besoin.
GIP : à condition de recruter un facteur ou une factrice
dans Le courrier sera distribué à condition de recruter
un facteur ou une factrice.
Proposition subordonnée : si tout va bien dans
Le courrier sera distribué si tout va bien.
Complément circonstanciel de concession
GNP : malgré la pluie dans Le facteur distribue
le courrier malgré la pluie.
Proposition subordonnée : bien quil pleuve dans
Le facteur distribue le courrier bien quil pleuve.
Gérondif : tout en nayant commis aucune infraction grave dans
Il a échoué à son examen tout en nayant commis
aucune infraction grave.
GIP : pour être dévot dans Ah ! pour être dévot,
je nen suis pas moins homme. (Molière)
POUR ALLER PLUS LOIN
Certaines phrases comprenant un complément prépositionnel sont ambiguës,
ce complément pouvant être analysé soit comme un COI, soit comme un com-
plément circonstanciel. Par exemple, dans la phrase Elle joue à lancer la balle
dans la cour, le GNP dans la cour doit être analysé comme un COI si dans
la cour désigne le lieu daboutissement du verbe lancer. Dans ce cas, en effet,
le GNP est impliqué par le sens du verbe puisque le sens véhiculé par le verbe
lancer suppose un point daboutissement du lancer. En revanche, si la même
phrase est interprétée au sens « Elle joue dans la cour et son jeu consiste
à lancer une balle » sans indication du point daboutissement du lancer, dans
la cour sera analysé comme un groupe circonstanciel (GC) constitué dun GNP
de fonction complément circonstanciel : ce GNP nest en aucune façon impliqué
par le sens du verbe et ne fait que donner une information complémentaire
(de lieu, mais on aurait aussi bien pu avoir une information de temps, comme
ce matin, ou de cause comme parce quelle sennuie, etc.). Cela explique que,
dans cette interprétation, le GNP puisse être déplacé, tandis quun tel dépla-
cement est impossible dans la première interprétation. La plupart des verbes
de mouvement posent des problèmes de ce type.
Il convient par ailleurs de noter quil existe des cas de compléments qui sont
dans une situation intermédiaire entre le GN COI et le GC (et que la grammaire
scolaire ne prend généralement pas en charge car elle se limite à lopposition
binaire entre complément dobjet et complément circonstanciel). Considérons
les phrases : Alice travaille à Paris ; À Paris, Alice travaille à la réussite de
lentreprise. Dans cette dernière phrase, le GNP à la réussite de lentreprise
est un COI (ce que confirme notamment le fait quil très difficile à placer en tête
p. 92
Le système de la langue II
de phrase), au même titre que à Paris dans Alice va à Paris (à cette différence
près que le COI est obligatoire avec le verbe aller). Dans la phrase À Paris, Alice
travaille à la réussite de lentreprise (qui signifie, sauf into­nation particulière,
« lorsquelle se trouve à Paris, Alice travaille à la réussite de lentreprise », ce qui
peut sous-entendre quelle ne travaille pas à la réussite de lentreprise si elle
nest pas à Paris) le GNP à Paris est un GC, qui donne une information au sujet
de lensemble formé par le GS et le GV (Alice travaille à la réussite de lentre-
prise), cette information nétant pas particulièrement impliquée par le sens
du verbe et pouvant être remplacée par nimporte quelle autre circonstance
(Depuis un an, Alice travaille à la réussite de lentreprise). En revanche, dans
la phrase Alice travaille à Paris, interprétée au sens « Alice exerce une activité
professionnelle qui se situe à Paris », le GNP à Paris est moins mobile quun
complément circonstanciel typique et il entre dans la portée de la négation
(Alice ne travaille pas à Paris : « ce nest pas à Paris quelle travaille », donc
négation de à Paris) à la différence du GNP complément circonstanciel (À Paris,
Alice ne travaille pas à la réussite de lentreprise : « quand elle est à Paris,
elle ne travaille pas à la réussite de lentreprise », donc la négation ne touche
pas à Paris). On peut parler dans ce cas dun « complément circonstanciel
du verbe », par opposition au complément circonstanciel, qui est un ajout à la
phrase. Le complément circonstanciel du verbe (CCV) se carac­térise par le fait
quil est nié lorsque la phrase est sous la forme négative27.
On remarquera cependant que, dans la phrase Alice travaille à Paris, le GNP
à Paris peut aussi bien être interprété comme un CC si la phrase est pronon-
cée avec une accentuation particulière sur travaille (ce que peut souligner
une virgule : Alice travaille, à Paris). Car dans ce cas, le GNP à Paris nest
plus touché par la négation (Alice ne travaille pas, à Paris). Inversement,
le GNP à Paris peut être analysé comme un CCV si une intonation parti­
culière sur à Paris permet de comprendre que À Paris, Alice travaille est une
réponse à la question « Où Alice travaille-t-elle ? »
En résumé :
Alice va à Paris : complément dobjet indirect.
Alice travaille à la réussite de lentreprise : complément dobjet indirect.
Alice travaille à Paris : complément circonstanciel du verbe.
Alice travaille(,) à Paris : complément circonstanciel.
À Paris, Alice travaille : complément circonstanciel.
À Paris, Alice travaille (comme réponse à la question « Où Alice travaille-t-
elle ? ») : complément circonstanciel du verbe.
Le fait de ne pas distinguer les compléments circonstanciels du verbe des
compléments circonstanciels de la phrase est donc une simplification radicale
de cette réalité linguistique complexe. La fonction complément circonstanciel
du verbe (ou plus simplement « complément du verbe ») sera cependant utile
pour lanalyse des adverbes (cf. II.3.1).
27 Beaucoup dexemples de compléments circonstanciels donnés dans cette terminologie pourraient
donc être analysés également comme des compléments circonstanciels du verbe.
p. 93
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
2.5 Les fonctions dans
le groupe nominal : lexpansion
du nom (fonction complément
du nom, fonction épithète)
et lexpansion du groupe nominal
(fonction apposition)
Le groupe nominal (GN) est un groupe syntaxique dont le noyau est un nom (N).
Outre le nom, le GN comporte très souvent un déterminant (Dét) et, faculta-
tivement, une expansion du nom (Exp). La formule générale du GN est donc la
suivante : GN = Dét + N (+ Exp) : une avocate remarquable, une remarquable
avocate (Dét : une ; N : avocate ; Exp : remarquable, adjectif). Cependant, dans
certains cas, le GN est enrichi par un apport en position détachée que lon
nomme apposition (App.) : Cette avocate, très fiable, pourra te conseiller
([GN = [Cette avocate]] + App très fiable). Lexpression « expansion du nom »
permet de regrouper sous un même terme les fonctions épithète et complé-
ment du nom, qui jouent le même rôle par rapport au nom. Elle désigne donc
une fonction.
2.5.1 La fonction complément du nom
La fonction complément du nom est principalement exercée par un groupe pré-
positionnel (GP).
Fonction complément du nom
Groupe nominal prépositionnel (GNP) : Le château de ma mère ;
une tragédie de Racine ; une maison en bois.
GIP : Un livre à lire ; Un livre à ne pas mettre
entre toutes les mains.
Groupe adverbial prépositionnel :
La littérature daujourdhui ; le film dhier.
Proposition subordonnée complétive :
La crainte quelle parte menvahit.
p. 94
Le système de la langue II
Une proposition subordonnée conjonctive peut également avoir la fonction
de complément du nom : La crainte quelle parte menvahit (la proposition
subordonnée complétive quelle parte, complément du nom crainte est ici équi-
valente au GNP de son départ) ; Jai la conviction quelle réussira (la propo-
sition subordonnée complétive quelle réussira, complément du nom conviction
est ici équivalente au GNP de sa réussite) 28 .
Plusieurs compléments du nom peuvent être imbriqués les uns dans les autres.
Par exemple, le GN La voiture du frère de ma voisine sanalyse de la façon
suivante :
• Dét (la) + N (voiture) + Exp 1 (= GNP complément du nom : du frère de ma
voisine) ;
• lExp 1 du frère de ma voisine contient le GN le frère de ma voisine, qui sana-
lyse ainsi : Dét (le) + N (frère) + Exp 2 (= GNP complément du nom : de ma voisine).
Au plan sémantique, la relation entre le nom et le GNP complément du nom
est très variable ; il nexiste pas de liste close des relations possibles. En voici
quelques exemples :
• idée dappartenance : Le château de ma mère ;
• idée de matière : une maison en bois ;
• idée de lieu : une promenade en forêt ; la gare de Strasbourg ;
• idée de destination : son départ pour Londres, etc.
Dans le cas de noms dérivés de verbes, le complément du nom peut correspondre
au sujet ou à lobjet du verbe : le décollage de la fusée (« la fusée décolle » : le GNP
complément du nom correspond au sujet du verbe décoller dont dérive décol-
lage) ; la réception de cette lettre (« on a reçu cette lettre » : le GNP complément
du nom correspond au COD du verbe recevoir dont dérive réception). Dans cer-
tains cas, le GNP est ambigu : Lamour de ses parents signifie ou bien « lamour
quon éprouve pour ses parents » (le GNP de ses parents correspond dans ce
cas au COD de aimer dont dérive amour) ou bien « Lamour que les parents
éprouvent » (le GNP de ses parents correspond dans ce cas au sujet de aimer
dont dérive amour).
Les GNP du type La ville de Strasbourg (« la ville qui se nomme Strasbourg »)
seront analysés comme des compléments du nom, au même titre que La gare
de Strasbourg (« la gare qui se trouve à Strasbourg »), en dépit de la différence
sémantique entre ces deux sortes de compléments29 .
28 On peut aussi trouver, mais beaucoup plus rarement, des propositions subordonnées relatives
substantives de fonction complément du nom : ce livre de qui vous savez.
29. Lanalyse de de Strasbourg dans des constructions du type La ville de Strasbourg, comme GNP
apposé à ville, longtemps pratiquée, sera donc abandonnée parce quelle ne correspond pas à la définition
de lapposition adoptée dans cette terminologie (cf. II.2.6).
p. 95
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
HISTOIRE DE LA LANGUE Comme en français, le latin est parfois confronté
à lambiguïté sémantique du complément du nom, suivant que le nom, dans
une phrase avec un verbe conjugué, deviendrait sujet ou COD. Ainsi, dans
le groupe nominal Timor hostium (la crainte des ennemis), lon dit que
hostium est soit : 1) un génitif subjectif quand ce nom peut, dans une phrase
conjuguée, occuper la fonction de sujet (Les ennemis ont peur) ; 2) un génitif
objectif quand ce nom peut, dans une phrase conjuguée, occuper la fonction
de COD (Il redoute les ennemis). Inversement, le latin se démarque du fran-
çais dans le groupe nominal la ville de Rome (urbs Roma) où de Rome nest
pas un complément du nom (il serait alors au génitif) mais une apposition
(qui se met donc au même cas que urbs).
NOTION GRAMMATICALE FONCTION COMPLÉMENT DU NOM
2.5.2 La fonction épithète
La fonction épithète est, comme la fonction complément du nom, une fonction
majeure au sein du groupe nominal (GN). Elle se distingue de la fonction complé-
ment du nom en ce quelle relie un constituant (adjectival ou nominal) au nom
dune manière non pas indirecte mais directe, cest-à-dire sans préposition : une
avocate remarquable (la fonction épithète est une relation directe entre ladjec-
tif remarquable et le nom avocate) se distingue à cet égard de une avocate de
talent (la fonction complément du nom est une relation indirecte, passant par la
préposition de, entre le nom avocate et le nom talent).
Trois types de constituants peuvent occuper la fonction épithète.
Fonction épithète
Ladjectif ou le groupe adjectival
une avocate remarquable ; une avocate vraiment remarquable ;
une avocate remarquable à tous égards.
Le nom ou le groupe nominal
un bijou fantaisie ; des films grand public ;
une opération coup de poing.
La proposition subordonnée relative adjective
Les élèves qui avaient bien révisé ont obtenu dexcellentes notes.
p. 96
Le système de la langue II
On parlera donc d« adjectif épithète » (ou « groupe adjectival épithète »), de « nom
épithète » (ou « groupe nominal épithète ») et de « proposition subordonnée rela-
tive adjective épithète ».
NOTION GRAMMATICALE FONCTION ÉPITHÈTE
La fonction complément de ladjectif 2.5.3
Le groupe adjectival peut être formé dun adjectif suivi dun GNP de fonction com-
plément de ladjectif. Ainsi, dans la phrase Elle est heureuse de sa réussite, le GNP
de sa réussite est complément de ladjectif heureuse, lensemble du groupe
adjectival heureuse de sa réussite étant de fonction attribut du sujet elle. Le com-
plément de ladjectif apparaît également dans le groupe adjectival épithète à linté-
rieur dun groupe nominal (GN). Ainsi, dans la phrase Cette musicienne fière de
ses progrès se produira bientôt en concert, le GNP de ses progrès est complé-
ment de ladjectif fière et lensemble du groupe adjectival fière de ses progrès
est épithète du nom musicienne.
Fonction complément de ladjectif
Elle est heureuse de sa réussite.
Cette musicienne fière de ses progrès se produira bientôt en concert.
NOTION GRAMMATICALE FONCTION COMPLÉMENT DE LADJECTIF
La fonction apposition 2.6
Un constituant de fonction apposition (ou apposé) nest pas une expansion interne
au groupe nominal (GN), mais un apport dinformation externe au support que
constitue le GN. En dautres termes, lapposition nest pas une expansion du GN
mais une expansion au GN : par exemple, dans la phrase Cette avocate remar-
quable, exaspérée, quitta le tribunal, le participe exaspérée est apposé au GN
cette avocate remarquable.
Cette avocate remarquable, exaspérée, quitta le tribunal.
GN = support Apposition
apport
p. 97
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Lapposition se caractérise en outre par le fait quelle est détachée de son support
par des virgules.
Trois types de constituants peuvent être apposés.
Fonction apposition
Ladjectif ou le groupe adjectival
Cette avocate, remarquable, a gagné le procès ; Cette avocate,
vraiment remarquable, a gagné le procès.
Le nom ou le groupe nominal
Une femme, avocate, lui a téléphoné. Cette femme, une avocate
très connue dans la région, lui a téléphoné.
La proposition subordonnée relative adjective
Cette femme, qui est avocate, lui a téléphoné.
On parlera donc d« adjectif apposé » (ou « groupe adjectival apposé »), de « nom
apposé » (ou « groupe nominal apposé ») et de « proposition subordonnée relative
adjective apposée ».
POUR ALLER PLUS LOIN
La distinction entre les expansions du nom (compléments du nom, épithètes) et
les appositions se traduit sémantiquement par une distinction du rôle de ces
fonctions à légard de lextension nominale (ou extension du nom). Lextension
dun nom est lensemble des êtres ou objets auxquels ce nom est applicable.
Par exemple, lextension de chaise est lensemble de tous les objets que je
peux nommer « chaise ». Lextension de chaise est plus petite que lextension
de siège puisque les chaises sont un sous-ensemble des sièges. En passant de
siège à chaise, on effectue une réduction dextension nominale par un moyen
lexical (on passe dun mot à un autre). Cette réduction de lextension nominale
est souvent nécessaire pour apporter de la précision au propos (si je demande
un siège, je nobtiendrai peut-être pas une chaise), mais les moyens lexicaux
sont insuffisants pour répondre à lensemble des besoins. Il existe donc un
autre moyen, non plus lexical mais grammatical, de réduire lextension dun
nom : lutilisation dexpansions nominales, épithètes ou compléments du nom.
Dans un siège de bureau (complément du nom), un siège auto (nom épithète),
un siège confortable (adjectif épithète), les expansions nominales (de bureau,
auto, confortable) permettent de réduire lextension du nom siège au même
titre que le faisait le passage de siège à chaise.
Lapposition, quant à elle, naffecte pas lextension du GN auquel elle se rap-
porte. Dans Ces sièges, confortables, ne sont pas chers, le locuteur réfère
à lensemble des sièges dont il dit quils sont confortables : lextension de
p. 98
Le système de la langue II
sièges nest pas diminuée par ladjectif apposé confortable. Mais dans la
phrase Je voudrais acheter des sièges confortables, ladjectif épithète
réduit lextension de sièges : seul est concerné par le souhait dachat le sous-
ensemble des sièges qui ont la propriété dêtre confortables.
En résumé : les expansions du nom réduisent lextension nominale mais lappo-
sition ne réduit pas lextension nominale.
NOTION GRAMMATICALE FONCTION APPOSITION
Les fonctions énonciatives 2.7
et textuelles
POUR ALLER PLUS LOIN
La grammaire scolaire, parce quelle est principalement une grammaire de
la phrase, accorde généralement peu de place aux plans danalyse énonciatif
et textuel. Il existe cependant un certain nombre de mots ou de propositions
dont le rôle est inexplicable sans recours à ces plans danalyse et qui doivent
être pris en compte parce quils apparaissent dans les phrases. Les fonc-
tions énonciatives et textuelles concernent essentiellement des adverbes (ou
groupes adverbiaux), des groupes nominaux prépositionnels (GNP) et des pro-
positions subordonnées.
Les fonctions énonciatives
Les constituants ayant une fonction énonciative peuvent ou bien apporter une
modalisation à lénoncé, cest-à-dire indiquer le degré dadhésion du locuteur
à son énoncé (fonction de modalisation) ou bien indiquer lattitude du locuteur
à légard de sa propre énonciation (fonction auto-énonciative).
La fonction de modalisateur
• Adverbe : La réunion est probablement annulée.
• Groupe prépositionnel (GP) : Selon les journalistes, la réunion est annulée.
• Proposition subordonnée : Si lon en croit les journalistes, la réunion est
annulée.
La fonction auto-énonciative
• Adverbe : Franchement, je suis scandalisé par cette situation.
• Groupe prépositionnel (GP) : Pour être très franc, je suis scandalisé par
cette situation.
• Proposition subordonnée : Sil faut être franc, je suis scandalisé par
cette situation.
p. 99
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Un cas particulier de la fonction auto-énonciative est celui de la modalisation
autonymique. Par exemple, dans la phrase : Il y a un « petit » problème, le locu-
teur, au moyen de guillemets (et, à loral, au moyen dune intonation ou dun geste
appropriés), donne une information sur la façon dont il convient de comprendre
son utilisation du mot petit. Le mot petit est donc à la fois en usage (on réfère
bien à la propriété de petitesse) et en mention (on dit quelque chose du mot
petit). Le fait dutiliser un mot en mention se nomme « autonymie » : par exemple,
dans la phrase « Petit » a cinq lettres le mot petit est un autonyme puisque,
dans cette phrase, on ne parle pas de la notion de petitesse mais du mot petit.
Les fonctions textuelles
Les fonctions textuelles concernent principalement des adverbes ou des locu-
tions adverbiales dont le rôle est de contribuer à la structuration textuelle :
• fonction de connecteur : Il fait très beau ce matin. Pourtant/cependant,
etc. : je nai pas envie de sortir ;
• fonction de balise textuelle : Premièrement/dabord/ensuite/enfin, etc. :
je dirai que cette situation désastreuse a duré trop longtemps.
p. 100
Le système de la langue II
La nature des mots 3
ou groupes de mots
Le mot, à la différence du concept, appartient obligatoirement à une
classe grammaticale (ou classe de mots). En dautres termes, il a obli-
gatoirement une nature : nom, verbe, adjectif, adverbe, déterminant,
conjonction, préposition, pronom ou interjection.
POUR ALLER PLUS LOIN
Le concept est une catégorisation qui se veut indépendante des langues.
Les mots sommeil, somnus (latin), sonno (italien), sueño (espagnol), sleep
(anglais), Schlaf (allemand) renvoient tous au même concept : « état dans
lequel se trouve une personne ou un animal qui dort ». Ce concept est lui-
même fondé sur une catégorisation biologique des états possibles des êtres
vivants, donc sur une description biologique conçue comme indépendante
des langues (mais qui, cependant, peut difficilement éviter de se formuler
au moyen dune langue). Par ailleurs, ce même concept est visé aussi bien
par le verbe dormir que par le substantif sommeil ou ladjectif endormi.
Le concept se distingue donc du mot à la fois parce quil nappartient à aucune
langue et parce quil na pas de classe grammaticale. Il convient enfin de préci-
ser que des mots qui renvoient au même concept nont pas nécessairement le
même sens. Par exemple, dormir, to sleep (anglais), schlafen (allemand) nont
pas le même sens puisque dormir avec quelquun se distingue en français
de coucher avec quelquun alors que to sleep et schlafen ont ces deux signi-
fications. Le sens de dormir nest donc pas superposable à celui de to sleep
ni à celui de schlafen.
Remarque : la nature dun mot détermine son emploi et ses formes possibles :
savoir que le mot dorment dans la phrase Elles dorment est un verbe permet de
prévoir que ce mot a des formes variables selon la personne, quil a un sujet, quil
saccorde avec son sujet et quil a une marque de pluriel en -ent à la troisième
personne du pluriel ; savoir que le mot poèmes dans la phrase Jaime les poèmes
de Lamartine est un nom permet de prévoir quil est précédé dun déterminant,
que ce déterminant saccorde avec le nom, que la forme du déterminant peut
être un indice du genre et/ou du nombre du nom, et quil a une marque de pluriel
le plus souvent en -s. Reconnaître la nature des mots ou groupes de mots est
donc une opération cognitive de catégorisation grammaticale, qui présente un
intérêt majeur, notamment du point de vue orthographique.
p. 101
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
POUR ALLER PLUS LOIN
Considérer que la nature dun mot détermine son emploi est une simplification.
En réalité, linverse est également vrai : cest parfois lemploi qui détermine la
nature dun mot dans une phrase. Par exemple, dans la phrase Elle est fort
sympathique, ladjectif fort est employé comme adverbe. Plus précisément,
il prend dans cet emploi une valeur dadverbe qui, dans le groupe adjectival
fort sympathique modifie ladjectif sympathique et qui, en tant quadverbe,
reste invariable et donc ne saccorde pas au féminin. Ladjectif fort dans ce
type demploi pourrait être remplacé par très, ce qui montre bien quil fonc-
tionne comme un adverbe (Elle est très sympathique). Est-ce donc la nature
du mot qui détermine son emploi ou lemploi du mot qui indique sa nature ?
La réponse à cette question oblige à distinguer deux niveaux de description :
le plan de la langue (mots hors emploi, tels quils apparaissent, par exemple,
comme entrées de définitions dans un dictionnaire) et le plan du discours, qui
est celui de lemploi des mots dans une phrase. Le mot fort, en langue, est un
adjectif. En discours, le mot fort est le plus souvent employé conformément
à sa nature (en langue), cest-à-dire comme adjectif (Elle est très forte), mais
il peut également être employé comme adverbe (Elle est fort sympathique).
Par conséquent, la nature en langue dun mot détermine son emploi en dis-
cours si celui-ci est conforme à la nature du mot (un mot de nature adjectivale
employé comme adjectif), mais lemploi en discours dun mot dune certaine
nature peut fort bien ne pas coïncider avec cette nature (un mot de nature
adjectivale employé comme adverbe). Lorsque lon traite de la nature des
mots, cest généralement de la nature des mots en langue quil sagit. Tel est
au moins le cas ici.
3.1 Le nom
Les noms se répartissent en noms propres et noms communs. Les noms propres
désignent un être ou une chose singulière, tandis que les noms communs sap-
pliquent à des séries illimitées dêtres, dobjets ou de concepts qui partagent des
caractéristiques communes.
Les noms propres peuvent désigner des personnes individuelles inconnues
(Jean Dupont) ou connues (Pierre Corneille), des personnages de fiction
(Emma Bovary), des allégories personnifiées (la Fortune, la Vertu), des lieux
géographiques (Bordeaux, la Seine, la Lune, Mercure), des divinités (Jupiter,
Junon, Dieu, le Tout-Puissant), des monuments et œuvres artistiques (Le Pan-
théon, La Joconde, Les Plaideurs), des moyens de transport (Le Normandie,
le Mirage IV ), des événements ou des périodes historiques (la Renaissance,
lEmpire), etc.
p. 102
Le système de la langue II
Les noms communs comportent deux grandes catégories : les êtres animés
(femme, homme, animal) et inanimés (table, chaise) 30 . Les noms communs ina-
nimés se subdivisent par ailleurs en noms concrets (chaise, table) et abstraits
(courage, finesse). Les noms concrets peuvent être comptables (ils peuvent être
comptés : une chaise, deux chaises) ou massifs 31 (ils ne peuvent pas être comp-
tés mais peuvent être divisés 32 : du sable, de la farine). En revanche, les noms
abstraits sont tous massifs.
POUR ALLER PLUS LOIN
La distinction massif/comptable existe au plan des noms mais aussi au plan
des groupes nominaux (GN). Un nom comptable (par exemple bœuf dans
Le bœuf est dans létable) peut ainsi donner lieu à un GN massif, sil est
employé avec un article partitif (Elle mange du bœuf) et, inversement, un nom
massif (par exemple Il faut de la farine pour cette recette) peut donner lieu
à un GN comptable sil est employé avec un article autre que le partitif (Il faut
deux farines différentes pour cette recette). Ce point sera approfondi dans
le chapitre consacré aux déterminants.
Noms propres et noms communs
Noms propres
Marie Dupont, Bordeaux, Emma Bovary,
Le Panthéon, La Joconde
Noms communs
femme, homme, animal, école, table,
chaise, sable, courage, finesse
Noms dêtres animés
femme, homme, animal
Noms dêtres inanimés
chaise, table, sable, farine, courage, finesse
Noms concrets comptables
chaise, table
Noms concrets massifs
sable, farine
Noms abstraits massifs
courage, finesse
30 Ce partage est culturel, comme lont montré les anthropologues. Par exemple, les indiens Achuar
traitent les plantes et les animaux comme des personnes (Philippe Descola, La Nature domestique : symbolisme
et praxis dans lécologie des Achuar, Maison des sciences de lhomme, Paris, 1986).
31 Les termes « massif » et « non comptable » sont équivalents.
32 Les noms massifs peuvent être divisés au sens où un peu de sable est toujours du sable,
un peu de farine est toujours de la farine. En revanche, les noms comptables ne peuvent pas être divisés :
un morceau de chaise nest pas une chaise.
p. 103
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
HISTOIRE DE LA LANGUE Les noms communs étaient, en latin, susceptibles
dappartenir à lun des trois genres suivants : masculin, féminin et neutre.
Toutefois, un examen attentif montre que lopposition fondamentale ne se
situait pas entre masculin et féminin mais entre animé (masculin et féminin) et
inanimé (neutre). Dun point de vue morphologique, les cinq déclinaisons latines
comportent en effet à la fois des noms masculins et des noms féminins, preuve
que les déclinaisons ne sont pas porteuses dune assignation de genre. Dun
point de vue morphologique toujours, les différences au sein des déclinaisons
nopposent pas les noms masculins et les noms féminins, mais les noms animés
et les noms inanimés. Ainsi, au sein de la déclinaison thématique, dominus
(masc.) « maître » et populus (fém.) « peuplier » se déclinent suivant le même
paradigme, tandis que templum « temple » présente des formes différentes de
celles des noms masculins et féminins. Dun point de vue lexical, des notions
fondamentales sexpriment par le même mot, à la fois masculin et féminin
(homo « homme » ou « femme », parens « père » ou « mère », ciuis « citoyen » ou
« citoyenne », bos « bœuf » ou « vache », sus « cochon » ou « truie », anser « jars »
ou « oie », etc.). La catégorie du genre étant par ailleurs une catégorie variant
dune langue à lautre, il ny a pas de lien de continuité entre les genres des
noms latins et leurs équivalents en français. Le genre neutre, qui subsiste dans
certaines formes pronominales (ceci, cela, quoi, etc.), a été évacué au profit
du masculin (templum, nom neutre en latin a donné « temple », nom masculin).
NOTIONS GRAMMATICALES
NOM PROPRE NOM COMMUN
GENRE (MASCULIN, FÉMININ) NOMBRE (SINGULIER, PLURIEL)
NOM (ANIMÉ, INANIMÉ, CONCRET, ABSTRAIT, COMPTABLE, MASSIF (OU NON COMPTABLE))
3.2 Ladjectif
Dans la pratique scolaire de la grammaire, on utilisera par défaut le terme
simple « adjectif ». La dénomination « adjectif qualificatif » nest utile que par
contraste avec ladjectif relationnel.
Ladjectif comporte en effet deux catégories : ladjectif qualificatif proprement dit
exprime une qualité du nom auquel il se rapporte (petit, grand, gentil) ; ladjectif
relationnel, exprimant un simple rapport avec une notion (la voiture présiden-
tielle, un arrêté préfectoral), peut aisément être remplacé par une préposition
suivie dun nom (la voiture du président, un arrêté de la préfecture). Ladjectif
qualificatif est gradable (susceptible de connaître des degrés comparatif ou
superlatif), tandis que ladjectif relationnel nest pas gradable. Ainsi, on peut dire
une voiture très rapide, mais on ne peut dire un *arrêté très municipal.
p. 104
Le système de la langue II
Adjectifs qualificatifs et adjectifs relationnels
Adjectifs qualificatifs
petit, grand, gentil, serviable, etc.
Adjectifs relationnels
préfectoral, présidentiel, etc.
Remarque : certains adjectifs sont susceptibles dun emploi qualificatif et dun
emploi relationnel. Ainsi, dans le groupe nominal La circulation parisienne,
parisienne est en emploi relationnel (= La circulation de Paris, à Paris), tandis
que dans la phrase Elle shabille dune manière très élégante et très pari-
sienne, parisienne est ici en emploi qualificatif et peut, à ce titre, comporter des
degrés (comparatif, superlatif).
Les adjectifs qualificatifs sont gradables : ils connaissent des degrés qui expri-
ment lintensité à laquelle une qualité est possédée par le nom auquel ladjectif
se rapporte.
Les degrés de ladjectif qualificatif
Comparatifs
Comparatif dégalité :
Elle est aussi savante (que toi).
Comparatif dinfériorité :
Elle est moins savante (que toi).
Comparatif de supériorité :
Elle est plus savante (que toi).
Superlatifs
Superlatif de supériorité :
Elle est la plus savante (de toutes).
Superlatif dinfériorité :
Elle est la moins savante (de toutes).
HISTOIRE DE LA LANGUE Le système latin des degrés de ladjectif qualificatif
était, pour la forme et pour le sens, très proche de celui quon observe en
français, à deux exceptions près : 1) le latin connaissait des formes usuelles
de comparatif de supériorité (fortior « plus courageux ») et de superlatif de
supériorité (fortissimus « très/le plus courageux ») synthétiques (un seul
mot) que le français a, à de rares exceptions près, évacuées au profit de
forme périphrastique (en plusieurs mots) ; 2) le latin ne distinguait pas le
superlatif de supériorité (le plus riche) du groupe adjectival (très riche).
On observe cependant que certains comparatifs latins, parmi les formes les
p. 105
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
plus employées, sont demeurés des comparatifs dadjectifs (« pire », lat. peior
est le comparatif de « mauvais », « meilleur », lat. melior est le comparatif de
« bon ») ou ont donné au français des adjectifs à sens comparatif (« majeur »,
lat. maior, « mineur », lat. minor). Par ailleurs, quelques superlatifs latins sont
devenus des adjectifs à sens superlatif (« minime », lat. minimus est léquiva-
lent sémantique de « très petit »). Enfin, le suffixe superlatif latin de supériorité
-issimus, a, um, très productif en italien et en espagnol, a connu en français
un certain rendement en fournissant des adjectifs à sens superlatif (richis-
sime, illustrissime).
NOTIONS GRAMMATICALES
ADJECTIF QUALIFICATIF ADJECTIF RELATIONNEL GRADABLE NON GRADABLE
DEGRÉS DE LADJECTIF COMPARATIF (DÉGALITÉ, DINFÉRIORITÉ, DE SUPÉRIORITÉ)
SUPERLATIF (DE SUPÉRIORITÉ, DINFÉRIORITÉ)
3.3 Les déterminants
Le déterminant est un constituant du groupe nominal (GN), placé avant le nom,
dont il peut être séparé par une expansion : GN = Dét + N (+Exp). Par exemple :
mon avocate ; cette excellente avocate ; une avocate excellente. Le détermi-
nant saccorde en genre et en nombre avec le nom.
POUR ALLER PLUS LOIN
Le déterminant a notamment pour fonction dactualiser le nom. La fonction
dactualisation consiste à faire passer un mot du plan de la langue au plan du
discours. Les mots qui constituent les entrées dans les dictionnaires (cest-à-
dire les mots qui sont définis dans le dictionnaire) apparaissent sans déter-
minant : pantalon : culotte longue descendant jusque sur le cou-de-pied.
En effet, le mot tel quil apparaît défini dans le dictionnaire ne renvoie à aucune
réalité particulière dans le monde mais à une simple possibilité de désignation,
à un élément de la langue. Mais si lon souhaite faire référence, en utilisant le
nom pantalon, à un pantalon particulier, la présence dun déterminant est
exigée : on dira mon pantalon, ce pantalon, etc., le déterminant permettant
au locuteur dindiquer à quel objet particulier du monde il applique le nom
pantalon. Grâce au déterminant, le nom est passé de la langue (pure poten-
tialité demploi) au discours (emploi du nom dans une situation particulière
et référant à un objet particulier ou à un ensemble dobjets).
Dans lemploi en discours des mots, deux plans doivent cependant être dis-
tingués : celui du passage du mot isolé (en langue) au mot employé dans une
p. 106
Le système de la langue II
phrase (en discours) et celui de lutilisation dune phrase par une personne par-
ticulière et dans une situation particulière (énonciation). On a vu plus haut que
dans une phrase comme Cette femme est fort sympathique, le mot fort est
un adjectif en langue, qui, en discours, est employé comme adverbe. Mais si lon
considère cette phrase comme simplement employable et non pas employée par
quelquun, le GN Cette femme ne renvoie, dans la réalité, à aucune femme par-
ticulière. En revanche, si la phrase est insérée dans une situation dénonciation
particulière, le GN Cette femme aura un référent dans la réalité (par exemple
cette femme qui est devant le locuteur au moment où il parle). On appelle
déictiques les mots qui renvoient à la situation dénonciation (et par conséquent
qui ne peuvent être compris que lorsque lon connaît la situation dénonciation).
Ainsi, dans la phrase Aujourdhui, toi, tu as laissé la fenêtre de cette pièce
ouverte, les mots aujourdhui, toi, la, cette sont des déictiques : leur interpré-
tation dépend du moment où la phrase a été prononcée (aujourdhui), du lieu où
elle a été prononcée (la fenêtre, cette pièce) et des personnes impliquées dans
léchange interlocutif (ici lallocutaire, toi). Certains mots fonctionnent toujours
comme des déictiques (ici, aujourdhui), dautres ont des emplois déictiques
(larticle, le déterminant démonstratif, etc.) et dautres emplois non déictiques
(anaphoriques ou génériques principalement, cf. II.3.3.1).
Larticle 3.3.1
Larticle, qui est le plus employé des déterminants, est le marqueur fondamen-
tal du nom, commun ou propre (la table, le Portugal) et des autres formes
employées comme nom (le boire et le manger, un je ne sais quoi). Porteur du
nombre et, en partie, du genre du nom quil détermine, il est toujours antéposé
et indique, selon sa forme, définie ou indéfinie, que le nom quil détermine est
plus ou moins identifié et connu. Lemploi de larticle nest pas obligatoire et son
omission répond à différents cas de figure (attribut du sujet : Cette femme est
médecin ; apostrophe : Soldats, mettez-vous en rang !, etc.).
Larticle comporte plusieurs formes appelées articles définis, indéfinis et parti-
tifs. Larticle partitif semploie principalement avec des noms massifs (Elle
mange du pain). Seul larticle défini connaît en outre des formes contractées
et des formes agglutinées (avec le participe passé dit, cf. II.3.3.1).
POUR ALLER PLUS LOIN
Lemploi des articles dépend en première analyse des propriétés du nom :
larticle indéfini sutilise avec les noms comptables mais pas avec les noms
massifs (Il y a une chaise dans le couloir ; *Il y a de la chaise dans le cou-
loir), larticle partitif sutilise plutôt avec les noms massifs mais pas avec les
noms comptables (Il y a de la boue dans le couloir ; *Il y a une boue dans
p. 107
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
le couloir) et larticle défini sutilise avec les deux types de noms (La chaise
est dans le couloir ; La boue a sali le couloir). Mais il existe plusieurs types
de conversions du comptable au massif ou du massif au comptable : comme
indiqué dans le chapitre consacré au nom, un nom comptable peut donner lieu
à un GN massif, sil est employé avec un article partitif (Elle mange du bœuf)
et, inversement, un nom massif peut donner lieu à un GN comptable sil est
employé avec un article autre que le partitif (Il faut deux farines différentes
pour cette recette). Le passage du massif au comptable peut correspondre
sémantiquement à une idée de sous-catégorisation (dans Il faut deux farines
différentes pour cette recette, le GN deux farines signifie « deux types de
farines ») ou résulter de la limitation du référent massif par un contenant
(dans Jai bu deux jus de fruits ce matin, emploi comptable du nom jus de
fruit originairement massif (jai bu du jus de fruit ce matin), le GN deux jus
de fruits signifie préférentiellement « deux verres (ou bouteilles, etc.) de jus
de fruits » mais linterprétation en sous-catégorisation (« deux types de jus
de fruits ») nest pas exclue. Dans le cas particulier des noms abstraits, qui
sont en principe massifs, seule lidée de sous-catégorisation est envisageable
dans le cas dune conversion massif ➨ comptable, mais la présence dun
adjectif est parfois nécessaire : Il faut du courage pour faire cela (massif) ;
Il faut un courage extraordinaire pour faire cela (comptable : « un type
de courage ») ; mais la phrase *Il faut un courage pour faire cela nest pas
acceptable, sauf à réintroduire, au moyen dune transformation exclamative,
une sous-catégorisation appréciative implicite (Il faut un courage pour
faire cela ! sous-entendu : « un courage extraordinaire »). La présence dun
adjectif nest cependant pas toujours nécessaire pour quun nom abstrait
massif soit transformé en nom abstrait comptable : Il y a plusieurs courages
(Ferdinand Brunot, 1860-1938), au sens « plusieurs types de courages » ; nos
lâchetés, au sens « nos actes de lâcheté »).
Formes non contractées de larticle
Article défini : larbre, le temps, la vie, les hommes.
Article indéfini : un homme, une femme. Elle a rencontré
des personnes passionnantes. Elle a mangé de délicieux fruits.
Article partitif33 : Elle mange du pain ; Elle mange de la tarte.
Formes contractées de larticle défini
à + le = au. Elle va au travail.
à + les = aux. Elle donne à manger aux animaux.
de + le = du. Elle revient du travail.
de + les = des. Lherbe des champs est verte.
33 Puisque le GN introduit par un article partitif est toujours massif, donc non comptable,
larticle partitif na pas de pluriel.
p. 108
Le système de la langue II
POUR ALLER PLUS LOIN
Au plan sémantique, on distingue plusieurs emplois des articles dont les
principaux sont les suivants :
• lemploi générique, lorsque larticle signifie que le GN réfère à lensemble
dune classe (La femme est lavenir de lhomme ; un enfant a besoin
dattention) ;
• lemploi spécifique, lorsque larticle signifie que le GN réfère à un ou plu-
sieurs êtres ou objets particuliers. La référence à un ou plusieurs êtres
ou objets particuliers peut être obtenue par différents moyens :
introduction dun référent nouveau dans le discours au moyen de
larticle indéfini : Une femme entra dans la pièce ;
emploi anaphorique, par renvoi à un antécédent au moyen de larticle
défini : Une femme entra dans la pièce […] La femme posa une
question ;
emploi cataphorique, par renvoi à un subséquent au moyen de larticle
défini : Elle posa la question suivante : « Qui êtes-vous ? » ;
référence à un être unique : La lune brillait.
Remarques
• On ne confondra pas larticle partitif (Veux-tu de la tarte ?) avec la préposi-
tion de suivie de larticle défini (Il se félicite de la tarte quil a faite hier).
• Lorsque larticle indéfini pluriel est séparé du nom par un adjectif, il se change
en de (des fruits délicieux, de délicieux fruits).
• Lorsque larticle indéfini pluriel est employé dans le complément dune phrase
négative, il se change le plus souvent en de (Elle mange des fruits ≠ Elle
ne mange pas de fruits).
POUR ALLER PLUS LOIN
Larticle défini est susceptible de sagglutiner avec le participe passé dit pour
produire des formes du type ledit, ladite, audit, lesdites, etc., fréquentes
dans la langue administrative (Ledit témoin a confirmé sa déposition).
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin classique ignorait larticle, aussi bien défini
quindéfini ou partitif (rosa désigne aussi bien « une rose » que « la rose »).
Larticle défini provient du pronom-adjectif démonstratif latin (il)le, (il)la, privé
de sa première syllabe. Larticle indéfini singulier provient de ladjectif numé-
ral cardinal unus, una. Les articles du et des sont issus de la préposition
latine de combinée avec larticle défini. Larticle apparaît en français dès les
plus anciens textes, mais sa présence y est toutefois moins fréquente que
dans la langue moderne.
p. 109
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
NOTIONS GRAMMATICALES
ARTICLE ARTICLE DÉFINI ARTICLE INDÉFINI ARTICLE PARTITIF
FORME CONTRACTÉE DE LARTICLE DÉFINI FORME AGGLUTINÉE DE LARTICLE DÉFINI
3.3.2 Les déterminants possessifs
Le déterminant possessif contient, outre une valeur équivalente à celle dun
article défini, une information relative à la personne grammaticale : mon cha-
peau inclut une référence à la première personne (littéralement « le chapeau
de moi »), ton chapeau inclut une référence à la deuxième personne, etc.
POUR ALLER PLUS LOIN
De linformation relative à la personne grammaticale, dérivent deux types
demploi des déterminants possessifs. Sils intègrent la première ou la deu-
xième personne (du singulier et du pluriel), les possessifs renvoient au locu-
teur (mon livre ; notre livre) ou à lallocutaire (cest-à-dire la personne à qui
le locuteur sadresse : ton livre ; votre livre). On parle dans ce cas demploi
« déictique » des possessifs. Sils intègrent la troisième personne (du singulier
ou du pluriel), ils renvoient à un être qui a été identifié précédemment : Alice
est écrivaine. Son livre est passionnant. On parle dans ce cas demploi « ana-
phorique » des déterminants possessifs.
Bien quon les appelle « possessifs », leur signification va au-delà de la simple
possession : Je te prête mon livre ; peut signifier « le livre qui mappartient »
mais aussi « le livre que jai écrit », « le livre que je suis en train de lire mais qui ne
mappartient pas », etc.
Formes du déterminant possessif
Première personne :
mon, ma, mes, notre, nos
Deuxième personne :
ton, ta, tes, votre, vos
Troisième personne :
son, sa, ses, leur, leurs
p. 110
Le système de la langue II
Remarques
• La forme leur est également une forme du pronom personnel : Elle leur
parle. Cette forme, toujours invariable, ne peut être confondue avec celle du
déterminant possessif puisque ce dernier, en tant que déterminant, introduit
toujours un GN tandis que le pronom personnel leur est situé dans le groupe
verbal, dont il constitue un complément. Dune manière plus marginale, on se
gardera du risque de confusion possible avec les leurs, pronom possessif.
• Devant un nom féminin commençant par une voyelle, on utilise non pas la
forme féminine ma mais le masculin mon : ma femme ; mon amie (et non
*ma amie).
HISTOIRE DE LA LANGUE Contrairement au français qui en fait un usage
très fréquent, le latin nutilisait guère les adjectifs possessifs. Ces derniers
nétaient en effet jamais employés lorsque le possesseur était évident (Amo
patrem « Jaime mon père »). En outre, en raison de leur statut dadjectif
discriminatif (« ma maison » nest pas « ta maison »), les adjectifs possessifs
latins étaient le plus souvent postposés, leur antéposition marquant une
insistance (domus mea « ma maison » et mea domus « ma maison à moi »).
Les formes françaises (mon, ton, son) sont issues des formes atones (cest-
à-dire dépourvues daccent) de ladjectif possessif populaire latin mus, tus,
sus attestées dans le latin parlé de Gaule mais non représentées dans les
textes littéraires.
NOTIONS GRAMMATICALES DÉTERMINANT POSSESSIF
Les déterminants démonstratifs 3.3.3
Le déterminant démonstratif est porteur de deux valeurs : dune part celle dun
article défini (comme dans le cas du déterminant possessif), dautre part une
information supplémentaire indispensable à son interprétation. En effet, le déter-
minant démonstratif sinterprète par renvoi à un antécédent (On voit beaucoup
de chênes dans les forêts. Ces arbres perdent leurs feuilles en hiver) ou par
référence à la situation dénonciation (Regarde ces arbres ! [= les arbres qui
sont ici]). Le démonstratif peut également annoncer ce qui va suivre (Elle pro-
nonça ces paroles : « Me voilà ») : dans ce cas, linformation est obtenue par
renvoi non pas à un antécédent mais à un subséquent. Il peut être renforcé par
une particule postposée (-ci, -là), jointe au nom par un trait dunion.
p. 111
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
POUR ALLER PLUS LOIN
On parle demploi « anaphorique » du déterminant démonstratif lorsquil
sinterprète par renvoi à un antécédent et demploi « cataphorique » du déter-
minant démonstratif lorsquil sinterprète par renvoi à un subséquent. Dans
le cas où le déterminant démonstratif sinterprète par référence à la situation
dénonciation, on parle demploi « déictique » du déterminant démonstratif.
Formes du déterminant démonstratif
Singulier : ce livre, cet homme, cette femme ;
ce mois-ci, cette femme-là
Pluriel : ces individus
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin possédait trois déterminants démons-
tratifs (hic, iste, ille) dusage très fréquent, porteurs parfois de nuances
sémantiques : iste (valeur péjorative), ille (valeur laudative). Les déterminants
démonstratifs français peuvent être porteurs du même sémantisme péjoratif
(cet individu) ou laudatif (ce héros). La série française (cet, cette) est formée
du présentatif latin ecce « voici » et de ladjectif démonstratif latin iste : (ec)c(e)
ist(um) ➨ cest ➨ cet, tandis que la forme française ce provient du présentatif
ecce auquel sajoute le neutre du déterminant démonstratif latin hic : (ec)ce
(hoc) ➨ ce.
POUR ALLER PLUS LOIN
Larticle défini, le déterminant possessif et le déterminant démonstratif sont
des déterminants définis. Ils permettent en effet, par un mécanisme anapho-
rique, cataphorique ou déictique, didentifier le référent du GN quils intro-
duisent. Lidentification déictique nest toutefois possible que dans le cas
où lénoncé est lié à la situation dénonciation, cest-à-dire dans le cas du
discours, au sens où on loppose au récit (cette distinction est due à Émile
Benveniste). Le récit, très souvent au passé simple ou à limparfait, est coupé
de la situation dénonciation : la phrase En 1789, la Bastille était forte de
127 hommes se comprend de la même façon quel que soit le locuteur ou la
situation dénonciation. Si lon poursuit cette phrase en utilisant un déter-
minant démonstratif (ces hommes), le démonstratif sera nécessairement
anaphorique. Mais, en discours, le démonstratif pourra avoir un fonctionne-
ment déictique : dans Tu vois cet homme à notre droite ?, énoncé qui dépend
entièrement de la situation dénonciation (si on le transpose dans un autre
lieu, il sagira dun autre homme), le démonstratif a bien un fonctionnement
déictique. Lopposition entre récit et discours au sens de Benveniste nest
pas seulement importante pour les déterminants, mais aussi pour les formes
verbales. Par exemple, la phrase Michel portait la barbe implique quil ne la
p. 112
Le système de la langue II
porte plus au moment où le locuteur sexprime sil sagit dun énoncé en dis-
cours, mais cette implication nexiste plus dans le cas du récit (Michel portait
la barbe constitue alors une description située dans le passé sans aucune
connexion avec le présent de lénonciation).
NOTIONS GRAMMATICALES
DÉTERMINANT DÉMONSTRATIF PARTICULE POSTPOSÉE
Les déterminants interrogatifs 3.3.4
Le déterminant interrogatif semploie dans des phrases interrogatives directes
(Quelle heure est-il ? Quel est ce bruit ?) ou dans des subordonnées interro-
gatives (Elle demande quelle heure il est. Elle demande quels sont tes auteurs
préférés) et indique que le nom auquel il se rapporte est lobjet de linterrogation.
La majeure partie des formes sont variables (quel, quelle, etc.), mais une des
formes est invariable (combien de).
Formes du déterminant interrogatif
Formes variables
Quel(s) livre(s) préfères-tu ?
Je me demande quel(s) livre(s) elle préfère.
Quelle heure est-il ?
Je te demande quelle heure il est.
Quelles romancières préfères-tu ?
Je me demande quelles romancières elle préfère.
Forme invariable
Combien de temps reste-t-il ?
Je me demande combien de temps il reste.
HISTOIRE DE LA LANGUE Ladjectif interrogatif latin qualis, dusage restreint,
rend compte des formes françaises. Il a supplanté ladjectif interrogatif qui(s),
quae, quod qui était, à lépoque classique, usuel et plus fréquent que qualis.
Mais la forme latine qui(s), quae, quod, homonyme du pronom-adjectif relatif
a été écartée pour éviter tout risque de confusion.
NOTION GRAMMATICALE DÉTERMINANT INTERROGATIF
p. 113
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.3.5 Les déterminants indéfinis
Le déterminant indéfini contient, outre une valeur équivalente à celle dun article
indéfini, une information relative à la quantité : nulle, partielle ou vague, ou
encore totale.
Les déterminants indéfinis (classement sémantique)
Quantité nulle
aucun/aucune ; pas un/pas une ; nul/nulle :
Elle na vu aucune fleur.
Quantité partielle ou vague
certain(es) ; plusieurs ; quelque(s) ; différent(es) ; maint(es) :
Différents monuments ont été rénovés ces dernières années.
Quantité totale
chaque ; tout (toute ; tous ; toutes) ; nimporte quel(le) :
Chaque détail a été prévu.
POUR ALLER PLUS LOIN
Lorsque le déterminant indéfini renvoie à la quantité totale, il a un emploi
générique, comparable à celui de larticle dans Lhumain est mortel (à rap-
procher de Tout humain est mortel) ou dans Un humain doit respec-
ter la vie animale (à rapprocher de Tout humain doit respecter la vie
animale). On notera cependant que tous ces déterminants exprimant la
généricité ne sont pas exactement équivalents : chacun exprime une nuance
sémantique particulière de la généricité, ce qui explique quils ne peuvent pas
toujours être substitués lun à lautre. Par exemple, chaque dans Chaque
détail a été prévu ne peut pas être remplacé par tout ni par nimporte quel
(*Tout détail a été prévu ; *Nimporte quel détail a été prévu) ; nimporte
quel dans Nimporte quel livre fera laffaire ne peut pas être remplacé par
chaque (*Chaque livre fera laffaire) et semble difficilement remplaçable par
tout (Tout livre fera laffaire).
Pour un petit nombre de déterminants indéfinis, linformation contenue est liée
à lidentité et à la différence : même(s) ; autre(s) ; tel(les).
Comme les autres déterminants, les déterminants indéfinis varient en genre et
en nombre, selon le nom quils accompagnent. Mais chaque, aucun(e), nul(le)
sont toujours au singulier, et plusieurs est toujours au pluriel.
p. 114
Le système de la langue II
Certains déterminants indéfinis ont la particularité de pouvoir se combiner avec
un autre déterminant : un article indéfini (Un autre voisin ma informé des tra-
vaux à venir) ; un article défini (Elle a emporté les quelques livres quelle pou-
vait trouver) ; un déterminant démonstratif (Emporte ces quelques souvenirs).
On peut parler dans ce cas de « groupe déterminant ».
Même se comporte de manière particulière : outre le fait quil accompagne
le plus souvent un autre déterminant (le même homme), il peut se disjoindre de
ce déterminant pour se placer après le nom, il a alors une valeur dinsistance
(Cest cet homme même) 34 . Il peut enfin se placer après un pronom person-
nel, en étant relié à lui par un tiret, et marquer là aussi linsistance (Lui-même
a reconnu les faits) 35 .
Tout est un déterminant indéfini dans des phrases du type Tous les élèves sont
présents. En revanche, il est adverbe devant un adjectif (Il est tout content.
Elle est tout étourdie), un participe passé (Il est tout ému), un adverbe (Il est
tout particulièrement satisfait). Si ladjectif, au féminin, commence par une
consonne (Elle est toute contente) ou un h aspiré (cest-à-dire bloquant la liaison
comme dans les héros), ladverbe perd son caractère invariable et saccorde
(Elle est toute honteuse).
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin disposait dune vingtaine de déterminants
indéfinis dont seuls quatre ont fourni des formes au français : nullus, a, um
a donné nul(le) ; totus, a, um a fourni au français tout, toute, avec, cepen-
dant, une évolution sémantique car le sens du déterminant latin était « tout
entier », tandis que le sens de lactuel déterminant français était, en latin,
assumé par omnis, e, lequel a donné les formations savantes du type omni-
vore ; solus, a, um a donné le français seul qui a toutefois perdu son statut
de déterminant indéfini pour devenir adjectif qualificatif ; alter, era, erum,
« lun (des deux), lautre (des deux) » a donné au français autre et a supplanté
ladjectif indéfini usuel alius, a, ud « un autre ».
NOTION GRAMMATICALE DÉTERMINANT INDÉFINI
34 Ces deux positions possibles de même justifient quon puisse le considérer, dans ce type demploi,
comme un adjectif. Cette remarque vaut aussi pour autre.
35 La nature de même est dans ce cas plus difficile à déterminer. La solution la plus simple consiste
à considérer que lui-même est une forme renforcée du pronom personnel.
p. 115
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.3.6 Les déterminants exclamatifs
Le déterminant exclamatif semploie dans des phrases de forme exclamative
(Quel effort tu as produit ! Que de larmes elle a versées !) et indique que le nom
auquel il se rapporte est lobjet dune exclamation marquant lexpression dun
sentiment (admiration, étonnement, joie, etc.). Le déterminant exclamatif connaît
des formes variables et des formes invariables.
Formes du déterminant exclamatif
Formes variables
Quel désastre ! Quelle catastrophe ! Quels problèmes
elle a dû résoudre ! Quelles sornettes elle nous a racontées !
Formes invariables
Combien de plaisir me fait ta discrétion ! (Balzac)
Que de monde dans ce musée !
HISTOIRE DE LA LANGUE Ladjectif exclamatif latin qualis rend compte
des formes françaises. Il a supplanté ladjectif exclamatif qui, quae, quod
qui était, à lépoque classique, usuel et plus fréquent que qualis.
NOTION GRAMMATICALE DÉTERMINANT EXCLAMATIF
3.3.7 Les déterminants numéraux
Le déterminant numéral indique le nombre précis dêtres ou dobjets auxquels
il se rapporte. À lexception de un(e), vingt et cent, les déterminants numéraux
sont invariables.
Dun point de vue étymologique, larticle indéfini un(e) a la même origine que
le déterminant numéral un. Il nest pas toujours aisé de les distinguer.
Formes du déterminant numéral
Je voulais une baguette, pas deux ; deux heures ; trois leçons ;
cent coureurs ; un livre de cent soixante-douze pages,
mille épreuves, etc.
p. 116
Le système de la langue II
Remarque : les numéraux ordinaux (premier, deuxième, septième, etc.) sont
considérés comme des adjectifs au sein du GN (Le premier jour ; Dans un pre-
mier temps).
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin a hérité dun système décimal, sans le zéro,
quil notait à laide de lettres tirées de son alphabet (I, V, X, L, C, M), lesquelles
se combinaient entre elles pour former les nombres. Sauf rares exceptions,
les chiffres et les nombres romains étaient le plus souvent notés de manière
algébrique et non pas orthographiés in extenso. Compte tenu du caractère
conservateur de la notion qui est peu susceptible dévolution, les formes
françaises continuent les formes latines héritées, à lexception du système de
notation algébrique qui, en français, a été emprunté à larabe (doù lappella-
tion de chiffres arabes). Par rapport à lhéritage latin, le français a en outre
privilégié des formes invariables là où le latin maintenait le caractère fléchi
des formes. Jusquau XVIIe siècle, le français usait aussi fréquemment du
système vicésimal qui consistait à compter à partir de la base vingt. Outre les
formes usuelles quatre-vingts et quatre-vingt-dix qui ont été conservées,
on peut par exemple citer le nom de lhôpital parisien des Quinze-Vingts ainsi
nommé parce quil comportait 300 (15 x 20) lits. La base vingt est également
attestée dans les textes littéraires (cf. Molière, Le Bourgeois gentilhomme,
III.4 : « Monsieur Jourdain. […] Donné à vous une fois deux cents louis.
— Dorante. Cela est vrai. — Monsieur Jourdain. Une autre fois, six-vingts »
(6 x 20 donc 120 louis)).
NOTION GRAMMATICALE DÉTERMINANT NUMÉRAL
Les déterminants relatifs 3.3.8
Le déterminant relatif lequel, laquelle, lesquelles, auquel, auxquelles, duquel,
desquel(le)s semploie principalement dans la langue juridique mais aussi dans
la langue littéraire : Chez un prince huron, votre fidèle sujet au Canada, lequel
prince vit peut-être encore (Chateaubriand).
On le trouve également dans la locution auquel cas : Je serai peut-être absente,
auquel cas vous vous adresserez à mon adjoint.
NOTION GRAMMATICALE DÉTERMINANT RELATIF
p. 117
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.4 Les pronoms
Les pronoms sont des équivalents syntaxiques du groupe nominal (GN), dont ils
retiennent seulement les propriétés grammaticales. Leur sens est donc réduit
à un sens grammatical et leur référence est fournie par leur antécédent : dans
Alice vient darriver. Elle a été retardée, le pronom elle est léquivalent synta-
xique dun GN (il pourrait être remplacé par un GN : Alice vient darriver. Cette
amie/collaboratrice/nouvelle recrue/etc. a été retardée). Par ailleurs, intrin-
sèquement, le pronom elle contient des informations grammaticales (notam-
ment de genre, ici féminin) mais sa référence dans la phrase est héritée du
nom auquel il se rapporte : son antécédent Alice. Dans dautres cas, le pronom
ne renvoie pas à un GN antécédent (fonctionnement anaphorique) ou à un GN
subséquent (fonctionnement cataphorique) mais sa référence est fournie par
la situation dénonciation (quelquun parle à quelquun dans un certain lieu et
à un certain moment) : le pronom je dans Je men vais est, en vertu de son sens
grammatical, interprété comme renvoyant à la personne qui parle (le locuteur) ;
le pronom tu dans Tu exagères ! renvoie à la personne à laquelle le locuteur
sadresse (lallocutaire). Il sagit de lemploi déictique du pronom. Enfin, il arrive
quun pronom ne renvoie ni à un GN antécédent ni à un participant de linter-
locution (locuteur ou allocutaire) mais quil réfère une généralité, à un ensemble
plus ou moins défini. On parle dans ce cas demploi « générique » du pronom :
Personne nest parfait ; Un jour, on mangera des insectes ; Chacun se réjouit
des progrès de la médecine.
3.4.1 Les pronoms personnels
Les pronoms personnels correspondent aux personnes grammaticales du
verbe. Il en existe plusieurs séries. Les pronoms personnels conjoints ne
peuvent être séparés de la forme verbale à laquelle ils se rattachent (Je marche,
tu regardes) 36 . Les pronoms personnels disjoints peuvent être séparés de la
forme verbale à laquelle ils se rattachent par un ou plusieurs mots (Toi, illustre
poète, tu as merveilleusement chanté lamour) ou être régis par une pré-
position (Je travaille pour toi). Les pronoms personnels réfléchis semploient
à la voix pronominale (Je me lave, ils se regardent). Les pronoms personnels
varient selon leur fonction dans la phrase (sujet : Je travaille complément
dobjet direct : Pierre me regarde complément dobjet indirect : Pierre me
parle). Le pronom il connaît par ailleurs un emploi non personnel à la voix imper-
sonnelle : ce pronom ne peut être remplacé ni par un nom propre ni par un GN
(Il faut travailler ; Il sest passé deux semaines depuis son départ).
Remarque : la première et la deuxième personne (du singulier ou du pluriel) sont
parfois nommées « personnes de linterlocution ».
36 Sauf dans certains cas : négation (Il ne marche pas), autre pronom (Je me lave) notamment.
p. 118
Le système de la langue II
POUR ALLER PLUS LOIN
Du point de vue de leur fonctionnement référentiel (consistant à se demander
à qui ou à quoi réfère (ou renvoie) le pronom), les pronoms personnels de
troisième personne sont dits « anaphoriques » (ou « en emploi anaphorique »)
lorsquils sinterprètent par référence à un antécédent (Alice vient darriver.
Elle a été retardée). Les pronoms personnels de première et deuxième per-
sonne sont dits « déictiques » (ou « en emploi déictique ») sils sinterprètent
par renvoi à la situation dénonciation, donc par référence aux personnes de
linterlocution : Tu exagères ! Enfin, les pronoms personnels sont en emploi
générique lorsquils réfèrent à lensemble des membres dune classe : dans
Nous navons pas assez de force pour suivre toute notre raison (La Roche-
foucauld), le pronom personnel nous renvoie à lensemble des êtres humains.
Le pronom on est un pronom indéfini qui peut être employé à la place dun pro-
nom personnel sujet (Nous mangeons ➨ On mange). Dans la langue orale, son
usage tend à supplanter lutilisation de nous. Ce pronom peut aussi avoir une
valeur générique (On appelle cela un pronom).
Formes du pronom personnel
Pronoms Pronoms Pronoms
Pronoms Pronoms
personnels personnels personnels
Personne personnels personnels
sujets de fonction de fonction
disjoints réfléchis
conjoints COD COI
P1 sing. je moi me me
P2 sing. tu toi te te
se (forme
conjointe),
P3 sing. il, elle lui, elle le, la lui
soi (forme
disjointe)
P1 plur. nous nous nous nous
P2 plur. vous vous vous vous
se (forme
P3 plur. ils, elles
conjointe),
eux, elles les leur
P3 sing. on soi (forme
disjointe)
p. 119
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Fonctions des pronoms personnels
Pronoms personnels sujets conjoints
Je travaille. Tu voyages. Elle est médecin.
Pronoms personnels disjoints
Toi, chère amie, quand donc mécriras-tu ?
Je ne pense en effet quà toi.
Pronoms personnels réfléchis
Je me lave. Tu te regardes. Elle se promène.
Pronoms personnels de fonction COD
Anne me regarde. Pierre la regarde. Sophie nous regarde.
Pronoms personnels de fonction COI
Anne lui parle. Sophie vous parle.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin possédait des pronoms personnels dont il
faisait un usage bien moindre que le français moderne car une forme ver-
bale seule, par sa désinence, suffisait à marquer la personne (lego « je lis »).
Lemploi du pronom personnel était donc la marque dune insistance et dune
expressivité (Ego lego « Moi, je lis »). En conséquence, il ny a pas en latin de
différence entre formes conjointes ( je, tu, il) et formes disjointes (moi, toi,
lui). Lancien français témoigne dune situation intermédiaire entre le latin
et le français moderne car lemploi du pronom personnel sujet ny est pas
systématique. Par ailleurs, le latin ne possédait pas, à lexception du réfléchi
(se conservé dans Elle se lave), de pronom personnel de la troisième personne
du singulier et du pluriel. Pour suppléer labsence de il(s), elle(s), le français a
utilisé le démonstratif ille, illa qui a donné à la fois les formes en emploi sujet
(il, elle) et les formes en emploi objet (le, la). Les formes françaises (je, me, tu,
te) conservent par ailleurs la trace du système flexionnel du latin : je provient
en effet, par lintermédiaire du latin vulgaire eo, du nominatif ego, tandis que
me procède de laccusatif me. Il en va de même de tu (nominatif tu) et de te
(accusatif te). Nous et vous sont en revanche identiques en fonctions sujet
et objet car les formes latines (nos, uos) étaient les mêmes pour les deux cas
(nominatif et accusatif). Pour létymologie de on, cf. ci-dessous II.3.4.4.
NOTIONS GRAMMATICALES
PRONOM PERSONNEL PRONOM PERSONNEL CONJOINT
PRONOM PERSONNEL DISJOINT PRONOM PERSONNEL RÉFLÉCHI
PRONOM PERSONNEL DE FONCTION COD PRONOM PERSONNEL DE FONCTION COI
p. 120
Le système de la langue II
Les pronoms possessifs 3.4.2
Le pronom possessif est léquivalent dun GN introduit par un déterminant posses-
sif. Il renvoie donc tout à la fois à lobjet possédé et à son possesseur (Prête-moi
ton livre, car jai oublié le mien). Le pronom possessif est formé de larticle défini
(le, la, les) et dune forme, dite tonique, du déterminant possessif (mien, tien, etc.).
Formes du pronom possessif
Première personne : le mien, la mienne, les miens, le nôtre, les nôtres.
Deuxième personne : le tien, la tienne, les tiens, le vôtre, les vôtres.
Troisième personne : le sien, la sienne, les siens, le leur, les leurs.
Remarques
• La graphie distingue, par lusage de laccent circonflexe, le déterminant pos-
sessif (Jaime notre maison) du pronom possessif (Cette maison est la
nôtre). On remarque depuis quelques années une tendance à prononcer
le déterminant notre avec un [o] fermé, comme nôtre.
• Les mots le, la, les dans le mien, la mienne, les miens sont des constituants
du pronom possessif. On ne les analyse pas séparément comme des articles
(car le pronom le mien ne fonctionne pas comme un véritable GN, mien nétant
pas dissociable de le).
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin ne possédait pas de pronom possessif, mais
seulement des déterminants possessifs (cf. ci-dessus, II.3.3.2). Les formes
françaises (mien, tien, sien) sont issues des formes toniques (cest-à-dire
porteuses daccent) de ladjectif possessif classique latin meus, tuus, suus.
NOTION GRAMMATICALE PRONOM POSSESSIF
Les pronoms démonstratifs 3.4.3
Les pronoms démonstratifs suppléent des noms qui, déjà présents dans le
contexte de la phrase, ne sont ainsi pas répétés (La robe de Laura est bleue,
mais celle de Stéphanie est rouge). Les pronoms démonstratifs peuvent aussi
renvoyer à la situation dénonciation et suppléer des notions dont lidentification
dépend de la connaissance du contexte (Cest quoi ça ?).
Le pronom démonstratif est utilisé pour former une proposition relative subs-
tantive : Jaime ce que je veux ; Je ne suis pas celui que vous croyez.
p. 121
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Le pronom démonstratif est également utilisé pour former des phrases de forme
emphatique, par extraction (Cest Alice qui arrive) ou par détachement avec
reprise pronominale (Le temps, cest de largent).
Dun point de vue morphologique, on notera que les pronoms démonstratifs font
partie des rares formes ayant conservé les trois genres hérités du latin (mascu-
lin, féminin et neutre). Pour la particule postposée -ci/-là, cf. ci-dessus II.3.3.3.
POUR ALLER PLUS LOIN
Le pronom démonstratif est en emploi anaphorique lorsquil sinterprète par
référence à un antécédent (La robe de Laura est bleue, mais celle de Sté-
phanie est rouge37 ; La robe de Laura est bleue mais celle-ci est rouge ;
La robe de Laura est bleue, cela est évident). Il est en emploi cataphorique
lorsquil sinterprète par référence à un subséquent (Je vous répondrais
ceci : il faut sen tenir aux faits). Le pronom démonstratif est en emploi déic-
tique sil réfère à un élément de la situation dénonciation : Cest quoi ça ?
Enfin, il est en emploi générique sil réfère à lensemble dune classe : Celui qui
[= quiconque] soutient sa folie par le meurtre est un fanatique (Voltaire).
Formes du pronom démonstratif
Formes simples
Masculin : celui, ceux
Cest celui que je voulais ;
Ceux qui sont daccord signeront le document.
Féminin : celle, celles
Cest celle que je voulais ;
Celles qui sont daccord signeront le document.
Neutre : ce, c
Le temps, cest de largent ; Être libre, ce nest pas pouvoir faire
ce que lon veut, mais cest vouloir ce que lon peut (Sartre).
Formes composées
Masculin : celui-ci, celui-là, ceux-ci, ceux-là
Je tai apporté deux livres. Celui-ci est un recueil de poèmes ;
celui-là un roman contemporain.
Féminin : celle(s)-ci, celle(s)-là
Je tai apporté deux tragédies. Celle-ci est une tragédie antique ;
celle-là une tragédie classique.
Neutre : ceci, cela, ça
La poésie, ça me passionne, et cela depuis longtemps.
37 Dans celle de Stéphanie, le GNP de Stéphanie est complément du pronom démonstratif celle.
p. 122
Le système de la langue II
HISTOIRE DE LA LANGUE Le pronom démonstratif français est formé par
lagglutination de ladverbe de lieu ici (du bas latin ecce hic) et du pronom
personnel elle/lui et signifie donc littéralement « elle/lui se trouvant ici ». Les
formes icelui/icelle sont courantes au Moyen Âge et parfois utilisées par la
suite de manière désuète et ironique (cf. Voltaire, Candide, titre du chapitre I
« Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé
dicelui »). Ces formes sont notamment très fréquentes dans la correspon-
dance de Flaubert. Ladverbe cependant procède de la locution participiale
à valeur temporelle ce pendant (« cela étant pendant »).
NOTIONS GRAMMATICALES PRONOM DÉMONSTRATIF DÉICTIQUES
Les pronoms indéfinis 3.4.4
Le pronom indéfini sert à désigner des êtres ou des objets sans les identifier.
Il donne une information de quantité, qui va de la quantité nulle (aucun) à la
quantité maximale (tous) en passant par des quantités intermédiaires (certains,
plusieurs).
Dun point de vue morphologique, certains pronoms indéfinis ne sont attestés
quau singulier (Personne, rien, aucun, nul, pas un, chacun, nimporte qui,
etc.) 38 , dautres connaissent le singulier et le pluriel (quelquun/quelques-uns,
tout/tous), dautres enfin ne sont attestés quau pluriel (plusieurs, certains).
Enfin, la plupart des pronoms indéfinis varient en genre (nul/nulle, lun/lune,
tout/toute, quelques-uns/quelques-unes).
Les pronoms indéfinis (classement sémantique)
Quantité nulle
personne, rien, aucun, nul, pas un, etc.
Personne nest venu.
Quantité partielle ou vague
on, certains, plusieurs, quelquun, quelques-uns,
lun… lautre, les uns… les autres, etc.
Plusieurs étaient présents à linauguration du bâtiment.
Quantité totale
chacun, tout, tous, etc.
Tout a été prévu.
38 Sauf, exceptionnellement, avec un nom qui nexiste quau pluriel : Cela nentraînera aucuns frais.
p. 123
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
POUR ALLER PLUS LOIN
Lorsque le pronom indéfini réfère à lensemble dune classe (Tout a été prévu),
il est en emploi générique. Dans le cas des pronoms exprimant une quantité
partielle ou vague, la référence est spécifique.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le pronom indéfini on, dun emploi très fréquent,
tire son origine du nom latin homo « être humain ; homme, femme », qui est
à la fois un nom commun masculin et féminin. La langue en garde la trace par
lusage possible dun l euphonique issu en ancien français dun article défini
(li on) : Il faut prendre garde où lon marche. Le latin possédait par ailleurs
une vingtaine de pronoms indéfinis qui nont eu quun très faible rendement
en français : nemo (de ne + hemo « pas même un homme », variante de homo)
« personne » a donné le nom du personnage de fiction de Jules Verne, le capi-
taine Nemo ; nihil « rien » a donné des formations savantes du type nihiliste,
nihilisme ; quidam « quelquun (que lon connaît) » a subsisté en français dans
un quidam.
NOTION GRAMMATICALE PRONOM INDÉFINI
3.4.5 Les pronoms interrogatifs
Les pronoms interrogatifs servent à poser une interrogation (directe ou indirecte)
portant sur des êtres animés ou inanimés qui sont lobjet de la question posée.
Dun point de vue morphologique, les pronoms interrogatifs se répartissent en
trois catégories : formes simples, formes composées et formes renforcées.
Formes du pronom interrogatif
Formes simples : qui ? que ? quoi ?
Formes composées : lequel ? laquelle ? lesquel(le)s ?
Formes renforcées : qui est-ce qui ? quest-ce que ?
Les fonctions du pronom interrogatif
Sujet : Qui est là ? Je ne sais pas qui est là.
Attribut : Qui êtes-vous ? Je ne sais pas qui vous êtes.
COD : Que faites-vous ? Lequel veux-tu ?
Elle ne sait pas lequel elle veut.
COI : À quoi penses-tu ? Elle ne sait pas à quoi elle aspire.
p. 124
Le système de la langue II
HISTOIRE DE LA LANGUE Le principal pronom interrogatif latin quis, quae, quid
a, dès le bas latin, fusionné avec le pronom relatif qui, quae, quod ; cest donc
cette dernière forme qui assume en français les fonctions de pronom relatif et
de pronom interrogatif. Pour les formes composées, cf. ci-dessus II.3.3.4.
NOTIONS GRAMMATICALES
PRONOM INTERROGATIF
FORME SIMPLE FORME COMPOSÉE FORME RENFORCÉE
Les pronoms relatifs 3.4.6
Les pronoms relatifs servent à introduire une proposition subordonnée relative.
À lexception du cas particulier des propositions relatives substantives (Qui dort
dîne) et du pronom relatif indéfini quiconque (Quiconque piétine les fleurs sera
blâmé par le jardinier), les pronoms relatifs renvoient à un nom, un GN ou un
autre pronom appelé « antécédent ». Dun point de vue morphologique, la forme
du pronom relatif dépend de la fonction quil occupe dans la proposition quil
introduit (qui est sujet et que est COD). Le pronom relatif présente des formes
simples et des formes composées, variables et invariables.
POUR ALLER PLUS LOIN
Lorsquil na pas dantécédent, le pronom relatif est en emploi générique (Qui
dort dîne). Lorsquil a un antécédent (La personne qui est là sappelle Clara),
le pronom relatif est en emploi anaphorique.
Formes du pronom relatif
Formes simples
qui, que, quoi, dont, où
Formes composées
lequel, laquelle, lesquels, lesquelles
auquel, à laquelle, auxquels, auxquelles
duquel, de laquelle, desquels, desquelles
p. 125
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Les fonctions du pronom relatif
Sujet : La personne qui est là sappelle Clara.
Complément du nom : La voiture dont le moteur
est en panne a été envoyée en réparation.
Attribut : Lexcellente architecte quelle est
a été récompensée par une distinction.
COD : Le professeur que je connais sappelle M. Pierre.
COI : Les personnes dont je parle sont italiennes.
Complément circonstanciel : Le temple où nous avons vu
cette fresque remonte à la plus haute Antiquité.
Complément dagent : Le professeur de piano par qui
jai été formé est très réputé.
Remarque : les formes composées du pronom relatif permettent parfois déviter
une ambiguïté : Un instrument de léducation publique, laquelle heureusement
en ce temps-là se gardait de nous enseigner à aimer (Valéry). Si lon remplace
laquelle par qui, une ambiguïté sur lantécédent apparaît : le pronom qui nétant
pas marqué en genre, il peut aussi bien référer à instrument quà éducation.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le principal pronom relatif latin qui, quae, quod
a fourni au français les formes du pronom relatif qui, que. Les formes qui,
que sont une survivance du système casuel latin où qui (nominatif) était
le cas sujet et quem (accusatif) le cas du complément dobjet. Le pronom
relatif indéfini quicumque « qui que ce soit qui » a donné au français son
exact équivalent quiconque. Enfin, les pronoms relatifs de forme composée
lequel, laquelle, etc. sont inconnues du latin et constituent une innovation
du français.
NOTIONS GRAMMATICALES
PRONOM RELATIF FORME SIMPLE FORME COMPOSÉE
PRONOM RELATIF INDÉFINI
p. 126
Le système de la langue II
Les pronoms adverbiaux 3.4.7
Le français possède deux pronoms dits « adverbiaux » en et y qui se caracté-
risent par le fait quils intègrent une préposition. Ces pronoms adverbiaux sont
donc des pronoms qui jouent un rôle déquivalents syntaxiques de groupes pré-
positionnels : Jeanne a fait un beau voyage en Afrique : elle en parle souvent
(« elle parle souvent de son voyage en Afrique », en pronominalise de son voyage
en Afrique) ; Quand allez-vous à Venise ? Nous y allons demain (« nous allons
demain à Venise », y pronominalise à Venise).
La préposition intégrée par pronom adverbial en est toujours la préposition
de. En revanche, le pronom adverbial y est ouvert à une variété de préposi-
tions : à (Nous y allons demain, à Venise) ; dans (Elle travaille dans cette
ville depuis longtemps ➨ elle y travaille depuis longtemps) ; en (Nous allons
en Italie demain ➨ nous y allons demain).
Remarques
• Dans la mesure où certains pronoms personnels intègrent également une
préposition (Il lui parle = il parle à x), on peut intégrer les pronoms adver-
biaux à la classe des pronoms personnels.
• Lemploi des pronoms adverbiaux pour référer à des êtres animés est contraint.
Il est possible avec le pronom adverbial en : Je sais quelle aime Pierre : elle
en parle souvent (avec une ambiguïté : « elle parle de Pierre » ou « elle parle
de son amour pour Pierre »), mais plus difficilement avec le pronom adverbial
y : Elle pense à Pierre ➨ *Elle y pense souvent (le pronom personnel semble
plus naturel ici : Elle pense souvent à lui). Inversement, la pronominalisation
dun GNP référant à un inanimé se fait plus aisément au moyen du pronom
adverbial (Je pense à mes vacances ➨ Jy pense, plutôt que Je pense à elles).
Les pronoms adverbiaux en et y
en : Jeanne a fait un beau voyage en Afrique : elle en parle souvent.
y : Alice apprécie la piscine de sa commune : elle y va régulièrement.
HISTOIRE DE LA LANGUE Les pronoms adverbiaux français ont une origine
adverbiale : en provient du latin inde « de ce lieu » et y du latin ibi « ici, y ». En ce
qui concerne cette dernière forme, on notera la graphie y destinée à donner
plus de lisibilité à ce mot réduit à une seule lettre (la graphie i est attestée
au Moyen Âge).
NOTION GRAMMATICALE PRONOM ADVERBIAL
p. 127
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.5 Les adverbes
Les adverbes sont des mots invariables 39 qui peuvent se rapporter à un verbe
(Elle agit fermement : fermement se rapporte au verbe agir), à un adjectif (Une
écriture peu lisible : peu se rapporte à ladjectif lisible), ou à un autre adverbe
(Elle travaille très sérieusement : très se rapporte à ladverbe sérieusement).
En fonction de son sens et de la structure syntaxique dans laquelle il sinsère,
ladverbe peut être supprimé (Elle agit fermement ➨ Elle agit) ou non (Cette
maison coûte cher ➨ *Cette maison coûte ; la date limite est aujourdhui ➨
*La date limite est). Dans le premier cas (Elle agit), le sens de la phrase est
modifié, mais cette dernière demeure correcte. Dans le second cas (*Cette
maison coûte ; *La date limite est), la phrase devient agrammaticale. Enfin, les
adverbes peuvent être classés en fonction du sens dont ils sont porteurs.
Les adverbes
Adverbes de temps
aujourdhui, maintenant, hier, bientôt, etc.
Adverbes de lieu
ici, là, y, ailleurs, partout, etc.
Adverbes de manière
gentiment, savamment, etc.
Adverbes interrogatifs
pourquoi ? quand ? etc.
Adverbes dintensité
autant, beaucoup, très, etc.
Adverbes de négation
ne… pas, ne… que, ni, etc.
Adverbes énonciatifs
peut-être, sans doute, etc.
Adverbes textuels
dune part… dautre part, etc.
La tradition scolaire ne semble pas avoir stabilisé une dénomination de fonction
pour les adverbes. Dans ces cas où ladverbe se rapporte à des constituants,
on utilisera simplement le terme « complément ». Ainsi, dans Elle agit ferme-
ment, ladverbe fermement est de fonction complément du verbe agir 40 ; dans
39 Hormis le cas particulier de tout (cf. II.3.3.5).
40 Il sagit plus précisément dun complément circonstanciel du verbe (cf. II.2.4).
p. 128
Le système de la langue II
Une écriture peu lisible, ladverbe peu est de fonction complément de ladjectif
lisible ; dans Elle travaille très sérieusement, ladverbe très est complément
de ladverbe sérieusement, ces deux adverbes formant un groupe adverbial
(très sérieusement) qui est lui-même complément du verbe travailler.
POUR ALLER PLUS LOIN
Les adverbes peuvent se rapporter à des constituants de la phrase et avoir
la fonction de complément dun verbe, dun adjectif ou dun autre adverbe.
Mais ils peuvent aussi se rapporter à plusieurs autres supports et avoir
dautres fonctions :
• lorsque ladverbe se rapporte à la phrase entière, il peut avoir une fonc-
tion de complément circonstanciel : Aujourdhui, je ne travaille pas ;
• ladverbe peut établir un lien entre deux phrases ou entre deux propo-
sitions : Il fait très beau ce matin. Pourtant je nai pas envie de sortir.
Dans ce cas, ladverbe na pas de fonction syntaxique dans la phrase où
il se trouve puisque, dune façon comparable à une conjonction de coor-
dination, il constitue le lien entre deux phrases. Sa fonction nest pas une
fonction syntaxique mais une fonction textuelle : la fonction de connecteur ;
• ladverbe peut établir un lien entre des phrases ou entre des propositions
pour rendre apparente la structure argumentative du texte et aider ainsi
le lecteur à le comprendre. Cest ainsi que sont employés les adverbes
premièrement, dabord, ensuite, enfin, etc. De nouveau, ces adverbes
nont pas une fonction syntaxique mais une fonction textuelle : la fonction
de balise textuelle ;
• ladverbe peut servir à modaliser une assertion. Modaliser une assertion
signifie lui retirer sa présomption de vérité en exprimant une réserve
(peut-être, probablement, etc.) ou un avis subjectif (naturellement,
bizarrement, etc.). On parle dans ce cas dadverbe modalisateur ou de
fonction de modalisation de ladverbe. Ainsi, on ne confondra pas Elle a agi
bizarrement, où ladverbe a une fonction de complément du verbe agir
(« elle a agi dune façon bizarre ») avec Bizarrement, elle a agi, où lad-
verbe bizarrement a une fonction de modalisation (« Elle a agi et je trouve
cela bizarre ») ;
• enfin, ladverbe peut intervenir au plan de lénonciation, pour caractériser
non pas le contenu de la phrase mais pour permettre au locuteur de se
situer par rapport à son propre propos : dans Franchement, je suis scan-
dalisé par cette situation ladverbe franchement porte sur la teneur
que le locuteur donne au contenu de son énoncé (« Je suis scandalisé
par cette situation et je vous parle franchement en disant cela »). Encore
une fois, ce type demploi de ladverbe ne constitue pas une fonction syn-
taxique : il sagit ici dune fonction énonciative. On parlera donc dans ce
cas d« adverbe auto-énonciatif ».
p. 129
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Certains adverbes (en particulier, les adverbes de manière en -ment) sont sus-
ceptibles de connaître des degrés au même titre que les adjectifs qualificatifs.
Degrés des adverbes de manière
Comparatifs
Comparatif dégalité :
aussi sérieusement (que)
Comparatif dinfériorité :
moins sérieusement (que)
Comparatif de supériorité :
plus sérieusement (que)
Superlatifs
Superlatif de supériorité :
le plus sérieusement
Superlatif dinfériorité :
le moins sérieusement
HISTOIRE DE LA LANGUE Pour lhistoire du suffixe français -ment, cf. II.3.4.
NOTION GRAMMATICALE
ADVERBE (TEMPS, LIEU, MANIÈRE, INTERROGATIF, INTENSITÉ, NÉGATIF, ÉNONCIATIF, TEXTUEL)
3.6 Les prépositions
Les prépositions sont des mots invariables. Elles forment avec lélément quelles
introduisent un groupe prépositionnel (GP) et précisent la relation sémantique
qui unit ce GP à lélément auquel elles se rapportent. Ainsi, dans la phrase
Je viens pour travailler, la préposition pour introduit le GP pour travailler
et indique une relation de but avec le verbe venir. Les prépositions se placent
devant un nom (une chaise de bureau), un groupe nominal (chez mes amis,
pour Alice), un pronom (pour toi) ou un groupe de mots à valeur nominale (Je
viens pour travailler). Les prépositions peuvent être constituées dun seul mot
(sur). Lorsquelles sont constituées de deux voire plusieurs mots (au-dessus
de), on les nomme locutions prépositionnelles. Les prépositions peuvent être
classées en fonction de leur sémantisme, qui est très riche.
p. 130
Le système de la langue II
Les prépositions
Lieu : chez mes parents, en ville, dans la salle,
autour de lîle, auprès de mes enfants, etc.
Temps : avant lorage, après lété, depuis cette époque, etc.
Cause : à cause de ces intempéries, grâce à votre intervention, etc.
Moyen : avec des outils, etc.
Manière : avec bonté, sans ironie, etc.
But : pour toi, etc.
Opposition : malgré eux, contre tous les principes, etc.
etc.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin faisait un très grand usage des préposi-
tions, car le système des cas (nominatif, accusatif, génitif, ablatif, etc.) nétait
pas en mesure dexprimer toutes les relations quun mot pouvait entretenir
avec le mot quil complétait. Du fait de la disparition des déclinaisons, lusage
des prépositions a été rendu encore plus nécessaire en français.
NOTIONS GRAMMATICALES PRÉPOSITION LOCUTION PRÉPOSITIONNELLE
Les conjonctions 3.7
Les conjonctions de coordination 3.7.1
Les conjonctions de coordination sont des mots invariables reliant entre eux des
mots (Pierre et Marie), des groupes de mots (le président de la République et
son homologue italien) et des phrases (Elle ne sait pas lire, mais elle regarde
les images) de même fonction et souvent de même nature (cf. I.3.7.1).
Conjonctions de coordination
Mais, ou, et, or, ni, car
Remarque : le mot donc nest pas une conjonction de coordination,
mais fonctionne comme un adverbe (Où en suis-je donc ? ;
Et donc, que sest-il passé ensuite ? : ces positions
de ladverbe donc sont impossibles pour les conjonctions
de coordination. Voir aussi I.3.7.1).
p. 131
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin ne séparait pas les mots les uns des autres
et lusage de la scriptio continua rendait lusage des particules de liaison,
équivalent fonctionnel des conjonctions de coordination, obligatoire afin que
lœil puisse repérer le début dune nouvelle phrase. À lexception de ou (du
latin aut) et de et (du latin et), les particules de liaison latines nont pas connu
de postérité et le français a créé ses propres conjonctions de coordination
à partir de mots latins qui nen étaient pas originellement.
NOTION GRAMMATICALE CONJONCTION DE COORDINATION
3.7.2 Les conjonctions de subordination
Les conjonctions de subordination sont des mots invariables qui introduisent
une proposition subordonnée en la mettant en dépendance syntaxique par
rapport à la proposition principale. Elles peuvent exprimer le temps (quand,
lorsque, toutes les fois que, etc.), la cause (parce que, sous prétexte que, etc.),
la conséquence (de telle sorte que, etc.), le but (afin que, etc.), la concession
(même si, bien que, quand bien même, etc.), lhypothèse (si, etc.), la comparai-
son (comme, de même que, etc.). Les conjonctions de subordination peuvent
être constituées dun seul mot (quand, etc.). Lorsquelles sont constituées de
deux voire plusieurs mots (bien que, quand bien même, etc.), on les nomme
« locutions conjonctives (de subordination) ».
Conjonctions de subordination
Temps
quand, lorsque, dès que, pendant que, avant que,
après que, alors que, tandis que, depuis que,
toutes les fois que, chaque fois que, etc.
Cause
comme, parce que, puisque, sous prétexte que,
attendu que, vu que, étant donné que, etc.
Conséquence
que, de (telle) sorte que, en sorte que, si bien que, etc.
But
afin que, pour que, de peur que, etc.
Concession
même si, bien que, quoique, alors que, tandis que,
quand bien même, lors même que, etc.
p. 132
Le système de la langue II
Hypothèse
si, au cas où, à condition que, pourvu que,
à moins que, etc.
Comparaison
comme, de même que, ainsi que, etc.
Remarque : on ne confondra pas la valeur hypothétique de la conjonction si
(Si tu viens, je serai heureux) avec son emploi en proposition subordonnée
interrogative totale (Je te demande si elle viendra) ou son emploi en proposition
subordonnée concessive (Si cette route est plus courte, elle est en revanche
plus difficile).
POUR ALLER PLUS LOIN
Lemploi de certaines conjonctions de subordination relève soit dun usage
soutenu soit dun maniement délicat :
• cause : non que… mais parce que (cause rejetée et cause avérée) :
Elle nest pas venue à la réunion, non quelle fût malade, mais parce
quelle avait un emploi du temps trop chargé ;
• conséquence : si… que (avec une proposition principale négative ou
interrogative) :
Ce livre nest pas si difficile que tu ne puisses le lire ;
Ce livre est-il si difficile que tu ne puisses le lire ? ;
• concession : quand bien même, lors même que : Quand bien même
tu me le demanderais instamment, je naccepterais pas ta proposition.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin, qui privilégiait lhypotaxe à la parataxe,
cest-à-dire la subordination à la juxtaposition, faisait un très grand usage
des conjonctions de subordination. À de rares exceptions près (si, comme),
le français a presque totalement renouvelé lhéritage latin et sest forgé ses
propres conjonctions de subordination. Certaines conjonctions ont parfois
connu des extensions demploi : ainsi quando, qui, en latin, navait quune
valeur interrogative (Quando uenies ? Quand viendras-tu ?), a été en outre
doté en français dune valeur temporelle (Quand tu viens, je suis heureux).
Pour lorigine de la conjonction de subordination que, cf. ci-dessus II.1.2.1.
NOTIONS GRAMMATICALES
CONJONCTION DE SUBORDINATION LOCUTION CONJONCTIVE (DE SUBORDINATION)
p. 133
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
3.8 Les interjections et les onomatopées
Les interjections sont des mots invariables et autonomes, insérés le plus souvent
dans une phrase pour exprimer, dune manière vive, une émotion, un sentiment,
une sensation, etc. Elles peuvent constituer des phrases à elles toutes seules.
Dun point de vue formel, elles peuvent être des mots dune seule syllabe (Oh !
Chut !), des noms ou groupes nominaux (Attention ! Mon Dieu !), des formes ver-
bales figées (Allons ! Tiens !), des adjectifs (Mince !). Les onomatopées sont par
ailleurs une catégorie dinterjections imitant un bruit (plouf ), le cri dun animal
(cocorico, miaou) ou le bruit dun être humain (atchoum).
Remarque : les interjections ont parfois été considérées comme lune des
natures de mots, au même titre que le nom, le verbe, etc. Ce point de vue nest pas
celui de la présente terminologie parce que, dans cette terminologie, il est tenu
compte du caractère très marginal des interjections par rapport aux huit autres
classes de mots. Si le terme « interjection » est commode pour désigner les mots-
phrases du type oh !, ah !, etc., il nappartient pas à lensemble des huit natures
de mots qui structurent la grammaire du français (nom, verbe, adjectif, adverbe,
déterminant, pronom, préposition, conjonction).
Interjections et onomatopées
Interjections : Oh ! Ah ! Eh ! Allons ! Diable ! Ciel ! Voyons ! Ah bon ? etc.
Onomatopées : atchoum, chut, plouf, coucou, etc.
POUR ALLER PLUS LOIN
Dans le cas des onomatopées, le signifiant (la suite des phonèmes qui for-
ment le mot) imite le signifié (le sens du mot). Ce type de signe est nommé
« iconique » : un signe iconique est un signe dont le signifiant est analogue au
signifié. Par exemple, meuh est lonomatopée désignant le bruit du cri des
bovins et le signifiant de ce mot sexplique par analogie avec ce bruit. Cer-
tains mots de la langue sont dorigine onomatopéique : par exemple le verbe
meugler. Le cas des onomatopées est marginal dans les langues, mais le
phénomène de liconicité est beaucoup plus répandu quon la longtemps cru,
notamment sous linfluence du « principe de larbitraire du signe », issu de
lœuvre du grand linguiste Ferdinand de Saussure (1857-1913). Le principe
de larbitraire du signe postule que les signes linguistiques sont arbitraires,
cest-à-dire que les signifiants sont aléatoirement associés aux signifiés. Le
développement des sciences cognitives a permis de montrer que de nom-
breux phénomènes langagiers échappent à ce principe. Par exemple, les
sons aigus ([i] par exemple) se trouvent préférentiellement associés à des
significations évoquant la petitesse ou la légèreté tandis que les sons graves
([a] par exemple) se trouvent préférentiellement associés à des significations
évoquant la grandeur ou la lourdeur. En outre, lanalyse du style des textes lit-
téraires repose fondamentalement sur une présomption diconicité : la forme
des mots et des phrases donne des informations sur le contenu des textes.
p. 134
Le système de la langue II
HISTOIRE DE LA LANGUE Certaines interjections françaises sont dorigine
latine : sont ainsi attestées oh, he, ah, (parfois écrit a). Pour certaines ono-
matopées animales, on observe des différences sur la manière de percevoir
le son produit par lanimal : ainsi coco coco est léquivalent latin de cocorico.
Le latin possède un adjectif barbarus « barbare » qui signifie étymologique-
ment « celui qui parle une langue incompréhensible » (cest-à-dire un idiome
autre que le latin et le grec), en somme celui qui fait « barbar » quand il parle.
Ladjectif se retrouve à lidentique dans le grec barbaros et le sanskrit (vieil
indien) balbala- (cf. le verbe balbalacaroti, « balbutier ») : ce type de forma-
tion relève de liconicité.
NOTIONS GRAMMATICALES INTERJECTION ONOMATOPÉE
Le verbe 3.9
Le verbe exprime généralement une action41 (Elle marche ; Elle danse) ou un état
(Les feuilles sont vertes). Il constitue le noyau du groupe verbal (GV). Le verbe
varie en personne, en temps, en mode, en voix, en nombre et parfois en genre.
Son rôle fondamental consiste à contribuer à lexpression du temps. Mais cette
notion de temps est ambiguë et il faut au moins distinguer :
• le temps des époques (ou « temps » proprement dit) : situer une action dans le
temps consiste à la situer dans lune des trois époques, le passé, le présent ou
le futur. Limparfait chantait dans Elle chantait bien permet de situer laction
de chanter dans le passé ; le futur chantera dans Elle chantera (un jour)
permet de situer laction de chanter dans le futur ; le présent chante dans Elle
chante (en ce moment) permet de situer laction de chanter dans le présent ;
• le temps aspectuel (ou « aspect ») : ce temps est celui de la durée interne de
laction. Par exemple, laction désignée par chanter a un début, une phase de
déroulement et une fin, quelle que soit lépoque (passée, présente ou future)
où elle est située ;
• lutilisation du mot « temps » dans la désignation des formes verbales (les
« temps du verbe ») : le terme « temps » est utilisé pour désigner les formes de
la conjugaison du verbe au sens où lon dit que limparfait est un temps, que le
subjonctif présent est un temps, etc. Cet emploi du mot « temps » est purement
conventionnel, sans rapport nécessaire avec le terme « temps » au sens de
« temps des époques » (les « temps » du subjonctif nont pas de valeur tempo-
relle, voir II.3.9.5.1.B).
41 Un nom peut également exprimer une action, en particulier lorsquil est dérivé dun verbe
(La fusée décolle ➨ Le décollage de la fusée).
p. 135
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Par ailleurs, sil est vrai que les temps verbaux servent généralement à exprimer
la temporalité, ils sont aussi employés pour un autre usage : la modalisation. La
modalisation consiste en lexpression de lattitude du locuteur sur son propos.
Par exemple, dans Elle partirait demain matin (au sens « il est possible quelle
parte demain matin »), lévénement « partir demain matin » est modalisé par le
conditionnel, au sens où cet emploi du conditionnel exprime le doute du locuteur
sur lévénement décrit. Le conditionnel a donc ici une valeur modale.
Enfin, cette notion demploi modal ne doit pas être confondue avec la notion de
mode. Les temps du français sont regroupés en catégories nommées modes :
aux modes non personnels (infinitif, participe) sopposent les modes personnels,
parmi lesquels sont distingués des modes personnels mais non temporels (sub-
jonctif et impératif) et un mode personnel et temporel (indicatif).
NOTIONS GRAMMATICALES
TEMPS ASPECT MODE VALEUR MODALE
3.9.1 Radical et désinence
Conjuguer un verbe signifie produire lensemble des formes possibles dun verbe
en fonction de plusieurs variables : le mode, le temps, laspect et la personne.
Un verbe, comme tous les autres mots, se décompose en plusieurs éléments,
nommés « morphèmes ». Lanalyse des éléments constituants du verbe se situe
donc sur le plan morphologique.
Deux types de morphèmes doivent être distingués pour lanalyse morphologique
du verbe :
• le radical contient le sens lexical stable du verbe. Par exemple, pour le verbe
chanter, le radical est chant- ;
• la désinence est le morphème, placé à droite du radical, qui varie selon le
temps, le mode et la personne du verbe. Par exemple, dans chantais la dési-
nence est -ais, dans chanterons, la désinence est -erons. Dans la pratique
de classe, « désinence » peut être remplacé par « terminaison ».
Beaucoup de verbes se conjuguent sur un seul radical (par exemple chanter)
mais, dans certains cas, la conjugaison du verbe mobilise plusieurs formes
du radical :
• verbes à un seul radical : chanter ;
• verbes à deux radicaux : lire (radical li- dans je lis, tu lis, etc. ; radical lis- dans
nous lisons, vous lisez, etc.) ;
p. 136
Le système de la langue II
• verbes à trois radicaux : vivre (radical vi- dans je vis, tu vis, etc. ; radical viv-
dans je vivais, tu vivais, etc. ; radical véc- dans je vécus, tu vécus) ;
• verbes à plus de trois radicaux : auxiliaires être, avoir et aller.
Enfin, la désinence du verbe conjugué se décompose elle-même en plusieurs
morphèmes nommés « marques » : marque de temps et marque de personne.
Par exemple, dans ils chantaient, la désinence -aient comporte une marque
de temps et de mode -ai- (que lon retrouve dans je chantais, il chantait, etc.)
et une marque de personne -ent (que lon retrouve dans ils chantent, etc.).
Remarque : une distinction entre base et radical est introduite dans le chapitre
consacré au lexique (cf. II.4.3.1). Dans le cas de la morphologie verbale, cette dis-
tinction est peu pertinente. Cest pourquoi, dans la description de la conjugaison
du verbe, il est possible dutiliser indifféremment les termes « base » ou « radical ».
Décomposition de la forme verbale
Radical : chant- (verbe chanter), li- et lis- (verbe lire)
Désinence : -aient dans chantaient
Marque de temps et de mode :
-ai- marque de lindicatif imparfait dans chantaient
Marque de personne : -ent marque de troisième personne
du pluriel dans chantaient
NOTIONS GRAMMATICALES
MORPHÈME VERBAL RADICAL DÉSINENCE
MARQUE DE TEMPS MARQUE DE PERSONNE
Classement morphologique des verbes 3.9.2
Dans la tradition française, les verbes sont classés en trois groupes, qui cor-
respondent, au moins pour les deux premiers, à une homogénéité des formes de
conjugaison. À ces trois groupes sajoutent des verbes auxiliaires être et avoir.
Les verbes du premier groupe sont ceux qui présentent un infinitif en -er. Ils se
conjuguent à partir dun seul radical, sur le modèle de chanter. Cest pourquoi,
compte tenu du nombre de ses radicaux, le verbe aller nest pas classé dans ce
groupe en dépit de sa forme dinfinitif. Généralement, les verbes nouveaux (néo-
logismes) sont formés sur le modèle des verbes de ce groupe (liker, tweeter, etc.).
p. 137
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Les verbes du deuxième groupe présentent un infinitif en -ir et plusieurs formes
de leur radical en -iss-, dont le participe présent (-issant). Par exemple, le verbe
finir, dont le participe présent est finissant, appartient à la catégorie des
verbes du deuxième groupe, à la différence de partir, dont linfinitif est en -ir
mais qui ne forme pas son participe présent au moyen de la désinence -issant
(partir, partant).
Les verbes du troisième groupe sont tous les verbes qui nappartiennent à
aucun des deux premiers groupes. Il sagit donc dune catégorie très hétéro-
gène au plan morphologique. On distingue néanmoins trois types : les verbes
ayant un infinitif en -ir (mais pas de participe présent en -issant) comme partir,
les verbes ayant un infinitif en -oir du type savoir, valoir, etc. et les verbes ayant
un infinitif en -re, du type dire, écrire, prendre, etc. On y rattache aussi les
verbes être, avoir et aller.
Les groupes de verbes
Verbes du premier groupe : chanter, parler, etc.
Verbes du deuxième groupe : finir, bondir, grossir, etc.
Verbes du troisième groupe :
• ayant un infinitif en -ir : partir, servir, fuir, etc.
• ayant un infinitif en -oir : savoir, apercevoir, devoir, etc.
• ayant un infinitif en -re : écrire, dire, prendre, etc.
• verbe aller
• verbes être, avoir
HISTOIRE DE LA LANGUE Les verbes latins dits réguliers étaient organisés
en quatre conjugaisons. À ceux-là sajoutait un ensemble assez disparate
de verbes dits irréguliers qui ne pouvaient pas, dun point de vue synchro-
nique, être rattachés à lune des quatre conjugaisons. Le latin, par ailleurs,
ne possédait quun seul auxiliaire, le verbe sum « être ». Le français na que
très partiellement conservé lhéritage latin en réorganisant les verbes en
trois groupes et en se dotant de deux auxiliaires, être et avoir. Les verbes
latins de la première conjugaison, cest-à-dire les verbes -are, parmi les
plus récemment créés dans le système latin, sont ceux qui ont connu la plus
grande fortune en français en fournissant à la langue les verbes du premier
groupe en -er. Les verbes latins de la quatrième conjugaison, cest-à-dire
les verbes en -ire, ont fourni en français les verbes du deuxième groupe en
-ir. Les paradigmes du latin les plus anciens (notamment le type lego, is, ere
« lire ») sont au contraire ceux qui ont eu le moins de rendement en français
voire ont totalement disparu. Par ailleurs, le verbe auxiliaire latin sum répon-
dait à un jeu compliqué dalternances radicales (sum/es/fui) que le français
a conservées à lidentique ( je suis/tu es/je fus). La disparité des radicaux
p. 138
Le système de la langue II
sum/es dune part et fui dautre part sexplique par le fait que la racine à
lorigine des formes latines sum/es exprimait le présent, tandis que la racine
à lorigine des formes fui exprimait uniquement le passé. Dans létat le plus
ancien de la langue, le latin a associé ces racines de sens quasi voisin mais de
temporalité différente pour créer une conjugaison complète. Ce phénomène
dassociation de racines sappelle le supplétisme.
NOTIONS GRAMMATICALES
VERBE DU PREMIER GROUPE VERBE DU DEUXIÈME GROUPE
VERBE DU TROISIÈME GROUPE
Auxiliaires et semi-auxiliaires 3.9.3
Les verbes français, pour certaines de leurs formes, se conjuguent au moyen de
deux auxiliaires, être et avoir, qui sont indispensables pour conjuguer les temps
composés ainsi que la voix passive (auxiliaire être exclusivement pour la voix
passive). Les temps conjugués sans auxiliaire sont appelés les temps simples,
les temps conjugués avec auxiliaire sont appelés les temps composés.
Auxiliaires être et avoir
Emploi en temps composés (être et avoir) : jai mangé,
tu eus mangé, elle aura mangé, nous aurions mangé,
je suis sorti, tu seras parti, elle sest coiffée, etc.
Emploi dans la voix passive (être) : La souris est mangée par le chat.
La souris a été mangée par le chat.
Remarque : être et avoir ne sont plus auxiliaires et ont un statut de verbe à part
entière dans des énoncés du type Jai de largent (« Je possède de largent »).
Ce vélo est à Paul (« Ce vélo appartient à Paul »).
POUR ALLER PLUS LOIN
Lorsque les verbes être et avoir sont employés comme auxiliaires, ils ont un
sens grammatical plutôt que lexical. En effet, il est très difficile de saisir ce que
signifie être dans Elle est partie, ou avoir dans Elle a terminé (comme il est
difficile de décrire le sens dun article défini par exemple) : le sens de être
et avoir auxiliaires est celui dun outil grammatical, utile à la construction
de certaines formes verbales. En revanche, dans Jai de largent, le verbe
p. 139
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
avoir a le sens de « posséder », dans Ce vélo est à Paul, le verbe être signifie
« appartenir » et dans Je pense donc je suis, le verbe être signifie « exister » :
dans ces emplois, être et avoir ont un sens lexical. Le processus selon lequel
un mot lexical sallège sémantiquement pour devenir un mot grammatical se
nomme « grammaticalisation ». Il nest aucunement limité aux auxiliaires : par
exemple, ladverbe de négation pas est issu, par grammaticalisation, du nom
pas (un pas).
Un certain nombre de verbes, appelés semi-auxiliaires lorsquils sont suivis
dun infinitif, peuvent fonctionner dune manière comparable aux auxiliaires et
donner une indication aspectuelle ou modale.
Les indications aspectuelles peuvent être représentées de la façon suivante :
Durée interne du verbe X (=aspect de X)
Aspect progressif
Futur Je suis en train de X Passé
proche proche
Je vais X Je viens de X
Aspect inchoatif Aspect terminatif
Je commence à X Je finis de X
Verbes semi-auxiliaires
Semi-auxiliaires exprimant laspect
Futur proche (aller) : Je vais venir.
Passé proche (venir) : Elle vient de partir.
Aspect inchoatif (action prise en son commencement : commencer à) :
Elle commence à comprendre son erreur.
Aspect progressif (action perçue dans sa durée : être en train de) :
Elle est en train de travailler.
Aspect terminatif (action perçue à son terme : finir) :
Elle a fini de travailler.
Semi-auxiliaires exprimant la modalité
Devoir : Je ne lentends plus : elle a dû sortir (probabilité)
Cela devait arriver (nécessité)
Pouvoir : Il peut être midi (possibilité, probabilité)
NOTIONS GRAMMATICALES AUXILIAIRE SEMI-AUXILIAIRE
p. 140
Le système de la langue II
Les voix 3.9.4
La voix traduit le point de vue adopté par le locuteur sur le procès exprimé par
le verbe. Elle caractérise la façon dont les rôles sémantiques (lagent, qui fait
laction, et le patient, qui subit laction) sont attribués au sujet et aux complé-
ments du verbe. Ces rôles sont diversement affectés selon que le verbe est à la
voix active (le sujet est agent), à la voix passive (le sujet est patient), à la voix
pronominale (dédoublement du sujet en agent et patient) ou à la voix factitive
(dédoublement de lagent).
Le verbe comporte deux voix fondamentales : la voix active et la voix passive.
Seuls les verbes transitifs directs, cest-à-dire se construisant avec un complé-
ment dobjet direct, sont susceptibles dêtre employés à la fois à la voix active
et à la voix passive (Le chat mange la souris ➨ La souris est mangée par le
chat). Les verbes transitifs indirects (Je parle à Pierre), les verbes intransitifs
(Les chevaux galopent dans la plaine) et les verbes attributifs (Sophie est
excellente en mathématiques) ne semploient quà la voix active.
Voix active et voix passive
Voix active : La chirurgienne opère les malades.
Voix passive : Les malades sont opérés par la chirurgienne.
Remarque : un verbe peut être à la fois intransitif (Les toits blanchissent) et
transitif (La neige blanchit les toits). Seul le second emploi est susceptible dune
transformation à la voix passive (Les toits sont blanchis par la neige).
La voix pronominale présente deux caractéristiques morphologiques : la forme
verbale est toujours précédée dun pronom personnel de même personne que
le sujet (Je me regarde ; Ils se sont plu) ; lauxiliaire employé est toujours lauxi-
liaire être (Ils se sont promenés). La voix pronominale joue sur la distinction de
deux rôles sémantiques possible du sujet grammatical : le rôle dagent (i.e. qui
fait laction) et le rôle de patient (i.e. qui subit laction).
Par conséquent, trois emplois principaux peuvent être distingués, selon que
le sujet a (1) un double statut dagent et de patient (pronominal réfléchi), (2) un
statut principalement de patient (pronominal passif) ou (3) un statut principa-
lement dagent (pronominal actif) :
• verbe pronominal réfléchi : le sujet applique laction à lui-même ; il est donc
à la fois lagent et celui qui subit laction. Deux types de verbes pronominaux
réfléchis peuvent être distingués :
le verbe pronominal réfléchi réflexif (Elle se coiffe : elle est à la fois « coif-
fante » (agent) et « coiffée » (patient)) ;
p. 141
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
le verbe pronominal réciproque : les sujets sappliquent laction mutuelle-
ment (Ils se regardent [lun lautre] : chacun est « regardant » (agent) et
« regardé » (patient)) 42 ;
• verbe pronominal à sens passif : le sujet supporte laction ; dans ce cas, la voix
pronominale constitue une variante de la voix passive, ce qui montre bien que
le sujet joue sémantiquement un rôle de patient (Le courrier se distribue tous
les matins = On distribue le courrier tous les matins : le sujet le courrier est
lobjet de laction de distribuer ; il joue donc un rôle sémantique de patient) ;
• verbe pronominal à sens actif : dans ce cas, le sujet joue principalement un
rôle sémantique dagent. Deux cas doivent être distingués, selon que le verbe
se trouve obligatoirement ou facultativement à la voix pronominale :
le verbe essentiellement pronominal ne connaît pas dautres construc-
tions que la voix pronominale (Elle se souvient de ces moments heureux.
Le bâtiment sest écroulé) ;
verbe occasionnellement pronominal : un verbe occasionnellement pronomi-
nal est un verbe dont lemploi pronominal, fréquent, coexiste avec un emploi
non pronominal (Je maperçois de mon erreur. Japerçois des passants).
Emplois de la voix pronominale
Verbe pronominal réfléchi
Verbe pronominal réfléchi réflexif :
Elle se regarde dans le miroir.
Verbe pronominal réciproque :
Ils se connaissent intimement.
Verbe pronominal à sens passif
Ce dessert se mange très froid.
Verbe pronominal à sens actif
Verbe essentiellement pronominal :
Elle sest évanouie de peur.
Verbe occasionnellement pronominal :
Elle se rend compte de son erreur.
La voix factitive correspond au cas où le sujet fait réaliser laction par un tiers.
Elle se construit au moyen du semi-auxiliaire faire (+ infinitif) : Elle fait repeindre
la maison par une entreprise. Au plan sémantique, la voix factitive implique
deux agents (celle qui fait repeindre la maison et celui ou celle qui la repeint).
La voix impersonnelle est une forme verbale dans laquelle le sujet grammatical
est un pur support grammatical sans référent. Ce sujet est le pronom il (imper-
sonnel) : il faut de la patience, il arrive quon se trompe.
42 Ils se regardent est ambigu : cette phrase signifie ou bien « chacun se regarde lui-même »
(pronominal réfléchi) ou « chacun regarde lautre et est regardé par lautre » (pronominal réciproque).
p. 142
Le système de la langue II
HISTOIRE DE LA LANGUE Le verbe latin connaissait trois voix : la voix active,
la voix passive et la voix déponente. La voix déponente regroupait des verbes
dont la morphologie était passive mais le sens actif (imitari « imiter »). Cette
voix, jugée non essentielle, a été éliminée du français, et parfois même en
latin, au profit de la voix active. Les verbes latins sont également susceptibles
demplois pronominaux.
NOTIONS GRAMMATICALES
VOIX ACTIVE VOIX PASSIVE VOIX PRONOMINALE
VOIX FACTITIVE VOIX IMPERSONNELLE
Les modes 3.9.5
Le verbe comporte des modes personnels et des modes non personnels. Les
modes personnels sont sensibles à lexpression de la personne et du nombre
et parfois du genre. Les modes non personnels ignorent la personne et, partiel-
lement, le genre et le nombre.
Les modes personnels 3.9.5.1
Les modes personnels sont : lindicatif, le subjonctif et limpératif. Lindicatif est
un mode personnel et temporel ; le subjonctif et limpératif sont des modes per-
sonnels non temporels.
A. Indicatif
Lindicatif est le seul mode temporel : il permet de situer laction désignée par
le verbe dans le passé (passé simple et imparfait), dans le présent (présent) ou
dans le futur (futur et conditionnel). Le mode indicatif comporte, parallèlement
aux temps simples, une série de temps composés, formé au moyen de lauxiliaire
être ou avoir et du participe passé.
p. 143
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Les temps de lindicatif
Temps simples
Présent : je parle ; je sors
Passé simple : je parlai ; je sortis
Imparfait : je parlais ; je sortais
Futur : je parlerai ; je sortirai
Conditionnel présent : je parlerais ; je sortirais
Temps composés
Passé composé : jai parlé ; je suis sorti(e)
Passé antérieur : jeus parlé ; je fus sorti(e)
Plus-que-parfait : javais parlé ; jétais sorti(e)
Futur antérieur : jaurai parlé ; je serai sorti(e)
Conditionnel passé : jaurais parlé ; je serais sorti(e)
Au plan sémantique, les temps de lindicatif ont diverses valeurs, dérivées de
leur signification temporelle de base. On parlera donc des « valeurs du présent »,
des « valeurs de limparfait », etc. pour désigner le sens particulier que prennent
les temps de lindicatif dans tel ou tel contexte. Par exemple, le présent peut avoir
diverses valeurs temporelles : une valeur de présent ponctuel (Je vous remer-
cie), de présent étendu (Il pleut depuis une heure), de présent de vérité générale
(Lhumain est mortel), de futur proche (Jarrive dans un instant) ou de passé
proche (Elle sort dici [= elle vient de sortir]). Il peut également avoir des valeurs
modales (voir infra).
POUR ALLER PLUS LOIN
Statut du conditionnel : temps ou mode ?
Le conditionnel a longtemps été considéré comme un mode, ce qui nest plus
le cas aujourdhui. La symétrie qui existe dans la morphologie des verbes du
premier groupe est un argument majeur en faveur de lanalyse du conditionnel
comme temps et non pas comme mode : je chanterai/je chanterais//je chan-
tai/je chantais. Morphologiquement, le conditionnel est, pour les verbes du
premier groupe (qui sont les plus fréquents), au futur ce que limparfait est au
passé simple. Dun point de vue sémantique, le passage dun énoncé du type
Je dis quelle viendra à Je disais quelle viendrait montre bien que le condi-
tionnel ne constitue quune variante du futur dans un contexte au passé (au
moins dans cet emploi-ci, que lon considère comme lemploi de base du condi-
tionnel). Dans les systèmes hypothétiques, où le futur et le conditionnel ont des
emplois modaux, la différence entre les deux temps relève de la façon dont
lhypothèse est envisagée : le futur envisage la conséquence certaine dune
hypothèse envisageable au moment présent (Si tu viens, je serai heureux),
alors que le conditionnel semploie pour indiquer la conséquence dune hypo-
thèse exclue dans le présent (irréel du présent : Si je le pouvais, je viendrais)
ou exclue dans le passé (irréel du passé : Si javais pu, je serais venu). Cest en
p. 144
Le système de la langue II
raison de limportance accordée aux emplois modaux du conditionnel que lon
considérait ce temps de lindicatif comme un mode. Il est clair aujourdhui que
de tels emplois ne sont rien dautre que des emplois modaux, que le condition-
nel peut avoir au même titre que tous les autres temps de lindicatif.
Toutefois, dans lusage scolaire, le conditionnel est parfois considéré comme
un mode et enseigné comme tel.
Les temps de lindicatif, outre leur valeur temporelle, peuvent avoir une valeur
modale. Cette valeur est perceptible dès quun temps de lindicatif na pas sa
valeur temporelle habituelle. Par exemple, limparfait a pour rôle de base de
signifier que laction se situe dans le passé, mais il est évident quil ne joue pas
ce rôle dans une phrase comme Si tu travaillais, tu réussirais : laction de tra-
vailler na pas lieu dans le passé puisquil sagit dune hypothèse émise dans le
présent. La plupart des temps de lindicatif peuvent avoir des valeurs modales.
Exemples de valeurs modales des temps de lindicatif
Présent
Si tu viens, je serai heureux. (valeur déventualité)
Tu sors dici ! (valeur impérative)
Imparfait
Si tu venais, je serais heureux (valeur dhypothèse) ;
Je venais vous demander un conseil. (valeur datténuation)
Alors, on avait un gros chagrin ! (valeur hypocoristique)
Futur
Je vous demanderai de bien vouloir faire le silence.
(valeur datténuation)
Vous fermerez la porte. (valeur impérative)
Conditionnel
Si tu venais, je serais heureux. (valeur dhypothèse)
Le Président aurait quitté le pays. (valeur déventualité)
Passé composé
Si tu as fini ce soir, tu me préviendras. (valeur déventualité)
Plus-que-parfait
Si tu étais venu, jaurais été heureux. (valeur dhypothèse)
Futur antérieur
Pourquoi nest-elle pas encore arrivée ? Elle aura raté
son train, sans doute. (valeur de conjecture)
p. 145
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
La différence entre les temps simples et les temps composés de lindicatif est
en premier lieu une différence daspect : les temps composés signifient laspect
accompli des temps simples : Elle dort (aspect non accompli : laction de dormir
est en cours de déroulement) ; Elle a dormi (aspect accompli : laction de dormir
est achevée).
POUR ALLER PLUS LOIN
Le terme « aspect » regroupe trois types de réalités linguistiques :
• laspect grammatical lié au temps du verbe. Les distinctions en matière
daspect grammatical sont :
non accompli/accompli : cette opposition est marquée par lopposition
entre les temps simples et les temps composés (Elle termine : aspect
non accompli ; elle a terminé : aspect accompli) ;
borné/non borné : certains temps, comme le passé simple, incluent les
bornes du procès et en donnent une vue globale (François Ier régna
trente-deux ans) tandis que dautres, comme limparfait, nincluent
pas les bornes du procès et le présentent dans son déroulement (Fran-
çois Ier invitait à sa cour de grands artistes italiens) ;
• laspect sémantique est lié au sens du verbe : certains verbes sont dits
imperfectifs (marcher par exemple) parce que laction quils désignent
commence dès le début du procès (lévénement « marcher » a lieu dès le
début de la marche). Dautres verbes (comme sortir ou exploser), dits per-
fectifs, exigent que le terme du procès soit atteint pour que lévénement
soit considéré comme ayant lieu. Cest pourquoi ils sont difficilement com-
patibles avec la périphrase aspectuelle être en train de (La bombe est
en train dexploser et Elle est en train de sortir de sa maison sont des
énoncés très peu probables) à la différence des verbes imperfectifs (Elle
est en train de marcher) ;
• laspect lexical est signifié notamment par des semi-auxiliaires aspec-
tuels : aspect inchoatif (Elle commence à comprendre son erreur), aspect
progressif (Elle est en train de travailler), aspect terminatif (Elle finit
de travailler), etc.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le système verbal latin était organisé de manière
temporelle. En latin, cette organisation constitue une innovation car la langue
avait hérité dun système où laspect de laction (action unique, action répétée,
action envisagée en son début, action envisagée en son achèvement, etc.)
était plus important que le système temporel. Le latin a considérablement
réduit limportance dévolue à laspect au profit dun système temporel quil a
transmis au français. Laspect pouvait en latin se marquer notamment à laide
de suffixes verbaux (-sco dans albesco « je deviens blanc », -ito dans dictito
« je répète sans cesse ») : ainsi le suffixe -ito a fourni au français les verbes en
-eter, du type voleter. Un autre suffixe à valeur aspectuelle mérite par ailleurs
une mention particulière : le latin a hérité du grec le suffixe fréquentatif -izare
p. 146
Le système de la langue II
marquant la répétition de laction. Le latin a ainsi emprunté au grec le verbe
baptizare « plonger trois fois dans leau ➨ baptiser »). Ce suffixe a évolué en
bas latin en -idiare doù sont issus les verbes français en -oyer (tournoyer).
Au XVIe siècle, apparaît en français le suffixe -iser dont sont issues les forma-
tions savantes du type minimiser, moderniser et où la valeur itérative nest
généralement plus perceptible. Enfin, le système temporel latin, dun point de
vue fonctionnel, se retrouve quasiment à lidentique en français à trois excep-
tions près : le français a deux auxiliaires principaux être et avoir, là où le latin
navait que le verbe esse « être » ; le français sest doté de trois temps du passé
(passé simple, passé composé, passé antérieur) là où le latin nen possédait
quun (le parfait) ; le conditionnel, inconnu du latin, voit ses emplois exprimés
notamment par le subjonctif. Dun point de vue morphologique, les forma-
tions temporelles latines nont pas connu la même postérité en français :
le futur latin (ero, amabo, monuero) a, par exemple, totalement disparu du
français au profit de formes refaites : essere habeo « jai à être » ➨ esserayo
➨ je serai). Limparfait latin en -bam a donné naissance à deux séries de
formes : les formes du type je chantève, je chanto(u)e, attestées dans lEst
et lOuest, ont été ensuite supplantées par des formes du type je vendoie,
présentes dans le Nord et dans le Centre et qui vont pour finir évoluer et
être notées je vendais. Jusquau XVIIe siècle, lorthographe oi de limparfait
demeure fréquente dans les textes littéraires.
NOTIONS GRAMMATICALES
INDICATIF
TEMPS DE LINDICATIF (PRÉSENT, IMPARFAIT, FUTUR, PASSÉ SIMPLE, CONDITIONNEL PRÉSENT,
PASSÉ COMPOSÉ, PLUS-QUE-PARFAIT, FUTUR ANTÉRIEUR, PASSÉ ANTÉRIEUR, CONDITIONNEL PASSÉ)
ASPECT VALEUR MODALE DES TEMPS VERBAUX
B. Subjonctif
Le subjonctif est un mode personnel mais non temporel. Il na donc que des
valeurs modales, cest-à-dire exprimant lattitude du locuteur sur son pro-
pos, sa subjectivité (souhait, regret, doute, etc.). Ainsi, le subjonctif présent ne
signifie jamais linscription du procès dans lépoque présente mais exprime par
exemple le souhait (Je désire quelle vienne ; Vive la République !) ou le regret
(Je regrette que tu partes). De même, le subjonctif imparfait nexprime pas
linscription du procès dans le passé mais notamment le souhait (Je souhaitais
quelle eût loccasion de se défendre).
p. 147
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Dun point de vue morphologique, la forme proprement dite de subjonctif est
je chante, je finisse, je sois, je vienne, je puisse, etc. Le mot que qui précède
traditionnellement la forme verbale dans les tableaux de conjugaison (que je
chante, que je vienne) ne fait pas partie de la conjugaison du subjonctif, mais
se trouve être la conjonction de subordination que introduisant les complétives
(Il faut que tu viennes) ou les subordonnées circonstancielles (Bien quelle soit
malade, elle est présente). Le subjonctif étant très présent dans ces struc-
tures, une habitude de présentation veut que cette conjonction figure aussi
dans les tableaux de conjugaison du verbe. Dailleurs, cette conjonction que est
absente dans les propositions subordonnées relatives au subjonctif (Je nai rien
trouvé qui en vaille la peine). La présence de cette conjonction de subordina-
tion indique seulement que le subjonctif se rencontre le plus fréquemment en
proposition subordonnée. Cependant, avec ou sans que, le subjonctif semploie
aussi en propositions indépendantes (Vive la République ! Quelle sen aille !).
La gamme des attitudes que le locuteur peut avoir à légard de son propos définit
lensemble des valeurs du subjonctif, qui sont toutes des valeurs modales : souhait
(Je désire quelle vienne), regret (Je regrette quelle ait fait cette erreur), ordre
(Quelle entre !), supposition (Moi, que je commette une telle erreur ! ; Soit un
triangle A, B, C), anticipation (Je dois partir avant quil pleuve), etc.
Les temps du subjonctif
Temps simples
Présent : Il faut quelle fasse un effort
Imparfait : Il fallait quelle fît un effort
Temps composés
Passé : Je regrette quelle ait fait cette erreur
Plus-que-parfait : Je regrettais quelle eût fait cette erreur
POUR ALLER PLUS LOIN
Dans certains cas, le subjonctif est le seul mode possible dans la subordon-
née (Je dois partir avant quil pleuve). Dans dautres cas, seul lindicatif est
possible (Je pense quelle viendra). Mais il existe des cas où une alternance
entre lindicatif et le subjonctif est possible. Ces cas sont intéressants pour les
nuances quils révèlent. On distinguera par exemple : Je cherche un chat qui
est roux et qui a les yeux verts (ce chat existe, la phrase a pu être prononcée
par quelquun qui a perdu son chat) et Je cherche un chat qui soit roux et
qui ait les yeux verts (il sagit dun souhait ; on ne sait pas si le chat dont il est
question existe).
p. 148
Le système de la langue II
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin a hérité de son histoire deux modes, le sub-
jonctif et loptatif, qui avaient à lorigine des emplois distincts. Loptatif servait
notamment à exprimer la possibilité et le souhait. Le latin, bien que ne perce-
vant pas de frontière fonctionnelle très grande entre ces deux modes, en a
cependant conservé les morphèmes : tous les subjonctifs latins en i/e/a du
type sim, amem, moneam sont étymologiquement danciens optatifs ; les
morphèmes hérités de subjonctif, devenus inutiles en latin, ont servi à former
lindicatif futur (le futur de sum, ero, est étymologiquement un ancien sub-
jonctif). Une fois les suffixes réassignés, le latin a fondu les emplois du sub-
jonctif et de loptatif en un seul mode, le subjonctif.
NOTION GRAMMATICALE
SUBJONCTIF (PRÉSENT, IMPARFAIT, PASSÉ, PLUS-QUE-PARFAIT)
C. Impératif
Limpératif est le mode utilisé pour donner un ordre. Comme le subjonctif, il sagit
donc dun mode personnel mais non temporel. Dun point de vue morphologique,
limpératif est un mode défectif qui ne comporte que trois personnes (Chante !
Chantons ! Chantez ! ). Les deux personnes inusitées sont suppléées par le
subjonctif (Quil sorte ! Quelles sortent !). La première personne du singulier
nexiste pas : quand on souhaite donner un ordre à soi-même, cest la deuxième
personne du singulier (Allez, Alice, reprends courage ! [Cest Alice elle-même
qui parle]) ou la première personne du pluriel qui sont employées. Limpératif
connaît deux temps, le présent et, plus rarement usité, le passé.
Formes de limpératif
Présent : Chante ! Chantons ! Chantez !
Passé : Aie fini ! Ayons fini ! Ayez fini !
Ayez fini votre travail quand nous serons rentrés !
Remarque : un ordre négatif (Ne dis rien ! Ne reviens pas !) est aussi appelé
défense.
p. 149
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin possédait un impératif présent et un impé-
ratif futur. Limpératif présent (Ama ! Amate ! Aime ! Aimez !) était le plus
usuel. Limpératif futur, plus rare, semployait notamment pour les verbes
dépourvus dimpératif présent : le français a conservé memento (Sou-
viens-toi !) dont il a fait un nom commun. Limpératif présent latin ne compor-
tait, contrairement au français, que deux personnes (deuxièmes personnes
du singulier et du pluriel). Comme en français, les personnes inusitées étaient
suppléées par le subjonctif. Pour la défense, cf. II.1.7.3.
NOTIONS GRAMMATICALES
IMPÉRATIF TEMPS DE LIMPÉRATIF (PRÉSENT, PASSÉ)
ORDRE NÉGATIF/DÉFENSE
3.9.5.2 Les modes non personnels
Les modes non personnels sont linfinitif et le participe. Le mode participe com-
porte lui-même deux formes (ou « temps »), le participe présent et le participe
passé.
Les modes non personnels sont insensibles à la catégorie de la personne, mais
porteurs, pour certains dentre eux, de lindication du nombre et du genre.
Ils ont des emplois variés, qui ne sont pas seulement de type verbal, mais égale-
ment de type nominal, adjectival ou adverbial.
Au plan sémantique, les modes non personnels se distinguent par leur aspect :
linfinitif indique que laction désignée par le verbe est à accomplir, le participe
présent indique quelle est en cours daccomplissement et le participe passé
quelle est accomplie.
Lire Lisant Lu
Par ailleurs, les modes non personnels nont pas de valeur temporelle : ils ne
permettent pas, par eux-mêmes, de situer laction dans le passé, dans le pré-
sent ni dans le futur. Ils peuvent cependant exprimer une relation temporelle
(simultanéité par exemple) par rapport à une autre action située dans le temps
(Elle arriva à lécole en criant).
p. 150
Le système de la langue II
Remarques
• Les modes non personnels font partie intégrante de la conjugaison du verbe.
On évitera donc de les présenter, en particulier linfinitif, comme des « formes
non conjuguées ».
• Cette présentation des modes non personnels est une commodité péda-
gogique. Au plan linguistique, comme lindique bien le schéma qui précède,
il nexiste quun seul mode non personnel, qui se divise en trois formes :
le participe présent, le participe passé et linfinitif. Ces formes peuvent être
nommées « temps », mais elles nont rien de temporel puisquelles se dis-
tinguent uniquement par leur aspect.
A. Linfinitif
Linfinitif partage, avec le participe, la particularité dêtre insensible à la caté-
gorie de la personne.
Dun point de vue morphologique, linfinitif connaît le présent (manger) et le
passé (avoir mangé), ces deux formes étant par ailleurs susceptibles dêtre
transformées à la forme passive (être mangé, avoir été mangé). Les formes
passives sont sensibles à la catégorie du genre et du nombre (être mangé(e)(s),
avoir été mangé(e)(s)).
Du point de vue de ses emplois, linfinitif peut être le noyau du groupe verbal (GV)
dune proposition infinitive (Jentends les enfants jouer dans la cour), dune
propo sition subordonnée relative (Je cherche un endroit où passer mes
vacances) ou dune proposition subordonnée interrogative (Je ne sais pas quoi
décider). Dans ses autres emplois, linfinitif peut occuper toutes les fonctions
du nom (sujet, attribut du sujet, COD, COI, complément du nom, complément de
ladjectif, etc.). On parle de « groupe infinitif » lorsque linfinitif, dans une fonction
nominale, possède des compléments (Elle souhaite boire un verre deau ; Elle
veut partir à la campagne). Linfinitif peut également acquérir le plein statut
de nom lorsquil est substantivé (pouvoir ➨ le pouvoir, savoir ➨ le savoir).
Morphologie de linfinitif
Infinitif présent
aimer (= forme simple de linfinitif)
Infinitif passé
avoir aimé (= forme composée de linfinitif)
p. 151
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Emplois de linfinitif
Dans des fonctions nominales (emploi nominal)
Infinitif sujet :
Mentir est honteux.
Infinitif attribut du sujet :
Tricher nest pas jouer.
Infinitif COD :
Je veux partir.
Infinitif COI :
Elle sapplique à travailler.
Complément du nom :
Lenvie dapprendre est chez lui très grande.
Complément de ladjectif :
Il est prêt à partir.
Complément circonstanciel :
Elle est félicitée pour avoir travaillé avec application.
Apposition à un groupe nominal :
Elle na que deux préoccupations,
comprendre et progresser.
Comme noyau du GV dune proposition subordonnée
(emploi verbal)
En proposition infinitive :
Jentends les enfants jouer dans la cour.
En proposition relative :
Je cherche un endroit où passer mes vacances.
En proposition subordonnée interrogative :
Je ne sais pas quoi décider.
POUR ALLER PLUS LOIN
Dautres emplois verbaux de linfinitif se rencontrent en proposition indépen-
dante (et souvent dans des phrases atypiques) :
• infinitif à valeur délibérative : Où aller ? À qui se fier ? ;
• infinitif à valeur impérative : Lire attentivement les consignes de sécu-
rité. Ne pas se pencher par la fenêtre ;
• infinitif à valeur exclamative : Moi le trahir ! Quelle calomnie ! ;
• infinitif à valeur narrative (ou infinitif de narration) : Ainsi dit le renard ;
et flatteurs dapplaudir (La Fontaine).
p. 152
Le système de la langue II
HISTOIRE DE LA LANGUE Linfinitif latin comportait deux voix (active, passive)
et trois temps (présent, parfait, futur). Le français a conservé les deux pre-
miers temps, devenus en français linfinitif présent et passé. En revanche,
linfinitif futur latin na pas été conservé en français. Dun point de vue fonc-
tionnel, linfinitif latin remplissait sensiblement les mêmes fonctions que son
équivalent français, aussi bien comme forme verbale, centre de la proposition
infinitive (Volo te exire. Je veux que tu sortes), quen qualité de forme nomi-
nale (Volo exire [COD de uolo]. Je veux sortir. Errare [sujet] humanum est.
Se tromper est humain). Les valeurs exclamative (Piratam agere trium-
phum ! Un pirate remporter un triomphe !) et narrative (Cottidie Caesar
frumentum flagitare. Chaque jour César réclamait du blé/Et chaque jour
César de réclamer du blé) sont également attestées en latin.
NOTION GRAMMATICALE INFINITIF
B. Le participe présent
Le participe présent est une forme verbale qui semploie ou bien avec une valeur
verbale (Les invités arrivant, je mempresse de dresser la table), ou bien avec
une valeur dadjectif (une élève aimant la lecture [= amatrice de lecture] ; une
idée intéressante) ou bien avec une valeur dadverbe (Elle est entrée en faisant
du bruit [= bruyamment]).
Lorsquil est en emploi verbal, le participe présent est le noyau du GV de la pro-
position participiale : Les invités arrivant, je mempresse de dresser la table.
Dans le cas du participe présent à valeur dadjectif, deux cas doivent être distin-
gués selon le degré dintégration du participe présent à la catégorie de ladjectif :
• le cas de ladjectif verbal correspond au degré dintégration maximal du parti-
cipe présent à la catégorie de ladjectif. Ladjectif verbal adopte dans ce cas
lensemble des caractéristiques morphologiques et syntaxiques de ladjectif :
accord en genre et en nombre avec le nom (des personnes charmantes),
possibilité davoir des degrés (des opinions très changeantes), dêtre de
fonction épithète (une idée intéressante) ou attribut (Cette personne est
très accueillante). Parallèlement, en raison de son intégration à la catégorie
de ladjectif, ladjectif verbal perd une propriété caractéristique du verbe : la
possibilité davoir des compléments. Ainsi, il nest pas possible de construire
intéressant avec un COD si ce participe présent est employé comme adjectif
verbal (*une idée intéressante le public). En revanche, la construction une
idée intéressant le public est possible : intéressant nétant pas un adjectif
verbal, il peut avoir un COD, le public.
p. 153
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Dans certains cas, une forme issue dun participe présent bascule entière-
ment dans la catégorie de ladjectif, ce changement de classe grammaticale
étant marqué par un changement orthographique. Par exemple, le participe
présent précédant (Les joueurs victorieux, précédant la foule, ont reçu un
accueil triomphal), devient un adjectif lorsquil sécrit avec un e (le chapitre
précédent, la leçon précédente). De même pour fatigant (< fatiguant), pro-
vocant (< provoquant), convergent (convergeant). Des mots comme précé-
dent, fatigant, provocant, convergent, etc., sont purement et simplement
des adjectifs : compte tenu de leur orthographe, ils ne peuvent plus être consi-
dérés comme des participes présents intégrés dans la catégorie des adjectifs
(donc comme des adjectifs verbaux) ;
• le cas du participe présent employé comme adjectif correspond à un rap-
prochement à légard de la catégorie de ladjectif limité aux fonctions que
le participe (ou le groupe participial) peut occuper. Le participe présent
employé comme adjectif est le plus souvent de fonction épithète (Cette bio-
logiste observe des animaux vivant dans la nature : le groupe participial
est épithète du nom animaux) ou apposé (Alice se promenait, pensant
à tout ce quelle devait faire : le groupe participial est apposé au nom Alice).
Du point de vue de sa construction, le participe présent employé comme
adjectif conserve, à la différence de ladjectif verbal, la possibilité davoir des
compléments (COD : Les champs environnant le village sont très fertiles
[le village est COD de environnant] ; COI : Les personnes parlant à linconnu
sexprimaient dans sa langue [à linconnu est COI de parlant]).
Lemploi adverbial du participe présent est celui que lon le nomme le « gérondif ».
Le gérondif est, dun point de vue synchronique (cf. ci-dessous « Histoire de la
langue »), formé de la préposition en suivie du participe présent (en chantant).
Il sagit dune forme invariable du participe présent.
Le gérondif est considéré comme un emploi adverbial du participe présent parce
quil a toujours une fonction de complément circonstanciel. Ainsi, dans la phrase
Elle se promène en chantant, le gérondif en chantant exprime que laction de
se promener et celle de chanter se déroulent en même temps. Dans la phrase
Cest en écoutant que tu comprendras, le gérondif en écoutant exprime que
laction de comprendre se fait au moyen de laction découter. Mais, en fonction
du contexte, dautres valeurs circonstancielles peuvent également être attes-
tées (cause, manière, opposition, condition, etc.). En raison de son statut de
forme verbale, le gérondif est susceptible davoir des compléments : ainsi, dans
la phrase Elle a progressé en respectant scrupuleusement les consignes,
le GN les consignes est COD du gérondif en respectant.
p. 154
Le système de la langue II
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin possédait des participes présents qui
étaient susceptibles dun emploi adjectival ou nominal. Ainsi, le participe
présent parens (du verbe pario, is, ere « enfanter, produire ») a donné le nom
parens (masc. ou fém.) « père, mère » et, au pluriel, parentes « les parents »,
littéralement « ceux qui engendrent un enfant ». De même, le participe présent
adulescens (du verbe adolesco, is, ere « grandir, croître ») a donné le nom
adulescens (masc. ou fém.), « jeune homme, jeune femme ».
Lorsque le latin souhaitait faire du verbe une forme nominale exprimant le
complément circonstanciel de moyen, il avait recours à une forme, appe-
lée gérondif, déclinée à lablatif singulier. Ainsi, dans la phrase Fabricando
fit faber. Cest en forgeant que lon devient forgeron, fabricando est labla-
tif du gérondif tiré du verbe fabricare « forger ». Cest cette forme en -a/
endo qui, en français, a évolué en -ant ou -ent, devenant ainsi homonyme du
participe présent issu, lui, de -a/entem ➨ -a/ent (cantantem ➨ chantant).
Lévolution phonétique a confondu les deux formes en français, mais litalien a
conservé des gérondifs très fréquents par exemple dans le langage musical
(crescendo, decrescendo, accelerando, etc.).
POUR ALLER PLUS LOIN
Le gérondif peut parfois, dans des usages anciens, présenter lomission de
la préposition en, ce qui est susceptible dentraîner des risques de confu-
sion avec le participe présent employé comme adjectif. La langue a conservé
encore aujourdhui quelques expressions présentant cette omission où lon
notera la position postposée du gérondif : chemin faisant (= en faisant
chemin), tambour battant (= en battant le tambour), argent comptant
(= en comptant largent), ce faisant (= en faisant cela), aller croissant, etc.
La forme composée (passée) du gérondif est dun emploi relativement rare :
La pianiste na pas été applaudie avec chaleur, tout en ayant interprété
son morceau à la perfection.
Morphologie du participe présent
Participe présent de forme simple
aimant
Participe présent de forme composée
ayant aimé
p. 155
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Emplois principaux du participe présent
Emploi verbal
En proposition participiale : Les invités arrivant,
je mempresse de dresser la table.
Emploi adjectival
Adjectif verbal : une idée intéressante.
Participe présent employé comme adjectif :
• de fonction épithète : Cette biologiste observe
des animaux vivant dans la nature ; Les champs
environnant le village sont très fertiles.
• de fonction apposé : Alice se promenait,
pensant à tout ce quelle devait faire.
Emploi adverbial
Gérondif :
• complément circonstanciel de temps (simultanéité) :
Elle arriva à lécole en criant ;
• complément circonstanciel de cause :
Elle a provoqué un accident en roulant trop vite ;
• complément circonstanciel de moyen :
Elle a progressé en étudiant avec assiduité ;
• complément circonstanciel de manière :
Elle mécoute en affichant une grande bienveillance ;
• complément circonstanciel de condition :
Tu réussirais mieux en tappliquant davantage ;
• complément circonstanciel dopposition :
Elle a échoué à son examen du permis de conduire,
tout en nayant commis aucune infraction grave.
NOTIONS GRAMMATICALES
EMPLOI VERBAL DU PARTICIPE PRÉSENT ADJECTIF VERBAL
PARTICIPE PRÉSENT EMPLOYÉ COMME ADJECTIF GÉRONDIF
p. 156
Le système de la langue II
C. Le participe passé
Le participe passé est une forme verbale qui semploie soit avec une valeur
de verbe (Elle a chanté ; elle est partie ; le problème résolu, Alice partit), soit
avec une valeur dadjectif (Les airs chantés aujourdhui).
Dans ses emplois verbaux, le participe est utilisé pour former les formes compo-
sées des temps du verbe (Elle a chanté ; Elle est partie) ainsi que le passif (Elle
est étonnée par cette réaction). Il peut également, comme le participe présent,
être le noyau du GV dune proposition participiale : Le chat parti, les souris
dansent.
Le participe passé employé comme adjectif est le plus souvent de fonction
épithète (Une lettre rédigée rapidement), attribut (Elle semble fatiguée) ou
de fonction apposé (Les enfants, épuisés, sendormirent aussitôt).
Comme dans le cas du participe présent, le participe passé connaît deux degrés
dintégration à la catégorie de ladjectif : un degré maximal, qui admet une varia-
tion en degrés au moyen dun adverbe mais nautorise pas les compléments
(des cheveux frisés ➨ des cheveux très frisés ➨ *des cheveux très frisés par
la sueur) ; un degré plus faible, qui autorise les compléments mais nadmet pas
la variation en degré (des cheveux frisés par la sueur). Comme cette différence
demploi, contrairement au participe présent, nentraîne pas de changement en
matière daccord (le participe passé saccorde dans les deux cas), la tradition
grammaticale na pas retenu deux dénominations distinctes pour ces deux types
demplois adjectivaux du participe passé.
Morphologie du participe passé
Participe passé de forme simple
aimé
Participe passé de forme composée
eu aimé
Emplois principaux du participe passé
Comme forme verbale
Dans les formes composées de la conjugaison du verbe :
Elle a chanté ; Elle est partie.
Dans la voix passive :
La souris est mangée par le chat.
En proposition participiale :
Le chat parti, les souris dansent.
p. 157
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Comme forme adjectivale
En fonction épithète :
Une lettre rédigée rapidement.
En fonction attribut :
Elle semble fatiguée.
En fonction apposition :
Les enfants, épuisés, sendormirent aussitôt.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le participe latin comportait deux voix (active,
passive) et trois temps (présent, parfait, futur). Le participe présent (amans
« aimant ») et le participe futur (amaturus, a, um « étant sur le point daimer »)
nexistaient quà la voix active, tandis que le participe parfait nexistait, sauf
exception des verbes déponents (imitatus « ayant imité »), quà la voix pas-
sive (amatus « ayant été aimé »). En français, comme pour linfinitif, la forme
du futur a été éliminée. Le participe présent latin était variable en genre et
en nombre. Son équivalent français (aimant) était, en vertu de lhéritage
latin, encore variable au XVIIe siècle (Racine, Andromaque, vers 859-860 :
« Nest-ce point à vos yeux un spectacle assez doux/Que la veuve dHector
pleurante à vos genoux ? »). Un certain nombre dexpressions françaises
encore utilisées en français moderne témoignent de cet ancien usage de
laccord du participe présent : les ayants droit, à la nuit tombante, toutes
affaires cessantes, séance tenante, etc.
NOTION GRAMMATICALE PARTICIPE PASSÉ
p. 158
Le système de la langue II
Le lexique 4
Dans sa définition la plus large, le lexique du français est lensemble
des mots de la langue française. Cet ensemble reste une fiction théo-
rique car aucun dictionnaire ne peut répertorier lintégralité des mots
du français. Le terme « lexique » peut également être employé pour
désigner un sous-ensemble du lexique général limité à une classe
grammaticale (le lexique des verbes) ou à un domaine particulier
(le lexique des émotions, le lexique des saveurs, le lexique de linforma-
tique, etc.). Le vocabulaire est un sous-ensemble du lexique, constitué
des mots employés ou connus par une personne particulière ou par
un groupe particulier. Sil est difficile à identifier exhaustivement, un
vocabulaire, à la différence du lexique ou dun lexique particulier, est
nécessairement fini. Il senrichit par lapprentissage et les pratiques
discursives spontanées (le vocabulaire du sport, le vocabulaire dun
enfant de quatre ans, le vocabulaire de la haute bourgeoisie, etc.)
On distingue, dans le lexique, les mots lexicaux des mots grammaticaux. Les mots
lexicaux sont les noms, les verbes, les adjectifs et les adverbes. Les mots gram-
maticaux sont les déterminants, les pronoms, les conjonctions, les prépositions
et les interjections. Cependant, la frontière entre ces deux types de mots nest
pas aussi évidente quil paraît : un adverbe comme si dans Elle est si grande !
fonctionne comme un mot grammatical (à valeur dintensité) plutôt que comme
un mot lexical ; le mot bien fonctionne comme un mot lexical dans un bien, faire
le bien, mais plutôt comme un mot grammatical dans Je viendrais bien mais
je suis occupé. Si le caractère lexical ou grammatical dun mot est souvent une
propriété stable du mot lui-même, cest-à-dire qui demeure quels que soient les
emplois du mot (un article sera toujours un mot grammatical, un nom comme
liberté sera toujours un mot lexical), dans certains cas, cest lemploi du mot qui
lui donne son caractère lexical ou grammatical (comme dans le cas de bien).
POUR ALLER PLUS LOIN
Les mots se distinguent des concepts en ce quils appartiennent à une classe
grammaticale. Le concept résulte dun processus de catégorisation mentale
et nest par principe attaché à aucune classe grammaticale. Par exemple,
le concept « liberté » peut se manifester aussi bien sous la forme dun nom
(la liberté, la libération, etc.), dun verbe (libérer), dun adjectif (libre) ou dun
adverbe (librement). Le vocabulaire dun individu dans une langue donnée
(y compris la langue des signes) configure son esprit en ce quil contribue
à la formation de ses représentations conceptuelles (ou plus simplement de
sa pensée) sans toutefois, bien sûr, les déterminer complètement. Le déve-
loppement du vocabulaire (dont le métalangage grammatical fait partie) est
donc utile non seulement à la communication (compréhension et expression)
p. 159
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
mais aussi à la formation de la pensée. Cependant il existe des concepts qui,
dans une langue ou chez un individu, nont pas de matérialisation linguistique
sous forme de mots. Par exemple, il nexiste pas en français déquivalent du
mot cafetero qui, en espagnol du Mexique, désigne quelquun qui boit beau-
coup de café ; il nexiste pas non plus déquivalent du mot berlenggang qui,
en indonésien, désigne laction de marcher avec grâce en tenant sa main
sur sa hanche. Pourtant un locuteur du français peut accéder facilement
aux concepts correspondant à ces mots.
NOTIONS GRAMMATICALES
LEXIQUE VOCABULAIRE MOT LEXICAL MOT GRAMMATICAL
4.1 Le morphème
Les mots se décomposent en morphèmes, qui sont les plus petites unités de
signification isolables par permutation (dé- est un morphème dans défaire car
il permute par exemple avec re- (refaire), mais il nest pas un morphème dans
désert car dé- ne peut dans ce mot permuter avec aucun autre morphème).
On distingue les morphèmes lexicaux, qui sont des morphèmes libres (au sens où
ils sont autonomes, cest-à-dire peuvent être employés seuls, par exemple faire
dans défaire) ou liés (au sens où ils napparaissent que soudés à un autre mor-
phème, par exemple -spir- dans respirer) des morphèmes grammaticaux qui
sont toujours des morphèmes liés (par exemple dé- dans défaire, -s dans filles).
Les morphèmes
Morphèmes lexicaux
table (mot composé dun seul morphème lexical),
rouge-gorge (mot composé de deux morphèmes lexicaux),
défaire (mot composé de deux morphèmes, lun lexical,
faire, lautre grammatical, dé-).
Morphèmes grammaticaux
•Morphèmes flexionnels :
marques de genre (-e dans amie), de nombre (-s dans jours),
de temps, de mode et de personne dans le cas des verbes
(-aient dans ils marchaient). Les marques verbales de temps,
de mode et de personne sont nommées « désinences ».
•Morphèmes dérivationnels :
préfixes (dé- dans défaire) et suffixes (-iel dans présidentiel).
p. 160
Le système de la langue II
NOTIONS GRAMMATICALES
MORPHÈME MORPHÈME LEXICAL MORPHÈME GRAMMATICAL
MORPHÈME FLEXIONNEL MORPHÈME DÉRIVATIONNEL
Point de vue diachronique : 4.2
lhistoire des mots
Toute langue peut être envisagée selon deux points de vue : le point de vue syn-
chronique et le point de vue diachronique. Le point de vue synchronique consiste
à sintéresser à un état de langue dans une période historique restreinte (on
dira dans ce cas quon étudie tel ou tel aspect de la langue « en synchronie ») :
période historique contemporaine des locuteurs (le français daujourdhui) ou
ancienne (le français du Moyen Âge, le français du XVIIe siècle, etc.). Le point de
vue diachronique sintéresse à lévolution des langues dans leur histoire et aux
changements quelles ont connus (on dira alors quon étudie tel ou tel aspect de
la langue « en diachronie »). Dans le cas du lexique, le point de vue diachronique
consiste notamment à sintéresser à létymologie des mots.
En identifiant létymologie dun mot, on détermine son origine la plus ancienne
possible et sa constitution.
On distingue dans la langue les mots de formation populaire (par exemple chien)
et les mots de formation savante (par exemple géographie).
La formation populaire résulte de lusage dun mot à travers les siècles : elle tend
donc à éloigner le mot de son étymologie, sur le plan sémantique comme sur le
plan morphologique. La formation savante est due à un emprunt visant à enri-
chir la langue de mots considérés comme manquants. Ces emprunts sont issus
du grec et du latin.
Un même mot latin peut ainsi constituer létymologie de deux mots distincts, lun
résultant de la formation populaire, lautre dune formation savante (potionem
qui donne poison et potion). Ces couples se nomment des doublets.
Il arrive aussi très fréquemment quune même notion soit représentée à la fois
par un nom dorigine populaire (lat. testa « cruche » ➨ tête) et un autre mot dori-
gine savante (lat. caput « tête » ➨ décapiter).
Dans lhistoire dune langue, certains mots cessent peu à peu dêtre utilisés,
soit parce que les réalités quils désignaient ont disparu, soit parce quils ont
été remplacés par dautres mots. Ces mots sortis de lusage courant sont des
p. 161
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
archaïsmes (par exemple, bailler au sens de « donner », Je te baillerai les pre-
miers fonds, ou encore poitrinaire au sens « personne atteinte de tuberculose
pulmonaire »). Inversement, des mots nouveaux apparaissent régulièrement
dans les langues : tant quils sont perçus comme nouveaux, on les nomme « néo-
logismes ». En 2018, un hashtag, la cheffe, bisounours, spoiler, lubérisation
sont perçus comme des néologismes. De nos jours, avion (mot créé à la fin
du XIXe siècle) nest plus du tout perçu comme un néologisme.
Enfin, une langue incorpore à son stock lexical des mots issus dautres langues :
on parle dans ce cas demprunts. Par exemple : week-end (emprunté à langlais) ;
algèbre (emprunté à larabe) ; leitmotiv (emprunté à lallemand).
Lemprunt consiste à introduire dans la langue un mot issu dune langue étran-
gère. En fonction de leur degré dintégration au français, certains mots sont
encore perçus comme des mots issus dautres langues (kimono, shopping,
tsar), tandis que dautres ne sont plus perçus comme des mots dorigine étran-
gère (orange, tomate). Larrivée dun mot étranger en français ne se fait pas
toujours de manière directe, de langue à langue. Il arrive en effet très souvent
quune langue serve dintermédiaire : le nom rotin est, par exemple, un mot
malais (rōtan) arrivé en français par lintermédiaire du néerlandais (rottin).
Emprunts de mots à des langues étrangères
leitmotiv (allemand), shopping (anglais),
chiffre (arabe), pastille (espagnol), sabre (hongrois),
ombrelle (italien), judo (japonais), thé (malais),
ananas (portugais), tsar (russe), pistolet (tchèque), etc.
POUR ALLER PLUS LOIN
Les emprunts ne sont pas intégrés à une langue au même degré : le mot week-
end est très bien intégré à la langue française et lon peut presque oublier
quil sagit dun emprunt ; algèbre est si bien intégré à la langue française que
son statut demprunt est imperceptible, sauf pour des locuteurs disposant
de connaissances historiques au sujet de la langue ; en revanche, spoiler (au
sens de « divulguer prématurément un élément clé dun scénario et gâcher
ainsi le plaisir du lecteur ou du spectateur », to spoil signifie « gâcher » 43)
est un emprunt vraiment perçu comme tel (en 2018) en raison du caractère
récent de son intégration au français. Il convient donc de distinguer lemprunt
au sens synchronique, qui est un emprunt perçu comme tel, de lemprunt au
sens général (ou, ce qui revient au même, au sens diachronique) qui inclut tous
les types demprunts, quils soient ou non perçus comme tels. Lemprunt au
sens synchronique est un cas particulier demprunt.
43 Le verbe anglais to spoil est lui-même un emprunt : il provient de lancien français espoillier
(« dépouiller, déshabiller »), issu du latin spoliare que lon retrouve en français dans spolier.
p. 162
Le système de la langue II
Étymologie, formation populaire/savante,
doublet, archaïsme, néologisme, emprunt
Étymologie : le mot théâtre a une étymologie grecque :
à son origine on trouve le verbe θεάομαι, qui signifie
« regarder », « contempler ».
Mots de formation populaire : chien vient du latin canis (même sens) ;
rien vient du latin rem (la chose).
Mots de formation savante : géographie vient du grec γῆ (la Terre)
et γράφειν (décrire) ; mobile vient de mobilem (mobile).
Doublets : potionem a donné poison (formation populaire)
et potion (formation savante) ; pensare a donné peser (formation
populaire) et penser (formation savante).
Archaïsme : bailler (donner),
poitrinaire (personne atteinte de tuberculose).
Néologisme : un hashtag, spoiler (les mots hashtag
et spoiler sont aussi des emprunts), lubérisation.
Emprunt : week-end ; algèbre ; leitmotiv.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin a, tout au long de son histoire, emprunté des
mots à des langues étrangères : le grec figure en première place des langues où le
latin a puisé une partie de son lexique (pirata, poeta, bibliotheca, athleta, thea-
trum, amphora, philosophia, etc.), mais dautres idiomes expliquent une partie
du lexique latin : le nom latin asinus « âne » est, par exemple, un emprunt à une langue
de Mésopotamie, région doù est originaire cet animal ; le nom latin rosa « rose », qui
est le modèle intemporel de la première déclinaison latine, nest pourtant pas un
mot latin mais un mot emprunté au vieux perse, région doù provient cette fleur.
Si on observe dailleurs de près philosophia, asinus et rosa, on constate que
ces trois noms ont en commun de présenter un s intervocalique qui dénonce leur
origine étrangère, car, en latin, un s intervocalique se change presque toujours
en r (phénomène appelé rhotacisme, du nom de la lettre grecque rhô (r) : cf. est
« il est » et erit « il sera »). De nos jours, le marketing emprunte aussi aux langues
anciennes dinnombrables mots pour désigner des produits : ainsi la crème
Nivea© doit son nom à ladjectif latin niueus, a, um « blanc comme la neige », les
piles Mazda© sont ainsi nommées en référence au dieu zoroastrien de la lumière
Ahura Mazda, lopérateur de téléphonie mobile Itinéris© emprunte son appellation
au nom latin iter, itineris « chemin », le chocolat blanc Galak© rappelle le grec gala,
galaktos « lait » et le médicament Viagra© est une réminiscence du nom sanskrit
viāghra- « tigre ». Parfois cest une expression complète qui donne son nom à un
produit : ainsi ladage latin dura lex sed lex a fourni le nom des verres Duralex© (en
référence à leur robustesse) et les chaussures Asics© tirent leur nom des initiales
de lexpression latine Anima sana in corpore sano.
p. 163
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
NOTIONS GRAMMATICALES
SYNCHRONIE DIACHRONIE ÉTYMOLOGIE
FORMATION POPULAIRE FORMATION SAVANTE DOUBLET
ARCHAÏSME NÉOLOGISME EMPRUNT
4.3 La formation des mots
(morphologie lexicale)
La morphologie lexicale est létude de la forme ou de la formation des mots lexicaux.
Elle peut être envisagée sous un angle diachronique, si lon sintéresse à lenrichis-
sement du lexique au cours de lhistoire, mais aussi sous un angle synchronique,
si lon sintéresse aux types de formations de mots disponibles à un moment donné
de lhistoire dune langue, et en particulier dans la période contemporaine.
On distingue les mots simples et les mots complexes. Les mots simples com-
prennent un seul morphème lexical et ne comportent ni préfixe, ni suffixe
(ex. souris, table, maison), tandis que les mots complexes contiennent plusieurs
morphèmes (soit deux morphèmes lexicaux soit un morphème lexical et un ou
plusieurs préfixes ou suffixes). Les mots complexes peuvent eux-mêmes être
divisés en trois grandes catégories :
• les mots dérivés (un morphème lexical et au moins un préfixe ou un suffixe) :
dérivés par préfixation (refaire, impossible) ;
dérivés par suffixation (embarquement, national) ;
• les mots composés (deux morphèmes lexicaux : portefeuille, chou-fleur,
pomme de terre) ;
• les locutions (deux morphèmes lexicaux : demander la main de quelquun
au sens de « demander en mariage »).
Mots simples et mots complexes
Mots simples
faire, nation, château, fort,
demander, main
Mots complexes
Mots dérivés par préfixation : refaire
Mots dérivés par suffixation : national
Mots composés : château-fort
Locutions : demander la main de
(au sens de « demander en mariage »)
p. 164
Le système de la langue II
Remarque : il convient donc de distinguer deux sens du terme mot : dans son
acception usuelle, mot est compris au sens dunité graphique (définition qui
sapplique en premier lieu aux mots simples et aux mots dérivés : table et refaire
sont des mots au sens graphique). Dans lexpression mot complexe, le terme
mot est entendu au sens dune unité sémantique, et plus précisément au
sens « unité lexicale composée de plusieurs morphèmes lexicaux autonomes »
(pomme de terre, rouge-gorge). Il importe davoir cette distinction à lesprit
pour comprendre quil ny a rien de paradoxal à définir un mot complexe comme
un mot (au sens sémantique : par exemple, pomme de terre est perçu comme
un seul mot, au même titre que tomate ou poireau) contenant plusieurs mots
(au sens graphique : les trois mots pomme, de et terre pour pomme de terre).
POUR ALLER PLUS LOIN
Les mots complexes peuvent être divisés en deux catégories :
• les mots complexes construits sont des mots complexes comprenant plu-
sieurs morphèmes en synchronie et dont le sens se déduit du sens des
unités qui les composent (refaire, national, etc.) ;
• les mots complexes non construits semblent formés de plusieurs éléments
mais ne sont pas analysables en morphèmes. Par exemple, carpette
semble comporter un suffixe -ette mais ne peut pas être considéré comme
un mot construit en raison du fait que carp- nest pas un morphème dispo-
nible en synchronie dont le sens contribuerait au sens de carpette.
NOTIONS GRAMMATICALES MOT SIMPLE MOT COMPLEXE
Les mots dérivés : préfixes et suffixes 4.3.1
Les mots dérivés sont formés de deux types déléments : à un radical porteur du
sens principal (et issu dune base autonome), sajoutent un ou plusieurs éléments
non autonomes qui viennent modifier le sens du dérivé ainsi formé. Les éléments
ajoutés sont les préfixes et les suffixes.
Les éléments placés avant le radical sont les préfixes, ceux placés après le radi-
cal sont les suffixes. Les préfixes ne modifient pas la classe grammaticale de la
base (faire [V] ➨ défaire [V]). Les suffixes peuvent en revanche changer la classe
grammaticale de la base (président [N] ➨ présidentiel [Adj.]). Ainsi, ladjectif
utile précédé du préfixe in-, non autonome, devient ladjectif inutile. Le nom
président, quand il est augmenté du suffixe -iel non autonome, change de classe
grammaticale pour devenir ladjectif présidentiel.
p. 165
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Un mot peut connaître plusieurs dérivations : intolérable est un dérivé à partir
du radical tolérer par suffixation (tolérable) puis par préfixation (intolérable).
Certains mots enfin sont formés simultanément dun préfixe et dun suffixe
(en-col-ure) : dans ce cas de figure, la forme préfixée seule (*encol) ou la forme
suffixée seule (*colure) nexiste pas dans le lexique. On appelle ces mots dérivés
des parasynthétiques.
Mots dérivés : les préfixes et les suffixes
Mots formés à laide dun préfixe
capable ➨ incapable, porter ➨ importer
Mots formés à laide dun suffixe
président ➨ présidentiel
Mots formés à laide dun préfixe et dun suffixe
tolérer ➨ tolérable ➨ intolérable
Mots formés simultanément par préfixation
et suffixation (parasynthétiques)
encolure, dévitaliser
Pour gagner en précision dans la description du support des affixes, on dis-
tingue base, radical et racine :
• la base est le mot qui sert de point de départ à la dérivation (nation est la base
de national, chanter est la base de chanteur) ;
• le radical est la forme que prend la base lorsquelle entre en construction avec
un affixe (chant- est le radical de chanteur comme de chanter, nation- est
le radical de national) ;
• il peut arriver que le radical ne diffère pas de la base : ainsi nation est aussi
bien la base et le radical de national ;
• la racine est, en diachronie, un élément qui nexiste pas nécessairement en
français comme morphème autonome mais qui est un morphème lexical dans
une autre langue : par exemple, dans respirer, on peut isoler la racine latine
spir-, issue de spirare (« expirer, souffler »), que lon trouve également dans
inspirer, expirer, aspirer, etc. Au plan synchronique, spir- nest pas un mor-
phème du français mais il est un élément de sens stable inclus dans plusieurs
morphèmes lexicaux (respirer, expirer, etc.). On peut dans ce cas parler de
« submorphème ».
p. 166
Le système de la langue II
Base, radical et racine
Base : la base de ladjectif national est le nom nation ;
la base du nom chanteur est le verbe chanter.
Radical : le radical du nom chanteur est chant- ;
le radical de ladjectif national est nation-.
Racine et famille de mots : à partir de la racine latine cant-
présente dans le verbe cantare (chanter), se déploie une famille
de mots : chanson, cantate, cantique, chant, chansonnette,
chanter, déchanter, rechanter, enchanter, chantonner,
chantage, chanteur, chanteuse, cantatrice, enchanteur,
enchantement, enchanté, etc.
Remarque : cant- (dans cantatrice) et chant- (dans chanteuse) sont deux mor-
phèmes de formes distinctes mais ayant le même sens. On les appelle des « allo-
morphes ». Les préfixes négatifs in- (insécurité), im- (impossible), il- (illégal),
ir- (irresponsable) sont également des exemples de morphèmes allomorphes.
HISTOIRE DE LA LANGUE Le latin et le grec faisaient grand usage de la pré-
fixation et de la suffixation et un très grand nombre des préfixes et des suf-
fixes français sont dorigines latine ou grecque. Ainsi, le préfixe privatif grec
a-/an- se retrouve dans les mots du type atrophie, analphabète, anarchie.
Son équivalent latin in-/il-/im-/ir- a donné les mots du type insatisfait, illi-
sible, impossible, irréfléchi.
NOTIONS GRAMMATICALES
MOT DÉRIVÉ PRÉFIXE SUFFIXE BASE
RADICAL RACINE
Les mots composés 4.3.2
Les mots composés sont des mots complexes formés dau moins deux unités
lexicales (ou mots, au sens graphique) susceptibles dun usage autonome et qui
sont graphiquement ou bien soudées (portefeuille) ou bien unies par un trait
dunion (porte-clés, poisson-chat), ou encore séparées par des blancs (pomme
de terre).
p. 167
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Remarque : le sens du mot composé est parfois transparent, cest-à-dire aisément
déductible du sens des unités qui le composent (porte-clés), mais parfois aussi
opaque, cest-à-dire difficile à déduire du sens des unités composantes (casse-
tête au sens de « massue » ou de « jeu de patience »). Le sens dun mot composé
opaque doit avoir été appris pour que le mot puisse être compris et utilisé.
Les mots composés : quelques formations courantes
[nom + nom] : poisson-chat
[nom + préposition + nom] : pomme de terre
[nom + adjectif] : coffre-fort
[adjectif + nom] : rouge-gorge
[verbe + nom] : portefeuille, porte-clés
[adjectif + adjectif] : aigre-doux
[adverbe + adjectif] : tout-puissant
[préposition + nom] : avant-projet
[préposition + verbe] : sous-entendre
HISTOIRE DE LA LANGUE Le grec a fourni au français un très grand nombre
de noms composés relevant du langage scientifique et technique (archéo-
logie, baromètre, microscope, mégalopole, etc.) On parle souvent dans ce
cas de « composition savante ». Les noms propres gaulois en -rix (Vercingé-
torix et… Astérix) sont des noms composés gaulois passés en latin, formés
dun nom propre et dun mot gaulois rix (chef ) qui trouve son exact corres-
pondant dans le latin rex « roi, souverain, chef ». Ainsi, Vercingétorix signifie
littéralement le « chef Vercingétos ».
NOTION GRAMMATICALE MOT COMPOSÉ
4.3.3 Les locutions
Il nexiste pas de frontière nette entre les locutions et les mots composés.
En effet, les noms composés et les locutions sont issus dun même processus
linguistique : le figement. En dautres termes, mots composés et locutions appar-
tiennent à la catégorie générale des expressions figées.
Remarque : le figement des locutions connaît des degrés variables. Certaines
sont totalement figées et ne supportent aucune modification (par exemple fleur
bleue dans être fleur bleue au sens de « être sentimental »), dautres sont moins
fortement figées et peuvent être modifiées (par exemple, une nuit blanche
(au sens de « une nuit passée sans avoir dormi ») admet linsertion dun adverbe :
une nuit complètement blanche).
p. 168
Le système de la langue II
Il se dégage cependant, dans la tradition grammaticale française, quelques ten-
dances permettant de différencier les emplois de ces deux termes :
• lorsque les unités qui forment un mot lexical sont soudées ou liées par un trait
dunion, on parle de « mot composé ». Le mot composé peut être un nom composé
(portefeuille, coffre-fort) ou un adjectif composé (un garçon nouveau-né) ;
• lorsque le mot lexical formé de plusieurs unités est un verbe, on utilise plutôt
le terme « locution » : avoir lair (au sens de « sembler »), demander la main de
quelquun (au sens de « demander en mariage »), attendre un enfant (au sens
de « être enceinte »), marcher sur des œufs (au sens de « se conduire prudem-
ment ») sont des locutions verbales ;
• lorsquil sagit dun mot grammatical formé de plusieurs éléments, on utilise
également le terme « locution ». Les principaux types de locutions grammati-
cales sont les locutions adverbiales (peut-être), les locutions prépositionnelles
(à côté de, à cause de) et les locutions conjonctives (parce que, de sorte que) ;
• lusage est hésitant dans le cas des noms dont les éléments sont séparés
par un blanc, du type pomme de terre ou table ronde (au sens de « réunion »).
Dans de tels cas, les deux dénominations se rencontrent : pomme de terre est
un nom composé pour certains, une locution pour dautres ; table ronde est
une locution pour certains, un nom composé pour dautres. Les deux déno-
minations, « mot composé » et « locution », sont donc possibles pour ce type de
mots complexes.
NOTIONS GRAMMATICALES LOCUTION FIGEMENT EXPRESSION FIGÉE
La conversion 4.3.4
On appelle conversion un procédé de création lexicale consistant à changer la
classe grammaticale : par exemple, le participe présent du verbe passer (pas-
sant) devient le nom un passant. La conversion est donc une création lexicale
sans préfixation ni suffixation.
Un cas particulier de conversion est lantonomase, qui consiste dans la création
dun nom commun à partir dun nom propre : Eugène Poubelle (préfet de Paris)
➨ poubelle.
Lorsque le lien entre le nom propre et le mot nouvellement créé demeure encore
sensible, lemploi de la majuscule est de règle (un Mozart de la finance), alors
quelle est omise lorsque le lien nest plus senti (une égérie, un mécène, une pou-
belle, etc.) ou que le terme a été complètement intégré dans la langue (un harpa-
gon, un don juan, etc.).
p. 169
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
La conversion
De verbe à nom : pouvoir ➨ le pouvoir
De préposition à nom : pour, contre ➨ le pour, le contre
Dadjectif à nom : vrai, faux ➨ le vrai, le faux
De phrase à nom : le quen dira-t-on
De nom propre à nom commun (antonomase) :
Eugène Poubelle (préfet de Paris) ➨ poubelle ;
Etienne de Silhouette (caricaturiste) ➨ silhouette ;
Mao (président chinois) ➨ col Mao
HISTOIRE DE LA LANGUE Certains mots et certaines locutions ne sont pas
interprétables sans connaissances relatives à lhistoire de la langue, ou
plus largement à lhistoire culturelle. En 1804, lÉcole polytechnique soumit
à ses candidats, lors de lépreuve de français, le sujet suivant « Imaginez
la réponse de Laïus à Œdipe », réponse qui avait pour cadre la rencontre des
deux hommes, lesquels, ignorant alors leur parenté, se querellèrent pour
savoir lequel des deux devrait laisser passer en premier le char de lautre.
Les candidats, inspirés par ce sujet, noircirent page sur page, faisant ainsi
du roi Laïus un nom commun, un laïus, désignant un discours trop long et
creux. Par ailleurs, la locution verbale avoir maille à partir (avec quelquun)
se comprend seulement si lon sait que, en français médiéval, maille est une
petite monnaie de faible valeur et partir peut avoir le sens de « partager »
(dont on retrouve la trace dans se départir). La locution adjectivale mal famé
se comprend à partir du latin fama, « renommée, réputation », qui devient
fame en ancien français. La locution adjectivale fleur bleue trouve son ori-
gine dans un roman de Novalis, Henri dOfterdingen. Les mots composés et
les locutions renferment donc de précieuses connaissances linguistiques et
culturelles. Il reste que, très souvent, les locutions et mots composés sont
employés à bon escient sans que le locuteur ait conscience du sens de leur
formation. Laccès à cette conscience est une forme de réflexivité linguistique.
NOTIONS GRAMMATICALES CONVERSION ANTONOMASE
4.3.5 Autres procédés de formation
Quelques autres procédés de formation courants doivent être signalés :
• la troncation (effacement dune partie du mot) : photographie ➨ photo ; ciné-
matographe ➨ cinéma, ciné ;
• le mot-valise (mot formé à partir de deux mots tronqués) : franglais, alicament,
aspivenin, tapuscrit ;
p. 170
Le système de la langue II
• lacronyme (mot formé de plusieurs groupes de lettres dun terme dont la pro-
nonciation est uniquement syllabique) : radar, smic ;
• le sigle (mot formé des initiales de ses éléments, généralement prononcé
dune manière alphabétique) : HLM, RATP, PDG ;
• le verlan : chelou, meuf.
Le procédé du verlan (verlanisation) est le suivant : (1) ajout dun e muet si le
mot de départ ne contient pas deux syllabes : louche [luʃ ] ➨ [luʃə], femme [fam] ➨
[famə] ; (2) inversion de lordre des syllabes : [luʃə] ➨ [ʃəlu] chelou, [famə] ➨ [məfa] ;
(3) éventuellement troncation : [məfa] ➨ [məf ] meuf.
NOTIONS GRAMMATICALES
TRONCATION MOT-VALISE ACRONYME SIGLE VERLAN
Les relations entre les mots 4.4
(sémantique lexicale)
Après avoir examiné la formation des mots, dont létude relève de la morphologie
lexicale, on adoptera le point de vue de la sémantique lexicale, qui sintéresse
aux relations de sens entre les mots et aux relations entre les différents sens
dun même mot.
Les familles de mots 4.4.1
Une famille de mots est un ensemble de mots ayant en commun une même racine
ou un même radical.
Famille de mots
Les mots cœur, cardiaque, péricarde, cordial, cordialité,
cordialement sont de la même famille parce quils ont en commun
une racine correspondant à une forme grecque (kardia)
ou latine (cor) du mot cœur.
Au sein dune famille de mots, se dégage une sous-famille nommée « famille déri-
vationnelle ».
p. 171
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Famille dérivationnelle
Une famille dérivationnelle est formée de lensemble des mots qui
dérivent dun même radical en synchronie : les mots nation, national,
international, nationaliser, internationaliser, dénationaliser,
dénationalisation, internationalisation sont de la même famille
(dérivationnelle) parce quils ont en commun le radical nation.
4.4.2 Le champ lexical
Le terme « champ lexical » est utilisé pour désigner un ensemble de mots qui se
rapportent à un même thème, à une même notion.
Champ lexical
Champ lexical de la nature : prairie, herbe, forêt,
branche, feuille, bouleau, nid, oiseau, etc.
Le poème de Baudelaire « LAlbatros » met en œuvre le champ lexical
de la navigation : hommes déquipage, mer, navire, aviron, tempête.
Ce terme de « champ lexical » présente un intérêt pratique pour le repérage
des thématiques qui parcourent les textes, mais il sagit dun terme peu précis
du point de vue linguistique. Non seulement la dénomination dun champ lexical
est variable (dans le cas de « LAlbatros », on a mentionné le champ lexical de la
navigation mais il eût été tout aussi pertinent de le caractériser comme champ
lexical de la mer), mais en outre cette notion se fonde sur une catégorisation
hybride, à la fois linguistique et référentielle, puisque le champ lexical se carac-
térise indistinctement par des relations lexicales et par des relations entre les
objets du monde extralinguistique.
Remarque : la notion de « champ sémantique » est inutile parce quelle est équiva-
lente à celle de polysémie (sur « Polysémie », voir II.4.4.7)
4.4.3 Dénotation et connotation
La dénotation dun mot désigne le ou les sens quil possède de manière stable,
indépendamment de son utilisation en discours. La connotation est lensemble
des significations secondes qui viennent sajouter au sens stable qui constitue
la dénotation. Des mots peuvent avoir la même dénotation, tout en possédant des
p. 172
Le système de la langue II
connotations variées. La connotation est variable selon les types de discours
ou les locuteurs. La connotation introduit des nuances en matière de registre
de langue, daffectivité ou de références culturelles partagées.
Dénotation et connotation
Le jeune homme hume le bouquet/Le jeune homme
sent le bouquet/Le jeune homme renifle le bouquet.
Ici, humer, sentir et renifler ont la même dénotation
(percevoir une odeur), mais des connotations différentes
(humer a une connotation plus soutenue que sentir ;
renifler a une connotation animale et plus familière).
Le cheval/Le canasson/Le destrier galope dans la plaine.
cheval, canasson et destrier ont la même dénotation (cheval),
mais des connotations différentes (canasson est péjoratif
et familier, destrier est laudatif et soutenu).
Les noms deuil, tristesse, affliction peuvent avoir, dun point de vue
subjectif, une connotation négative, tandis que les noms amour, joie,
allégresse auront plutôt une connotation positive.
NOTIONS GRAMMATICALES DÉNOTATION CONNOTATION
Synonymie et antonymie 4.4.4
La synonymie et lantonymie sont des relations entre des mots dune même
classe grammaticale, fondées sur leur sens.
Les mots dont les sens sont proches et qui peuvent, dans certains contextes,
être interchangeables, sont des synonymes.
Synonymie
Les enfants jouent/les enfants samusent
(jouer et samuser sont ici synonymes)
Il sest dissimulé derrière une porte/Il sest caché derrière
une porte (se dissimuler et se cacher sont ici synonymes)
Une assurance logement/une assurance habitation
(logement et habitation sont ici synonymes)
p. 173
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
La synonymie est relative à un contexte. Par exemple, jouer ne se substitue plus
à samuser dans Ils jouent aux cartes. On notera par ailleurs que des syno-
nymes peuvent également se distinguer en termes de registre de langue (livre/
bouquin, voiture/bagnole).
Registres de langue
On distingue usuellement trois registres de langue :
familier (canasson), courant (cheval) et soutenu (destrier).
Dautres registres sont possibles, bien sûr,
dans un continuum qui va du très vulgaire au très soutenu.
Les mots qui désignent le même être ou le même objet
mais qui diffèrent par leur registre de langue ont la même dénotation
(canasson, cheval et destrier désignent tous trois le même type
danimal), mais des connotations différentes : connotation familière
(pour canasson), soutenue (pour destrier), mais aussi vulgaire, etc.
Remarque : le registre de langue peut aussi être nommé dans lusage scolaire
« niveau de langue ».
La synonymie est usuellement distinguée de lantonymie : les mots de sens simi-
laires sont des synonymes et, inversement, les mots qui ont des sens opposés
sont des antonymes. Cependant, cette symétrie est trompeuse car la relation
dopposition est trop vague pour caractériser convenablement lantonymie.
Au sein de lantonymie, il convient de distinguer le cas des contradictoires, que
lon reconnaît par le fait que lun est la négation de lautre (vivant/mort ; mâle/
femelle), du cas des contraires, qui correspondent aux deux pôles dune pro-
priété (chaud/froid, riche/pauvre). À la différence des antonymes contradic-
toires, la négation de lun des antonymes contraires néquivaut pas au sens de
lautre membre (ce qui nest pas chaud nest pas nécessairement froid, celui qui
nest pas riche nest pas nécessairement pauvre), ce qui sexplique par le fait que
chaud et froid dune part, riche et pauvre dautre part représentent les deux
extrémités dun continuum sur lequel des positions intermédiaires sont envi-
sageables (tiède par exemple, pour le couple chaud/froid).
Antonymie
Antonymes contradictoires : vivant/mort ; mâle/femelle
Antonymes contraires : chaud/froid ; grand/petit ; riche/pauvre
Remarque : même si elle nest pas enseignée, la distinction entre antonymes
contraires et antonymes contradictoires doit être connue des professeurs,
afin que ceux-ci soient en mesure de choisir convenablement leurs exemples et
de proposer des exercices cohérents.
p. 174
Le système de la langue II
Hyperonymie et hyponymie 4.4.5
Pour définir lhyperonymie et lhyponymie, il convient de rappeler la notion
dextension nominale (cf. II.2.6) : lextension du nom est lensemble des êtres ou
objets auxquels le nom est applicable. Ainsi, lextension du nom chaise est plus
petite que lextension du nom siège (lensemble des objets que lon peut nommer
chaise est inclus dans lensemble des objets que lon peut nommer siège). Siège
est un hyperonyme de chaise et chaise est un hyponyme de siège (au même titre
que tabouret, canapé, etc.).
Hyperonyme
Siège
Hyponyme
Chaise
Hyponyme Hyponyme
Fauteuil Tabouret
Hyponyme
Canapé
Hyperonymie et hyponymie
animal est un hyperonyme de félin,
qui est lui-même un hyperonyme de chat ;
villa est un hyponyme de maison
qui est lui-même un hyponyme de bâtiment.
POUR ALLER PLUS LOIN
Les notions dhyperonymie et dhyponymie désignent des relations dinclusion
entre des ensembles référentiels, cest-à-dire entre des ensembles de choses,
dêtres ou dévénements auxquels les mots réfèrent. La plupart des mots ont
un ou plusieurs hyponymes et un ou plusieurs hyperonymes : par exemple,
chat est un hyponyme de félin (lui-même hyponyme de mammifère, qui est
à son tour hyponyme de animal, etc.) mais un hyperonyme de chat de race et
chat de gouttière, la dénomination chat de race étant elle-même un hyper-
onyme de chat persan, chat siamois, etc.
Au plan cognitif, on distingue cependant trois niveaux fondamentaux :
• le niveau de base : le niveau de base est le niveau le plus élevé auquel les
membres dune catégorie ont une forme générale semblable. Par exemple,
chat ou pomme sont des noms appartenant au niveau de base. Le niveau
de base est aussi le niveau le plus élevé auquel une unique image mentale
peut être associée à la catégorie (il est possible de dessiner un chat ou
une pomme) ;
p. 175
II La grammaire du français • Terminologie grammaticale
• le niveau superordonné : le niveau superordonné est le niveau supérieur
au niveau de base. Par exemple, animal ou fruit sont des noms appar-
tenant au niveau superordonné. Lassociation avec une image mentale
précise nest plus possible (il nest pas possible de produire un dessin cor-
respondant à la catégorie générale fruit ou animal).
• le niveau subordonné : le niveau subordonné est le niveau inférieur au
niveau de base. Par exemple, pomme golden ou chat persan appar-
tiennent au niveau subordonné.
Niveau superordonné animal fruit
Niveau de base chat pomme
Niveau subordonné chat persan pomme golden
NOTIONS GRAMMATICALES HYPERONYME HYPONYME
4.4.6 Homonymie
Lhomonymie est une relation entre des mots de significations différentes fondée
sur leur forme, orale ou écrite. Les homonymes sont rangés en deux catégories :
• ils peuvent être des mots qui sécrivent de la même façon mais nont pas le
même sens (la mousse des arbres, le mousse du bateau). On les nomme
« homonymes homographes ». Parfois, les homonymes homographes nont
pas la même prononciation (les fils de mon frère, les fils de laine) ;
• ils peuvent aussi être des mots qui se prononcent de la même façon mais
sécrivent de façon différente et nont pas le même sens (vers, vert, verre).
On les nomme « homonymes homophones ».
Les homonymes
Homonymes homographes
la mousse des arbres, le mousse du bateau ;
les fils de mon frère, les fils de laine.
Homonymes homophones
un compte en banque, les contes de Charles Perrault,
le comte et la comtesse.
Remarque : on parle de « paronymie » lorsque des mots de sens différents
sécrivent ou se prononcent de manière presque semblable : effraction et infrac-
tion, décerner et discerner, illusion et allusion sont des paronymes.
p. 176
Le système de la langue II
HISTOIRE DE LA LANGUE La connaissance des familles de mots repose évi-
demment sur des connaissances étymologiques. Par exemple, la connais-
sance de létymon latin cor, cordis (« cœur ») est utile à létablissement de la
famille du mot cœur. Les homonymes se caractérisent par le fait quils ont
des étymons distincts : la mousse (des arbres) est un mot issu du lat. mulsa
« hydromel » (employé métaphoriquement pour désigner la plante) tandis que le
mousse (du bateau) provient du latin vulgaire *muttius « émoussé, tronqué »
en raison de la coutume qui consistait à raser la tête des jeunes mousses.
NOTIONS GRAMMATICALES
FAMILLE DE MOTS FAMILLE DÉRIVATIONNELLE CHAMP LEXICAL
ANTONYMIE ANTONYME SYNONYMIE SYNONYME
HOMONYMIE HOMONYME HOMOPHONE HOMONYME HOMOGRAPHE
PARONYMIE PARONYME REGISTRES DE LANGUE
Polysémie 4.4.7
La polysémie désigne le fait quun mot soit pourvu de plusieurs sens différents
mais qui présentent une certaine similarité. Ainsi, une souris peut notamment
désigner un petit mammifère rongeur (cest le sens premier du mot), mais il
désigne également aujourdhui un élément dun ordinateur, par analogie avec
la forme de la souris (corps + queue).
La relation de similarité est la caractéristique distinctive de la polysémie, par
rapport à lhomonymie. En effet, les homonymes sont également des mots qui ont
plusieurs sens (mousse), mais ces sens nont aucune relation de similarité. Cest
pourquoi lhomonymie est vue comme une relation entre deux mots distincts
(il y a deux mots « mousse ») tandis que la polysémie est vue comme une relation
entre les différents sens dun seul et même mot (il y a un seul mot souris, qui
a deux sens).
On notera enfin que la polysémie ne concerne pas seulement les noms mais
toutes les classes de mots, dont les verbes (Une tuile est tombée du toit. La nuit
tombe de bonne heure).
Remarque : la polysémie dun mot est parfois nommée « champ sémantique ».
Cette notion est inutile si lon admet celle de polysémie.
p. 177
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Polysémie
Un mot est polysémique sil a plusieurs sens et sil existe
une relation de similarité entre ces différents sens.
Les principaux types de similarité qui sont mis en œuvre
dans la polysémie sont les suivants :
Analogie : souris
sens premier : « rongeur »
sens analogique : « souris dordinateur »
Métaphore : fleur
sens premier : « partie de végétal »
sens métaphorique : À lombre des jeunes filles en fleurs (Proust)
Métonymie : salle
sens premier : « pièce dhabitation »
sens métonymique : « public dune salle de spectacle »
(Une salle enthousiaste)
Extension de sens : minute
sens premier : « soixante secondes »
par extension de sens : « court espace de temps »
(Jarrive dans une minute)
Restriction de sens : homme
sens premier : « être humain »
par restriction de sens : « être humain mâle adulte »
HISTOIRE DE LA LANGUE Tous les sens dun mot ne sont pas apparus en
même temps et certains mots peuvent gagner ou perdre des sens au cours
de leur histoire. De même que les mots souris ou bureau ont vu leur polysé-
mie saccroître avec le développement du vocabulaire de linformatique, le
mot ami a désormais intégré dans beaucoup de dictionnaires le sens « ami
sur un réseau social ». Inversement, la polysémie de commerce sest réduite
au cours du temps à son sens économique : le sens relationnel (être en com-
merce avec quelquun), encore très vivant au XVIIe siècle et jusquau début
du XXe siècle (chez Proust par exemple), est aujourdhui désuet et par consé-
quent ne fait plus partie de la polysémie vivante de ce mot.
NOTIONS GRAMMATICALES
POLYSÉMIE SENS PREMIER SENS ANALOGIQUE
SENS MÉTAPHORIQUE EXTENSION DE SENS RESTRICTION DE SENS
p. 178
Conclusion générale
Conclusion
générale
p. 179
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Les plans danalyse
La présente terminologie grammaticale contient
un ensemble de descriptions qui ne se situent pas toutes
sur le même plan. Au-delà de cette terminologie, lensemble
des plans danalyse quil convient de distinguer sont
les suivants :
• le plan phonétique : il consiste en une analyse
des structures de la langue orale et par conséquent
fait appel à lalphabet phonétique international.
Au plan phonétique, Ces enfants sont heureux
se transcrit phonétiquement de la façon suivante :
[sezɑ̃ fɑs̃ ɔtøRø].
̃ On observera que cette notation fait
apparaître les liaisons (entre ces et enfants et entre
sont et heureux) qui napparaissent pas à lécrit ;
• le plan graphématique : il consiste en une analyse
de la réalisation écrite de la langue orale. Lessentiel
des questions dorthographe se situe sur ce plan.
Dans Ces enfants sont heureux, on observera,
au niveau graphématique, que la transcription graphique
de la suite de phonèmes [sezɑ̃ fɑs̃ ɔtøRø]
̃ pose notamment
le problème de la réalisation de [se] (ces ou ses ?),
ou encore de la présence des digrammes (graphèmes
composés de deux lettres) EN, AN correspondant
tous deux au même phonème [ɑ̃ ] ;
• le plan morphologique : il consiste en une analyse
des formes des mots selon leur sens. La morphologie
grammaticale analyse les variations grammaticales
des formes des mots (par exemple le passage de enfant
singulier à enfants pluriel, ou encore les variations
des formes des verbes dans leur conjugaison :
p. 180
Conclusion générale
sont, forme du verbe être). La morphologie lexicale
sintéresse à la formation des mots (mots dérivés
(enfantin, dérivé de enfant) ou composés (petit-enfant)
par exemple) ;
• le plan syntaxique : il consiste essentiellement
en lanalyse des fonctions dans la phrase.
Dans Ces enfants sont heureux, on dira, sur un plan
syntaxique, que le groupe nominal ces enfants
est le sujet du verbe être et que heureux est lattribut
du sujet ces enfants ;
• le plan morphosyntaxique : il consiste en une analyse
des phénomènes daccord, qui croisent les plans
syntaxique et morphologique. En effet, laccord
consiste en une variation morphologique conditionnée
par une relation syntaxique. Dans Ces enfants sont
heureux, on remarquera, au plan morphosyntaxique,
que le pluriel du sujet ces enfants entraîne lutilisation
de la troisième personne du pluriel du verbe être
(sont). Le plan morphosyntaxique est également un plan
crucial pour létude de lorthographe (lidentification
de sont comme troisième personne du pluriel du verbe
être permet déviter la confusion avec le déterminant
possessif son) ;
• le plan sémantique : il consiste en la description du sens
des mots et des phrases indépendamment de leur prise
en charge par un locuteur particulier. La description
sémantique des mots est fournie par les dictionnaires.
La description sémantique dune phrase comme
Les enfants jouent conduit par exemple à observer
quelle est composée dun agent (les enfants) qui
effectue une action exprimée par un prédicat (jouent)
ou encore que la nature du prédicat oblige, pour le sens
sélectionné, à avoir un agent animé (*le ballon joue) ;
p. 181
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
• le plan pragmatique ou énonciatif : il consiste en lanalyse
de la prise en charge de la phrase par un locuteur
particulier, à un moment particulier, dans un lieu
particulier et sadressant à un interlocuteur particulier.
La phrase Ces enfants sont heureux contient
un déterminant démonstratif (ces) dont le sens renvoie
à la situation dénonciation (les enfants que je montre
ou qui sont autour de nous) ainsi quun verbe au présent
qui sinterprète également en fonction du temps
de lénonciation ;
• le plan textuel : il consiste en lanalyse de la structuration
du texte. Dans le cadre restreint de cette terminologie,
ce plan danalyse prend notamment en charge létude
des connecteurs ;
• le plan référentiel : il consiste en la prise en compte
des réalités extralinguistiques en tant quelles sont
visées par les énoncés. Les langues ont des structures
autonomes, largement indépendantes des structures
du monde extralinguistique, mais elles ont malgré tout
pour rôle de permettre la référence aux êtres, objets
ou événements du monde extralinguistique.
Dans la pratique scolaire de la grammaire, il est essentiel
de savoir différencier ces plans pour être en mesure
de proposer des activités grammaticales homogènes.
Par exemple, létude des conjugaisons du verbe, qui relève
de la morphologie verbale, est indépendante de létude
des valeurs des temps, qui relève de la sémantique.
Ou encore, un exercice portant sur les équivalents féminins
de cheval, porc ou coq sollicite des connaissances lexicales,
donc se situe sur le plan sémantique, tandis que létude de
la transformation de formes masculines en formes féminines
ou linverse (ami/amie ; chien/chienne ; menteur/
menteuse, etc.) relève du plan danalyse morphologique.
p. 182
Conclusion générale
Cette terminologie ne prétend aucunement fournir
lensemble des termes permettant de décrire la grammaire
française. Comme on la remarqué à plusieurs reprises,
la tradition grammaticale scolaire française ne retient
pas certaines distinctions, qui sont cependant utiles pour
décrire certaines structures, et qui sont dailleurs utilisées
par les linguistes. Lobjectif de cette terminologie est
dunifier les pratiques métalinguistiques dans les classes,
depuis lécole élémentaire jusquau lycée. Autrement dit,
elle vise à faire en sorte que les objets grammaticaux
soient toujours nommés de la même façon, quel que soit
le niveau des élèves, et dans toute la France. Cest à cette
condition quon peut espérer que les connaissances
grammaticales se stabilisent et se cumulent réellement
chez les élèves tout au long de leur scolarité. Mais
cela suppose également que les termes grammaticaux
soient régulièrement utilisés pour décrire des structures
canoniques (ou prototypiques), la compétence ainsi acquise
permettant ultérieurement de décrire les structures
plus atypiques que lon trouve dans les textes. Il ne suffit
donc pas que les termes grammaticaux soient clairement
définis : il faut encore savoir les utiliser, et plus précisément
avoir à lesprit que leur champ dapplicabilité évolue
au cours de la scolarité, depuis les structures les plus
fréquentes, les plus régulières et les plus canoniques,
jusquaux structures moins fréquentes et moins
conformes à lorganisation générale du système de la
langue française. Plus tard, lanalyse de ces structures
plus complexes conduira les élèves à apporter un regard
critique sur la terminologie scolaire qui aura été le socle
de leurs connaissances grammaticales et, peut-être,
à véritablement penser leur langue.
p. 183
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Annexes
p. 184
Annexes
Tableau 1 :
Les natures de mot
(ou de groupe de mots)
pour chaque fonction
Fonction Nature Exemple
(mot ou groupe de mots)
Fonctions au niveau de la phrase
Sujet Groupe nominal (GN)
GN de type Dét + N Le facteur distribue
le courrier.
GN avec expansion nominale Le facteur de mon quartier
distribue le courrier
le matin.
GN réduit au nom propre Alice est avocate.
GN réduit au nom commun Bagnole est un mot familier.
Noblesse oblige.
Pronom
Pronom personnel Elle distribue le courrier.
Pronom démonstratif Cela sera très utile.
Pronom possessif Le mien est en panne.
Pronom indéfini Chacun fait son travail.
Pronom interrogatif Qui a fait cela ?
Pronom relatif Un livre qui a été publié
en France.
Infinitif
Infinitif Jouer me repose.
Groupe infinitif Jouer du piano me repose.
p. 185
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Fonction Nature Exemple
(mot ou groupe de mots)
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée Quelle soit en retard
conjonctive me surprend beaucoup.
Proposition subordonnée Qui se ressemble sassemble.
relative substantive
Proposition subordonnée Pourquoi elle a voulu partir
interrogative partielle si vite demeure inexpliqué.
Complément Groupe prépositionnel
circonstanciel
Groupe nominal Le facteur distribue
prépositionnel (GNP) le courrier à huit heures.
groupe pronominal Le facteur distribue
prépositionnel le courrier devant moi.
groupe infinitif prépositionnel Le facteur distribue
le courrier avant de partir.
Gérondif Le facteur distribue
le courrier en se dépêchant.
Groupe nominal (GN)
GN de type Dét + N Le facteur distribue
le courrier le matin.
GN avec expansion nominale Ce facteur distribue
le courrier les jours
où le facteur habituel
est absent.
Adverbe Le facteur distribue
le courrier aujourdhui.
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée Le facteur distribue
circonstancielle le courrier quand le jour
se lève.
Proposition subordonnée Le travail achevé, le facteur
participiale rentre chez lui.
Le temps aidant, le facteur
connaîtra les habitants
du quartier.
p. 186
Annexes
Fonction Nature Exemple
(mot ou groupe de mots)
Fonctions dans le groupe verbal
Complément Groupe nominal (GN)
dobjet direct Le facteur distribue
GN de type Dét + N
le courrier.
GN avec expansion nominale Le facteur distribue
le courrier du jour.
GN réduit au nom propre Le facteur aime Alice.
Pronom
Pronom personnel Le facteur le distribue.
Pronom démonstratif Jai compris cela.
Pronom possessif Il veut le mien.
Pronom indéfini Elle lit tout.
Pronom interrogatif Que fait le facteur ?
Pronom relatif Le facteur que tu
connaissais a été muté.
Infinitif
Infinitif Elle souhaite réussir.
Groupe infinitif Elle souhaite réussir sa vie.
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée Je sais que vous avez raison.
conjonctive
Proposition subordonnée Embrassez qui
relative substantive vous voudrez.
Proposition subordonnée On vous a demandé
interrogative totale si vous vouliez vous inscrire.
Proposition subordonnée On vous a demandé
interrogative partielle pourquoi vous vouliez
vous inscrire.
Proposition infinitive Jentends les enfants
jouer dans la cour.
p. 187
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Fonction Nature Exemple
(mot ou groupe de mots)
Complément Groupe nominal prépositionnel (GNP)
dobjet indirect
GNP de type Prép + Dét + N Elle parle de mon facteur.
GNP avec expansion nominale Elle parle du facteur
de son quartier.
GNP réduit au nom propre Elle parle dAlice.
Pronom
Pronom personnel Le facteur lui parle.
Le facteur en parle.
Pronom démonstratif Elle parle de celui-ci.
Pronom possessif Elle parle de la sienne.
Pronom indéfini Elle parle de tout.
Pronom interrogatif À qui parle le facteur ?
Pronom relatif Le facteur à qui tu parlais
a été muté.
Pronom adverbial Jeanne a fait un beau
voyage en Afrique :
elle en parle souvent.
Alice apprécie la piscine
de sa commune :
elle y va régulièrement.
Infinitif
Infinitif Elle parle de réussir.
Groupe infinitif Elle parle de réussir sa vie.
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée Je mattends à ce que
conjonctive vous ayez raison.
Proposition subordonnée Je pense à ce que vous
relative substantive mavez dit.
Proposition subordonnée Je ne me souviens pas
interrogative totale sil souhaitait venir.
Proposition subordonnée Je me souviens pourquoi
interrogative partielle il souhaitait venir.
p. 188
Annexes
Fonction Nature Exemple
(mot ou groupe de mots)
Complément Groupe nominal prépositionnel (GNP)
dagent
GNP de type Prép + Dét + N Ce bâtiment a été construit
par une architecte.
GNP avec expansion nominale Ce bâtiment a été construit
par une célèbre architecte.
GNP réduit au nom propre Titus est aimé par
(ou de) Bérénice.
Pronom relatif Le professeur de piano
par qui jai été formé
est très réputé.
Complément Infinitif
du verbe
Infinitif Il faut partir.
impersonnel
Groupe infinitif Il faut partir de cet endroit.
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée Il faut que tu partes.
conjonctive
Attribut Adjectif
du sujet
Adjectif Alice est grande.
Groupe adjectival Alice est très grande.
Groupe nominal
GN de type Dét + N Alice est mon avocate.
GN avec expansion nominale Alice est une bonne avocate.
GN réduit au nom commun Alice est avocate.
GN réduit au nom propre Mon avocate est Alice.
GNP Alice est en retard.
Pronom
Pronom personnel Avocate, elle lest
depuis deux ans.
Pronom démonstratif Le bon livre est celui-ci.
p. 189
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Fonction Nature Exemple
(mot ou groupe de mots)
Pronom possessif Ce livre est le mien.
Pronom indéfini Il nest plus le même.
Pronom interrogatif Quelles sont vos intentions ?
Pronom relatif On ne reconnaît plus
la grande actrice quelle fut.
Infinitif
Infinitif Une chose est
dapprendre ; une autre
est de comprendre.
Groupe infinitif Une chose est dapprendre
ses leçons ; une autre est
de les comprendre.
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée Le problème est
conjonctive quelle ne comprend pas
la question.
Proposition subordonnée Elle est qui elle veut.
relative substantive
Proposition subordonnée La question est pourquoi
interrogative partielle elle ne reste pas.
Attribut du Adjectif
complément
Adjectif Elles estiment Alice
dobjet direct
compétente.
Groupe adjectival Elles estiment Alice
suffisamment compétente.
Groupe nominal
GN réduit au nom commun On a élu Alice présidente.
GNP Ils tiennent cet homme
pour le responsable.
Proposition subordonnée Je la vois qui arrive.
relative
Complément Adverbe Elle agit fermement.
(circonstanciel)
GNP Elle agit dune façon brutale.
du verbe
p. 190
Annexes
Fonction Nature Exemple
(mot ou groupe de mots)
Fonctions dans le groupe nominal
Complément Groupe prépositionnel
du nom Le château de ma mère.
GNP
groupe pronominal Une idée à lui.
prépositionnel Le souci de chacun.
groupe infinitif prépositionnel Un livre à lire.
groupe adverbial La littérature daujourdhui.
prépositionnel Le film dhier.
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée La crainte quelle parte
conjonctive menvahit.
Proposition subordonnée Le livre de qui tu sais
relative substantive se vend bien.
Épithète Adjectif
Adjectif Une avocate remarquable.
Groupe adjectival Une avocate vraiment
remarquable.
Une avocate remarquable
à tous égards.
Groupe nominal (GN)
GN réduit au nom commun Un bijou fantaisie.
GN réduit au nom propre Le poète Hugo.
GN avec expansion nominale Des films grand public.
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée Les élèves qui avaient
relative adjective bien révisé ont obtenu
dexcellentes notes.
Complément GNP Elle est heureuse
de ladjectif de sa réussite.
Adverbe Une écriture peu lisible.
p. 191
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Fonction Nature Exemple
(mot ou groupe de mots)
Apposition Adjectif
Adjectif Cette avocate, remarquable,
a gagné le procès.
Groupe adjectival Cette avocate, vraiment
remarquable, a gagné
le procès.
Groupe nominal
GN de type Dét + N Cette femme, une avocate,
lui a téléphoné.
GN réduit au nom commun Une femme, avocate,
lui a téléphoné.
GN réduit au nom propre Cette femme, Alice,
lui a téléphoné.
GN avec expansion nominale Cette femme, une avocate
très connue dans la région,
lui a téléphoné.
Proposition subordonnée
Proposition subordonnée Les élèves, qui avaient
relative adjective bien révisé, ont obtenu
dexcellentes notes.
Fonctions textuelles et énonciatives
Balise textuelle Adverbe Premièrement,
… deuxièmement, … enfin…
Modalisation Adverbe Bizarrement, elle a agi.
Auto- Adverbe Franchement,
énonciative je suis scandalisé
par cette situation.
p. 192
Annexes
Tableau 2 :
Les fonctions
possibles pour chaque
nature de mot
(ou de groupe de mots)
Nature Fonction Exemple
(mot ou groupe de mots)
Groupe nominal (GN)
GN de type Dét + N Sujet Le facteur distribue
le courrier.
Complément Le facteur distribue
dobjet direct le courrier.
Attribut du sujet Alice est mon avocate.
Complément Le facteur distribue
circonstanciel le courrier le matin.
Apposition Cette femme, une avocate,
lui a téléphoné.
GN avec expansion Sujet Le facteur de mon quartier
nominale distribue le courrier
le matin.
Complément Le facteur distribue
dobjet direct le courrier du jour.
Attribut du sujet Alice est une bonne avocate.
Complément Ce facteur distribue
circonstanciel le courrier les jours
où le facteur habituel
est absent.
Épithète Des films grand public.
Apposition Cette femme, une avocate
très connue dans la région,
lui a téléphoné.
p. 193
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Nature Fonction Exemple
(mot ou groupe de mots)
GN réduit au nom Sujet Alice est avocate.
propre
Complément Le facteur aime Alice.
dobjet direct
Attribut du sujet Mon avocate est Alice.
Épithète Le poète Hugo.
Apposition Cette femme, Alice,
lui a téléphoné.
GN réduit au nom Sujet Bagnole est un mot familier.
commun Noblesse oblige.
Attribut du sujet Alice est avocate.
Épithète Un bijou fantaisie.
Apposition Une femme, avocate,
lui a téléphoné.
Attribut On a élu Alice présidente.
du complément
dobjet direct
Groupe prépositionnel
Groupe Complément Elle parle de mon facteur.
nominal prépositionnel dobjet indirect
(GNP) À huit heures le facteur
Complément
circonstanciel distribue le courrier.
Attribut du sujet Alice est en retard.
Attribut Ils tiennent cet homme
du complément pour le responsable.
dobjet direct
Complément du nom Le château de ma mère.
Complément Elle est heureuse
de ladjectif de sa réussite.
Complément dagent Ce bâtiment a été construit
par une architecte.
p. 194
Annexes
Nature Fonction Exemple
(mot ou groupe de mots)
Groupe pronominal Complément Le facteur distribue
prépositionnel circonstanciel le courrier devant moi.
Complément du nom Une idée à lui.
Le souci de chacun.
groupe infinitif Complément Avant de partir le facteur
prépositionnel circonstanciel distribue le courrier.
Complément du nom Un livre à lire.
Groupe adverbial Complément du nom La littérature daujourdhui.
prépositionnel Le film dhier.
Gérondif Complément Le facteur distribue
(circonstanciel) le courrier en se dépêchant.
du verbe
Adjectif
Adjectif Épithète Une avocate remarquable.
Attribut du sujet Alice est grande.
Attribut Elles estiment Alice
du complément compétente.
dobjet direct
Apposition Cette avocate, remarquable,
a gagné le procès.
Groupe adjectival Épithète Une avocate vraiment
remarquable.
Une avocate remarquable
à tous égards.
Attribut du sujet Alice est très grande.
Attribut du Elles estiment Alice
complément suffisamment compétente.
dobjet direct
Apposition Cette avocate, vraiment
remarquable, a gagné
le procès.
p. 195
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Nature Fonction Exemple
(mot ou groupe de mots)
Adverbe Complément Aujourdhui le facteur
circonstanciel distribue le courrier.
Complément Une écriture peu lisible.
de ladjectif
Complément Elle agit fermement.
du verbe
Connecteur Il fait très beau ce matin.
Pourtant je nai pas envie
de sortir.
Balise textuelle Premièrement,
… deuxièmement, … enfin…
Modalisateur Bizarrement, elle a agi.
Auto-énonciatif Franchement, je suis
scandalisé par cette
situation.
Pronom
Pronom personnel Sujet Elle distribue le courrier.
Complément Le facteur le distribue.
dobjet direct
Complément Le facteur lui parle.
dobjet indirect Le facteur en parle.
Attribut du sujet Avocate, elle lest depuis
deux ans.
Pronom démonstratif Sujet Cela sera très utile.
Complément Jai compris cela.
dobjet direct
Complément Elle parle de celui-ci.
dobjet indirect
Attribut du sujet Le bon livre est celui-ci.
p. 196
Annexes
Nature Fonction Exemple
(mot ou groupe de mots)
Pronom possessif Sujet Le mien est en panne.
Complément Il veut le mien.
dobjet direct
Complément Elle parle de la sienne.
dobjet indirect
Attribut du sujet Ce livre est le mien.
Pronom indéfini Sujet Chacun fait son travail.
Complément Elle lit tout.
dobjet direct
Complément Elle parle de tout.
dobjet indirect
Attribut du sujet Il nest plus le même.
Pronom interrogatif Sujet Qui a fait cela ?
Complément Que fait le facteur ?
dobjet direct
Complément À qui parle le facteur ?
dobjet indirect
Attribut du sujet Quelles sont vos intentions ?
Pronom relatif Sujet Un livre qui a été publié
en France.
Complément Le facteur que
dobjet direct tu connaissais a été muté.
Complément Le facteur à qui tu parlais
dobjet indirect a été muté.
Attribut du sujet On ne reconnaît plus
la grande actrice quelle fut.
Complément dagent Le professeur de piano
par qui jai été formé
est très réputé.
p. 197
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Nature Fonction Exemple
(mot ou groupe de mots)
Pronom adverbial Complément Jeanne a fait un beau
dobjet indirect voyage en Afrique :
elle en parle souvent.
Alice apprécie la piscine
de sa commune : elle y va
régulièrement.
Complément Le facteur y distribue
(circonstanciel) le courrier [dans
du verbe ce quartier].
Infinitif
Infinitif Sujet Jouer me repose.
Complément Elle souhaite réussir.
dobjet direct
Complément Elle parle de réussir.
dobjet indirect
Attribut du sujet Une chose est dapprendre ;
une autre est de
comprendre.
Groupe infinitif Sujet Jouer du piano me repose.
Complément Elle souhaite réussir sa vie.
dobjet direct
Complément Elle parle de réussir sa vie.
dobjet indirect
Attribut du sujet Une chose est dapprendre
ses leçons ; une autre
est de les comprendre.
Complément Il faut partir de cet endroit.
du verbe
impersonnel
p. 198
Annexes
Nature Fonction Exemple
(mot ou groupe de mots)
Proposition subordonnée
Proposition Sujet Quelle soit en retard me
subordonnée surprend beaucoup.
conjonctive Complément Je sais que vous avez raison.
dobjet direct
Complément Je mattends à ce que
dobjet indirect vous ayez raison.
Attribut du sujet Le problème est quelle ne
comprend pas la question.
Complément du nom La crainte quelle parte
menvahit.
Complément Il faut que tu partes.
du verbe
impersonnel
Proposition Sujet Qui se ressemble sassemble.
subordonnée relative
Complément Embrassez qui vous
substantive
dobjet direct voudrez.
Complément Je pense à ce que vous
dobjet indirect mavez dit.
Attribut du sujet Elle est qui elle veut.
Complément du nom Le livre de qui tu sais
se vend bien.
Proposition Épithète Les élèves qui avaient
subordonnée relative bien révisé ont obtenu
adjective dexcellentes notes.
Apposition Les élèves, qui avaient
bien révisé, ont obtenu
dexcellentes notes.
Attribut du Je la vois qui arrive.
complément
dobjet direct
p. 199
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Nature Fonction Exemple
(mot ou groupe de mots)
Proposition Sujet Pourquoi elle a voulu partir
subordonnée si vite demeure inexpliqué.
interrogative partielle On vous a demandé
Complément
dobjet direct pourquoi vous vouliez
vous inscrire.
Complément Je me souviens pourquoi
dobjet indirect il souhaitait venir.
Attribut du sujet La question est pourquoi
elle ne reste pas.
Proposition Complément On vous a demandé
subordonnée dobjet direct si vous vouliez vous inscrire.
interrogative totale
Complément Je ne me souviens pas
dobjet indirect sil souhaitait venir.
Proposition Complément Quand le jour se lève,
subordonnée circonstanciel le facteur distribue
circonstancielle le courrier.
Proposition Complément Le travail achevé, le facteur
subordonnée circonstanciel rentre chez lui.
participiale Le temps aidant, le facteur
connaîtra les habitants
du quartier.
Proposition Complément Jentends les enfants jouer
subordonnée infinitive dobjet direct dans la cour.
p. 200
Index
Index
p. 201
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Index
Numéros de page : Niveau I, Niveau II
A Contradictoire 174
Contraire 174
Acronyme 171
Antonymie 48, 173
Actualisation 106
Apostrophe (fonction) 72
Adjectif 19, 21, 28, 38, 89, 96, 98,
101, 104, 128, 153, 156, 159 Appartenance 95
Adjectif numéral ordinal 117 Apposition (fonction) 55, 94, 96, 97,
98, 99, 152, 156, 157, 158
Adjectif qualificatif 104
Arbitraire du signe (principe) 134
Adjectif relationnel 104
Archaïsme 162, 163
Adjectif verbal 153, 156
Article défini 30, 107, 111, 112
Adverbe 17, 20, 28, 39, 74, 90, 91,
99, 128, 131, 153, 159 Forme agglutinée 107
Affirmatif 81 Forme contractée 30, 31, 107,
108
Auto-énonciatif 129
Article indéfini 30, 107, 116
Énonciatif 128
Article partitif 31, 107
Exclamatif 77
Aspect 135, 140, 146
Intensité (d) 39, 128
Aspect accompli 146, 150
Interrogatif 39, 70, 128
Aspect borné 146
Lieu 39, 128
Aspect grammatical 146
Manière 39, 128, 130
Aspect inchoatif 146
Modalisateur 129
Aspect lexical 146
Négation (de) 39, 73, 81, 128
Aspect non accompli 146, 150
Temps 39, 128
Aspect non borné 146
Textuel 128
Aspect progressif 146
Affirmation (adverbe) 81
Aspect sémantique 146
Agent 141
Aspect terminatif 146
Agent (complément d) 76, 126
Assertion 25, 66, 70, 72
Agglutiner (s) 109
Atténuation 71, 145
Allocutaire 107, 110
Attribut du COD (fonction) 16, 86,
Allomorphe 167 89
Analogie 177 Attribut du sujet (fonction) 15, 16,
Anaphorique (emploi) 109, 112, 21, 38, 55, 61, 84, 86, 124, 126,
118, 122, 125 151, 158
Antécédent 32, 42, 59, 111, 118, Attributif (verbe) 16, 21, 84, 86, 87,
125 88, 141
Anticipation 148 Atypique (phrase) 80
Antonomase 169 Auto-énonciatif (adverbe) 129
Antonyme 49, 174 Autonymique (modalisation) 100
p. 202
Index
Auxiliaire (verbe) 33, 86, 88, 138 Complément dobjet (fonction) 15,
Averbale (phrase) 80, 82 84
Complément dobjet direct
(COD) 15, 16, 20, 55, 59, 60, 62, 64,
B 84, 124, 126, 151, 154
Complément dobjet indirect
(COI) 15, 16, 20, 60, 84, 85, 93, 124,
Balise textuelle 129 126, 151
Base 137, 165 Complément dobjet interne 86
Complément du nom fonction) 19,
C
21, 55, 60, 94, 96, 126, 152
Complément du verbe
impersonnel 55, 86
Cataphorique (emploi) 109, 112, Concept 101, 159
122
Concomitance (idée) 65
Causalité (idée) 65
Conditionnel passé 36, 144
Champ lexical 48, 172
Conditionnel présent 36, 144
Champ sémantique 50, 177
Conjecture (valeur) 145
Classe grammaticale 45, 101
Conjonction 28, 43, 159
Clivage 78
Conjonction de coordination 24,
Comparatif (adjectif, adverbe) 43, 131
Comparatif dégalité 105, 130 Conjonction de subordination 23,
Comparatif de supériorité 105, 43, 52, 53, 57, 132, 148
130 But 132
Comparatif dinfériorité 105, Cause 132
130
Comparaison 133
Complément circonstanciel
du verbe 93, 128 Concession 132
Complément circonstanciel Conséquence 132
(fonction) 17, 20, 57, 58, 60, 63, 89, Hypothèse 133
90, 126, 129, 152, 154 Temps 23, 132
Accompagnement 91 Connecteur (argumentatif/
But 91 textuel) 65, 129
Cause 18, 91, 156 Connotation 172
Concession 92 Conversion 169
Condition 156 Coordination 22, 24, 65
Conséquence 91 Corrélatif (système) 58
Hypothèse 92 Corrélation 58
Lieu 18, 91, 92
D
Manière 91, 156
Moyen 91, 155, 156
Opposition 156
Déclaratif (type) 25, 66, 68, 71, 77,
Temps 18, 90, 156 80
Complément dagent (fonction) 76, Défectif (mode) 149
126
Défense 72, 149
Complément de ladjectif
(fonction) 97, 151 Degré (adjectif) 104
p. 203
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Degré (adverbe de manière) 130 Épithète (fonction) 19, 21, 38, 96,
Déictique 107, 110, 112, 118, 122 156, 158
Délibérative (valeur) 152 Être animé 29, 103
Dénotation 172 Être inanimé 29, 103
Désinence 33, 136, 137 Étymologie 161, 163
Destination 95 Éventualité (valeur) 145
Détachement 78, 122 Exclamatif (adverbe) 77
Déterminant 19, 28, 30, 73, 94, Exclamatif (déterminant) 77, 116
106, 159 Exclamation (point) 77
Déterminant défini 112 Exclamative (forme) 26, 72, 77, 116
Déterminant démonstratif 30, Exclamative (valeur) 152
32, 111, 112 Expansion du groupe nominal 94
Déterminant exclamatif 77, 116 Expansion du nom 19, 94
Déterminant indéfini 114 Explétive (négation) 74
Déterminant interrogatif 64, Expression figée 168
70, 113
Extension nominale 98, 175
Déterminant numéral 116
Extension (sens) 178
Déterminant possessif 31, 110,
112, 121 Extraction 78, 122
Déterminant relatif 117
Deuxième groupe (verbe du) 35,
138
Diachronie 161, 164, 166
F
Factitive (construction) 86
Discours 102, 106, 112
Famille de mots 171
Disjointes (formes) (pronom
personnel) 42 Famille dérivationnelle 171, 172
Doublets 161, 163 Figement 168
Doute 147 Focalisation 78
Fonction (définition) 19, 64
Fonction apostrophe 72
E Fonction apposition 55, 94, 96, 97,
98, 99, 152, 156, 157, 158
Ellipse (du sujet) 25 Fonction attribut du COD 16, 86, 89
Elliptique (phrase) 81, 82 Fonction attribut du sujet 15, 16,
Emphatique (forme) 72, 78, 122 21, 38, 55, 61, 84, 86, 124, 126,
151, 158
Emploi absolu (verbe transitif) 85
Fonction auto-énonciative 99
Emploi anaphorique 109, 112, 118,
122, 125 Fonction complément
circonstanciel 17, 20, 57, 58, 60,
Emploi cataphorique 109, 112, 122 63, 89, 90, 126, 129, 152, 154
Emploi générique 109, 114, 118, Fonction complément dagent 76,
125 126
Emploi spécifique 109 Fonction complément
Emprunt 161, 162 de ladjectif 97, 151
Énonciatif (adverbe) 128 Fonction complément dobjet 15, 84
Énonciatif (plan) 182
Énonciation 72, 107
p. 204
Index
Fonction complément dobjet direct Groupe adverbial
(COD) 15, 16, 20, 55, 59, 60, 62, 64, prépositionnel 40, 94
84, 124, 126, 151, 154 Groupe circonstanciel 12, 17, 24,
Fonction complément dobjet 52, 82, 89
indirect (COI) 15, 16, 20, 60, 84, 85, Groupe déterminant 115
93, 124, 126, 151
Groupe infinitif 84, 85, 91, 151
Fonction complément du nom 19,
21, 55, 60, 94, 96, 126, 152 Groupe infinitif prépositionnel 40,
90, 91, 94
Fonction de balise textuelle 100
Groupe nominal 14, 16, 19, 40, 55,
Fonction de connecteur 100, 129 62, 64, 83, 85, 89, 90, 92, 94, 96,
Fonction de modalisateur 99, 129, 97, 106, 118, 130
136 Groupe nominal prépositionnel 15,
Fonction énonciative 99 18, 19, 20, 21, 40, 64, 85, 87, 90, 94,
Fonction épithète 19, 21, 38, 96, 97
156, 158 Groupe prépositionnel 40, 90, 99,
Fonction sujet 14, 20, 55, 59, 60, 127, 130
62, 63, 83, 124, 126, 151 Groupe pronominal
Fonction textuelle 100 prépositionnel 40, 64, 90
Formation populaire 161, 163 Groupe sujet 12, 14, 22, 52, 80, 82,
83
Formation savante 161, 163
Groupe verbal (syntaxe) 12, 15, 16,
Forme contractée 30, 31, 107, 108 19, 20, 22, 52, 82, 84, 135
Forme de phrase 26, 72, 76 Groupe verbal attributif 84, 87
Forme emphatique 72, 78, 122 Groupe verbal (morphologie) 34,
Forme exclamative 26, 72, 77, 137, 138
116
Forme impersonnelle 72, 79
Forme négative 26, 73
Forme passive 26, 72, 76, 79
H
Formule de politesse 81 Habitude (déterminant
possessif) 31
Futur 36, 144
Homonyme 49, 177
Futur antérieur 36, 144
Homographe 49, 176
Homophone 49, 176
G Homonymie 49, 176
Hyperonymie 175
Généricité 114 Hypocoristique (valeur) 145
Générique (emploi) 109, 114, 118, Hyponymie 175
125 Hypothèse 92, 145
Genre (masculin/féminin) 29, 38,
41, 135, 143, 150
Gérondif 91, 154
Grammaticalisation 140
I
Graphématique (plan) 180 Iconicité 134
Groupe adjectival 96 Iconique (signe) 134
Groupe adverbial 129 Imparfait (indicatif) 36, 144
Imparfait (subjonctif) 37, 148
p. 205
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Impératif (mode) 36, 38, 71, 143, Locuteur 110
149 Locution 164, 168, 169
Impératif (type) 25, 66, 71, 77, 80 Locution adverbiale 169
Impérative (valeur) 145, 152 Locution conjonctive 132, 169
Imperfectif (verbe) 146 Locution interrogative 68
Impersonnelle (forme) 72, 79 Locution prépositionnelle 130, 169
Impersonnelle (voix) 79, 142 Locution verbale 169
Incise (proposition) 66
Inclusion (relation d) 24
Indicatif 36, 143
Infinitif 36, 40, 150
M
Infinitif substantivé 151 Majuscule 22, 52
Injonction 25, 66, 72 Manière (adverbe) 39, 128, 130
Injonctive 71 Marques (mode, personne,
temps) 33, 137
Intensité (adverbe) 39, 128
Massif (nom) 29, 103, 107, 108
Interjection 81, 134, 159
Matière 95
Interlocutif (échange) 107
Métaphore 178
Interlocution 42, 118
Métonymie 178
Interrogatif (adverbe) 39, 70, 128
Modale (valeur) 136, 144
Interrogatif (type) 25, 66, 68, 71,
77, 80 Modalisateur (adverbe) 129
Interrogation 25, 66, 72 Modalisation autonymique 100
Interrogation directe 68 Modalisation (fonction) 99, 129,
136
Interrogation indirecte 68
Mode impératif 38, 71, 143, 149
Interrogation partielle 69
Mode verbal 33, 36, 135, 136
Interrogation totale 69
Mode non personnel 36, 143,
Interro-négation 68, 69 150
Intonation 68 Mode non temporel 147
Intransitif (verbe) 84, 141 Mode personnel 143, 147
Invariable (mot) 39, 40, 43, 128, Morphème grammatical 160
131, 132, 134
Morphème dérivationnel 160
Inversion (sujet) 68
Morphème flexionnel 33, 45,
137, 149, 160
J Morphème lexical 44, 160, 164
Morphologie lexicale 44, 164
Juxtaposition 22, 24, 65 Morphologie verbale 33
Morphologique (plan) 180
Morphosyntaxique (plan) 66, 181
L Mot complexe 44, 164
Mot composé 44, 46, 164, 167, 169
Langue (plan) 102, 106 Mot (définition) 164
Lexique 44, 159 Mot dérivé 44, 165
Lieu (adverbe) 39, 128 Mot grammatical 159
Lieu (idée) 95
p. 206
Index
Mot invariable 39, 40, 43, 128, 131,
132, 134
O
Onomatopée 134
Mot lexical 159
Opposition (idée) 65
Mot-phrase 81, 82
Ordre 71, 148, 149
Mot simple 44, 164
Mot subordonnant 52, 53
Mot-valise 170
P
N
Parasynthétique (dérivé) 166
Paronyme 176
Participe passé 36, 63, 143, 150,
Narrative (valeur) 152
157
Nature des mots 101
Participe présent 36, 63, 150, 153,
Négation 39, 73, 75, 81 154, 155
Négation descriptive 75 Emploi adjectival 156
Négation double 74 Emploi adverbial 156
Négation exceptive 73, 74 Emploi verbal 156
Négation explétive 74 Passé antérieur 36, 144
Négation lexicale 74 Passé composé 36, 144
Négation métalinguistique 75 Passé simple 36, 144
Négation partielle 73 Passé (subjonctif) 37, 148
Négation polémique 75 Passive (forme) 26, 72, 76, 79
Négation totale 73 Patient 141
Négation (adverbe) 39, 73, 81, 128 Perfectif (verbe) 146
Négative (forme) 26, 73 Performatif (énoncé) 66
Néologisme 162, 163 Personne (du verbe) 33, 135, 141,
Niveau (cognitif) 175 149
Niveau de base 175 Pertinence (principe) 70
Niveau subordonné 176 Phonétique (plan) 180
Niveau superordonné 176 Phrase 12, 22, 52, 82
Niveau de langue 49, 174 Phrase atypique (non verbale) 80
Nom 28, 96, 97, 98, 102, 159 Phrase averbale 80, 82
Nom abstrait 29, 103 Phrase complexe 22, 65
Nom commun 28, 102, 130 par coordination 22, 52, 65
Nom comptable 29, 103 par juxtaposition 22, 52, 65
Nom concret 29, 103 par subordination 22, 23, 52
Nom massif 29, 103, 107, 108 Phrase elliptique 81, 82
Nom propre 28, 102 Phrase interro-négative 68, 69
Nombre 38, 41, 135, 143, 150 Phrase simple 22
Non temporel (mode) 147 Plan danalyse 180
Non verbale (phrase) 80 Plan énonciatif 182
Numéral ordinal (adjectif) 117 Plan graphématique 180
Plan morphologique 180
Plan morphosyntaxique 66, 181
p. 207
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Plan phonétique 180 Pronominal (verbe) 141, 142
Plan pragmatique 66, 70, 182 À sens actif 142
Plan référentiel 182 À sens passif 142
Plan sémantique 181 Réciproque 142
Plan syntaxique 181 Réfléchi 141
Plan textuel 182 Réfléchi réflexif 141
Plus-que-parfait (indicatif) 36, 144 Proposition 22, 52
Plus-que-parfait (subjonctif) 37, Proposition incise 66
148 Proposition indépendante 24, 65
Point dexclamation 77 Proposition infinitive 52, 54, 62, 85,
Point (ponctuation) 22, 52 152
Politesse (formule) 81 Proposition principale 22, 23, 52,
Polysémie 50, 177 57
Possession (déterminant Proposition subordonnée 22, 23,
possessif) 31, 110 53, 57, 132
Pragmatique (plan) 66, 70, 182 Proposition subordonnée
circonstancielle 53, 54, 57, 58
Prédicat 20, 80, 82
But 57, 91
Préfixation 44, 164, 166
Cause 18, 57, 91
Préfixe 44, 164, 165
Comparaison 57
Premier groupe (verbe du) 34, 137
Comparaison hypothétique 57
Préposition 28, 40, 96, 130
Concession 57, 92, 133
Présent (indicatif) 36, 144
Conséquence 57, 91
Présent (subjonctif) 37, 148
Hypothèse 57, 92, 99, 132
Principe arbitraire du signe 134
Temps 57, 90
Pronom 20, 28, 40, 73, 83, 85, 118,
159 Proposition subordonnée
complétive 53, 55, 59, 83, 85, 94
Pronom adverbial 127
Proposition subordonnée
Pronom démonstratif 121, 123 conjonctive 54, 55
Pronom indéfini 119, 123 Proposition subordonnée
Pronom interrogatif 64, 68, 70, corrélative 58
124 Proposition subordonnée
Pronom personnel 32, 40, 41, infinitive 52, 54, 62, 85, 152
118 Proposition subordonnée
Pronom personnel interrogative partielle 52, 54, 63,
complément 41, 119, 120 64, 151, 152
Pronom personnel réfléchi 119, Proposition subordonnée
120, 141 interrogative totale 54, 55, 56, 85,
Pronom personnel sujet 41 133
Pronom personnel sujet Proposition subordonnée
conjoint 120 participiale 52, 54, 63, 90, 91, 156,
157
Pronom personnel sujet
disjoint 120 Proposition subordonnée
relative 53, 54, 59, 151
Pronom possessif 121
Adjective apposée 59, 98
Pronom relatif 52, 59, 125
Adjective épithète 59, 97
Pronom relatif indéfini 125
Substantive 60, 83, 85, 121, 125
p. 208
Index
R Superlatif (adjectif, verbe)
de supériorité 105, 130
Racine 166
dinfériorité 105, 130
Radical (création lexicale) 45, 47,
166 Supposition 148
Radical (du verbe) 33, 136, 137 Synchronie 161, 165
Récit 112 Synonyme 48, 173, 174
Référentiel (plan) 182 Synonymie 48, 173, 174
Registre de langue 48, 68, 174 Syntaxique (plan) 181
Courant 174
T
Familier 174
Soutenu 174
Regret 147
Temps (adverbe) 39, 128
Relation (déterminant possessif) 31
Temps composé 36, 139, 143, 157
Respect (déterminant possessif) 31
Temps des époques (temps
Restriction (sens) 178 proprement dit) 135
Temps du verbe 135, 143, 146
S Temps simple 36, 143
Textuel (adverbe) 128
Textuel (plan) 182
Sémantique lexicale 47, 50
Trait dunion 46
Sémantique (plan) 181
Transitif (verbe) 84, 86
Semi-auxiliaire (verbe) 139, 140,
142 Transitif direct (verbe) 141
Sens (mot) 48, 50 Transitif indirect (verbe) 141
Analogique 178 Troisième groupe (verbe du) 35,
138
Métaphorique 178
Troncation 170
Par extension 178
Types de phrases 25
Premier 178
Déclaratif 25, 66, 68, 71, 77, 80
Restriction 178
Impératif 25, 66, 71, 77, 80
Sigle 171
Interrogatif 25, 66, 68, 71, 77,
Signifiant 134
80
Signifié 134
Souhait 147
Spécifique (emploi) 109
Subjonctif 37, 71, 143, 147
U
Submorphème 166 Unité lexicale 46
Subordination 22, 23, 52, 65
V
Subordination implicite 65
Subséquent 32, 112, 118
Succession (idée) 65
Valeur modale (temps
Suffixation 44, 164, 166 de lindicatif) 136, 144, 145
Suffixe 44, 164, 165 Valeur modale (temps
Sujet (fonction) 14, 20, 55, 59, 60, subjonctif) 147
62, 63, 83, 124, 126, 151 Valeurs (temps verbaux) 144
p. 209
La grammaire du français • Terminologie grammaticale
Verbe 16, 20, 33, 128, 134, 135,
159
Intransitif 84, 141
Transitif 84, 86
Transitif direct 141
Transitif indirect 141
Verbe attributif 16, 21, 84, 86, 87,
88, 141
Verbe auxiliaire 33, 86, 88, 138
Verbe semi-auxiliaire 139, 140,
142
Verlan 171
Vocabulaire 159
Voix 135
Voix active 141
Voix factitive 141, 142
Voix impersonnelle 79, 142
Voix passive 76, 139, 141, 157
Voix pronominale 141
p. 210
Index
Liste des abréviations
Adj : adjectif
Adv : adverbe
App : apposition
CCV : complément circonstanciel du verbe
COD : complément dobjet direct
COI : complément dobjet indirect
Dét : déterminant
Exp : expansion du nom
GAdj : groupe adjectival
GC : groupe circonstanciel
GIP : groupe infinitif prépositionnel
GN : groupe nominal
GNP : groupe nominal prépositionnel
GP : groupe prépositionnel
GS : groupe sujet
GV : groupe verbal
N : nom
P : phrase
V : verbe
p. 211
Conception graphique et suivi éditorial
Délégation à la communication
Exécution graphique
Opixido
Édition de juin 2021 Suivi de fabrication
Réimpression de janvier 2023 Service de laction administrative et des moyens
ISBN 978-2-11-155900-4 Impression
ISSN 2966-537X DEJA LINK
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